Capitaine à la légion des Francs
2. Gilles {alias Gilbert)-Joseph-Martin de Bruneteau, comte de Sainte- Suzanne, né à Mothe-lez-Poivre en Champagne, le 7 mars 1760; page de Madame en 1775; sous-lieutenant au régiment d'Anjou en 1779; capitaine de grenadiers au 69» de ligne, en 1791, se distingue pendant la défense de Mayence, et est promu adjudant général chef de bataillon le i3 mai 1793. Sert dans l'ouest jusqu'en 1995. Général de brigade le 18 octobre 1795, général de division le a août 1796, commande la 4' division de l'arraée du Rhin sous Moreau, en 1796-1799. Commandant supérieur de la
Jordy ^ ayant l'œil à tout ; déjà le canon ronfle, et le feu de file le plus vif se fait entendre. J'envoie l'adjudant général Nattes et mon aide de camp Buquet en avant, pour observer l'ennemi et pour m'en rendre compte. En attendant, je fais manœuvrer les troupes qui sont près de moi; je parcours tous les rangs ; tout le monde me promet de se battre et de vaincre. Je vois quelques bataillons en mouvement sur la droite pour se porter eu avant, à l'appui de l'avant-garde ; je leur envoie l'ordre de se retirer.
Beaupuy persiste à demander du secours; je persiste dans mon refus. Il n'était pas présumable que l'ennemi nous attaquât sur un seul point et sur celui où il devait être naturellement attendu ; je devais donc, avant tout, observer et reconnaître ses véritables dispositions, car, dans un terrain aussi coupé, l'absence d'un seul bataillon aurait pu me jeter dans un grand embarras. L'avant-garde avait, d'ailleurs, pour retraite, le bois de Gholet, déjà
place de Mayence en 1799 ; conseiller d'État en 1801 ; sénateur de l'Empire le 21 avril 1804 ; comte de l'Empire en mai 1808; commandant du camp de Boulogne en 1809; pair de France le 4 juin 1816, comte-pair héréditaire le 3i août 1817 ; mort à Paris le 26 août [83o. Il était grand-aigle de la Légion d'honneur.
I. Nicolas-Louis Jordy, né à Abrecheviller (Meurthe), le 14 septembre 1^58; élève chirurgien aux hôpitaux de Schelestadt et de Strasbourg, engagé au régiment d'Alsace pour la campagne d'Amérique (1778-1782). Capitaine de la garde nationale de Lorquin, élu chef du lo* bataillon des volontaires de la Meurthe le 19 août 1792; pendant la défense de Mayence, il reçut un coup de baïonnette qui lui perça la langue, au moment où il plantait un drapeau sur la redoute de la Briqueterie, dans laquelle il était entré, le premier, à deux reprises. Adjudant général en Vendée, le 21 juillet 1793. Grièvement blessé pendant l'attaque de Noirmoutier par les Républicains, le 3 janvier 1794, il n'en continua pas moins à se faire porter à la tête de ses troupes, malgré ses blessures; général le lendemain, 4 janvier ; mais son attachement pour Moreau lui fut un grief aux yeux de Napoléon, qui le nomma général de division seulement le 3 juin i8i5, pendant les Gent-Jours, et le mit à la retraite en raison des innombrables blessures dont il était criblé. Mort à la Robertsau, près de Strasbourg, le 7 juin 1825.
2l8 KLÉBER EN VENDÉE.
garni de deux bataillons pour la protéger. Cependant, j'envoie l'adjudant général Damas chercher une des divisions aux ordres du général Chalbos, campée, comme il a été dit plus haut, au delà de la rivière i, me proposant, dès qu'elle serait arrivée, de renforcer l' avant-garde de Beaupuy. Mais, tout à coup, la canonnade et la fusillade redoublent; l'avant garde est forcée de se replier et l'ennemi la poursuit. Je vole à la tête des bataillons de la gauche avec Haxo ; je parle aux soldats et, partout, j'ai la satisfaction de les ranimer. On s'avance ; mais déjà l'ennemi s'est emparé du bois et nous fait tout craindre pour la gauche. Je rallie l'un des bataillons qui s'en laissa chasser et le ramène au poste qu'il vient d'abandonner. En même temps, je fais avancer quelques bataillons de la réserve d'Haxo pour le soutenir. De ce nombre, se trouve celui du 109° régiment, sa musique à sa tête. Sa marche altière exalte l'âme des plus découragés , chacun s'empresse à imiter son exemple ; mais l'ennemi n'ose l'attendre ; il prend la fuite. Aussitôt l'avant-garde se rallie aux cris de son brave général, qui, profitant du désordre des Rebelles, les charge et les poursuit. Tel est l'état de la gauche. Le centre et la droite sont également attaqués par deux autres colonnes.
Vimeux commandait la droite ; sa position était bonne ; il ne fallait que du courage et de la fermeté pour s'y maintenir avec avantage. Aussi étais-je sans inquiétude sur son compte. Le général Dembarrère s'était d'ailleurs porté près de lui, et était à même de lui donner des conseils. Le centre, formé de la colonne de Luçon aux ordres du général Marceau, était parfaitement couvert, et le brave et jeune guerrier, ainsi que ses dignes compagnons d'ar-
I. Sur le plateau de la Haie, à cinq cents mètres au sud de Cholet.
mes, avaient fait voir, la veille, ce qu'ils valaient et ce qu'ils pouvaient faire.
