CHAPITRE PREMIER
Avant de parler des différentes marches que nous fîmes sur les deux rives de la Loire, à la poursuite des ennemis, je crois devoir dire un mot sur la manière dont ils effectuèrent le passage de cette rivière.
Cette entreprise doit faire époque dans cette cruelle guerre, pas autant par ses suites réelles, que par celles que Ton avait à craindre, et qui entraient dans les projets des chefs des Révoltés.
Ils avaient choisi Saint-Florent pour exécuter ce passage :
1° Parce que ce bourg, situé sur une hauteur escarpée, domine la rive opposée, et que la rivière était alors guéable en cet endroit, non seulement pour la cavalerie, mais encore pour les gens de pied, qui ne prenaient de l'eau que jusqu'à mi-corps ;
2° Parce qu'une île assez considérable pouvait leur servir d'entrepôt et faciliter le transport de leurs équipages et de leur artillerie ;
3° Enfin parce qu'on avait négligé de faire descendre
sur Nantes tous les bateaux de la rive droite, qu'ils pouvaient regarder comme une proie assurée, s'ils étaient assez heureux pour s'emparer du poste de Varades, ainsi qu'il arriva.
Varades ^ était occupé par environ mille hommes Républicains et quelques pièces de canon; le poste, quoique dominé par les hauteurs de Saint-Florent, offre infiniment de ressources pour défendre le passage de la Loire. Quelques batteries bien entendues, un simple retranchement, du sang-froid, de la fermeté dans celui qui le commandait auraient pu arrêter, au moins quelque temps, les Rebelles et leur en imposer. Mais le général en chef, ou son chef d'état-major ayant négligé d'instruire le commandant de ce poste de la marche et des desseins de l'ennemi, aucune précaution ne fut prise pour le recevoir 2. L'appareil d'une armée de dix à quinze mille hommes, s'avançant avec trente pièces de canon, étonna. On fusilla bien environ une heure. On tira quelques coups de canon, et puis, croyant avoir fait tout ce qu'il était possible de faire, on
r. Varades, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Ancenis (Loire- Inférieure). Bourg important sur la grande route de Paris à Nantes, i deux kilomètres au nord de la rive droite de la Loire sur laquelle est bâti le village de la Meilleraye, point où abordèrent les Vendéens passant la Loire et situé en face de Saint-Florent-le-Vieil. A treize kilomètres, est, d'Ancenis ; cinquante et un, nord-est, de Nantes ; huit, ouest-sud-ouest, d'Ingrande.
2 « Il n'existait sur la rive droite de la Loire que quelques postes d'observation. Tout était nouveau dans l'état-major de l'armée de l'Ouest. Le général Canclaux, qui étendait une sage prévoyance sur tous les points confiés à sa défense, venait d'être remplacé par un général accouru en poste et incapable de commander et de diriger de grandes opérations. Il n'avait pu prendre aucune connaissance ni des hommes ni des choses, aussi n'avait-il donné aucun ordre. Le général Fabre-Fonds, autre militaire de la même espèce que son chef, était à Angers, chargé de la défense de la rive droite de la Loire. Il avait sous ses ordres le général Olagnier, à Angers, et le général Moulin, aux Ponts-de-Gé. Il avait d'ailleurs peu de troupes à sa disposition, et aucun moyen de communication avec le général en chef dans l'intérieur du pays. » (Savary, loc. cit., II, 291-292.)
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se retira et l'ennemi devint maître des deux rives. Ancenis et Oudon attaqués en même temps furent, de même, abandonnés i.
Après la bataille de Cholet, les Rebelles suivirent, dans leur consternation, les quinze mille hommes qui s'étaient rendus maîtres de Varades, et qui avaient été détachés de la grande armée avant cette bataille, comme je l'ai dit plus haut, pour s'emparer de ce poste, et toute l'armée
I. Le commandant du poste de Varades a été arrêté et le tribunal militaire ou révolutionnaire d'Angers l'a condamné à la peine de mort, qu'il subit dans cette commune. Les généraux en chef ont à se reprocher de n'avoir pas donné à cet officier une instruction plus positive et de ne lui avoir pas ordonné de faire construire les travaux nécessaires pour rendre son poste plus respectable. Mais on était loin, sans doute, de songer que l'ennemi tenterait une entreprise aussi hardie qu'extraordinaire, tous ceux qui ont connu cet ofRcier l'ont regretté comme un parfait patriote. (Xote du manuscrit.)
