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Sur la Jouanne, au-dessous d'Entrammes

« Je reçois l'ordre d'aller à l'avant-garde lui indiquer sa position ; il fallait pour arriver à Laval passer sur un pont placé dans un fond au delà du village d'Entrammes, dominé par deux hauteurs immenses. Le général Danican et moi nous prîmes la position de ces hauteurs avec trois cents hommes. Je fis avertir Léchelle d'arriver ou d'envoyer des forces pour fortifier ce poste important ; il avait placé l'armée à deux lieues de là et ordonna de quitter ces hauteurs. Je lui fis sentir, mais inutilement, cette faute, et lui prédis que l'armée serait battue à ce passage. » (Westermann, Campagne de la Vendée, Paris, an II, 18-19.)

2. Sur rOuette, à quatre kilomètres et demi en avant d'Entrammes en venant de Villiers-Charlemagne, et à cinq kilomètres et demi, au nord de ce dernier point.

3. Aldebert, né à Paris en 1760, soldat dans le régiment de Neustrie de 13177 à 1791, avec lequel il fit sept campagnes de terre et cinq de mer contre les Anglais ; chef du bataillon parisien des Quatre-Nations, lors de la formation (a5 septembre 1392) ; avait fait partie de la garnison

cains,un lâche de profession, au lieu d'apaiser le tumulte, l'excita encore davantage ; de manière que tout le monde rentra au camp, et le poste du pont ne fut plus occupé que par une grand'garde de cavalerie. J'appris tout cela trop tard pour y porter remède.

Après avoir parcouru la position qu'occupait ma division, je rentrai à mon quartier général, où l'on m'apprit que Léclielle venait de me faire dire que je devais donner les ordres aux deux divisions, ainsi que nous en étions convenus. Je lui fis répondre, par un officier de mon étatmajor, que nous n'étions convenus de rien, et que s'il le jugeait à propos, je me rendrais chez lui. L'officier, le trouvant ronflant dans son lit, n'osa l'éveiller; j'écrivis donc, au hasard, deux ordres, l'un à Beaupuy, resté avec son avant-garde à Ghâteau-Gontier, l'autre à Blosse, qui venait d'arriver en cette ville avec ses grenadiers, en leur prescrivant de se rendre, le lendemain de bonne heure, au camp, avec leurs troupes, en laissant seulement un fort poste pour la défense du pont ^. La lettre de Blosse a été inclase dans celle de Beaupuy, et je suis encore à savoir

de Mayence et y avait été blessé à Taffaire d'Ocheim ; blessé de nouveau à l'affaire de Château-Gontier. Lors de l'amalgame de son bataillon dans la 6'^ demi-brigade légère, Hoche le laissa sans emploi et le mit à la suite; il y était encore en l'an VIII, malgré ses réclamations, lorsqu'il fut chargé d'instruire des conscrits à la suite de la 8"= demi-brigade légère ; commandant de la 2« compagnie des hommes de couleur à l'île d'Oléron ; accusé d'exactions à Mantoue, réformé sans traitement le 5 ventôse an XIII (24 février i8o5). Sur ses réclamations, il fut admis au traitement de réforme. Il avait dénoncé Kléber et Danican au club des Jacobins à la suite de l'affaire d'Entrammes.

I. Le pont de Ghâteau-Gontier, sur la Mayenne, ouvrant la route d'Angers.

La Mayenne prend sa source à dix-sept kilomètres ouest-nord-ouest d'Alençon, à la Fontaine-du-Maine. Son cours propre est de cent quatrevingt-quinze kilomètres environ, sa largeur mesure entre cinquante et quatre-vingts mètres. Par sa jonction avec la Sarthe, unie elle-même au Loir, elle constitue, un peu au-dessus d'Angers, la Maine qui arrose cette ville et se jette dans la Loire après un cours de dix kilomètres.

comment et pourquoi le premier ne reçut la sienne que le lendemain vers midi, tandis que les deux lettres parvinrent à Beaupuy à onze heures du soir.