Pendant que ceci se passait et que le combat était encore douteux sur la gauche, arrive la tête d'une des divisions de Ghalbos ; c'était celle de Millier ^, composée environ de quatre mille hommes. Quel renfort dans ce moment critique ! Elle s'avance, mais sans encore avoir gagné la crête des hauteurs, saisie d'une frayeur soudaine, elle fait volte-face, se précipite dans Gholet et y porte la terreur et la consternation. Les soldats se poussent les uns sur les autres, s' entr étouffent, se tuent ^ ; c'est ainsi
1. François Mùller, né à Sarrelouis le 4 juin 1754 ; engagé dans Royal- Lorraine en i7;;)5, il y sert jusqu'en 1^85 ; il servait dans la maréchaussée en 1788, puis dans Cavalerie-Colonel-général jusqu'au 29 juillet 1589. Ensuite, d'après Danican, il aurait été danseur à l'Opéra. Engagé dans les volontaires parisiens de la Butte-des-Moulins, le 5 septembre 1792 ; adjoint à l'état-major de l'armée du Nord le 3o octobre, en qualité d'adjudant sous-officier. Adjudant général, chef de bataillon à l'armée des côtes de la Rochelle, le i5 juin 1793, général de brigade le 12 septembre, général de division le 3o. Il est mis le même jour à la tête de la division de Thouars en remplacement de Rey, par le même arrêté qui suspend ce dernier dénoncé par Ronsin. Presque toujours ivre, il compromit à plusieurs reprises le sort de l'armée entière. Passé à l'armée du Nord en germinal an II, employé à l'armée des côtes de l'Océan en l'an IV. Au 18 fructidor, il commandait le poste du Pont-Neuf, flmployé plus tard à l'armée d'Italie, puis commandant de la ville de Berne. Réformé en 1800. Exilé à Orléans en i8o4, après le procès de Moreau. Mort dans cette ville le 24 septembre 1808.
2. « Sur les dix heures du matin, nous entendîmes une très vive fusillade dans la direction de Beaupréau. C'étaient les Vendéens qui avaient repoussé l'armée républicaine, et qui étaient près d'entrer à Cholet. Jamais un feu plus violent ne s'était fait encore entendre dans la Vendée ; il était affreux. Les coups de fusil et de canon se succédaient avec une rapidité effrayante, et je ne puis mieux comparer le bruit qu'ils produisaient qu'à celui que causeraient dix mille tambours battant à la fois. Les Bleus étaient dans une déroute complète : j'en vis passer des foules nombreuses, dans un désordre impossible à décrire, la frayeur, peinte dans tous leurs traits, précipitait leur course à travers les rues encombrées. Ils fuyaient de toute la vitesse de leurs jambes, jetant pour mieux se sauver leurs armes, leurs sacs et tout ce qu'ils avaient conservé du pillage, sans regarder derrière eux, sans écouter la voix de leurs chefs qui voulaient les rallier. '— Les royalistes eurent longtemps la victoire, et
aaO KLEBER EN VENDEE.
que, sans avoir vu un seul Rebelle, ils laissent la gloire de cette journée à l'armée de Mayence et à la colonne de Luçon ï.
Cependant, la droite de l'ennemi, étonnée de notre résistance, déconcertée par notre opiniâtreté, ne cherche plus son salut que dans la fuite. Beaupuy le suit toujours et en fait un grand carnage.
Tout à coup, la canonnade redouble au centre; je m'y transporte avec Damas. Les Rebelles, ralliés sur ce point, revenaient à la charge. Marceau les voit, et, sans s'émouvoir, il fait avancer son artillerie, qu'il a soin de masquer. La horde fanatique n'est plus qu'à une demi-portée de fusil, ne se doutant point du stratagème ; à l'instant, la mitraille renverse des files entières ; les Rebelles, étonnés, s'arrêtent, s'ébranlent, tournent le dos et suivent l'exem-
déjà leurs premiers rangs avaient pénétré dans Cholet par les routes de Nantes et de Beaupréau.... » (Boutillier de Saint-André, loc. cit., 195-196).
« L'armée de Saumur (MùUer) essuya le premier choc (des Vendéens) et recula, en se battant dans les rues mêmes de la ville, jusqu'au bas de l'hôpital, où elle fut ralliée, non par le conventionnel Turreau, qui était de l'autre côté de Cholet avec la division de Luçon, et encore moins par Bellegarde, qui n'était plus à l'armée, mais par Bourbotte et moi, qui n'avons jamais cessé de marcher avec l'armée de Saumur. » (Choudieu, loc. cit., 445, et édition Quéruau-Lamerie, 79).
I. « Je dois convenir ici que sans l'armée de Mayence, qui lit des prodiges de valeur, tout était perdu. Kléber et Beaupuy eurent plusieurs chevaux tués sous eux et, marchant à pied à la tête des colonnes, ils rivalisaient de courage et de dévouement avec les plus braves. » (Choudieu, loc. cit., édition Barrucand, 446, édition Quéruau-Lamerie, 80)
« Au moment même où les Vendéens entraient dans la ville, ou rallia sur la place du château les nombreux fuyards qui s'échappaient par cette issue. La colonne que formait la droite de l'armée de Mayence (Vimeux) et qui combattait au Bois-Grolleau, n'avait pas en tête plus de quinze mille royalistes, qui se battaient en héros, mais qui, ne se voyant pas soutenus et attaqués par un ennemi quatre fois plus nombreux qu'eux, lâchèrent pied. La gauche des Mayençais, qui combattait à la Treille (Haxo), prit en flanc les Vendéens qui débouchaient pnr la lande de la Papinière et qui arrivaient au pas de course par la route du May. » (Boutillier de Saint-André, loc. cit., 196.) —
pie de leur droite ^. Marceau les suit à son tour. Je me réunis à lui avec cinq bataillons, que j'établis en échelons, pour favoriser notre retraite en cas d'événement. Nos derrières ainsi assurés, nous nous avançons toujours ; rien n'égale l'ardeur du soldat. Bientôt toute la contrée est en feu ; quantité de Brigands, cachés dans les châteaux, fermes et hameaux environnant la route, ayant refusé de se rendre, deviennent, ainsi que leurs repaires, la proie des flammes.