Ce n'est pas le commandant du poste de Varades qui fut condamné à mort, mais l'adjudant général Tabary, qui commandait en sous-ordre à Saint-Georges-sur-Loire et s'était porté jusqu'à Ingrande. (Cf. Benaben, Rapport au département de Maine-et-Loire, i4; — Savary, loc. cit., II, 293.)
Philippe-Joseph Tabary, originaire d'Arras, était adjoint aux adjudants généraux et servait en Vendée lorsque, le 29 août l'j^i, Rossignol, « d'après la connaissance certaine qu'il avait de son patriotisme et de sa bravoure », demanda pour lui au ministre de la guerre le grade d'adjudant général «c pour marcher sous ses ordres à la Vendée ». Sa nomination ne se fit pas attendre, et, dès avant le 17 septembre, il commandait à Saint- Georges-sur- Loire. Un mandat d'arrêt fut décerné contre lui, le 5 octobre, par le comité de surveillance et révolutionnaire d'Angers. Mais, si l'arrestation eut lieu, elle fut de courte durée, car Tabary était revenu à son poste quelques jours après. II se porta avec quatre ou cinq cents hommes jusqu'au hameau de la Riottière, commune d'Ingrande, au croisement des routes de Paris à Nantes et de Laval à la Loire, à l'extrême limite de son commandement et, aussitôt qu'il apprit le passage de la Loire par la colonne de d'Autichamp et du chevalier de Turpin, le i;j octobre, il avait réclamé du secours à son chef, le général Olagnier, qui lui envoya trois cents hommes. Tabary, déféré à la commission militaire d'Angers, présidée par Félix, fut condamné à mort le i5 pluviôse an II (3 février 1794), pour n'avoir pas su défendre victorieusement son poste, et guillotiné le lendemain (Cf. Arch. adm. de la guerre. Dossier Tabary ; — Arch. de Maine-et-Loire, Comité révol. ; — Greffe de la cour d'Angers, Registres de la commission Félix; — Benaben, Rapport aux administrateurs du départ, de Maine-et-Loire, i4).
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ennemie réunie, dirigea de suite ^ sa marche sur Candé 2, et, de là, à Laval 3. Partout où elle passa, elle fut estimée à plus de soixante mille combattants 4. sans y comprendre
1. « Les Vendéens restèrent deux ou trois jours à Varades, où ils rendirent les honneurs funèbres à M. de Bonchainps qui était mort en traversant la Loire.... — Pendant le séjour des royalistes à Varades, leurs chefs s'assemblèrent pour nommer un général en chef... Le choix tomba sur M. de La Rochejaquelein. Son courage intrépide généralement reconnu méritait cette distinction, mais sa grande jeunesse pouvait mettre obstacle à sa nomination... Sa conduite a bien justifié le choix qu'on avait fait de lui. » (Gibert. loc cit., 102, io3.)
« Toute notre armée étant entièrement passée, nous remontâmes la rive droite de la Loire, abandonnant Varades et Ancenis, qui avaient été nos points de débarquement. On ne s'arrêta pas à Ingrande, dont la garnison fut poursuivie, le 19 octobre au matin, au delà du bourg de Saint- Georges, près Angers. A la hauteur d'Ingrande, nous prîmes à gauche, route de Candé ; de ce dernier point nous fûmes à Ghâteau-Gontier, passant par différents endroits dont je ne me rappelle pas, mais partout où nous arrivions il fallait livrer un combat pour y rester. Les gazettes avaient publié qu'ayant été détruits sur la rive gauche, quelques-uns de nous seulement s'étaient sauvés presque sans armes et avec un plus grand nombre de femmes et d'enfants, de sorte que dans la confiance qu'il n'y avait qu'à se présenter pour achever de nous exterminer, la moindre garnison qui se trouvait sur notre passage venait nous le disputer ; surtout qu'il y avait, je crois, un décret par lequel toute ville (jui nous eût laissés passer sans combattre aurait été supposée royaliste et traitée comme telle. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., i56-i57.)
