Division Chalbos. (Cf. Savary, loc. cit., II, 3o
5. « La division Mùller était arrêtée en colonne derrière le pont de l'Ouetle. La colonne d'Olagnier se tenait avec son artillerie sur la hauteur qui domine le pont de Ghàteau-Gontier, sur la route de Craon, attendant des ordres. Olagnier n'en reçut point, et se rendit le soir à sa destination. Ces deux divisions ne prirent aucune part à l'action. Olagnier répondit à Savary, qui s'était porté vers lui pour le presser de suspendre son départ et favoriser la retraite de l'armée, qu'il lui fallait des ordres du général en chef — qui avait disparu, — et que sa responsabilité ne lui permettait pas de différer. » (Note de Savary, loc. cit., 3o2.)
4- « Les armées qui arrivaient derrière (celle de Mayence)... tournèrent le dos sans avoir fait un coup de feu. » (Broussais, loc. cit., 17.)
Léchelle, donne lui-même l'exemple de la fuite. J'avais encore deux bataillons disponibles de ma division. Dans ce désordre, je les envoie occuper le pont que nous avions derrière nous, afin qu'au moins notre retraite par ce défilé soit assurée. Le soldat, qui a toujours un œil sur le dos, aperçoit que la deuxième division est en fuite; aussitôt il s'ébranle pour la suivre; cris, exhortations, menaces sont vainement employés ; le désordre est au comble, et pour la première fois je vois fuir les soldats de Mayence. Lennemi nous poursuit, il s'empare successivement de nos pièces qu'il dirige contre nous ; la perte des hommes devient considérable i.
Blosse, qui n'avait reçu que vers midi l'ordre de se porter à Villiers, sortait de Ghâteau-Gontier pour s'y rendre. Il n'avait pas fait cinquante pas qu'il voit arriver les fuyards, et son général en chef à leur tête. Il barre la route avec ses grenadiers, mais ses efîbrts sont inutiles. Il est lui-même entraîné jusqu'au delà de la ville ^.
Merlin et Turreau qui, toujours, avaient été à la tête de
1. « L'engagement commença avant midi et dura avec un acharnement incroyable jusque vers les quatre heures du soir, que les Républicains furent en pleine retraite. Plusieurs de leurs corps se débandèrent sur la droite et sur la gauche, se sauvant par la campagne; le principal se retira par la grande route avec son artillerie et ses bagages, qui tombèrent bientôt entre nos mains. — Notre poursuite fut si vive que nous ne pouvions tirer à mitraille de crainte d'atteindre nos soldats, et il arriva même que nous nous trouvâmes si près, qu'on se battit sur la route les uns à coups de baïonnette, les autres se prenant au collet. » (Poirier de Beauvais, loc cit., i6o. )
2. « Les soldats fuyaient comme des troupeaux de moutons. Chacun craignait d'être blessé, sachant bien que s'il avait ce malheur, personne n'aurait l'humanité de l'aider à se sauver. Il était aussi très dangereux de rester derrière, tant à cause du canon qui tonnait sans cesse, qu'à cause des Brigands qui auraient pu nous attaquer. Toutes ces considération.s, faites en bien moins de temps qu'il ne nous en faut pour le dire, rendaient le soldat si alerte, que moi, qui me sentais indisposé depuis quatre ou cinq jours, j'eus une peine infinie à me sauver. » (Broussais, loc. cit., i8.)
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la colonne, s'efforcent en ce moment de rallier les soldats ; ils réussissent parfois à en ramener quelques centaines qui, par leur contenance, arrêtent quelque temps l'ardeur de l'ennemi. Enfin, la nuit nous surprend, et nous avions à peine passé le pont de Ghâteau-Gontier, que déjà l'ennemi était entré dans la ville et nous tirait des coups de fusil par les fenêtres ^. On peut aussi croire que ce furent les habitants eux-mêmes. Je trouvai au pont de cette ville F adjudant-major des Francs, nommé Kuhn, qui avait rallié autour de lui une vingtaine d'hommes pour le garder et le défendre. Le louant de son courage, je lui promets de venir à son secours dès que je serais parvenu à réunir une centaine d'hommes de bonne volonté. J'en rencontre, les uns conduits par le chef de bataillon O'Kelly, du 62^ régiment, vieillard de soixante-dix ans, les autres par Gérard, capitaine au 2^ bataillon du Jura. Je les mets en bataille sur la place, ayant le pont devant eux.