Cependant, il faisait nuit ; nous étions sans guide, sans vivres et à quatre lieues de Gholet, sur la route de Ghemillé, tandis que nous devions, le lendemain, nous rendre à Beaupréau. Ces considérations nous déterminèrent à mettre un terme à notre course et je fis battre la retraite.
La troupe se ralliait autour de ses drapeaux, lorsque le général Dembarrère, enchanté de nos succès, vint nous en féliciter. Il était accompagné du général MiïUer, qui parut inconsolable d'avoir été si lâchement abandonné par sa troupe et de n'avoir pu contribuer au gain d'une aussi belle bataille.
Damas, que j'avais dépêché vers le général en chef pour l'instruire de notre position et lui demander ses ordres, m'envoya, de sa part, celui de rentrer au camp.
La colonne de gauche se trouvant dans sa poursuite,
I. « Dans ces chemins creux, deux pièces de canon furent pointées et arrêtèrent tout à coup par un feu très meurtrier la marche victorieuse des Vendéens. » (Boutillier de Saint- André, toc. cit., 196 )
« Je suis convaincu que la valeur des Royalistes eût suppléé à nos mauvaises dispositions, si le combat eût duré vingt minutes de plus. Notre gauche, entièrement victorieuse, aurait pris à revers la gauche Républicaine et la forçait ainsi à suspendre son attaque sur notre droite qui n'était pas encore formée ; mais Bonchamps et d'Elbée, blessés à mort à ce moment, tirent sur le soldat une impression qui ne se peut rendre, non seulement sur le champ de bataille, mais encore dans toute la colonne, qu'on leur fit longer imprudemment pour les ramener à Beaupréau. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 146.)
sur la route de Beaupréau que nous devions enlever le lendemain, n'eut d'autre raison de s'arrêter que celle du défaut de subsistances. Sur la proposition de Westermann, Haxo et Beaupuy résolurent d'emporter le poste la même nuit. Westermann en connaissait l'importance. Tous étaient convaincus de la grande supériorité d'une troupe victorieuse sur une armée en déroute. Un combat sanglant de quatre heures n'empêcha donc pas les Républicains de poursuivre leurs succès et d'entreprendre encore une marche de près de six lieues ^ Avant minuit, Beaupréau est attaqué et les premiers postes égorgés ; à peine l'ennemi a-t-il le temps de tirer deux coups de canon à mitraille, que nos braves sont déjà maîtres de ses pièces. Au nombre de huit mille hommes, formant leur arrière garde, ils courent, avec la légèreté du cerf, rejoindre leur corps de bataille à Saint-Florent. Mais nos soldats, harassés, au milieu d'une nuit obscure, dans un pays couvert et inconnu, ne peuvent les poursuivre.
I. « Il était dix heures du soir, les grenadiers de Blosse et quelques bataillons d'infanterie légère se trouvaient réunis sur la hauteur du Moulin à Vent au-dessus de Pégon, à égale distance de Cholet et de Beaupréau. C'est là que Westermann, qui n'avait pris aucune part à l'action, se présenta escorté d'un détachement de cavalerie. La troupe était exeédée de fatigue, sans vivres et sans cartouches. Il fallait prendre un parti : ou retourner à Cholet, ou marcher sur Beaupréau ; on présumait que l'on ne manquerait pas de pain dans ce dernier endroit. Beaupuy soumit cette question aux généraux Haxo, Westermann, Chabot, aux adjudants généraux Blosse et Savary, qui se trouvaient près de lui, et demanda leur avis. Il fut décidé, d'une voix unanime, que l'on se porterait sur Beaupréau ; l'ordre en est donné ; quelques voix se font entendre : « Nous n'avons plus de cartouches ». — « N'avez-vous pas des baïonnettes, reprend Beaupuy, des grenadiers ont-ils besoin d'autre chose? » — On répond par des cris de : Vive la République ! on part. L'ordre était de marcher dans le plus grand silence, avec défense de quitter son rang, sous quelque prétexte que ce fût. — La nuit était sans nuage, la lune éclairait la marche; la colonne traverse dans le plus grand ordre le bourg du May et s'avance, par les landes d'Andrezé, vers Beaupréau, sans rencontrer aucun individu. » (Sa' vary, loc. cit., II, ayi-aja.)
Ainsi se termina cette sanglante et mémorable journée. Douze pièces de canon, dont plusieurs du calibre de 12, demeurèrent au pouvoir des vainqueurs. Les champs et les chemins avoisinant la ville de Cholet furent jonchés de cadavres i, et les Rebelles eurent à regretter la mort de beaucoup de leurs chefs. Plusieurs furent blessés ; on compte, parmi ces derniers, d'Elbée ^ et Bonchamps 3. Jamais ils n'ont donné un combat aussi opiniâtre, si bien ordonné, mais qui leur fut en même temps si funeste 4 A Beaupréau, on trouva quatre cents blessés à l'hôpital, qui furent immolés à la vengeance et en représailles d'un pareil nombre de Républicains, égorgés sur les chariots de l'ambulance, à la retraite de Clisson. Les Rebelles combattaient comme des tigres et nos soldats comme des lions. Intrépidité pour l'attaque, prudence pour la retraite, im-
I. «. Jamais boucherie pareille n'avait eu lieu dans le pays. Il en fut tué davantage sur la lande même. La terre y était, ainsi que le chemin, couvert de cadavres horriblement mutilés. C'en était au point que M. Gesbron-Lavau, qui traversa le champ de bataille le lendemain à cheval, ne marcha que sur des corps entassés et des membres épars. Les fossés, les champs voisins, tout, pendant une lieue, était aussi couvert de morts et de cadavres. » (Boutillier de Saint-André, loc. cit., 196.)