2. Candé, chef-lieu de canton du district puis de l'arrondissement de Segré (Maine-et-Loire). Ancienne ville à l'extrême limite de l'Anjou et de la Bretagne de ce côté ; traversée par la grande route d'Angers à Rennes et celle de Laval à Ingrande et à la Loire. A dix-neuf kilomètres, sudouest, de Segré; trente-sept, ouest-nord-ouest, d'Angers : cinquante-quatre, sud-ouest, de Château-Gontier; trente, sud-est, de Chateaubriant ; huit, nord, de la Cornuaille, Presque à la naissance de l'Erdi'e et au confluent de cette rivière avec les ruisseaux des Mandies.
3. Laval, chef-lieu du département de la Mayenne, sur la rivière de ce nom. La route de Paris à Rennes et à Brest y croisait, dès avant i^gS, celle de Caën à Nantes. A soixante-dix kilomètres, nord, d'Angers; trentedeux, nord, de Château-Gontier; trente, sud, de Mayenne ; soixante-douze, ouest, du Mans ; soixante-six, nord-ouest, de la Flèche ; trente-quatre, est-sud-est, de Vitré ; soixante-huit, est, de Rennes; quarante-sept, sud-est, de Fougères. Sa population était alors de 14,000 âmes environ.
4. Ce chiffre paraît notablement exagéré. L'armée Vendéenne, réunie à Laval le 25 octobre, aurait compris seulement trente mille fantassins, douze mille cavaliers et cent quatre-vingts artilleurs, auxquels vinrent s'ajouter, le lendemain et jours suivants, environ six mille chouans, soit
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les prêtres et les enfants, et environ neuf à dix mille femmes : elle était pourvue de trente deux pièces de canon, dont plusieurs du calibre de 12 et des caissons à proportion. Tous les mécontents de la rive droite de la Loire accoururent de toute part et grossirent aussi la horde fanatique.
Beaupuy avec son avant-garde, renforcée de quelques bataillons qui la portèrent à quatre mille hommes, Canuel, avec la colonne de Luçon, d'environ trois mille hommes, Westermann 1, avec sa légion, la suivirent à la piste, par des chemins diiïérents, ainsi qu'il en a déjà été parlé ^.
au total quarante-huit à cinquante mille hommes. (Cf. Angot, Dict. hist. de la Mayenne, I, 829.)
1. François-Joseph Westermann, né à Molsheim, en Alsace, en 1764. Écuyer des écuries du comte d'Artois (178;;) ; avocat au conseil supérieur d'Alsace, puis greffier de la municipalité de Haguenau, il figura dans les émeutes dont cette ville fut le théâtre en 1788. Arrêté et poursuivi à raison de ces faits, il est remis en liberté. On le retrouve à Paris au 10 août 1792, à la tête des fédérés du Finistère, qui assiègent les Tuileries avec les Marseillais. Lié avec Danton, il est nommé adjudant général et envoyé à Tarmée du Nord dans l'état-major de Duraouriez. Colonel de la légion du Nord, le 27 septembre 1792, il fait preuve d'une bravoure et d'une hardiesse extrêmes. Impliqué dans l'affaire de Dumouriez et décrété d'accusation le 2 avril 1798, mis hors de cause le 4 mai suivant par la Convention, il est nommé général de brigade le i5 du même mois et employé avec sa légion à l'armée des côtes de la Rochelle, sous Biron. D'une activité invraisemblable, il ne cessa de harceler les Vendéens et contribua puissamment, malgré ses fautes, à leur destruction finale. On l'a surnommé le Boucher de la Vendée, et il aimait à se parer de ce titre. Rentré à Paris à la fin de ijgS, il fut décrété d'accusation et arrêté avec Danton et ses amis, le 3i mars 1794, condamné à mort et exécuté avec eux le 5 avril.
2. « Le général Bouin-Marigny resta chargé jusqu'à nouvel ordre du commandement des troupes depuis Nantes jusqu'à Paimbœuf. Blosse parcourait avec ses grenadiers la rive gauche de la Loire, qu'il devait désarmer avant de passer le fieuve. Le reste de l'armée Républicaine était, au 21 octobre, disposé sur la rive droite de la Loire, de la manière suivante : l'avant-garde de Beaupuy, forte d'environ trois raille hommes, à Angers. Le corps d'observation d'Olagnier, de même force, en avant d'Angers, sur la route d'Ancenis. La division de Canuel, de deux à trois mille hommes, à Saint-Florent, se disposant à passer la Loire. Kléber au camp de Saint-Georges, avec le reste de la colonne de Mayence. Chalbos, à Nantes, avec son corps d'armée, Westermann, dans la même ville, avec
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Le i®' brumaire, le corps d'armée, qui avait passé la i" brumaire
T . , TVT • 1 1 o • . /-. (-2 octobre).
