Chalbos
2. « Je ne parlerai point de la bataille de Cholet ni de celle de Laval, je n'y commandais point. Je me borne à dire que l'armée de l'Ouest, composée d'environ vingt mille hommes, ayant été repoussée de Laval, et Léchelle étant tombé malade, le commandement provisoire m'en fut donné a l'unanimité des représentants du peuple, Merlin, Bourbotte et ïurreau, ainsi que des généraux. Je fis beaucoup de représentations pour que le choix tombât sur un autre que moi; le mauvais état de ma santé me faisait un devoir de le demander avec instances, et ne pouvant tout voir par moi-même, j'aurais désiré, en attendant un congé qui m'était promis, n'avoir que ma division à conduire. Mais comJiattu par les raisonnements de plusieurs de mes camarades et plus encore par ceux des représentants du peuple, j'oubliai que je pouvais à peine monter à cheval et je laissai prendre l'arrêté qui me constituait commandant provisoire de l'armée de l'Ouest et que le Comité de salut public a ratifié. » (Chalbos, Campagne d la Vendée, Mémoire au Comité de salut public, 10 ventôse an II (28 février i:;94). aux Arch. hist. de la guerre, V, 6).
3. Jean-Baptiste Nouvion, né à Mézières, le 26 janvier i;53; cavalier au régiment du Roi le 17 février i;:i ; maréchal des logis en i;8o ; passé
bon officier, fut nommé par Ghalbos chef de son étatmajor.
Sitôt que Léchelle eut connaissance de cet arrêté, il commença à tousser violemment. Il dîna néanmoins le même jour avec nous, et là il eut l'absurde impudeur de vouloir donner à comprendre que cette défaite n'était due qu'à l'or de Pitt, qui avait influencé l'armée de Mayence. « Mais, ajouta-t-il, je découvrirai ce complot et malheur aux traîtres ! » Je voulus parler, on me poussa; déjà mes yeux et mon geste s'étaient expliqués. Mais chacun ayant le sourire du mépris sur les lèvres, que me restait-il à dire » ?
8 brumaire Le lendemain matin, on tint un conseil de sruerre ; il
(29 octobre). . , . ,
avait pour objet d aviser si on garderait la position du Lion-d'Angers, ou si on se porterait sur Ghàteau-Gontier,
comme porte-étendard dans la cavalerie des Trois-Évèchés le i5 septembre i;84; réintégré au io« régiment de chasseurs à cheval en mai 1788; aide de camp avec le grade de capitaine, le 22 février i^gS; adjudant générai en Vendée; était, au mois de mars 1793, chef d'état-major delà division établie à Foatenay-le-Comte. Chef de brigade, il se distingue lors de la défaite de Tarmée Républicaine à Fontenay, le a5 mai, en couvrant la retraite avec Beaufranchet d'Ayat. Général de brigade le 3o juin, suspendu le 3o septembre, alors qu'il était encore chef d'état-major de la division de Chalbos ; requis par les représentants du peuple d'avoir à demeurer en fonction, il continua de servir jusqu'au 4 frimaire an II (24 novembre i;93), époque où Rossignol l'obligea à quitter l'armée; ce fut lui qui réorganisa en quelques jours l'armée de l'Ouest, à Angers, après la déroute d'Entrammes. Réintégré le 11 ventôse an III (i" mars 1790), et envoyé peu après à l'armée de la Moselle. Il dut prendre sa retraite en l'an Vlli pour cause de blessures et d'infirmités, et se retira à Belle. Lors de l'invasion de x8i4, il demanda un emploi et fut envoyé à Dijon, commandant de la citadelle. Retiré en Suisse après la Restauration, il revint à Délie en 1818. Mort à Délémont (Suisse), le 4 août 1820, laissant une veuve sans fortune.
1. « Son caractère (à Kléber) était celui de la fierté et de la franchi::e, on peut ajouter qu'il allait quelquefois jusqu'à la rudesse ; il était ennemi de toute espèce d'intrigue, de flatterie et de bassesse ; il sentait vivement les bons comme les mauvais procédés et s'en expliquait vivement. » (Savary, Notes jiianascrites sur la guerre de Vendée. Arch. hist. de la Guerre : Mémoires historiques, Vendée.)
KLÉBER EX VENDEE. îiSq
pour attaquer de nouveau l'ennemi à Laval. Merlin, Turreau, Dembarrère et quelques autres ayant opiné pour faire avancer Tannée, je pris la parole et dis : « Je crois qu'il faudrait d'abord mettre en question si nous avons une armée, ou si nous n'en avons pas ; si nous sommes en état de marcher, d'avancer et de combattre, ou si nous ne le sommes pas. Déjà vous auriez décidé cette question si, comme moi, ce matin avant le jour, vous aviez parcouru le front du camp, et que vous eussiez vu le soldat mouillé jusqu'aux os, sans tentes, sans paille, sans souliers, sans culottes, et quelques-uns sans habits, dans la boue jusqu'à mi-jambes, grelottant de froid et n'ayant pas un ustensile pour faire la soupe; si, comme moi, vous eussiez vu des drapeaux entourés de vingt, trente, ou cinquante hommes au plus, qui forment les divers bataillons; si, comme moi enfin, vous les eussiez entendus s'écrier : « Les lâches sont à Angers; ils y sont dans l'abondance, et nous, nous sommes ici en proie à la plus profonde misère ! » Alors vous penseriez avec moi qu'il n'est pas possible de rien entreprendre avant d'avoir organisé l'armée, avant de l'avoir restaurée tant au moral qu'au physique. En louant le zèle de Dembarrère, j'observe qu'il sort du génie, qu'il n'a jamais vécu avec le soldat, qu'il voit tout sous les rapports d'une tactique géométrique, et rien sous celui de la moralité, et qu'il est cependant très souvent nécessaire de concilier l'une et l'autre. Or, je décl^^e que dans l'état où je vois nos soldats, il est impossible qu'on puisse en espérer la moindre chose. » — <k Tu conclus donc? » me dit-on. — « Je conclus qu'il faut faire entrer les débris de l'armée à Angers. » ...Je fus hué. « Et comment les tireras-tu ensuite de ce gouffre? » — « Plus facilement que vous n'en retireriez actuellement les deux tiers de l'armée qui y sont déjà, et sans lesquels je vous défie de rien entreprendre. » —
12 6o KI.ÉllEU l.N VENDKK.
(' Mais ils vont se livrer à la plus aîTreuse débauche ! »
« C'est là le pire. Aussi raon intention serait-elle de ne les laisser que le temps nécessaire pour réorganiser l'année dans sa totalité, et pour lui procurer des souliers et autres effets indispensables dans une saison si rigoureuse. De fréquents appels, des revues les tiendraient en haleine. Ils iront au café, au cabaret, tant mieux ; chaque verre devin qu'ils boiront ranimera leur courage. Ils raconteront à leurs hôtes, à leurs camarades, à leurs maîtresses, leurs exploits passés ; ceux-ci les applaudiront et les rendront avides de nouveaux lauriers. Vous aurez alors dans quelques jours une armée, non seulement réorganisée, mais pour ainsi dire régénérée. Je ne parle pas d'un avantage non moins essentiel que peut procurer ce séjour ; c'est celui-ci : le soldat trop riche trouvera le moyen de dépenser un argent qui le rend lâche et apathique pour son métier. » Mon avis passa et on arrêta que, le lendemain, l'armée se rendrait à Angers.