Il n'y a pas encore vingt-cinq ans. j'ai vu souvent les cultivateurs de la Papinière et des environs ramener à la surface du sol, en labourant, des ossements, des boutons d'uniforme, des baïonnettes, des débris de fusils, des boulets et des biscaïens.
a. « Nous laissâmes dans le pays M. d'Elbée, blessé, auprès de qui restèrent plusieurs de ses amis ; le lendemain, quelques jeunes gens repassèrent la Loire, furent à travers les armées ennemies rejoindre notre malheureux général. » (Solilhac, loc. cit., 34.)
D'Elbée avait reçu quatorze blessures. Caché d'abord dans une métairie de la commune de Beaupréau, appelée la Roche-Thierry ou Roche- Guerry, il fut, peu après, conduit à Noirmoutier.
3. Il avait été atteint de deux coups de feu au ventre. Il mourut le lendemain au village de la Meilleraie, sur la rive droite de la Loire.
4. « Les Vendéens, qui combattaient pro aris et focis, se battirent en désespérés. » (Gibert, loc. cit., 9-.) — « L'armée Vendéenne, regardant Cholet comme sa dernière ressource, se battit avec la rage du désespoir. Elle y fit des prodiges de valeur. » (Choudieu, loc. cit., édition Quéruau- Lamerie, 39.)
pétuosité pour repousser l'ennemi, tout fut mis en usage tour à tour, employé à propos, et couronné de succès.
On s'imagine sans peine qu'une bataille aussi sanglante a donné lieu à des traits qui méritent d'être connus.
Beaupuy a deux chevaux tués sous lui ; son éperon s'accroche à la housse du dernier ; cet accident va le faire tomber entre les mains de l'ennemi, qui déjà se dispose à l'entourer. Les forces de Beaupuy s'accroissent par la présence du péril ; il redouble d'ofïbrts, se débarrasse de ses ennemis qui le pressent, il se jette derrière un caisson brisé, et a le bonheur d'arriver sain et sauf à la tête d'un bataillon. Blosse et ses grenadiers soutiennent la réputation qu'ils se sont acquise. Accablés par le trop grand nombre d'ennemis, un instant ils avaient été mis en désordre ; Blosse les rallie ; à pied au milieu d'eux, toujours dans la mêlée, il se bat corps à corps ; tandis qu'il pare un coup de sabre d'un des Rebelles, un autre l'ajuste à brûle-pourpoint ; c'en était fait de ce brave militaire sans mon aide de camp Buquet, qui releva le canon du fusil du Brigand d'un coup de sabre, et lui fit mordre la poussière en redoublant.
L'intrépide Targe reçoit une balle qui lui traverse le bras et qui lui entre dans le corps ; il vient à moi et, sans parler de ses douleurs, m'annonce que la victoire est à nous. Au même instant, j'aperçois Vernangc, qu'on porte également de mon côté, atteint d'un coup mortel ; il vient me faire ses adieux et crier avec moi : \ive la République! Saint-Sauveur, chef de bataillon du 82- régiment, est blessé d'une balle à la caisse. Dubreton, adjudant général, en reçoit une à la jambe. Ils n'abandonnent le champ de bataille que lorsque la défaite de l'ennemi est certaine ; ils voient sans regret couler leur sang et se félicitent de notre succès.
KLÉBEH EN VENDÉE. 325
Patris, chef de bataillon des chasseurs de Kastel, dont le commandant avait été tué l'avant-veille, perdit aussi la vie. Les quatre chefs de l'infanterie légère furent donc tous tués ou blessés, ce qui était une perte incalculable. Indépendamment des braves ci-dessus, nous eûmes encore plusieurs autres chefs de brigade ou de bataillon tués ou blessés : Ageron, commandant d'un bataillon de grenadiers et qui avait quarante ans de service, y termina aussi sa glorieuse carrière i.
Le représentant du peuple Merlin était toujours en avant ; dès qu'on avait pris une pièce à l'ennemi, il mettait pied à terre et la dirigeait contre la troupe Rebelle ; il fut très sensible à la perte de Juif, son ami et son secrétaire, qui fut tué à ses côtés ^.
Si je ne fais point mention, dans le récit de cette bataille, du général Léchelle et de son acolyte Robert 3,
1, J'ai perdu dans cette journée, l'j octobre, et celle du i5 même mois, de ma division seule, quatorze chefs de brigade, chefs de bataillon ou officiers de mon état-major, tous, mes amis et compagnons d'armes de Mayence. {Note du manuscrit.)
2, D'après un dossier que j'ai entre les mains, Juif aurait éié mêlé pour son compte personnel à des opérations peu licites sur des marchandises pillées dans la Vendée, notamment sur des cuirs enlevés à Moiitaigu par un Nantais nommé Godard ; celui-ci avait payé son achat huit mille livres entre les mains du commissaire des Guerres, Brondes, qui devait en remettre la moitié à Juif. Mais ce dernier mourut avant d'avoir touché sa part et sa veuve la réclama en vain. La veuve Juif se remaria en 1794 à Verlac, homme de loi, à Paris.
3, Joseph-Louis-Armand Robert, tils du directeur des messageries à Tours, né dans cette ville en i;767. Soldat au régiment d'Angoulème en 1^85; devenu comédien en 1389, puis, en i;j92, sergent-fourrier au bataillon de volontaires de la Butte-des-Moulins, compagnie Nœu ville (10 septembre) ; blessé à l'armée du Nord, puis emmené en Vendée par Ronsin comme adjoint aux adjudants généraux, le 8 mai 1793 ; capitaine au 24' régiment de chasseurs à cheval, le 20 juin 1793; chef de bataillon, le 23 juin : adjudant général, le 7 août; général de brigade, le 3o septembre; général de division, le 28 novembre; successivement chef de l'étal-major des généraux en chef Rossignol, Léchelle et 'lurreau ; très hostile à Marceau et a Kléber qu'il desservit de tout son pouvoir. C'est Robert qui inspira à Turreau l'idée des quatorze colonnes infernales et qui les orga-
KLÉBER KN VENDÉE. 15
c'est que personne ne peut assurer les y avoir vus. Ils restèrent constamment hors de portée du canon, à mi-côte sur le chemin du Bois-Grolleau. Léchelle témoigna beaucoup d'humeur de n'avoir vu personne autour de lui. Dembarrère, à qui il s'expliqua à ce sujet, lui répondit franchement et d'une manière analogue à sa conduite.