Loire a JNantes, quitta le camp de baiiit-(jeorges, se Le corps dar-
rendit le même jour à Oudon, où il prit position. ^e'^ainloeo^s
Le 2 brumaire, il traversa Ancenis, et fut posté en «'t «e porte sur Ou-
don.
avant de cette ville. Le 3, il traversa Gandé et s'établit à -s brumaire quelque distance de la ville. iis^LmSdé.
Le 4» le corps de Westermann et celui de Beaupuy se 4 brumaire réunirent à Ghâteau-Gontier, à cinq heures du soir; leurs ii passeur setroupes étaient harassées de fatie^ue. Westermann prit ^'^ et se porte jus-
^ ° "^ qu à Samt-Sau-
le commandement des deux corps, et voulut, sans prendre veur-de-Fiée. de repos, marcher sur les Brigands alors à Laval. Beau- westermann joint puy lui fit l'observation qu'ayant encore six lieues à faire, àCh'âttau^Gonu^er on n'arriverait à Laval qu'à nuit close, et que le soldat, ^es deux corps
réunis se dirigent
abattu de lassitude, serait hors d'état de rien entreprendre ; sur Lavai pour at-
1 • lY" j. j-x j-t • '11 • taquer l'ennemi.
qu en diiierant cette attaque jusqu au lendemain, on pour- y^^ g^^^ attaqués rait non seulement prendre des dispositions plus sûres, eux-mêmes et obii-
*■ ■*■ ^ gés de se replier
mais que l'on serait encore renforcé par le corps aux or- sur Château-Gon-
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dres du général Canuel qui n'était plus qu'à une très petite journée de Ghâteau-Gontier i. Toutes ces considéra-
sa cavalerie. Le général en chef était resté à Nantes avec son état-major. — On n'était pas encore certain de la direction que prendrait l'armée Catholique. Cependant on se mit en marche le 22, avec l'ordre de poursuivre les Brigands sans relâche et sans les perdre de vue; c'était là toute la tactique du général en chef et des représentants. — Beaupuy partit d'Angers, se dirigeant sur Candé, Westermann eut l'ordre de prendre la direction de Niort, et Kléber de suivre la rive droite de la Loire jusqu'à Ancenis, pour se porter ensuite sur les derrières des Rebelles. Olagnier ne reçut aucun ordre; sa marche d'Angers était encore ignorée. » (Savary, loc. cit., II, 295-296.)
I. Chàteau-Gontier, chef-lieu de district puis d'arrondissement du département de la Mayenne, sur la rivière du même nom. La vieille ville, bâtie sur un rocher taillé à pic, domine la rive droite de la rivière et la partie moins accidentée, construite sur la rive gauche, lui a été annexée seulement depuis la Révolution. La communication entre les deux rives est assurée par un pont qui dépendait des fortifications et constitue le plus ancien passage connu sur la Mayenne. La route de Laval à Angers le traverse. A trente et un kilomètres sud de Laval; vingt-six, nord, du Liond'Angers ; quarante-huit, nord-nord-ouest, d'Angers ; vingt, est, de Craon.