Westermann, Marceau, Savary et Danican vinrent ensuite souper avec moi. Le premier fit grand tapage de ce que l'armée ne s'était pas portée sur les hauteurs d'Entrammes. « Si l'ennemi, dit-il, s'empare de ce poste demain, nous ne l'en débusquerons pas aisément. » Il avait raison; mais, s'il est des moments où l'on peut tout exiger des troupes par un enthousiasme excité à propos, il en est d'autres où l'on tenterait en vain de les électriser, et où il faut se borner à les contenir dans le cercle ordinaire de leur devoir. Alors Léchelle avait, par sa lâcheté, par son ignorance et par l'insouciance qu'il apportait à pourvoir aux besoins des soldats, déjà tellement aliéné leurs esprits, que tout se faisait avec humeur et qu'on n'entendait que murmurer.

Nous causâmes ensuite sur la bataille qui devait se donner le lendemain. Savary connaissait Laval et nous donna sur sa situation les éclaircissements les plus détaillés. Il pensait avec moi qu'il fallait remettre l'attaque d'un ou même deux jours, et pour donner aux soldats le temps de se refaire, et pour faire avancer le corps de quatre mille hommes qui se trouvait alors à Vitré ', afin

I. Cette troupe, que Benaben évalue seulement à deux mille hommes, sous les ordres de l'adjudant général Ghamberting, se trouvait non pas à Vitré, mais à Craon ; elle appartenait à l'armée des côtes de Brest, elle fut rejointe le soir même de la déroute d'Entrammes par la colonne Olagnier (Cf. Lettre de Benaben du ii novembre i^gS). 11 ressort de cette lettre que Rossignol n'atteignit pas cette force armée à Craon, comme il le dit dans sa Vie véritable, p. 33^, mais seulement après qu'elle eut été refoulée de cette ville sur Ghâteaubriant par les Vendéens.

Chamberting (François-Marie-Julien), né le a8 juillet 1^55 à Gameppe, dans le pays de Liège, élève d'artillerie, gendarme de la garde (1771-1775), sous-lieutenant dans le régiment de La Mark en 1782, capitaine le i«' juillet 1792, dans le même régiment devenu le 77» d'infanterie, qui était em-

de pouvoir attaquer à la fois, sur tous les points et sur les deux rives de la Mayenne, le poste dont il s'agit ^. Dembarrère survint ; il fut du même avis. Marceau, qui faisait les fonctions de chef de l' état-major, en l'absence de Robert qui resta à Nantes, sous prétexte d'une incommodité 3, se chargea d'en faire la proposition à Léchelle, qui 6 brumaire dormait toujours. Jc ne sais comment elle fut reçue. Le

(27 octobre). , , . . ^

lendemain matin, Savary se rendit aussi chez lui et insista sur l'exécution de ce plan. Léchelle consentit à l'adopter, et renvoya Savary vers moi pour m'en prévenir 3. Pendant ce temps, la colonne de Beaupuy arrive de Ghâteau-Gon-

ployé en Bretagne. Il se distingua aux environs de Landerneau, le i5 avril i;;93, puis à Port-Saint-Père ; nommé adjudant général chei" de bataillîa le ao mai, par les représentants du peuple, sur la demande de Ganclaux ; adjudant général chef de brigade, en vendémiaire an III, sur la proposition de Hoche ; retraité et fixé à Nantes le i" brumaire an VIII.

I. Suivant sa façon coutumière à peu près constante, Savary mêle au récit de Kléber et met dans la bouche de ce dernier ses propres observations, rectifiant même parfois, comme ici, sur certains points de détail, le général mayençais. Voici le passage qu'il donne comme étant le texte de celui-ci : « Il (Savary) nous fit sentir que l'attaque faite par la rive gauche de la Mayenne réussirait difficilement, parce qu'il suffisait de couper le pont de Laval ou d'y établir une batterie, pour la rendre presque impossible ; que l'on trouverait beaucoup plus d'avantages, en dirigeant cette attaque par la rive droite, parce que, de ce côté, on arriverait sur les hauteurs qui dominent la ville et qu'il ne se présenterait aucun obstacle ; que si l'on s'obstinait à continuer la marche sur la rive gauche, il fallait du moins faire une diversion sur l'autre rive, en faisant marcher sur cette direction la colonne de l'armée des côtes de Brest, commandée par l'adjudant général Chamberting qui se trouvait à Craon ; qu'ainsi il fallait rester dans ses positions et différer l'attaque d'un et même de deux jours.... » (Savary, loc. cit., Il, 3oo-3oi.) — On trouvera plus loin l'exposé détaillé de Savary et le plan d'attaque proposé par lui et accepté par Kléber et tous ses collègues, mais que rejeta le général en chef Léchelle.