Le même soir, il fut arrêté qu'on laisserait deux mille hommes à Gholet, pour couvrir l'ambulance et le parc, et que l'un et l'autre seraient ensuite évacués sur Nantes. La rareté des chirurgiens et le dénuement de linges et d'appareils, donnèrent lieu aux plus vives réclamations. 27 vendémiaire Le lendemain, on battit la générale à trois heures du
(18 octobre). . i t -i • r>
Marche sur Beau- matin ; Ics distriDutions lurcnt trcs mal ordonnées et il ne preau. Ce qui s y ^^ possiblc dc sc mettre en marche qu'à huit heures. On
passa. JC^ ^
donna, par une injustice bien marquée, la tête aux troupes de Ghalbos ^ ; les miennes suivaient immédiatement. Nous rencontrâmes en route plus de quatre mille prisonniers, que nos braves venaient de délivrer à Beaupréau ; rien de plus attendrissant que de voir ces tristes victimes, pâles et défigurées, nous crier de loin, et d'une voix presque éteinte : Vive la République ! Vivent nos libérateurs ! bien souvent : Vive l'armée de Mayence ! Avec quel plaisir ils serraient dans leurs bras leurs frères, qui venaient de les délivrer du plus misérable et du plus horrible esclavage 2.
nisa. Il fut suspendu en même temps que ce général en chef, le 19 mai 1794 ; réintégré à Tarmée de l'Ouest, le 20 août suiA'ant ; cesse d'être employé le 20 septembre ; rappelé à l'activité avec le grade d'adjudant général le 28 mai 1795, et attaché à la 17» division militaire: mort le 19 août
1. « Les représentants de Saumur n'auraient pas voulu céder dc leurs prétentions. » {Note de Savary, loc. cit., II, 279.)
2. « Le 18, vers les onze heures du matin, les avant-postes, sur la route de Beaupréau à Saint-Florent, signalèrent un grand nombre d'individus qui se dirigeaient vers eux; Beaupuy s'y porta de suite. C'étaient les pri-
Après neuf heures de marche, nous arrivâmes à Beaupréau. Je demandai l'emplacement de mon camp ; personne ne put me l'indiquer. Je suivis toujours la route et je trouvai le corps de Ghalbos bivouaquant sans aucun ordre ; chaque bataillon avait choisi arbitrairement l'endroit qui lui convenait le mieux. Je ne m'arrêtai pas à cet exemple. Je plaçai ma division sur la crête de la hauteur, et j'allai reconnaître le terrain sur mes flancs, afin de les appuyer et de pouvoir indiquer aux généraux une position plus régulière et conforme à leur rang de bataille ; je la leur proposai, mais ce fut en vain que je les invitai de s'y établir.
Je rentrai ensuite en ville. J'y remarquai la plus grande confusion et les plus vives alarmes. Ce désordre était occasionné par le feu, qu'un malveillant avait mis au château, rempli de soufre, de salpêtre et d'autres matières combustibles propres à la fabrication de la poudre, que les Rebelles y avaient laissés. On craignait à chaque instant de voir sauter le château. Quoiqu'il y eût plusieurs généraux présents, aucun ne daigna s'occuper de mettre fin à l'encombrement qu'occasionnaient les chariots et les chevaux que cette alerte faisait évacuer. Je pris le parti, de concert avec mon état-major, de faire cesser le tumulte ; j'assignai à chacun une place et, à force de peine et de mouvement, l'ordre et le calme furent enfin rétablis et le feu éteint.
En retournant au camp avec le citoyen Guillou ^ de
sonniers républicains qui tous proclamèrent pour leur libérateur Bonchamps, prêt à rendre le dernier soupir. — Il faut avoir vu ce spectacle attendrissant, il faut avoir entendu le récit de leurs peines, de leurs espérances, enfin l'expression de leur reconnaissance, pour s'en faire une idée. Ils furent dirigés le jour même sur Cholet. » (Savary, loc. cit., II, 2;;8.)
I. Esprit-Antoine Guillou, né à Cholet en 1754. Il habitait sa ville natale au début de la guerre de Vendée ; il fut fait alors commandant d'un corps
Gholet, nous rencontrâmes un homme à cheval. Guillou fut très étonné de le voir. Je lui demandai la cause de sa surprise ; il me dit que c'était le médecin Brunet i, un des plus fameux aristocrates du pays et membre du conseil
de Guides formé de gens du pays et destinés à servir d'espions et d'éclaireurs aux colonnes républicaines, qu'ils avaient mission de « guider » dans un pays inconnu des généraux et des soldats. Ces guides s'acquirent dès le début une très mauvaise réputation, et on les accusa pendant toute la guerre de livrer de nombreuses victimes, même des patriotes avérés, aux commissions révolutionnaires, quand ils ne les exécutaient pas sommairement eux-mêmes. Guillou se lia particulièrement avec Travot, auquel il rendit des services. Peu après les pacifications, il fut attaché en qualité de commissaire central de police à l'administration du département de Maine-et-Loire. Il est mort à Cholet le 2 février i845 (Cf. Port, Dlct. hist. de Maine-et-Loire. — Notes manuscrites de M. Ch. Boutillier de Saint-André).