On nous donna une alerte le même jour, dans l'aprèsmidi, en nous assurant que quantité de Brigands filaient sur la rive gauche de la Mayenne, pour passer cette rivière aux villages de Neuville ^ ou de Juigné ^, afin de nous attaquer sur nos derrières, en même temps que Tonnons attaquerait de front et sur notre flanc gauche, par le chemin de Ségré ^. Marceau et moi fûmes cliargés de faire la
1. Neuville, bourg sur la rive droite de la Mayenne en face de Grez sur la rive gauche, avec lequel il constitue la commune de Grez-Neuville, canton du Lion-d'Angers. A cinq kilomètres sud du Lion ; dix-huit, sudouest, de Segré. La route d'Angers au Lion-d'Angers et à Chàteau-Gontier passe à sept cents mètres de l'agglomération de Neuville.
2. Juign''-sur-!tl;ufîe, bourg sur la rive droite de la Mayenne, en face de Béné sur la rive gauche, avec lequel il constitue la commune de Juigné- Bénè. Le bourg est bâti sur un coteau escarpé dominant la rivière. En 179.3, Juigné faisait partie de la commune de Montreuil-Belfroy, à un kilomètre au sud.
3. Ségré, chef-lieu de district, puis d'arroidisseiuent, du département
KLKBEll EN VENDEE. 20 1
reconnaissance le long de cette rivière ; et JÎarigny, (|rà avait eu le commandement des troupes de Nantes à Paimbœuf depuis que l'ennemi avait passé la Loire, étant venu nous rejoindre au Lion-d'Angers, eut ordre de faire lareconnaissance sur notre front, sur la route de Ghâteau- Gontier, et sur celle de Ségré. On reconnut bientôt que l'alerte était fausse. Le lendemain de grand malin, l'armée s brumaire se mit en marche pour Angers, à la grande satisfaction de Marche sur Ania troupe. A chaque village, les bataillons grossissaient ^^'^" par des soldats qui avaient abandonné leurs drapeaux, pour se soustraire au bivouac ; et on ne fit peut-être pas assez d'attention à cette lâche désertion, cjui aurait dû être punie très rigoureusement. La marche s'efîectua dans le meilleur ordre.
On séjourna dans cette ville six jours complets, qui fu- lo-i 5 brumaire
., -, , X , . t, , 1 (3* octobre-o no-
rent utilement employés a équiper 1 armée, autant que les vembre). circonstances le permettaient. A défaut d'elTets en masra- ^<^J""'" ^.'^""
r r> gers ; ce qui s y
sins, on mit en réquisition les habits, vestes, redingo- passa. tes, uniformes des citoyens de la ville, ainsi que tous les souliers qu'on put trouver. D'un autre côté, Nouvion travailla sans relâche à l'organisation de l'armée, qui, par un arrêté du Comité de Salut public, devait être totalement amalgamée, de manière que l'armée de Mayence ne fit plus un corps distinct.
Cet amalgame ne fit pas grande impression sur le soldat et, quoique les chefs mayençais devinèrent aisément que cette mesure du Comité de Salut public ^ n'était qu'une
de Maine-et-Loire. A trente-six kilomètres nord ouest d'Angers ; quinze, ouest-nord-ouest, du Lion-d'Angers.
I. Le représentant du peuple Turreau me prit à part pendant l'un de ses séjours à Angers et, s'eniermant avec moi, il me donna lecture d'une lettre du Comité de Salut public qui lui avait été adressée, ainsi qu'à ses collègues Bourbotte, Prieur (de la Marne) et Francastel ; il y était question de la déroute de Laval, et, après quelques réflexions sur cette affaire,
suite des calomnies de Léchelle contre eux et cette armée, ils ne se prêtèrent pas moins de la meilleure grâce à son exécution, parce qu'ils en sentaient l'utilité, sous le rapport de l'esprit de jalousie et de haine, qui s'introduisait sensiblement dans les différentes divisions, et dont l'effet pouvait devenir préjudiciable aux intérêts de la République.
Pour moi, je crus devoir porter toute mon attention pour que la répartition des bataillons qui avaient acquis de la renommée se fit dans les différentes brigades, de telle manière que chaque général pût compter sur une bonne tête de colonne.
On tint aussi plusieurs conseils de guerre, en présence des représentants Turreau, Prieur (de la Marne), Bourbotte et Francastel ^ sur la manière dont on continuerait la guerre, et on avait beaucoup de peine à prendre un
le Comité engageait ces repi'ésentants à se délier de moi, Kléber, et du général Haxo, comme de deux royalistes, ou au moins à nous observer de très près, et nous mettre hors d'état de nuire à la chose publique. II me lut aussi, de suite, la réponse qu'ils avaient faite à ce même Comité et dans laquelle ils mettaient en opposition la conduite des deux généraux prétendus royalistes et des deux prétendus républicains. Les premiers avaient entre eux deux remporté vingt victoires depuis quatre mois, tandis que les autres ne s'étaient signalés jusqu'ici que par autant de défaites. Kléber et Haxo échappèrent donc, pour cette fois, à la destitution dont ils étaient menacés, aux fers, aux traitements atroces et à la guillotine, qui en était alors la suite. {Note du manuscrit.)
I. Marie-Pierre-Adrien Francastel, administrateur du district d'Évreux, député suppléant de TEure à la Convention, admis à siéger le 27 juin i'jQ3, en remplacement de Bu/ot. Envoyé en mission dans l'ouest pour y rétablir la concorde et l'unité d'action entre généraux et entre représentants. Il se montra particulièrement implacable dans la répression de l'insurrection Vendéenne et dans l'exécution des décrets de mise hors la loi. Dénoncé comme terroriste par la Société populaire d'Angers, après le 9 thermidor ; accusé à la tribune par Loffîcial, Bézard et plusieurs de leurs collègues ; renvoyé par la Convention devant le Comité de Législation. Employé au ministère de la Guerre sous le Directoire ; démissionnaire lors de la retraite de Bernadette, le 29 fructidor an VIL « Occupé (^es jardins de la citoyenne Bonaparte » sous le Consulat.
parti, par le défaut de données sur la marche et les intentions de l'ennemi, lorsqu'une dépêche de Rossignol mit fin à cette incertitude. Ce général, craignant pour Rennes, proposait la jonction en cette ville de l'armée de l'Ouest et de celle de Brest, sous le commandement d'un seul chef. On envoya aussitôt à Rennes le chef du génie Vérine et l'adjudant général Nattes, pour se concerter avec Rossignol sur la manière d'opérer cette jonction, qui s'effectua ensuite, ainsi que Ton verra ci-après.
Le i3, Nouvion, chef d'état-major, ayant annoncé au conseil de guerre que le travail relatif à la réorganisation et à l'amalgame de l'armée était fini, il fut arrêté que le lendemain, chaque général divisionnaire passerait la revue de sa division, et assignerait à chaque bataillon son rang de bataille. Aucune réclamation ne se fît entendre de la part des chefs, et le soldat bien disposé, passablement équipé, reprit de la confiance et le sentiment de sa force I.