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tions ne purent déterminer Westermann à revenir sur son projet. Avide de gloire, il voulut profiter du moment où. les circonstances lui remirent le commandement par ancienneté, pour faire un coup d'éclat; ainsi, ne consultant que son courage, il se mit en marche, enivré de son affaire de Ghatillon, de laquelle, disait-il, il voulait donner une seconde représentation. Arrivé à la Croix-Bataille I, il envoya Hauteville, capitaine des Francs à cheval, reconnaître Tennemi. L'ardeur de cet officier l'emportant sur la prudence, il chargea les premiers postes, et tua de sa main une sentinelle des Brigands. Bientôt l'alarme se répand dans Laval ; on y sonne le tocsin, et, au moment où nos troupes commençaient à se déployer, l'ennemi, revenu de sa première frayeur, marchait à leur rencontre. Westermann voulut changer alors les dispositions de Beaupuy et, tandis qu'on exécutait ce nouveau mouvement, les Rebelles s'approchaient en silence. Gomme ils avaient pour guides les commandements de nos officiers, ils attaquèrent au moment où l'on s'attendait encore à ne les joindre que dans la ville (il était alors minuit). Quoique pris à l'improviste, nos soldats ne s'en conduisirent pas moins avec leur valeur ordinaire; la droite surtout fit des prodiges. Le combat fut très opiniâtre, et l'obscurité de la nuit contribua à le rendre très sanglant. La victoire fût restée à nos troupes, si la cavalerie de Westermann eût voulu suivre l'exemple de celle
I. Landes de Croix-Bataille, défrichées en 1823, commune d'Entrammes (Mayenne), à environ quatre kilomètres en avant de Laval vers Chàteau-Gontier. Elles s'étendaient entre la Mayenne et la Jouanne. depuis Saint-Pierre-le-Potier (bourg dépendant de la commune de Laval, à quatre kilomètres en aval, sur la Mayenne), jusqu'au Breuil-aux-Francs (ancienne commanderie de Malte situe-e dans la commune et à trois kilomètres d'Entrammes, à droite de la route de Laval). La route de Chàteau-Gontier à Laval traverse ces landes.
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des Francs ; mais, au lieu de charger, elle rétrograda et porta le désordre dans la colonne. Westermann, accablé par le grand nombre des ennemis, vit alors que l'audace ne suffisait pas toujours pour obtenir du succès : il ordonna la retraite, qui s'effectua en assez bon ordre jusqu'à Ghâteau-Gontier ».
L'armée y arriva le lendemain dans la matinée. Je pré- s brumaire
, - . , - , -, . , T 1, ^ •> i-'ii -» (-^ octobre).
cédai de quelques heures 1 arrivée de 1 armée a Lliateau- Gontier ; je me rendis chez le général en chef et les représentants du peuple qui logeaient ensemble. En arrivant, je m'informai si l'on s'était occupé des dispositions à prendre pour les troupes qui étaient en marche. On n'y avait pas encore songé ; mais on répara ce défaut de prévoyance par une délibération de quelques minules, prise sans aucune considération de l'état de dénûment absolu où se trouvait le soldat. On décida que l'armée ne ferait que
1. « L'armée (Vendéenne) se reposait depuis quelques jours en cette ville (Laval) ; le jeudi au soir (25 octobre), les cavaliers envoyés à la découverte rapportèrent que l'ennemi... paraissait dans les landes d'Entrarames, à trois lieues sur la route de Château-Gontier. M. de La Rochejaquelein se décida à aller l'attaquer sur-le-champ, et le combat s'engagea malgré l'obscurité de la nuit; elle était telle que l'on se battait pêlemêle, on prenait des munitions indistinctement dans les caissons les uns des autres. » (Gibert, loc cit., io4)
« ...C'était l'avant-garde d'une armée (Républicaine) d'environ quarante-cinq mille hommes, laquelle avant-garde, composée en grande partie de Mayençais, pouvait être au plus de six mille hommes. — Nous l'atteignîmes vers minuit à la plaine dite Croix-de-Bataille. Le combat fut terrible et, tant qu'il dura, les Mayençais ne perdirent pas un pouce de terrain. Quoiqu'on se battît à portée de pistolet, l'engagement fut long; mais enfin les Mayençais, après avoir perdu plus de la moitié de leur nombre, firent leur retraite, laissant le champ de bataille couvert de leurs morts, chacun dans l'ordre où il avait combattu et représentant parfaitement leur ligne. — De chaque côté, on ne s'était tant approché qu'à cause de l'épaisseur des ténèbres, et l'on se tirait au jugé, se dirigeant l'un par le feu de l'autre. Ce fut cette obscurité qui nous empêcha de poursuivre l'ennemi. » (Poirier de Beauvais, loc. cit.., iSg-iôo.) — Beauvais exagère le chifi're de l'armée de l'Ouest qui ne devait pas dépasser trente mille hommes. Westermann et Beaupuy avaient bien environ six mille hommes d'engagés ; mais ils n'en perdirent pas la moitié.
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traverser Château-Gontier, et qu'elle irait occuper la position de Villiers *, trois lieues plus loin, à moitié chemin de Laval. Il fut, en conséquence, donné ordre aux adjudants généraux Scherb et Damas, d'aller reconnaître la position, et d'assigner à chaque division et à l'avant-garde l'emplacement qu'elles devaient occuper.