1 Jean-Baptiste-Joseph Brunet, et non Brunel, comme l'a imprimé à tort le plus récent historien de La Revellière-Lépeaux, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, établi à Beaupréau dès avant ijSo. Parent de la famille La Revellière, il tint le futur directeur sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Jean-Baptiste de Montaigu, le 'jxt août i-^'o'^. C'était un homme d'un caractère aimable, d'un esprit cultivé, entièrement dévoué au soulagement de toutes les misères, d'un désintéressement parfait, a écrit soix filleul. Il avait une grande influence dans tout le pays ; riches ou pauvres, seigneurs ou paysans, le respectaient également. Lors de la formation du district de Beaupréau, il en fut élu président (1789-1790). Vers le même temps, il avait été élu, par acclamations, colonel-général (sic) de la garde nationale de cette ville. Lorsque éclatèrent les troubles au sujet de la gabelle, en 1789, il constitua un comité de sûreté, pris dans les trois ordres, et organisa une milice Son autonté suffit à calmer les plus exaltés. Très modéré d'opinions mais fermement imbu des principes religieux et monarchiques, il se brouilla avec La Revellière-Lépeaux, et refusa de le recevoir, quand celui-ci parcourut les Manges, afin d'y répandre les idées nouvelles et procéder aux installations des curés assermentés. Lorsque, le 14 mars 1798, les habitants soulevés firent prisonniers les vingt-cinq cavaliers du n« régiment de cavalerie envoyés pour rétablir l'ordre, le lieutenant Guérard, commandant de ce détachement, fut interné dans la maison de Brunet. C'est à tort que La Revellière attribue au général Grignon la mort du docteur Brunet. Le récit de Kléber rétablit la vérité. Le 11 nivôse an II (3i janvier 1794), le chef de brigade Deslondes, commandant la force armée de Beaupréau, soumissionne pour acquérir des biens dépendant de la fortune de Brunet et échus à la Nation, « ledit Brunet ayant été mis à mort comme rebelle à la République ». (Cf. La Revellière-Lépeaux, Mémoires, I, 2, 3. 99, 100. — C. Port, Vendée Angevine, I, 82, 328 ; II, 358-36i.)
de l'armée royale. J'envoyai donc une ordonnance pour l'arrêter ; il fut conduit en prison, jugé, condamné et fusillé le même soir. C'est par lui que nous apprîmes que l'ennemi avait déjà passé la Loire à Saint-Florent.
On se réunit au château, chez les représentants du peuple, pour tenir conseil de guerre. Léchelle ne s'y trouva pas, prétextant la multiplicité de ses affaires. On avait toujours peine à croire que les Rebelles eussent passé la Loire. Pour s'en assurer, on me demanda un officier intelligent avec trente à quarante chevaux, pour aller à la découverte. Je jetai les yeux sur le capitaine Hauteville, 28 vendémiaire
•' *^ . ^ . (lî< octobre).
de la légion des Francs ; je le fis venir auprès de moi et Reconnaissance
i-T • -, T jLi-tj* ' • Ti faite sur Saint-
je lui donnai les ordres et les instructions nécessaires. 11 dorent. Les Repartit et arriva à Saint-Florent vers les trois heures du beUes ont passé la
^ Loire. Marche de
matin. Il y trouva des pièces de canon ^, des caissons, larmée sur diffé-
rGiitôs col on np s h
beaucoup de grains et autres comestibles ; enfin six mille la poursuite de prisonniers patriotes, qui lui annoncèrent qu'ils avaient cf^r^^c'oJ^s^^sê échappé à la mort, à la prière de Bonchamps oui. expirant po'^te à la Cha-
, . , . 1 ^ pelle-Heulin.
à la suite de ses blessures, avait demandé et obtenu leur grâce 2 ; ils ajoutèrent que l'armée Rebelle, forte de cent
1. « Il fallait emmener deFartillerie et des munitions. M. de Marigny fit choisir trente pièces de différents calibres et quarante caissons garnis, qu'il fit embarquer au port des Léards, un peu plus loin que Saint-Florent (en aval). De leur côté, les soldats prirent ce qu'ils purent de poudre, tout le reste fut laissé dans Saint-Florent, après avoir encloué et cassé ce qu'on put de canons. » (Gibert, lac. cit., 98.)
2. « Avant d'effectuer le passage de la Loire, les royalistes, exaspérés par les pertes nombreuses qu'ils venaient de faire, se disposaient à massacrer les nombreux prisonniers qui étaient détenus à Saint-Florent. Bonchamps honora ses derniers moments et rassembla ses forces défaillantes pour les conjurer de ne pas se déshonorer par une telle action et il fut obéi. Je me plais à lui rendre ici une éclatante justice. Les braves n'assassinent point leur ennemi lorsqu'il est désarmé. » (Choudieu, loc. cit., cdit. Barrucand, 4?, édit. Quéruau-Lamerie,8i.) On verra plus loin, dans la lettre que Choudieu et ses collègues adressèrent au Comité de salut public le 21 octobre 1793, les représentants s'attribuer à eux-mêmes la délivrance des prisonniers. Je ne voudrais pas m'étendre davantage sur cette question des prisonniers de Saint-Florent. Cependant il semble intéressant de si-
aSo KLÉBER EN VENDÉE.
mille hommes, y compris quantité de femmes et d'enfants, avait passé la Loire depuis deux jours, tant à gué qu'en bateaux, que beaucoup étaient encore dans les îles de cette rivière.
