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i' régiment d'infanterie

ses et, quoiqu'on lui eût ordonné de faire feu, on ne put jamais parvenir à lui faire brûler une amorce, ni même à le faire rester en position. Il prit lâchement la fuite, et son exemple fut suivi par le reste de l'avant-garde ^ L'adjudant général Nattes, que j'avais envoyé sur la droite, avec quelques compagnies du même régiment, pour déborder la gauche de l'ennemi, en fut également abandonné. Il eut son cheval tué sous lui d'un coup de fusil, et allait tomber entre les mains de l'ennemi, sans une de ses ordonnances qui le força de prendre son cheval, tandis qu'elle courut à toutes jambes regagner l'infanterie. M'apercevant alors qu'on ne pouvait rien espérer de ces belles troupes, j'envoyai quelques-uns des officiers de mon état-major pour en chercher d'autres, en leur recommandant de m' amener préférablement quelques bataillons de l'armée de Mayence, toute Favant-garde de Ghamberting étant déjà en pleine déroute. Je formai l'arrière-garde avec le général Marceau et les officiers de l'état-major qui nous avaient accompagnés, et nous cheminâmes ainsi ensemble, au pas, jusqu'à la rencontre des troupes que j'avais fait demander. C'était heureusement la brigade aux ordres du général Ganuel 2, en partie composée d'excellents bataillons mayençais ; celui des grenadiers réunis était à leur tête; je le mis moi-même en bataille derrière quelques levées de terre, et lui ordonnai de tenir ferme pour me donner le

I. « L'avant-garde commandée par Ghamberting, entre Trans et Dol, ne se replia que parce qu'elle était découragée par le défaut de canons. Je suis persuadé qu'elle se serait bien battue et que nous aurions eu un succès complet, si elle eût vu des pièces d'artillerie à sa suite. Ce n'est pas que je décide qu'elles soient toujours nécessaires en elles-mêmes ; mais nos soldats y ont une si aveugle confiance qu'ils sont tout découragés lorsqu'ils n'en voient point. » (Rouyer au ministre de la guerre, 7 frimaire an II, Guerre, Arch. hist., V, 14.)

a. « Il avait été rappelé de Fougères. » {A^ote de Savary , loc. cit., II, 3:5.)

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temps de disposer le reste de l'armée i. D'autres troupes succédèrent encore à celles-là, et tous les généraux arrivèrent avec elles. On déploya successivement les colonnes et on chercha à déborder les ailes de l'ennemi; mais les Brigands, qui avaient poursuivi Westermann jusqu'à Pontorson, se présentent sur notre flanc droit et menacent nos derrières. Alors il fallut ordonner un mouvement rétrograde à quelques bataillons et ce mouvement fut bientôt suivi par les autres, déjà découragés par l'exemple de la fuite de l'avant-garde de Ghamberting. Les grenadiers seuls sont inébranlables ; rien ne peut les engager à quitter le poste qui leur avait été confié, et qu'ils défendaient depuis trois heures avec leur valeur ordinaire 2.

Nos flancs en l'air, nos derrières découverts, et la plus grande partie des troupes en fuite, Rossignol ordonna la retraite. Elle s'effectua assez lentement, mais avec désordre. L'ennemi nous suivit à la piste et par quelques coups de canon fit accélérer la marche ^. Nous arrivâmes de

1. «M. de La Rochejaquelein (après avoir repoussé Westermann sur la route de Dol à Pontorson) revint promptement joindre M. Stofflet (sur la route de Dol à Antrain), et ils n'eurent pas trop de tout leur monde pour repousser les Républicains... lesquels étaient en grande partie de la garnison de Mayence. Ces soldats aguerris se retranchaient à chaque instant Les champs qui bordent la route sont entourés de jetées de terre presque à hauteur d'homme; ils avaient pratiqué des deux côtés du chemin, dans ces jetées, des ouvertures par lesquelles ils entraient dans le champ et s'y rangeaient aussitôt en bataille. » (Gibert, loc. cit., 119.)

2. « Notre armée, qui se battit sur la route de Dol à Antrain, eut des difficultés extrêmes à surmonter. Après un combat des plus; opiniâtres, l'ennemi fut obligé de plier, mais il semblait qu'il le faisait volontairement, pour changer une mauvaise position pour une meilleure. C'est ainsi qu'il se conduisit toute la journée, ne quittant un champ que pour se retrancher méthodiquement dans celui qui suivait, et chaque terrain abandonné étant couvert de ses morts, sans que cela parût lui faire la moindre impression. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 199.)

3. « Parvenus à un étang sur la chaussée duquel il fallait nécessairement passer, ils (les Républicains) auraient pu se rallier sur le coteau qui le domine et présente une position très favorable, et arrêter les royalistes. M. de La Rochejaquelein et M. Stofflet firent promptement avancer

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nuit au pont d'Antrain ^ ; son passage occasionna la plus grande confusion, et, pendant que Marceau se charge de le défendre avec ce qu'il avait pu ramasser de soldats, sans distinction de compagnies ou de bataillons, le reste de l'armée va prendre position aux Quatre-Chemins. Mais, comme chacun se mêlait de commander, il arriva que les troupes destinées à garder les ponts traversèrent Antrain pour gagner les Quatre-Chemins, et que celles, qui avaient déjà pris cette position, revinrent sur leurs pas pour se poster aux ponts. Cette confusion à laquelle il fut impossible de remédier, et que l'obscurité de la nuit ne fit qu'augmenter, perdit tout. L'ennemi, en s' avançant toujours et forçant le passage, changea bientôt en affreuse déroute ce qui, dans le principe, pouvait être considéré comme une retraite ^.

Tandis que Marceau soutenait pour ainsi dire seul les efforts des Rebelles, les généraux étaient réunis près des représentants du peuple pour aviser au parti à prendre , mais, dès que Marceau parut pour annoncer la prise du pont et de la tête de la ville, on vit qu'il n'en restait d'autre que de suivre le torrent et de se retirer à Rennes.

C'est alors qu'on sentit, mais trop tard, combien il eût été préférable de suivre le plan qui d'abord avait été arrêté et que rien n'aurait dû empêcher de mettre à exécution.

Vivement affecté de tout ce que je venais de voir, je

deux pièces de 8 qui, menées en artillerie volante, firent un feu si vif qu'il ne leur laissa pas le temps de se former. » (Gibert, loc cit., ii5-ii6.)

1. « La nuit était venue depuis longtemps et il n'y avait encore aucune confusion apparente dans l'armée Républicaine, quoiqu'à chaque instant elle fût obligée de reculer. » (Poirier de Beau vais, loc. cit., 199.)

2. « Vers minuit notre colonne de droite arriva dans Antrain avec les Républicains, qui depuis plus d'une heure étaient poursuivis Tépée dans les reins ; ils traversèrent seulement cette bicoque dans la plus grande confusion. » (Ibid.)

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m'abandonnai aux réflexions les plus accablantes, et, rapprochant mille circonstances que me représenta mon imagination, j'étais prêt à me convaincre qu'on prolongeait à dessein les désastres de cette terrible guerre. Je laisse à celui qui a suivi attentivement le fil de notre Révolution le soin d'en juger et je reviens aux faits.

Il devenait superflu d'ordonner la retraite des troupes ; elle était pleinement eff"ectuée lorsque les généraux et les représentants du peuple sortirent de la ville d'Antrain.

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