Le général Westermann, qui rencontra ces adjudants généraux, leur dit qu'il fallait absolument renoncer à cette position et se porter sur Entrammes 2, à deux lieues plus loin que Villiers , et où il avait eu son combat, la veille. Il tenait si fortement à cette opinion qu'il conduisit l'avant-garde légère, alors commandée par le général Danican ^, jusqu'au pont au delà de ce vil-
1. Villiers-Charlemagne, alors chef-lieu de canton du district de Château-Gontier, aujourd'hui commune du canton de Grez en-Bouère, arrondissement de Château-Gontier (Mayenne). A dix-neuf kilomètres sud-sudest de Laval; douze nord-ouest de Château-Gontier; quatorze ouestnord-ouest de Grez-en-Bouère ; dix sud-sud-est d'Entrammes.
2. Entrammes, commune du canton de Laval, sur une petite hauteur, entre la Mayenne à l'ouest et ses deux affluents de gauche, la Jouanne au nord et l'Ouette au sud et à l'est. Au croisement du grand chemin de Rennes au jNlans et de la route d'Angers à Laval par Château-Gontier. A neuf kilomètres sud-sud-est de Laval, et vingt-deux nord de Château- Gontier.
3. Louis-Michel- Auguste Thévenet Danican, né à Paris le 28 mars 1764; volontaire de première classe sur la frégate VAmphitrite,du 7 juin 1779 au ;; février i;;8i, engagé dans Barrois infanterie le 20 novembre 1782, congédié par grâce le 24 août ijS6, rengagé dans le régiment de cavalerie de Quercy le ij décembre de la même année, gendarme de la Reine le 5 décembre 1785 ; licencié avec ce corps le i" avril i;j88 ; commandant de la garde nationale du district de Saint-André-des-Arts, le i3 juillet 1789; lieutenant dans la légion du Midi, le a5 juillet 1792 ; lieutenant-colonel aux éclaireurs de l'armée de Montesquiou, devenus le 8" hussards; envoyé à Saumur à la tête de ce régiment en 1793; chef de brigade le 18 mai, dans l'armée des côtes de la Rochelle ; il se distingua aux combats des i5 et 17 juillet, à Martigné-Briand, où il fut blessé à l'épaule ; ayant contribué à la reprise des Buttes d'Erigné le 5 septembre, il est fait général de brigade le 3o du même mois, et attaché peu après à l'armée de l'Ouest, d'abord sous Léchelle. Suspendu par Bouchotte, après la dénonciation d'Aldebert, il se trouvait à Angers le 3 et le 4 décembre 1793, pendant l'attaque des Vendéens, qu'on l'accusa plus tard d'avoir favorisée. Après avoir
lage ï. Cependant les soldats qui, ce jour-là, avaient déjà fait huit lieues sans vivres, et la plupart sans souliers, étaient harassés de fatigue, lorsqu'ils arrivèrent à nuit tombante à Villiers. Il eût été plus qu'imprudent de leur faire faire encore deux lieues dans cet état, pour prendre position au milieu de la nuit, à proximité de l'ennemi, sur un terrain que le général Westermann seul avait vu, et qu'encore il n'avait pu reconnaître que la nuit. J'ordonnai donc positivement que l'on resterait à la position de Villiers et que l' avant-garde rebrousserait chemin et viendrait occuper les hauteurs et le pont, en avant de la position 2. Cette marche rétrograde donna beaucoup de désagréments à Danican. Les soldats, qui le voyaient pour la première fois, crurent que c'était par ignorance qu'il avait fait faire ce chemin. Ils murmurèrent, et le chef de bataillon Aldebert ^, commandant les chasseurs républi-
commandé à Lorient en 1794, puis dans la Seine-Inférieure, il donna sa démission. Il commandait les insurgés dans la journée du i3 vendémiaire an IV (5 octobre ijgS). Condamné à mort par contumace le 29 vendémiaire par le Conseil militaire séant au Théâtre-Français ; réfugié en Suisse, il se mêle aux intrigues anglaises, pendant le Consulat et l'Empire. Malgré des démarches nombreuses, il ne put obtenir que la Restauration lui rendît son grade. Mort à Itzehœ, dans le Holstein, en 1848.