Marigny, qui avait été nommé général de brigade à Nantes par le représentant du peuple Gillet, reprit dans ma division le commandement de l'avant-garde légère, forte d'environ seize cents chasseurs à pied et cent, à cheval. Le général Marceau remplaça Beaupuy dans celui de l'avant-garde et de la première brigade, forte environ de
I. « La réorganisation de l'armée est terminée en ce qui concerne Tavant-garde et le corps d'armée. J'ai laissé les chefs de l'état-major à Angers pour achever celle de la réserve. Je pense que sous deux jours l'état pourra m'en être adressé. J'ai amalgamé, ainsi que tu me l'as mandé, et que le bien du service l'exigeait, l'armée appelée de Mayence et celle de Fontenay. Cette opération donne de grandes espérances, et l'armée réorganisée, bien remise ensemble et pourvue autant qu'il a été possible en tous points, annonce des succès certains sur les Brigands, par les dispositions les plus rassurantes pour les amis de la liberté... » {Le général Chalbos, commandant provisoirement l'armée de r Ouest, au citoyen Bouchotte, ministre de la guerre. Laval, 20 brumaire an II (10 novembre 1793). Arch. hist. de la Guerre, V, 14, à sa date.)
264 KLÉBEU EN VENDÉE.
trois mille hommes. Le général Gaiiuel commanda la deuxième brigade, à peu près de la même force, de manière que ma division formait sept à huit raille hommes. La deuxième division, sous les ordres de Millier, n'était pas plus forte; et l'adjudant général Klingler ^, ayant été mis à la tête d'une réserve d'environ quinze cents hommes, toute l'armée pouvait être de seize mille hommes, et se trouvait conséquemment diminuée de plus de quatre mille hommes depuis la dernière affaire de Laval.
Pendant que tout ceci se passait, l'ennemi, qui s'était contenté de nous poursuivre dans notre déroute jusqu'à Château-Gontier, y avait passé la nuit. Il marcha le lendemain sur Craon 2, où il mit encore en fuite une colonne de trois mille hommes environ de l'armée des côtes de Brest, qui se replia sur Rennes 3. Retournant ensuite à Laval, il se dirigea sur Dol4, en passant par Fou-
1. J.-B. Klingler, né à Landau le 14 avril 1^45 , enfant de troupe ; était capitaine de grenadiers au régiment de La Marck en 1790; lieutenant-colonel des grenadiers réunis en 1792, adjudant général en i^93; passé à l'armée des côtes de l'Océan, il commandait le département des Gôtes-du- Nord en 1796, lors du débarquement du comte de Serent et de ses amis, et de leur mort ou de leur arrestation dans les marais de Dol. Passé à l'armée d'Italie en i:;99; commandant d'armes à Neuf-Brisach en 1808, retraité en 1814, mort à Schlestadt le 25 juillet 1S27.
2. Craon, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Château-Gontier (Mayenne) ; au croisement des routes importantes de Château-Gontier à Rennes, par la Guerche, et de Laval à la Loire, par Ségré, qui existaient bien avant la Révolution. A vingt kilomètres ouest de Château-Gontier; vingt-sept, est-sud-est, de la Guerche ; quarante-cinq, est-sud-est, de Rennes; vingt-deux, nord-nord-ouest, de Ségré; vingt-neuf, sud-sud-ouest, de Laval; quarante et un, sud-est, de Vitré, en passant par la Guerche, le seul passage alors praticable.
3. La colonne de Chamberting, à laquelle s'était jointe, depuis la soirée du 27, celle du général Olagnier. En tout, cinq raille cinq cents à six mille hommes, d'après Jîenaben.
4- Dol-de-Brelagne, alors chef-lieu de district, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Malo (llle-et-Vilaine). Avait été jusqu'en 1790 le siège d'un évêché. A cinquante-cinq kilomètres nord de Rennes ; quatre-vingt-quinze, nord-ouest, à vol d'oiseau, de Laval ; vingtsix, sud-est, de SaintMulo; scpl, sud; de la baie du Mont-Saint-Michel.
gères ï et Antrain ^, laissant partout des traces du plus affreux brigandage, et emmenant avec lui de nombreuses recrues. Lorsque la nouvelle de cette marche rétrograde sur Laval nous parvint à Angers, nous crûmes, pour un moment, que l'intention des chefs de l'armée catholique était de se porter sur Mayenne 3 et, de là, dans les départements fertiles de la ci-devant province de Normandie, particulièrement dans celui de l'Eure, pour marcher sur Paris, projet que quelques-uns d'entre eux avaient proposé 4. Or, comme nous savions que le poste de Mayenne, fort par la nature, était occupé par environ cinq mille hommes d'infanterie et cinq pièces de canon,
1. Fougères, chef-lieu d'arrondissement du département d'Ille-et-Vilaine, vieille ville qui avait encore une importante enceinte fortifiée. A quarante-cinq kilomètres nord-est de Rennes ; cinquante-deux, ouest, de Mayenne ; trente-sept, nord, de Vitré. Sur Je Nançon, qui se jette dans le Couesnon à deux kilomètres plus bas.
2. Antrain-sur-Gouesnon, entre la rive gauche de TOysance et la rive droite du Couesnon; en amont et tout près de leur confluent; chef-lieu de canton dépendant alors du district de Dol, et aujourd'hui de Tarrondissement de Fougères. A vingt-six kilomètres nord-ouest de Fougères: quarante-cinq, nord-nord-est, de Rennes ; vingt-deux, sud-est, de Dol ; treize, sud, de Pontorson.
3. Mayenne, chef-lieu d'arrondissement du département et 'sur la rivière du même nom ; au croisement de plusieurs routes importantes. A trente kilomètres nord-nord-est de Laval ; cinquante, est, de Fougères. L'armée Vendéenne ayant quitté Laval dans la journée du i*"" novembre 1793, occupa Mayenne le lendemain, à peu près sans coup férir. (Cf. Savary, loc. cit., II, 32G.)
4. « Le prince de Talmont qui, depuis la mort d'une partie des chefs (Vendéens), avait augmenté son influence, surtout par le passage de la Loire, et encore pour avoir dernièrement, par son crédit, fait prêter de l'argent à l'armée, insista tellement pour aller en Normandie, que ce projet passa. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 167.)
« M. de Talmont voulait se diriger sur Paris, et si on ne pouvait réussir à le prendre, le tourner pour aller joindre les Autrichiens, qu'il supposait déjà en Picardie. Henri (de La Rochejaquelein) combattait ce plan pour cause de l'hiver, des femmes, des enfants à la suite de l'armée, et voulait qu'on retournât dans la Vendée, ou qu'on prît Rennes pour insurger la Bretagne. D'autres enfin, comme terme moyen, proposèrent qu'on s'emparât d'un port de mer pour y déposer les femmes, les enfants et les blessés. » (Marquise de La Rochejaquelein, loc. cit., 290 en note.)
nous étions dans la plus grande sécurité, trompeuse, car l'adjudant général Huche i, qui commandait ces troupes, avait abandonné son poste dès la première nouvelle de la marche de l'ennemi sur Laval, et s'était retiré sur Alençon 2, où il jeta la plus grande consternation. Mais lorsque
I. C'était le général de brigade Lenoir qui commandait à Mayenne : Huche commandait seulement sous ses ordres la garnison de cette place.
