‹ Kleber; sa vie, sa correspondanceChapitre 12 sur 20 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

GAMPAGHE DB 1796.

Kleber remplace JoanUn da 19 janyier au 28 féTrier. — Il est placé à l'aile gauche de l'armée de Sambre-et-Mease (23 mai). — Kleber franchit la Wiipper (31 mai). — Victoire d'Altenkirchen (4 juin). — Combat d'Uckerath (19 juin). — Retraite sur Dûsseldorf (22 juin). — Kleber reprend l'ofTenslTe (28 juin). ~ Bataille de Friedberg (10 juillet). — Kleber franchit la Kinzig (18 juillet). — Il s'empare de Bamberg (4 août). — Di£Qcultés entre Jourdan et Kleber. — Kleber quitte l'armée, — BeumonTllle est nommé au commandement de l'armée de Sambre-et- Meuse. — Kleber accepte le commandement de l'aile droite. -^ Kleber refuse le

^ commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse. — Sa démission.

En acceptant la suspension d'armes proposée par J'ennemi, Jourdan avait maintenu dans des positions très-importantes nos armées désorganisées et démoralisées par les derniers revers. Le Directoire exécutif désapprouva d'abord l'armistice, sous le prétexte que y aux termes de la Constitution , il ne pouvait être signé sans son assentiment. Bientôt » mieux instruit des avantages de cette convention , il envoya un délégué qui ratifia ce que Jourdan avait fait. Le 10 janvier, toutes les formalités étant remplies, l'armistice reçut son entière exécution. Il fut signé pour un mois, avec faculté de le renouveler ; les hostilités ne pourraient recommencer que dix jours après la dénonciation.

L'armée de Sambre-et-Meuse prit ses quartiers d'hiver sous les ordres de Kleber, ayant : à l'aile droite^ Poncet, Marceau, Bemadotte ; au centre , Grenier, Championnet , Bonnard ; à Taile gauche, Colaud, Lefebvre, et la division Hatry, qui retourna, le âO janvier, à l'armée du Nord. Kleber avait installé son quartier général à Abtei-Laach, d'oîi il écrivait, le 21 , à Moreau :

« Je vous préviens, citoyen général , que, des raisons de santé ayant forcé le général en chef Jourdan de s'éloigner momentanément de l'armée , il m'en a remis le commandement par intérim. Ma tâche militaire sera peu importante durant l'armistice ; mais, si les circonstances venaient à changer avant mon remplacement, j'ai la confiance qu'en combinant nos efforts communs nous saurons soutenir la gloire des armes de la République, o

Pendant son intérim , Kleber déploya la plus grande activité. Indépendamment du travail de réorganisation des troupes , il s'occupa des ouvrages de fortification. Le camp retranché de Dîisseldorf fut terminé ; Trarbach , Treis et Alcken furent couverts par des tètes de pont; enfin il mit en état de défense les hauteurs de la Chartreuse^ près de Coblenz, celles de Trarbach et de Trêves.

Prévenu que l'on appréhendait un mouvement insurrectionnel dans le duché de Luxembourg , il en avisa le général Priant, qui commandait le territoire :

« Coblenz, 24 février 1796.

« Je vous fais passer copie, mon camarade , de la lettre du général Chabert et de celle du commissaire du gouvernement Joubert, que vient de me transmettre le général Ernouf. Vous y verrez qu'il est question de rassemblements projetés ou formés dans les forêts de Saint-Hubert. Avant que je prenne un parti à cet égard , il est nécessaire que vous vous assuriez par le^ informations les plus scrupuleuses de la réalité de Texistencede ces rassemblements, et que vous m'en fassiez sans délai le rapport le plus minutieux et le plus positif. Veuillez bien , en me faisant réponse aussitôt que possible , me mettre à même d'arrêter, avec le général commandant les neuf déparlements réunis y les mesures convenables à assurer la tranquillité publique dans ce pays, en étouffant la révolte dès sa naissance. »

Le 28 février, Jourdan revint de Paris ; l'intérim de Kleber cessa le 29t Les mois de mars et d'avril se passèrent en mouvements peu importants. Les armées de laFranceet de l'Autriche se préparaient à la reprise des hostilités. A Vienne , on avait fixé au 1^ juin la rupture de l'armistice; à Paris, on désirait devancer les Impériaux.

Le Directoire exécutif avait accepté la démission de Pichegru et donné le commandement de l'armée de Rhin-et-Moselle à Moreau , qui avait pour successeur à l'armée du Nord le général de Beumonville. L'Autriche avait aussi fait des changements parmi ses généraux : Clairfayt, disgracié pour avoir conclu un armistice jugé désavantageux, fut remplacé, à l'armée du bas Rhin, par l'archiduc Charles; Wûrmser resta à la tète de l'armée du haut Rhin. Ces différents corps autrichiens comptaient alors 176,000 hommes. Par suite de la nouvelle organisation de l'armée de Sambre-et-

30Sf KLEBER.

Meuse (24 mars), Rleber se trouva sans commandement et resta près de Jourdan à Coblenz. Le 23 mai, il fut de nouveau placé à la tète de Taile gauche , composée de la division d'avant-garde du général Lefebvre et de la division Colaud. Avec 21,000 hommes, il gardait le camp retranché de Dîisseldorf , le duché de Berg sur la rive droite du Rhin, jusqu'à la Wiipper, et la rive gauche entre Crefeld et Cologne.