Le brave Blosse arrive aussi avec les grenadiers qu'il commandait et, comme un autre Horatius Goclès, il resta le dernier pour défendre le pont. Il ne put pourtant pas arrêter les Rebelles, mais il ne quitta la place qu'après avoir été blessé d'un coup de feu. J'employai tous les moyens pour m'en rendre maître de nouveau, sans pouvoir réussir. L'adjudant général Damas et mon aide de camp Buquet, à la tête de cinq ou six hommes à cheval qu'ils parviennent à rassembler, essayèrent de charger l'ennemi; mais, à peine arrivés dans la rue étroite qui débouche sur le pont, les Brigands firent sur eux un feu
I. « 11 était environ onze heures du soir quand nous arrivâmes à Château-Gontier ; l'armée Républicaine venait d'y arriver, ayant été précédée par une infinité de fuyards qui avaient répandu l'alarme partout ; c'était une confusion horrible. » (Poirier de Beau vais, loc. cit., i6o.)
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de file tellement nourri qu'il leur fut impossible d'approcher.
Les représentants du peuple Merlin et Turreau avaient, de leur côté, fait placer une petite troupe et deux pièces d'artillerie sur l'esplanade du château qui domine la rivière, et d'où elles pouvaient battre la route de Ghâteau- Gontier à Laval ; mais une colonne de l'armée catholique, qui avait passé la Mayenne près de Villiers, vint attaquer ce poste par le flanc, et le força bientôt de se replier, tandis que l'autre partie de l'armée Rebelle, qui nous avait suivis par la grande route, remplissait Ghâteau-Gontier i.
Je vis alors que le seul parti qui nous restait à prendre était de mettre quelque ordre dans notre retraite, pour aller occuper la position derrière la rivière d'Oudon, au Lion-d'Angers 2. Dans cet instant, Blosse se présente encore, la tête ceinte d'un mouchoir qui bandait sa plaie. Il appelle et réunit de nouveau quelques-uns de ses grenadiers. Il veut tenter au moins d'arrêter l'ennemi, puisqu'il ne pouvait s'emparer de la ville 3. Mais déjà les
1. « L'ennemi (les Républicains) avait conservé jusque-là encore deux pièces de canon, qu'il mit en batterie dans la ville, sur la hauteur dominant la route par où nous venions. Il faisait si noir que ces pièces ne nous tirent aucun mal. — Je fis serrer nos gens sur la droite, parce que, la montagne étant coupée à pic dans cet endroit, ils se trouvaient être à l'abri du canon,.. Dès notre entrée, ceux qui servaient les deux pièces, pour nous tenir en échec, les laissèrent et se retirèrent promptement. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 160-161.)
2. Le Lion-d'Angers, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Segré (Maine-et-Loire), sur la rive droite de l'Oudon et à trois kilomètres nordouest, à vol d'oiseau, au-dessus du confluent de cette rivière et de la Mayenne. A vingt-deux kilomètres nord-ouest d'Angers; vingt-six sud de Château-Gontier ; quinze est-sud-est de Segré. Sur la route d'Angers à Ghâteau-Gontier et à Laval.
3. « Savary court à lui. Viens avec moi, lui dit-il, tâchons de rétablir l'ordre dans la retraite. — Non, répond vivement Blosse, il n'est pas permis de survivre à la honte d'une pareille journée. » (Savary, loc. cit., II, 3o4)
Savary rapporte cet incident comme s'il faisait partie du récit de Kléber.
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Brigands, maîtres des deux pièces d'artillerie qu'ils avaient prises sur l'esplanade du château, les avaient tournées contre nous; et le malheureux Blosse avait à peine fait quelques pas qu'il en est frappé d'un coup mor tel. Il tombe, et plusieurs de ses braves compagnons d'armes, en voulant venger sa mort, expirent à ses côtés. Ainsi périt l'un des plus vaillants et des meilleurs officiers de l'armée.
L'ennemi, depuis la hauteur qui domine et enfile la route sur plus d'une lieue, tire précipitamment plusieurs coups de canon à boulet et mitraille, qui portent tous au milieu de notre colonne, et y jettent la confusion, l'effroi et la mort. Infanterie , cavalerie, canons et chariots se précipitent les uns sur les autres; xme nuit obscure, les gémissements des blessés et les soupirs plaintifs des mourants impriment à ce spectacle affreux un caractère plus terrible. Il ne fut plus possible de faire observer aucune espèce d'ordre de marche, et les soldats ne s'arrêtèrent que là où ils n'entendirent plus le feu de la mousqueterie ou du canon et qu'ils furent assurés que l'ennemi cessait de les poursuivre '. Nous abandonnâmes à l'ennemi, dans cette horrible déroute, la première dont je fus témoin, dix-neuf pièces de canon, autant de caissons, plusieurs chariots chargés d'eau-de-vie et de pain, et je perdis plus de mille hommes de ma division, qui donna seule. Le général Beaupuy se battit avec son intrépidité ordinaire ; il reçut une balle qui lui traversa le corps 2.