2. Robert avait fait une chute de cheval quelques jours auparavant, le i8 octobre, à Beaupréau, et fit courir le bruit qu'il avait été blessé. (Cf. Lettre de Rossignol ou Annales de la guerre dans G. Bord, Revue de la Révolution, 1884, documents inédits, 3q.)

3. « Il donna même l'ordre à Olagnier, qui arrivait avec sa colonne et dont on n'avait pas entendu parler jusqu'alors, d'aller rejoindre Chamberting à Graon, pour marcher avec lui sur Laval, mais il ne fut donné aucun ordre ni avis à Chamberting. » (Savary, loc. cit., II, 3oi.)

tier ; il était environ deux heures après midi. Ce général, au lieu de passer chez moi, va prendre les ordres directement de Léchelle ; je ne sais quels sont ceux qu'il en reçut, mais il continua sa marche. La générale se bat et je reçois l'ordre ci-après : « L'armée va se mettre en <( marche. L'avant-garde, commandée par le général Beauce puy, sera éclairée dans sa marche par les tirailleurs. Les (( généraux de division auront soin de faire tenir l'ordre « dans la marche. Arrivés au champ de bataille dit Groix- « de-Bataille, les officiers d'infanterie mettront pied à « terre et enverront leurs chevaux à la queue de l'armée ; « arrivé au champ de bataille, on enverra un parti de (( cavalerie pour reconnaître la position de l'ennemi. »

L'on conçoit mon indignation en lisant un ordre ainsi marqué au coin de la plus crasse ignorance ; mais il fallait obéir.

Beaupuy avance toujours; ma division le suit; celle de Ghalbos était prête à se mettre en marche. Les généraux se réunirent encore et se déterminèrent à envoyer une seconde fois près de Léchelle pour lui faire des représentations sur cet ordre de marche. Vingt mille hommes filant sur une colonne i pour attaquer un poste, accessible par trois ou quatre grandes routes, sans faire aucune fausse attaque, aucune diversion, nous paraissaient une chose extraordinaire, d'autant plus que l'ennemi pouvait aisément envoyer dix à quinze mille hommes, par la route

I. « L'armée de vingt mille hommes se mit en marche en procession sur une seule colonne. » (Westermann, loc. cit., 19.)

« Nous allions dans la certitude de vaincre, mais la maladresse de notre général Léchelle nous arracha la victoire. Il nous faisait tous marcher sur une seule colonne ; nous défilions deux à deux sur la grande route et nous occupions un espace immense, tandis que notre avant-garde, qui essuyait le feu bien exécuté d'un ennemi qui l'attendait, rangé depuis longtemps en bataille, ne pouvait être secourue que par deux ou quatre hommes à la fois, qui étaient renversés, pour ainsi dire, en apparaissant. » (Broussais, loc. cit., 17.)

au delà de la Mayenne, pour forcer le poste de Ghâteau- Gontier, et nous prendre ensuite entre deux feux. Westerniann fut chargé de cette mission, il ne fut pas écouté. Cependant le canon se fait entendre. Marceau, qui était parti avec Beaupuy, vient me dire que toute l'armée ennemie était en bataille sur la hauteur d'Entrammes; je fais avancer ma division ; je me concerte avec Beaupuy qui en est déjà aux mains, et, dans le fort de la mêlée, je fais déployer mes bataillons à droite et à gauche de la route ; en un mot, je dispose tout pour soutenir efficacement Favant-garde qui cédait du terrain ^. Léchelle, suivant son habitude, ne paraît point. Il arrête même sur la grande route la deuxième division 2, sans la déployer, tandis que, par la manœuvre la plus simple, il eût pu aisément déborder la gauche de l'ennemi et le prendre en flanc 3. Dembarrère et Savary, s'en apercevant, coururent pour la chercher; ils parlent au général en chef, mais celui-ci, ayant déjà perdu la tête, au lieu d'avancer, se dispose à la retraite. La déroute se met aussitôt, ainsi qu'à Gholet, non dans ma division qui combattait, mais dans celle de Ghalbos qui ne combattait pas 4. Et Léchelle, le lâche

1. « L'armée de Mayence, qui marchait une des premières, fit tant, qu'elle parvint à se mettre eu bataille. Mais il était trop tard, ceux qui la précédaient, épuisés de cartouches et fatigués du feu opiniâtre qu'ils avaient soutenu, se replièrent. » (Broussais, loc. cit^ 17.)

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