Hauteville nous envoya à l'instant trois ordonnances pour nous prévenir de ce fait important. Dès que le jour parut, il fit charger les pièces et tirer quelques coups de canon par ses chasseurs sur l'île dans laquelle, en effet,
gnaler que Savary, dans la citation qu'il fait {loc. cit.^ II, 279) de ce passage des Mémoires de Kléber, a jugé bon de supprimer tout ce qui concerne le second groupe de prisonniers, ceux trouvés à Saint-Florent même, dans la matinée du 19, par Hauteville. Le plus simple est de copier la citation elle-même en suivant la ponctuation de Savary, « Les troupes de Chalbos, dit Kléber, par une injustice bien marquée, prirent la tête. Nous rencontrâmes en route plus de quatre mille prisonniers. Rien de plus attendrissant que de voir ces tristes victimes, pâles et défigurées, nous crier de loin et d'une voix presque éteinte : Vive la république!.. . Nous apprîmes qu'ils avaient échappé à la mort à la prière de Bonchamps, qui, expirant à la suite de ses blessures, avait demandé et obtenu leur grâce ; que l'armée Rebelle forte de près de cent mille individus, etc. » Ce texte tronqué défigure complètement le récit de Kléber. Celui-ci aurait eu connaissance de deux groupes de républicains prisonniers rendus à la liberté; l'un de quatre mille hommes, rencontré dans la journée du 18 entre Beaupréau et Cholet ; l'autre de six mille, trouvé d Saint-Florent dans la matinée du ig, par le capitaine Hauteville parti de Beaupréau, ce jour-là, à trois heures du matin. Ce dernier groupe, Savary l'ignore totalement. M- Chassin, pour s'être fié à Savary, est tombé dans la même erreur. Il l'a encore aggravée, car il cite tout d'un trait le texte donné par son devancier sans même tenir compte des... de celui-ci (Cf. Chassin, Vendée patriote, III, 9i3). Le document était pourtant à son entière disposition aux Archives historiques de la guerre et il dit lui-même l'avoir eu entre les mains {ibid., p. 27, note 1). Le chiffre de dix mille prisonniers Républicains délivrés à ce moment, d'après Kléber, ne paraît pas exagéré si l'on veut bien considérer que, le 18 octobre, il y avait à Saint-Florent non seulement les prisonniers enfermés précédemment et depuis longtemps déjà dans l'abbaye, dans diverses maisons de cette place et dans les bourgs voisins, mais encore tous ceux qui avaient été refoulés depuis quelques jours des autres dépôts établis à Mortagne, Cholet et Beaupréau. Ce serait vraiment allonger démesurément cette note déjà trop longue, que de donner ici la bibliographie copieuse de la question. Je me permettrai de renvoyer à la nomenclature que j'en ai donnée dans ma très imparfaite étude sur Bonchamps et le passage de la Loire, 69 et s., dans laquelle j'ai insuffisamment discuté le chiffre de ces prisonniers ; cf. également les documents reproduits par M. Chassin, Vendée patriote, III, Qia-219.
KLÉBER EN VENDEE. 23l
on voyait encore quantité de ces malheureux : à peine avait-on tiré deux coups, qu'on les vit se jeter à l'eau et gagner la rive opposée à gué, et en jetant les hauts cris. Il ne fut donc plus possible de douter qu'ils eussent transporté la guerre sur la rive droite de la Loire ^ On donna ordre de marcher sur Saint-Florent, à l'avant-garde du général Beaupuy et à la colonne de Luçon, commandée depuis la veille par le général Ganuel ^. Cette dernière brigade devait passer sur la rive droite, et suivre l'ennemi à la piste. Beaupuy devait côtoyer la rive gauche, et venir passer cette rivière aux Ponts de-Gé, à marche forcée,
1, Merlin et ses collègues, toujours outrés dans leurs aperçus, écrivirent alors au Comité de Salut public et à la Convention : « Vive la République! la guerre de Vendée est finie... il n'est plus de Brigands.... » Hélas ! elle n'avait fait que changer de théâtre. (Note du manuscrit.)
2. « Marceau n'était encore qu'adjudant général, Léchelle le retint près de lui à son état-major et donna le commandement de sa colonne au général Ganuel. » (Savary, loc. cit., II, 281.)
Simon Canuel, né aux Trois-Moutiers, en Poitou, le 29 octobre 1767. Engagé volontaire dans Limousin-infanterie le 10 février 1787, congédié le i5 avril 1788. Élu lieutenant dans le premier bataillon de volontaires de la Vienne, à la formation, le 21 novembre 1791 ; sous-lieutenant au "jo^ régiment d'infanterie, le 25 avril 1792; adjudant général chef de bataillon, le 6 août 1793, général de brigade le 20 septembre, général de division le 28 novembre de la même année. Il fit toute la guerre de Vendée. Commandant de Lyon et du département du Rhône, le 19 mai 1797, il reçut, le 23 septembre suivant, l'ordre de cesser toute fonction ; réformé en 1800, remis en activité en i8o5 ; disponible, le 17 mai 1808; rayé du tableau de l'état-major général, le 22 mars 1809, comme ayant faussement attribué à son frère, dans son propre état-major, un grade auquel il n'avait pas été nommé. Rappelé à l'activité le 12 juin 1814 ; en non-activité, le i»"^ septembre de la même année. Il prit part au soulèvement Vendéen pendant les Cent-Jours ; député de la Vienne à la Chambre introuvable (i8i5-i8i6). Inspecteur général d'infanterie, il présida le conseil de guerre qui condamna à mort le général Travot, son ancien camarade. Gouverneur de Lyon en 1817, il fut accusé par son chef d'état-major, le colonel Fabvier, d'avoir lui-même fomenté les troubles qu'il réprima. Commandant de la ai« division militaire au moment de la Révolution de juillet, il fut mis définitivement à la retraite par ordonnance du roi Louis-Philippe en date du 20 août i83o. Retiré à Loudun, on l'accusa de conspirer en faveur des Bourbons de la branche aînée. Mort le 11 mai 1840. Il avait été créé baron héréditaire par ordonnance royale du 18 juin 1817.
pour couvrir Angers ; ces ordres furent ponctuellement exécutés i.