I. « Nous allâmes jusqu'à trois heures au delà, sur la route d'Angers, où nous bivouaquâmes. » (Broussais, loc. cit., 19.)
a. c Transporté dans une cabane à peu de distance de Château-Gontier, sur la route d'Angers, on mit un premier appareil sur sa plaie et l'on se disposait à le transporter plus loin, lorsqu'il dit avec ce calme qui ne l'abandonnait jamais : Qu'on me laisse ici, et que l'on présente ma chemise sanglante à mes grenadiers... Il fut conduit à Angers. » (Savary, loc. cit., 3o5.)
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Beurmann, chef du deuxième bataillon du 62* régiment i, Cuisinier, chef du huitième bataillon des Vosges, le capitaine commandant le deuxième bataillon de Seine-et-Oise, moururent honorablement sur le champ de bataille. Barris 2, capitaine de l'artillerie volante, doué de la plus brillante valeur, y reçut aussi un coup mortel. La légion des Francs, celle de Kastel, les bataillons de la Haute- Saône, le troisième bataillon de la Nièvre, le quatrième du Haut-Rhin, le cinquième de l'Eure, les bataillons des 62^, 82^ et 32^ régiments, ceux des Fédérés et des Amis de la République, tous de ma division, ont infiniment souffert. Lorsque les blessés de ces différents corps entrèrent à Angers, on leur demanda de quelle armée ils étaient, et répondant tous : « de celle de Mayence », les habitants leur prodiguèrent les soins les plus fraternels et témoignèrent d'autant plus d'intérêt à leur sort, que, parmi les nombreux fuyards, qui avaient d'abord porté la consternation dans cette ville, il n'y avait pas eu un seul soldat de Mayence, ni un blessé. Ceci me rappelle une anecdote du général divisionnaire Mùller. Je lui dois la justice de dire que, quoique sa division ait fui avant d'avoir vu l'ennemi, il resta de sa personne et, réunissant ses efforts aux nôtres pour rallier les soldats, il fit avec nous, c'est-à-dire avec presque tous les généraux, l' arrière-garde, tant qu'il fit jour; mais il disparut à la nuit et s'en fut droit à Angers. Des membres de l'administration de cette ville lui marquèrent le lendemain, d'une manière très amère, leur
1. Frédéric-Auguste de Beurmann, né à Nancy le 19 septembre 1777 ; soldat en 1^88; au moment du siège de Mayence, il était sous-lieutenant au 62' d'infanterie, ci-devant Salm-Salm ; baron de l'Empire par lettres patentes du 3o octobre 1808; général de brigade le 6 août iSii; commandeur de la Légion d'honneur: mort le 6 avril i8i5.
2. Barris avait été élevé à l'école militaire de Sorèze, avec Henri de La Rochejaqueleia.
étonnement de le voir ainsi éloigné de l'armée, et le pressèrent de s'en retourner, ce qu'il fit i. Une pareille aventure lui était déjà arrivée lors de la première affaire de Ghâtillon. Cependant les soldats, harassés, abîmés de fatigue, s'étaient arrêtés sur la route ; on en mit une grande partie en bataille dans une position ; ils allumèrent des feux et passèrent ainsi la nuit. Les maisons, les fermes et les châteaux à proximité du chemin regorgeaient de blessés; la confusion était encore grande, et partout on n'entendait que gémissements. Léchelle avait poussé jusqu'au Lion-d'Angers, où je reçus ordre de me rendre le lendemain matin; nous n'avions que trois lieues à faire 2.
Tel fut le résultat de cette fatale journée, et de l'inconcevable entêtement d'un homme si peu fait pour commander. Il est cependant vrai que, si la deuxième division avait voulu donner, se déployer et seconder les efforts de la première division, rien n'eût été perdu, et on aurait encore pu espérer des succès, malgré les mauvaises dispositions, desquelles l'ennemi ne sut pas d'abord profiter. Mais, je l'ai déjà dit, elle lâcha pied avant d'avoir vu un seul ennemi et ne démentit pas l'opinion qu'elle avait fait concevoir d'elle à Gholet. On verra pourtant, dans un instant, que c'est à l'armée de Mayence que Léchelle voulut attribuer toute la faute de ce revers.
1. « A cette occasion, le général divisionnaire MûUer a fui jusqu'à Angers, d'où il fut chassé par le comité révolutionnaire, la même nuit. » (Westermann, loc. cit., 19.)
2. « Depuis quatre jours j'étais sans nouvelles de l'armée de Mayence ; je ne savais pas même sur quel point s'était portée la retraite. J'avais marché du côté de Craon et, après le troisième jour de marche, j'appris que l'armée s'était dirigée sur Angers et que le général Boucret, avec quatre mille hommes, avait opéré sa retraite sur Rennes. Ainsi je marchais d'un côté et les troupes républicaines se retiraient de l'autre. Je me trouvais au milieu des Brigands et ne m'en suis retiré que par des chemins de traverse, en passant par Vitré. » (Rossignol, Vie véritable, qSj.)
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