Lenoir de La Gochetière, né à Château-du-Loir le ii janvier 1765, De 1787 à i;;88, il avait fait un an de service dans les gendarmes écossais. Il fit partie de la garde nationale de Ghâteau-du-Loir en août 1789 ; engagé dans le premier bataillon des volontaires de la Sarthe, élu chef de ce bataillon le 3 septembre 1791. Il se distingua à l'armée du Nord; fait prisonnier au mois d'août 1798, il réussit à s'évader et fut envoyé au mois de septembre à l'armée des côtes de Brest, avec le grade de général de brigade pour prendre rang du 17 août. Il fut mis à la fin d'octobre, à Mayenne, à la tête d'un corps de 17,000 hommes, composé à peu près uniquement de gens du pays nouvellement levés, spécialement pour repousser l'armée Vendéenne. Mais sa troupe s'était dispersée à la nouvelle de l'approche des royalistes, et l'avait entraîné à se replier jusqu'à Alençon; l'adjudant général Huche suivit son chef. (Cf. Savary, Loc. cit., II, 524-527.)
Lenoir commandait à Orléans en ventôse an II ; il fut suspendu le 29 thermidor, en vertu de l'arrêté du Comité de Salut public prescrivant la refonte complète de l'armée de l'Ouest. Réintégré chef de bataillon le 17 floréal an III; admis à la retraite le i5 vendémiaire an IV (7 octobre 1:95)-
Jean-Baptiste-Michel -Antoine Huche, né à Bernay le 17 janvier 1749; soldat au régiment des Flandres (1760-1776), puis rengagé le 22 juin 1779, congédié le 22 juin 1790. Chef du 4' bataillon de la Réserve, au camp de Soissons, le 6 septembre 1792; destitué par Dumouriez en mars 1793; venu en Vendée, le général en chef le fait écarter du camp de Doué, au mois de juin de la même année, à raison de son ivrognerie et de son insolence envers les soldats, et, surtout, pour avoir causé la perte des équipages de l'armée. Adjudant général peu après, il commandait la garnison de Mayenne et évacua précipitamment ce poste le 2 novembre, à l'approche des Vendéens. Général de brigade le 28 novembre, à la place de son chef, Lenoir, rendu responsable de la débandade de Mayenne et destitué. Attaché à l'état-major du général Turreau, au commencement de 1794, et l'un des plus féroces parmi les commandants des colonnes dites infernales. Général de division le 9 avril 1794 (20 frimaire an H) ; commandant la division de Luçon, où il multiplia les exactions de tous ordres. Destitué le 4 août 1794, et décrété d'accusation en même temps que Turreau et Grignon, et pour les mêmes causes. Mis en liberté le 29 octobre 1795, e.i vertu de l'amnistie générale votée par la Convention.
2. Alençon, chef-lieu du département de l'Orne. A cinquante-neuf kilomètres, nord-est, de Mayenne,, et quarante-trois, nord, du Mans.
KLÉBER EiN VENDÉE. 267
nous sûmes que la horde fanatique se dirigeait au contraire sur la gauche, il ne nous fut pas difficile de deviner que ses desseins étaient de s'emparer d'un port, soit pour s'embarquer et échapper ainsi à la vengeance nationale, soit pour tirer du secours des Anglais et recommencer la ffuerre avec plus de visrueur ^ Nous pressâmes donc notre ^^ brumaire
^ ^ ^ . ... . (6 novembre).
départ d'Angers, et une partie de ma division en sortit le Départ d'An-
^ , . i- T ♦ A • • !•«•' a eers des premières
16 brumaire au matin. Je vais tracer ici nos aiilerentes brigades! Leur marches, jusqu'à l'arrivée de l'armée à Antrain. Lavant- "marche. garde légère et l' avant-garde couchèrent à Durtal ^ le même jour, et le lendemain à la Flèche 3; la deuxième i7 brumaire
(7 noYcmbre).
brigade partit d'Angers et coucha à Durtal.
1. « Il y eut un grand conseil (des chefs Vendéens) à Laval, pour savoir où l'armée se porterait ; on se décida pour Vitré et Rennes ensuite; c'était la seule chose raisonnable et je ne concevrai jamais comment on alla à Granville : on disait que c'était pour être secouru des Anglais... — Nous aurions dû marcher à Rennes par Vitré, pour faire révolter la Bretagne. Cependant il fut convenu, en partant de Laval, qu'on s'y rendrait peut-être de Fougères... Plusieurs personnes prétendent que Stofïlet, toujours le premier en marche avec les drapeaux et tambours, prit, de sa propre autorité, le chemin de Fougères. — Partis le 2 (novembre) de Laval, nous couchons à Mayenne... » (Marquise de la Rochejaquelein, loc. cit., 299, 3oo.)
« Cependant, on ignorait la marche et les intentions de l'ennemi ; on savait seulement qu'il s'était replié sur Laval (après sa victoire d'Entrammes et de Château-Gontier), d'où il pouvait se porter sur Paris, sur Rennes, pénétrer dans la Normandie, etc. On était dans cette attente, lorsque Rossignol, craignant pour la Bretagne, proposa la jonction des deux armées (des côtes de Brest et de l'Ouest) à Rennes, sous le commandement d'un seul chef. Enfin, on reçut l'avis que l'armée catholique dirigeait sa marche par Mayenne sur Fougères. » (Savary, loc. cit., II, 323.)
2. Durtal, sur le Loir, chef-lieu de canton alors du district de Châteauneuf-sur-Sarthe, et aujourd'hui de l'arrondissement de Baugé (Maine-et- Loire). A trente-quatre kilomètres nord-est d'Angers ; dix-huit, nordouest, de Baugé ; dix-sept, est, de Châteauneuf ; quatorze, est-sud-est, de la Flèche.
3. La Flèche, chef-lieu de district puis d'arrondissement du département de la Sarthe, sur la rive gauche du Loir. A quarante-huit kilomètres sud-sud-ouest du Mans; cinquante, nord-est, d'Angers ; vingt-sept, sud-est, de Sablé ; quatre-vingt-quatre, sud-est, de Laval.
268 KLÉBEIl EN VENDÉE.
18 brumaire ïoiitc ma division arrive et couche à Sablé ^ celle du
(8 novembre). , , -m/f-n r • i,* i . y ^ ^k
gênerai Muller au Lion-d Angers, et la reserve a la Membrolle 2.
19 brumaire Ma division se rend à Meslay ^\ celle de Muller et la
(9 novembre). , . y r^\ /->< "^ •
reserve couchent a Château-Gontier.
20 brumaire Toutc Tarmée sc réunit à Laval, où elle séjourna. On y
(10 novembre). . . ., , j'-jj''!"
