CHAPITRE SECOND
On se mit le lendemain en marche avant le jour, dans 7 brumaire
, , , n 1 1 (28 octobre).
la crainte qu apercevant notre désordre et notre laiblesse, il ne prît envie à l'ennemi de nous harceler de nouveau. L'armée traversa le Lion-d'Angers et prit, au delà de cette ville, une position avantageuse, couverte par la rivière de rOudon. Le pont était gardé par l'avant-garde légère, et on y établit partout des postes de surveillance ; il faisait très froid, très humide, et le soldat découragé était nu et sans souliers. On voyait des bataillons réduits à seize hommes, T armée à sept mille hommes au plus, de vingt mille qu'elle était la veille ; mais la ville d'Angers regorgeait de fuyards.
Léchelle en fuyant sur Château-Gontier, tandis qu'on se battait encore à Entrammes, s'écria : « Qu'ai-je donc fait pour commander à de pareils lâches? » Un soldat de Mayence lui répondit : « Qu'avons-nous fait pour être commandés par un pareil J... f.... ? » Gela donna infiniment d'humeur à ce grand homme et, comme il se trouva le matin sur la route, derrière le Lion-d'Angers, pour indiquer aux soldats la place de leurs divisions, il affecta d'apostropher les Mayençais d'une manière mortifiante, tandis qu'il traitait très fraternellement les autres. L'armée étant enfin rangée en bataille, il voulut la parcourir avec moi ; mais alors il n'y eut qu'un cri : « A bas Léchelle, à bas !.... Vive Dubayet ! qu'on nous le rende! Vive Kléber ! » Il n'osa continuer et il s'échappa, pour porter ses plaintes aux représentants. Je voulus parler aux soldats et leur faire sentir qu'en eux-mêmes, dans leur peu de
fermeté, se trouvait en grande partie la cause de la défaite honteuse qu'ils venaient d'éprouver. Mais lorsque je me vis au milieu de ces braves, qui jusqu'ici n'avaient connu que des victoires, et qui tant de fois s'étaieut couverts de gloire, lorsque je les vis s'empresser autour de moi, dévorés de douleur et de honte, les sanglots étouffèrent ma voix ; je ne pus proférer un seul mot..., je m'en fus.
A deux pas de là, sur la route, je rencontrai Choudieu, Merlin et Turreau ; le premier me dit : « Je suis bien fâché que les soldats aient crié Vive Dubayet !» — « Sachez donc, lui répondis-je, accorder quelque chose à leur douleur, à leur confusion ; c'est la première déroute qu'ils essuient, c'est la première fois qu'ils éprouvent la honte d'avoir fui devant un ennemi que jusqu'ici ils avaient toujours vaincu. » — « Je leur passe d'avoir apostrophé Léchelle, répond Choudieu ; ils l'ont vu fuir, il ne mérite plus leur confiance ; mais ils auraient dû s'en tenir là i. » Alors on me fit la proposition de prendre le commande ment en chef et, comme je la rejetai formellement : « ïu ne peux le refuser, me dit-on, c'est en toi que le soldat a le plus de confiance, tu peux seul relever son courage. » — « Je le relèverai, son courage, sans commander en chef, et je le ferai obéir à quiconque vous mettrez à notre tête, à
I. « Westermann, toujours imprudent, disait hautement au milieu de la route : Non, je n'obéirai point à un lâche. Je suis un insubordonné. Je demande un congé ou ma démission !... Il obtint la permission de s'absenter et partit pour Niort. » {JVote de Savary, loc. cit.^ So;.)
« Il n'est venu dans l'esprit de personne d'attribuer cette fatale journée à la perfidie du général en chef Léchelle ; les avis furent partagés sur sa conduite militaire, mais il n'y eut qu'une voix pour rendre justice à son patriotisme et à ses intentions. Si le succès ne couronna pas ses efforts, on l'attribua à un concours de circonstances qu'il n'était pas aisé de prévoir et auquel il fut impossible de remédier. » (Choudieu et Richard, Rapport sur la guerre de la Vendée, 71.)
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Léchelle môme, s'il ne veut plus fuir. D'ailleurs pourquoi jetez-vous les yeux sur moi, tandis que vous avez ici un divisionnaire ^ qui, à l'expérience de quarante ans de service, joint le ton du commandement et les formes nécessaires pour inspirer de la confiance. Je souffrirais chaque fois que je serais obligé de donner des ordres à un tel homme. Enfin, ajoutai-je, supposons que vous n'avez pas la plus haute idée de ses talents ; ne pouvez-vous pas lui prescrire par votre arrêté de se faire assister du conseil des autres généraux, lorsqu'il s'agira d'une opération importante? Vos collègues à l'armée des Pyrénées, dans une pareille circonstance, ont pris cette mesure et ont eu lieu de s'en applaudir. » On se rendit à mes raisons, et les trois représentants ci-dessus arrêtèrent avec Dourbotte, Fayau et Bellegarde, que ce dernier engagerait Léchelle à demander un congé pour le rétablissement de sa santé ; que Ghalbos prendrait le commandement en chef par intérim et qu'il se ferait assister par le conseil des autres officiers généraux 2. Le général de brigade Nouvion 3, très