A peine les Rebelles eurent ils évacué Varades et Ancenis, que les habitants s'empressèrent de conduire, sur notre bord, les bateaux qui n'avaient pas été coulés bas et qui nous facilitèrent le passage. Merlin se jeta dans la première barque, avec quelques chasseurs de la légion de Kastel, et atteignit encore, à Ancenis 2, les traîneurs de l'arrière-garde. Ils voulurent se défendre, mais ils furent immolés à la vengeance nationale.
1. « Dans la nuit du 18 au 19 (octobre), un parti de cavalerie se porta sur Saint-Florent, d'après l'avis qu'on avait reçu à minuit qu'une colonne de Brigands passait la Loire devant Varades. Le 19, l'avant-garde de Mayence marcha à Saint-Florent, où elle fut canonnée toute la journée par les Brigands qui avaient établi une batterie à la Meillerayepour empêcher le passage de la Loire (par les Républicains). Le 20, elle fut soutenue par la colonne de Luçon. Pendant ce temps, il se tenait à Beaupréau, le 19, un conseil de guerre, dans lequel il fut arrêté que l'avant-garde continuerait de harceler l'ennemi, soit en passant la Loire à Saint-Florent, soit en se portant à Angers par la rive gauche de la Loire, dans le cas où cette ville serait menacée, et que le corps d'armée se porterait directement sur Nantes, qui se trouvait alors sans défense et qui pouvait tomber au pouvoir des Brigands, s'ils eussent porté leurs pas de ce côté. Léchelle était d'avis de continuer de poursuivre l'ennemi avec l'armée tout entière ; mais on lui observa que le passage de la Loire présenterait des difficultés et des lenteurs... » {Pierre Choiidieu à ses concitoyens et à ses collègues, ag-So.)
La colonne de Luçon, commandée par Canuel, ne traversa pas immédiatement la Loire à Saint-Florent, comme la dernière phrase de Kléber le donnerait à penser. Savary, qui faisait fonction d'officier d'état-major, écrit à ce sujet : « Le rapport du capitaine Hauteville ayant fait connaître qu'il n'existait aucune embarcation à Saint-Florent, l'avant-garde du général Beaupuy reçut l'ordre de se porter aux Ponts-de-Cé à marche forcée et la colonne de Luçon..., l'ordre de suivre le mouvement de l'avantgarde, s'il n'existait aucun moyen de passer la Loire à Saint-Florent. » (Savary, loc. cit., II, 280-281.) La division de Luçon était encore à Saint- Florent, se disposant à passer la Loire, le 21 octobre. (Gf ibid., 295.)
Kléber ne dépassa pas Beaupréau de ce côté et remonta vers Nantes, par la Ghapelle-Heulin, avec le gros de l'armée; la précision des détails qu'il donne sur ce qui se passa vers Saint-Florent, Lire, Varades et Ancenis s'en ressent.
2. Merlin passa la Loire en face d'Ancenis, le 19. Il ne resta pas longtemps sur la rive droite, car le lendemain il écrivait de Saint-Florent aux administrateurs du département de Maine-et-Loire.
Quant à l'armée, elle marcha le même jour à la Ghapelle-Heulin, où elle bivouaqua sur le grand chemin. Le lendemain, elle traversa Nantes, et vint occuper, à une 29 vendémiaire
.111 io'/^ »T (20 octobre).
lieue de cette ville, le camp de baint ueorges ^ a 1 excep- Le principal tion des sfrenadiers de Blosse, et de quelques chasseurs corps d'armée tra-
o ' n T verse Nantes et
et gendarmes, qui marchèrent sur le Loroux 2, et, de là, occupe le camp de
. . Saint-Georges à
sur Haute et Basse-Goulaine, pour côtoyer ensuite la rive une lieue de la gauche, et marcher à notre hauteur, jusqu'à Chantoceaux, ^' ^' et même jusqu'aux Ponts-de-Gé, s'ils ne trouvaient pas la facilité de passer la rivière à Ghantoceaux. Le corps d'armée dut faire un séjour au camp de Saint-Georges, pour 30 vendémiaire
(21 octobre).
y prendre des vivres, Haxo resta à Beaupréau avec les séjour du corps troupes sous ses ordres, et fut chargé de ramasser tous de^'saînt-Georges* les canons, caissons, matières combustibles, et généralement tout ce que les Brigands avaient abandonné, pour le faire transportera Gholet, et, de là, à Nantes; après quoi, il devait fournir différentes garnisons, et, avec une colonne agissante, achever de détruire ce qui était resté de Rebelles sur la rive gauche de la Loire.
Je crois devoir faire mention ici, qu'en arrivant à Beaupréau, les sept représentants du peuple, dont j'ai parlé plus haut, déférèrent à Marceau et à Blosse, tous deux adjudants généraux, le grade de général de brigade, et à moi, celui de général divisionnaire, avec l'intention de dater nos commissions du jour de la bataille de Cholet.
1. Camp établi sur la route de Paris, à une lieue en avant de Nantes, sur la rive droite de la Loire et couvrant la ville de ce côté.
2, Le Loroux-Bottereau, chef-lieu de canton, alors du district de Clisson, aujourd'hui de l'arrondissement de Nantes (Loire-Inférieure), sur un coteau à trois kilomètres au nord des marais de Goulaine : à six kilomètres au nord de la Loire ; à vingt kilomètres est de Nantes; seize, est-nordest, de Pont-Rousseau ; vingt-neuf, nord-ouest, de Beaupréau ; sept, nord, de la Chapelle-Heulin ; neuf, est, de Basse-Goulaine ; huit, nord-est, de Haute-Goulaine.