Arrivée de l'ar- ^^^^ aussi uu conscil dc gucrrc et on décida, d après des mee a Laval. ^^^g ^eçus sur Ics mouvemcnts et les projets de l'ennemi, que l'armée marcherait sur Rennes 4. On craignait qu'il ne s'emparât de celte ville, pour se jeter ensuite dans le Morbihan, qui n'attendait que ce secours pour lever l'étendard de la révolte ^. Cette crainte avait déjà déterminé l'ordre donné au général Tribout ^ de partir de
1. Sablé, sur la Sarthe, alors chef-lieu de district du département de la Sarthe, aujourd'hui simple chef-lieu de canton de Tarrondissement de la Flèche. A quarante-six kilomètres sud-ouest du Mans ; cinquante-sept, sud-est, de Laval; quarante et un, est, de Ghâteau-Gontier; quarante-cinq, nord nord-est, d'Angers.
2. La Membrolle, commune du canton nord-ouest d'Angers. A quatorze kilomètres nord-ouest de cette ville ; vingt-neuf, sud-sud-est, de Ghâteau-Gontier.
3. Meslay ou Meslay-du-Maine, sur la route de Sablé à Laval, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Laval. A vingt et un kilomètres sud-est de cette ville; vingt-neuf, nord-ouest, de Sablé; vingt-cinq, nord-est, de Ghâteau-Gontier.
4- Rennes, ancienne capitale de la Bretagne, chef-lieu du département d'IUe-et-Vilaine, au confluent des deux rivières qui donnent leur nom au département.
5. « Le projet des Bretons... était d'aller d'abord à Rennes, où nous étions sûrs, depuis nos victoires, de ne trouver aucun obstacle ; de ce point, nous porter promptement du côté de Nantes, pays qui nous attendait... Le Morbihan se révoltait à notre arrivée, les Gôtes-du-Nord ne demandaient pas mieux. » (Poirier de Beauvais, loc cit., i65.) On a vu tout à l'heure que le projet de Talmont fut préféré.
6. Auguste-Joseph Tribout, né à Ecaudeuf, près Gambrai, le 24 novembre 1^66, soldat au régiment des Flandres (26 juin i:}83-i6 août l'jSg), caporal dans la garde nationale parisienne soldée (1789-1791) : tambour-major au 2-= bataillon de volontaires de la Seine-Inférieure le 12 janvier 1792; élu lieutenant-colonel en second du bataillon, le 16 septembre 1792. Général de division le 3n septembre 1793. Il n'existe pas trace de ses promotions aux grades intermédiaires. Gommandant de la garnison de Brest, il est
KLÉBEil Ei\ VExNDÉE. 269
Brest pour se porter à Dinan ', poste aussi fort par la nature que par d'anciennes fortifications qu'il était aisé de réparer et d'augmenter. Il y arriva le 22, avec environ 21 brumaire
. . V 1. 4.-n • (1^ novembre).
quatre mille hommes, suivis d une nombreuse artillerie; g^jour à Lavai. et il fit sur-le-champ travailler aux retranchements.
Le lendemain, toute l'armée se rendit et coucha à Vi- 23 brumaire
, , I 1-» • 1 . 1 (1'^ novembre).
tré; elle y eut séjour. Le gênerai Rossignol prit le com- séjour à Vitré. mandement des deux armées réunies des côtes de Brest „^î^''"^' v"tré.^ ïë et de rOuest, et, étant arrivé à Vitré, il prit diiïerents générai Rossignol
prend le comman-
arrangements pour opérer la jonction d'environ trois dément des deux
.,, , vi 1 •.'•■> 4- ' 1 armées de l'Ouest
mille hommes qu il voulait reunir a notre armée sur le ^^ ^^ g^^^^ point de Rennes. C'est là où je vis ce général pour la première fois. Je ferai connaître, à la fin de ce journal, ma façon de penser sur cet homme, dont la réputation était alors en raison inverse de ses moyens 2.
Le jour suivant, Favant-garde légère alla coucher à 24 brumaire Rennes; les brigades des généraux Marceau et Ganuel à Marche de lar- Noyai 3 et environs ; la division du général Mùller à Saint- "'^'^ '"'' Rennes.
envoyé à Dinan ainsi que le rapporte Kléber. Battu à Pontorson le 18 novembre 1793; maintenu dans son grade en raison de son sans-culottisme (cf. Lockroy, Une mission en Vendée, 9;). Le représentant Boursault lui retira son commandement de Brest, le 28 septembre 1794 ; destitué de son grade le 9 février 1J96. Employé comme chef de bataillon à rarniée du Rhin (ans VII et VIII) ; réformé avec un traitement de 4'Jo fr. en 1810 ; commandant d'un bataillon auxiliaire sur les côtes de Clierbourg (1811i8i4), niis à la retraite le i" mai 1814 ; mort à Abbe ville le 25 mars i834. Pendant la période qui nous occupe, on trouve sa correspondance signée : Triboat, libre.
1. Dinan, chef-lieu d'arrondissement du département des Côtes-du- Nord ; sur une colline dominant de soixante-dix mètres la rive gauche de la Fiance. A soixante kilomètres est de Saiat-Brieuc ; soixante-huit, nordouest, de ilennes ; vingL-([uatre, sud-ouest, de Dol.
2. Cette appri'ciation manque comme toute la dernière partie des Mémoires annoncée par Kléber dans son avaat-propos.
3. Noyal-sur-Vilaine, commune du canton de Chàteaugiron, arrondissement de Rennes ; sur une petite élévation à huit cents mètres de la rive gauche de la Vilaine. A dix-neuf kilomètres ouest de Vitré ; treize, est, de Rennes ; huit, nord-nord-ouest, de Chàteaugiron.
H'jO KLEBER EN VENDEE.
25 brumaire Mclainc I, et la réscrvc à Saint-Jean 2. Le 25 brumaire,
(15 noTeinbre). i? * • ^ r»
Réunion des ar- toute 1 armcc sc trouva l'eunie a Rennes. Le temps fut
mees a ennes. j^orrible pendant cette marche ; les chemins étaient aftreux
et les soldats sans souliers; on ne pouvait voir ceux-ci
lutter ainsi sans cesse contre la misère, sans s'attendrir
sur leur sort et leur constance.
26 brumaire La troupc fit séjour en cette ville et l'on y tint conseil
(16 novembre).
Séjour. de guerre, chez le général en chef Rossignol 3. Ce conseil
fut une vraie pétaudière ; jamais je n'avais vu une collection de mâchoires plus complète. On y détermina la manière dont les différentes divisions devaient s'enchevêtrer, et, après avoir beaucoup divagué et déraisonné sur le sujet le plus simple du monde, on se sépara sans avoir rien décidé. Le général Vergues, homme de mérite, le môme qui avait été chef d'état-major de Ganclaux, en remplissait les fonctions près de Rossignol. Gomme il vit qu'on ne décidait rien, il se chargea de ce travail, et sen acquitta à la satisfaction de tous.
On mit ensuite en réquisition tous les souliers des habitants de la ville, mais cette mesure ne produisit que peu d'effet, quoiqu'on y mît la tyrannie la plus révoltante.
27 brumaire Le lendemain 4, la «générale battit à trois heures après
(17 novembre). . , .
Départ de Ren- midi ct l'armée sortit de Rennes, vers les quatre heures.
1. Saint-Melaine, commune du canton de Châteaubourg, arrondissement de Vitré (lUe-et-Vilaine), sur un coteau, près de la rive droite de la Vilaine, et à peu de distance au sud de la forêt de Ghevré. A treize kilomètres ouest de Vitré ; deux, est, de Châteaubourg'; six, est, de Noyai; dix-neuf, est, de Rennes.
2. Saint-Jean-sur-Vilaine, commune du canton de Châteaubourg, sur la rive droite de la Vilaine. A onze kilomètres ouest de Vitré; trois, est, de Saint-Melaine.
3. En présence des représentants Bourbotte, Esnue-la-Vallée, L. Turreau, Boursault et Pocholle. (Cf. Savary, loc. cit., II, 354)
4. Le 26 brumaire (16 novembre), d'après Savary qui était présent à Rennes, lui aussi, et qui corrige les dates de Kléber, dans les extraits arrangés qu'il donne des Mémoires (cf. ibid.).
KLEBKR EN VENDEE. '2'Jl
pour se porter à Saint-Aubin-d'Aubigaé i. Une grande nés. Arrivée à
. ,. , , Saint-Aubin-d'Au-
quantité de soldats, ne pouvant suivre laute de chaussures, bigné. et ayant les pieds dans le plus pitoyable état, furent obligés de rester en arrière ; un mécontentement général commença à se manifester. Le temps continuait à être affreux et le soldat marchait dans la boue jusqu'à mijambe. La partie de l'armée des cotes de Brest qui sortit de Rennes avant nous offrait un contraste frappant avec la nôtre ; les soldats propres, bien équipés, avaient l'air d'entrer en campagne pour la première fois, tandis que les autres étaient couverts d'honorables haillons.
On arriva tard à Saint- Aubin et avec assez de désordre; on prit position à une heure au delà de ce bourg, dans la grande lande qui porte son nom. La troupe légère fut placée en avant par échelons dans les différents villages, à droite et à gauche de la route et sur la route même. J'établis mon quartier général dans un château isolé, en avant de toutes les troupes.
Dès la pointe du jour, l'armée se mit en mouvement; 28 brumaire
,,,, ,,. . IIP T '\ ' ..(l!^ novembre).
arrivée a la hauteur d An train, eue lut distribuée ainsi Arrivée à An-
quilsuit : iraiu; distribution
» des troupes ; nou-
L'avant-garde légère commandée par Marigny; la cava- veiiesdeiennemi. lerie à Montanel ^, et l'infanterie à Saint-Ouen-de-la-Rouërie 3.
1. Saint-Aubin-d'Aubigné, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Rennes. A dix-huit kilomètres nord de cette ville, et vingt-six, sud-ouest, d'Antrain.
2. Montanel, commune du canton de Saint-James, arrondissement d'Avranches. A cinq cents mètres de la rive gauche de la Guergue, affluent de droite du Couesnon ; cinq kilomètres à Test de ce petit fleuve ; dix, sud-ouest, de Saint-James ; vingt-quatre, sud, d'Avranches.
3. Saint-Ouen-de-la-Rouërie, commune du canton d'Antrain. A quatre kilomètres est d'Antrain ; vingt-trois, nord-ouest, de Fougères; quarantecinq, nord-nord-est, de Rennes. Le château de la Rouerie, où naquit le créateur de VAssociation bretonne, était situé à trois kilomètres au nord du bourg de Saint-Ouen.
2^Li KLEKER EN VKNDKE.
L'avant-garde, sous les ordres de Marceau, à Tremblay I.
La brigade de Canuel, toute la division de MùUer, ainsi que les brigades de Boucret ^ et d'Amey 3, à Antrain même.
L'avant-garde de Tarmée de Brest, commandée par Ghamberting, à Sacey 4.
En jetant un coup d'œil sur la carte, on verra que ces établissements avaient pour objet d'éclairer le pays sur le front d'Avranches ^ et de couvrir Antrain, que Ton se
I. Tremblay, commune du canton d'Antrain. A deux kilomètres et demi environ de la rive droite du Couesnon ; cinq, sud, d'Antrain; six, sud-sudouest, de Saint-Ouen-de-la-Rouërie ; vingt-quatre, nord-ouest, de Fougères ; quarante, nord-nord-est, de Rennes.
a. Jean-Pierre Boucret, né à Paris le i6 mai in64, soldat dans le régiment du Vivarais, puis dans Orléans-infanterie (1782-1789). Tapissier, prit les armes an 14 juillet 1^89 ; sergent-major à la formation de la garde nationale de la section des Invalides ; capitaine dans le bataillon formé par cette section pour aller combattre les Vendéens (12 mai i;9j) ; lieutenantcolonel en second (18 mai) ; général de brigade à Tarmée des côtes de Brest le 22 septembre l'gS; général de division le 9 avril ij94- Il commanda l'une des colonnes infernales de Turreau. Commandant de Belle- Isle-en-Mer, il s'y distingua par sa défense contre les Anglais qui le tinrent bloqué pendant cinq mois, en 1795. Commandant de la 16' division militaire en Tan IV Directeur des hôpitaux à l'armée d'Italie en l'an VIII. Retraité le 22 juin 1814 ; mort à Saint-Oraer.
3. François-Pierre-Joseph Amey, né à Schlestadt, en Alsace, le 2 octobre i;G8, cadet au régiment suisse de Vigier, en i;83. Il était lieutenant lors du licenciement de ce l'égiment, 7 octobre 1792. Capitaine dans la Légion du Rhin, le 10 octobre; adjudant général chef de bataillon, le 3o septembre 1793 : chef de brigade, le 20 octobre; général de brigade, le 28 novembre. Commandant de l'une des colonnes infernales de Turreau. Destitué lors de la réorganisation le 16 août 1794, réintégré le 4 septembre suivant. Prét^ident du conseil de guerre de la 17' division militaire en décembre 1799: remis en activité en 1800: baron de l'Empire le i5 juin 1810 ; général de division, le 10 novembre 1812. Blessé en Vendée, à Eylau et à la Bérésina ; commandeur de la Légion d'honneur, en i8i4- Mort à Strasbourg le 16 novenibre i85o.
4- Sacej-, co.ninune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches (Manche), srrla rive gauche de la Guergue. A sept kilomètres sudsud-est de Pontor.son; vingt-cinq, sud-sud-est, d'Avranches; trois, nordest, de Montanel.
5. Avrai-.chcs, chef-lieu de district, puis d'arrondissement, du départe-
proposait de mettre à l'abri d'un coup de main, pour avoir le temps de concerter quelques mesures d'ensemble. Nous avions appris, à Saint-Aubin-d'x\ubigné, que l'ennemi avait quitté la ville de Dol le 24, qu'il s'était porté sur Avranclies, d'où il faisait de nombreuses sorties pour se procurer des subsistances. Nous apprîmes encore, presque en même temps, quil avait fait une vigoureuse tentative pour s'emparer du port de Granville ^, mais qu'il en avait été repoussé avec une perte considérable. Le représentant du peuple Le Garpentier 2 était alors dans ce port. Gomme l'ennemi était revenu sur Avranclies après cet échec, l'on craignit qu'il ne se portât de là sur Saint- James 3, et ensuite sur Fougères, ce qui détermina d'envoyer le lendemain les brigades, sous les ordres des généraux Canuel et Amey, à Fougères.
Des transfuges allemands, qui avaient servi avec les
ment de la Manche, sur une colline de cent deux mètres d'altitude, dominant la baie du Mont-Saint-Michel et l'estuaire de la Sée qui commence au nord de la ville. A six kilomètres nord de la Sélune.
1. Granville, port sur la baie du Mont-Saint-Michel, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches : à vingt-six kilomètres nord-ouest de cette ville.
2. Jean-Baptiste Le Garpentier, né à Hiesville (Manche), le i"^ juin ijSg; huissier à Valognes ; député de son département à la Gonvention ; fit décréter la mise en jugement de Louis XVI et vota pour la mort ; il vota contre les Girondins ; envoyé en mission en Normandie (août 1793), il contribua à y organiser la Terreur ; prit une grande part à la défense de Granville contre les Vendéens. Après le 9 thermidor, il eut le courage de défendre à la Gonvention ses amis de la Montagne. Décrété d'arrestation après l'insurrection du i" prairial an III, il bénéficia de l'amnistie du 4 brumaire an IV. Agent d'affaires à Valognes pendant la durée de l'Empire. Exilé en 1816 à Jersey, en vertu de la loi sur les régicides, il fut arrêté au moment où il cherchait à rentrer en France et interné au Mont- Saint-Michel, où il mourut le 27 janvier 1829.
3. Saint-James ou Saint-James-de-Beuvron, sur une hauteur qui domine de soixante mètres environ et de trois côtés la vallée du Beuvron, affluent de gauche de la Sélune ; chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches. A vingt kilomètres sud-sud-est de cette ville ; dix-sept, estsud-est, de Pontorson ; vingt-cinq, nord-nord-ouest, de Fougères.
Rebelles, dès le commencement de leur révolte, et que Marigny nous avait envoyés à Antrain, nous déclarèrent que la dissension la plus prononcée régnait parmi les Brigands ; qu'après l'échec de Granville, on avait voulu les conduire vers la Normandie, mais qu'ils avaient refusé formellement de marcher; que les chefs n'étaient pas plus d'accord entre eux sur leurs projets ultérieurs ; que plusieurs insistaient fortement pour entrer dans le Morbihan, mais que les paysans harassés de fatigues, découragés par les pertes énormes qu'ils venaient d'éprouver et travaillés d'une maladie épidémique qui faisait les plus grands ravages, voulaient tous repasser la Loire et rentrer dans leur pays '. Après avoir pris tous les renseignements que l'on jugea nécessaires, de ces gens, on les renvoya chez les Rebelles avec quelque argent et une espèce de proclamation en allemand et en français pour propager la désertion dans l'armée royaliste. Cette proclamation avait été rédigée par les représentants du peuple, qui, ne voulant pas y figurer, la firent signer par le général Damas. On les engagea de venir, chaque fois qu'ils le pourraient, nous apporter des nouvelles de l'ennemi ; ils le promirent et tinrent parole.
Voici maintenant les rapports qui me parvinrent, le 28, de l'avant-garde légère de ma division. Maillot, capitaine des chasseurs à cheval du 10^ régiment, qui était avec vingt-cinq chevaux à la Croix d'Avranches, reçut de
I. L'armée Vendéenne « refusa pour la seconde t'ois de marcher sur Villedieu ; beaucoup de soldats prii^ent d'eux-mêmes, par une marche rétrograde, la direction de Pontaubault, Pontorson, etc. — C'en était fait de l'armée, si nos gens n'avaient pas éprouvé de difficultés en s'en allant aussi à la débandade ; ils eussent garni toutes les routes depuis Avranches jusqu'aux bords de la Loire, et il eût été aisé de leur faire mettre bas les armes et de les avoir à sa discrétion. » (Poirier de Beauvais, loc. cit.* 187.)
Marigny l'ordre d'aller reconnaître la position de l'ennemi au delà de Pontaubault ^. Lamur, chef d'escadron, qui était avec cent chevaux à Saint-James, reçut celui d'en faire partir cinquante aux ordres d'un ofRcier intelligent, qui devait se porter sur Ducey 2, et, de là, reconnaître la gauche de l'ennemi, en le prenant à revers ; mais une petite escarmouche fut cause que ce dernier ne put remplir son objet. Marigny lui-même partit aussi avec vingt-cinq chevaux pour soutenir Maillot ; il fut très surpris de voir, en entrant dans le village, avant d'arriver à Pontaubault, plus de quatre-vingts Brigands que les chasseurs de Maillot avaient sabrés, et en apprenant que ce dernier avait passé le pont à l'aide des habitants et avait poursuivi les Brigands au nombre de plus de cinq cents. Marigny continua sa marche et rencontra Maillot, qui, ayant aperçu sur la route un gros de cavalerie ennemie et des flanqueurs à droite et à gauche, effectuait sa retraite. Maillot n'eut dans cette affaire qu'un maréchal des logis blessé. Les chasseurs tuèrent encore plus de cinquante Brigands de l'autre côté du pont 3.
1. Pontaubault, commune du canton d'Avranches, tirant son nom du pont de douze arches qui franchit la Sélune à l'origine de son estuaire dans la baie du Mont-Saint-Michel. A sept kilomètres sud d'Avranches ; dix, nord-est, de Pontorson; onze, nord, de Saint- James.
2. Ducey, sur la Sélune, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches. A neuf kilomètres sud-sud-est de cette ville ; quatre, est, de Pontaubault ; dix, nord, de Saint-James.
3. « Pour notre salut, ceux qui avaient pris le parti du départ (en débandade) furent tués. Cette nouvelle certaine étant parvenue à Avran ches, on s'obstina moins à ne pas vouloir marcher en avant, et nos soldats prirent une ferme résolution de conserver leur ensemble. — Seulement nous fûmes obligés de prendre le chemin que nos gens nous indiquaient et de marcher sur Pontorson. » (Poirier de Beauvais, loc. cit.^ 187.) — « En arrivant au Pont-au-Bault (sic)... un gros de cavalerie (Vendéenne), commandé par M. Bérard, trouva l'ennemi occupé à le couper. Cet officier le chargea vigoureusement, le mit en fuite et l'armée passa. 11 n'y avait pas d'autre endroit pour le faire. » (Gibert, loc. cit., ii3.)
Nous avions aussi appris que le désir qu'éprouvait le général ïribout de combattre l'armée catholique, l'avait porté à quitter le poste de Dinan, pour se rendre à Pontorson ' avec environ quatre mille hommes et dix pièces de canon. Nous ne devions pas craindre que l'ennemi pût forcer ce poste respectable par sa nature, puisqu'il n'était question de défendre qu'un délilé de dix-huit pieds de largeur, qu'il était impossible de tourner. Cependant, vers les sept heures du soir, nous apprîmes que ce corps avait été battu, mis en déroute avec une perte de plusieurs canons. Nous recueillîmes même, à x\ntrain, un détachement du 7^* régiment qui était venu s'y replier. Gomme je n'étais point présent à cette action, je vais en rapporter fidèlement ce que m'en a écrit un témoin oculaire 2.
« Nous apprîmes, le 27 au soir, l'attaque de Granville, « la défaite de l'ennemi et la précaution qu'il avait prise « de couper le Pont-au-Bault.
« Le général m'envoya, le 28 au matiû, pour recon- « naître. Je partis vers onze lieures. A une lieue de Pon- « torson, je rencontrai des chasseurs de l'armée de l'Ouest « qui se repliaient, après une petite action qui avait eu « lieu à neuf heures du matin. Je les engageai à revenir (( et à m' accompagner, et nous marchâmes jusqu'à la lande « des Quatre-Vents et à environ deux lieues de Pontor-
I. Pontorson, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches, sur la rive droite du Gouesnon. A dix-sept kilomètres sud-ouest d'Avranches, par Pontaubault; quarante, est-nord-est, de Dinan; treize, nord, d'Antrain.
a. Cet officier serait le capitaine du génie d'Obenheim, d'après Savary (loc. cit., II, 36i, 363), mais il paraît l'aire erreur, car à ce moment d'Obenheim était dans les rangs Vendéens comme en fait loi son Mémoire dont le manuscrit original, que j'ai publié dans Mémoires et documents (239-239), existe aux Arch. Hist. de la guerre. Le récit donné par Kléber pourrait être beaucoup plus vraisemblablement attribué au général Damas.
« son. Nous trouvâmes même des chasseurs à pied et à « cheval de la même armée, une ambulance et quelques « officiers, qui nous assurèrent que l'ennemi avait repassé <( le pont, qu'il s'avançait vers nous et qu'il n'était plus « possible de faire un pas sans s'exposer. Bientôt après, « nous aperçûmes, en effet, ses tirailleurs, à environ deux « cents toises de nous, et nous retournâmes à toute bride <( à Pontorson. Il était deux heures et demie quand j'y « arrivai. A peine y étais-Je, qu'un chef d'escadron de « chasseurs à cheval (c'était Lamur) vint dire au général (( qu'il était chargé par les Brigands, et qu'il n'y avait « pas un moment à perdre. L'armée se rassembla sur-le- (( champ et prit une position au village de Gogé i, envi- « ron à cinq cents toises en avant de Pontorson. Le vil- « lage est situé au-dessus d'un marais de quatre à cinq cents « toises de largeur. Les Brigands, postés sur la hauteur « correspondante, attaquèrent entre trois et quatre heures. « Le général donna avis de tout ce qui se passait à l'ar- « mée qui venait d'arriver à Antrain.
« L'action fut très vive de part et d'autre, mais la supé- (( riorité du nombre et le défaut de munitions nous força (( à nous retirer vers les neuf heures du soir, après une « perte d'environ trois cents hommes, tant tués que bles- « ses, et cinq pièces de canon. Nous revînmes à Dinan, où « nous continuâmes les travaux commencés. La défaite (( de Pontorson vient de plusieurs causes dont les unes « tiennent au défaut d'ensemble des opérations, les « autres à des défauts de dispositions.
« Il est évident que la colonne de Tribout devait être « uniquement destinée à fermer aux Brigands une des « portes les plus importantes de la Bretagne ; et Dinan avait
I. Gaugé, d'après la carte du service vicinal; village dépendant de la commune de Pontorson.
« à cet égard de grands avantages qu'on s'est occupé à aug- (( menter. Mais, soit que Tribout n'ait pas reçu des ordres « assez précis sur ce qu'il devait faire, soit que l'envie de (( se distinguer le déterminât de marcher en avant, soit « enfin qu'il se laissât aveugler par les rapports infidèles « qu'on lui faisait sans cesse sur la position des ennemis, « il s'exposa très indiscrètement; et sa marche vers Dol « et Pontorson fut au moins une grande erreur.
(( Cette dernière ville est sur le bord d'une petite ri- « vière, appelée Gouesnon. Au moment où il sentit qu'il « pouvait être attaqué dans un poste entièrement ouvert, « et qu'il n'avait pas eu le temps de se préparer à une « défense, il devait laisser la rivière entre lui et les enne- « mis, d'autant mieux qu'elle n'est pas guéable et qu'on « ne peut la passer que sur un pont dont la largeur n'est « pas de plus de douze à quinze pieds. Il fit précisément « le contraire, et sa retraite devint une déroute, trop mal- « heureuse après la bonne contenance qu'avaient eue les « troupes pendant le combat qui dura cinq heures.
« On ne peut donc pas se dissimuler qu'on négligea « trop de tracer au général, qui venait de Brest, le plan « qu'il devait suivre et que, de son côté, il ne prit pas, (( pour connaître les ennemis qu'il avait à combattre, « toutes les précautions nécessaires. Sans faire atten- « tion aux motifs secondaires, ce sont certainement là les (( deux plus forts motifs de la non-réussite de ces opérace tions, qui, avec la bonne disposition des soldats de sa <( colonne, eussent pu être extrêmement utiles et hâter la « destruction des Brigands. »
Voilà ce qui me fut rapporté de la déroute qu'éprouva Tribout à Pontorson. Sans entrer dans les motifs qui ont pu le déterminer à se rendre de son propre mouvement de Dinan à ce dernier poste, il est certain que si, au lieu
de se porter, contre toutes les règles de la guerre, en avant du pont de l'étang, il se fût contenté de défendre le défilé, il aurait arrêté l'ennemi, nous eût donné le temps de nous mettre en mesure avec lui, et l'armée catholique n'avait plus pour retraite que la grève du Mont-Saint-Michel.
Le général Tribout, en rendant compte de sa malheureuse expédition, en rejeta toute la faute sur le général Vergues, chef de l'état-major de l'armée des côtes de Brest. Il se plaignit aux représentants du peuple et au général en chef Rossignol, de n'avoir pas été soutenu malgré qu'il eût demandé des forces. En effet, le général Tribout avait écrit au général Vergues pour lui apprendre sa marche sur Pontorson et lui demander le renfort dont il avait besoin pour combattre l'armée des Rebelles, qu'il était venu attaquer. Mais Vergues lui répondit qu'il ne pouvait distraire aucune troupe de l'armée, qui occupait alors une position très étendue, par rapport à sa force, sans un ordre exprès du général en chef; qu'il n'aurait pas dû d'ailleurs se mettre dans le cas d'en avoir besoin, en quittant sans ordre le poste de Dinan. Les représentants auprès desquels la réputation de sans-culottisme du général Tribout tenait lieu de toute excuse et de talents militaires, ne lui reprochèrent même pas la faute impardonnable qu'il avait faite de prendre position en avant du défilé, au lieu de se borner à le défendre.
Dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, l'ignorance et l'impéritie l'emportèrent sur le talent et la justice. Le général Vergues, que ses connaissances avaient déjà commencé à rendre suspect, le devint tellement par cette circonstance, qu'il fut mis en arrestation la nuit qui suivit cette défaite '. Le général Tribout, plus justement