L'aile gauche ne devait pas rester longtemps immobile dans ses positions. Le 21 mai l'archiduc Charles avait dénoncé l'armistice , vi Jourdan décida que le corps de Kleber se mettrait en mouvement le 31 , pour se porter sur la Sieg et la Lahn. On espérait par cette marche faciliter à l'armée de Moreau le passage du Rhin et obliger l'archiduc Charles à évacuer la rive gauche.

Avant de quitter Crefeld pour se rendre à Dùsseldorf , Kleber adressa à « ses frères d'armes » la proclamation suivante :

« Crefeld, 25 mai 1796.

(( L'orgueil et l'opiniâtreté ont empêché nos ennemis de profiter des dispositions pacifiques que leur avait manifestées le Directoire exécutif. Ils vous préparent, mes camarades, de nouveaux lauriers à cueillir; vos triomphes dans la Belgique , sur le Rhin, doivent être à la République un sûr garant de ceux que vous allez obtenir. Bientôt vous combattrez encore ces armées que vous avez Tues si souvent fuir devant vous ; en les rencontrant dans les plaines, vous vous rappellerez Fleurus; en les attaquant sur les montagnes, vos victoires de Jemmapes, de Louvain ^ du Limbourg, se retraceront à votre mémoire; le passage des rivières vous mettra sous les yeux vos succès sur la Sambre, la Roôr et le Rhin. Partout donc oii vous pourrez trouver l'ennemi, d'agréables souvenirs porteront dans vos âmes la conviction que rien n'est impossible à votre courage. Dignes de vous-mêmes , vous fournirez de nouveaux traits à l'étonnement de l'Europe , attentive à vos marches , et de nouvelles actions à la reconnaissance de vos concitoyens. Les brillants exploits de vos frères d'Italie (1) allumeront dans vos cœurs

(1) L'armée dltalie, soas les ordres de Bonaparte, venait de remporter tes victoires de MontenoUe (11 avril), deMillesimo(14 avril) et de Mondovi (25ayril).

la noble ambition de rivaliser de gloire avec eux. Mais le courage ne 4pit pas être la seule vertu qui doit vous caractériser : un amour ardent de vos devoirs me répond de la discipline que vous observerez dans le pays que vous allez conquérir. Les propriétés des paisibles habitants des campagnes seront donc respectées ; vous ne souffrirez pas que des hommes ennemis de votre gloire , de votre honneur, ternissent vos victoires par des actions indignes de l'humanité, se portent partout au pillage et ne présentent aux maN heureux paysans que Thorrible spectacle de ces hordes du Nord qui , jadis , ne quittaient leur pays que pour porter chez leurs voisins le fer, la flamme et tous les crimes qui accompagnent l'anarchie et la licence. Le soldat français traite en frères ceux qui ne sont pas armés contre lui; les chaumières surtout, oîi reposent l'innocence et la paix, seront toujours un asile assuré pour ces vertus. Par votre conduite, vous inspirerez, mes camarades, la plus grande confiance aux habitants du pays; ils ne déserteront pas leurs maisons , vous les forcerez à vous estimer, vous parviendrez même peut-être à gagner leurs cœurs. Toutes les mesures sont prises pour que rien ne vous manque; mais si dans la rapidité de votre marche quelque service ne pouvait pas suivre , vous recueilleriez déjà le prix de votre bonne conduite dans l'empressement qu'apporteraient les gens du pays à vous procurer votre nécessaire ; au lieu que, si vous jetiez la terreur ailleurs que dans l'armée ennemie, vous ne trouveriez plus qu'un désert, qui ne vous offrirait aucune ressource , qui vous laisserait en proie à la famine et à toutes ses horreurs. Votre propre intérêt vous fait donc un devoir d'observer une exacte discipline; je n'aurai pas la douleur de sévir contre ceux qui s'en écarteraient ; car, je le déclare , je le ferais sans ménagements : un prompt jugement des coupables vengerait mes camarades et l'honneur de mon pays. Mais non ! je n'aurai à retracer au gouvernement que vos triomphes ; vos frères des autres armées n'auront à s'entretenir que de vos exploits. Marchons; que l'ennemi en fuite sur le Rhin, comme en Italie, soit bientôt forcé d'implorer notre clémence ; qu'il sache que des armées composées d'hommes aussi vertueux que braves n'ont jamais prêté en vain le serment de revenir victorieuses I »

Le commandant de l'aile gauche arriva à Dûsseldorf le 27 mai.

Le mieux que l'historien puisse faire ici est de laisser Kleber raconter lui-même , dans ses ordres aux troupes et dans ses rappoKs à Jourdan , la marche vers la Lahn.

« Dûsseldorf, 28 mai 1796.

a ORDRE.

a L'avant-garde aux ordres de Lefebvre' et la 2* division aux ordres de Colaud sortiront à 4 heures précises du matin du camp de Dûsseldorf avec armes et bagages , pour occuper une position derrière la Wûpper. L'avant-garde prendra la gauche, la 2* division, la droite. Le générai Lerebvre occupera Solingen et tous les débouchés aboutissant à cette ville, et il prendra toutes les mesures pour couvrir parfaitement son flanc gauche , ainsi que pour occuper tous les passages de la Wîipper dans l'étendue de son front. Il étendra son front jusque vers la route de Diisseldorf à Opladen.

« Colaud appuiera sa gauche à la môme route et sa droite au Rhin : ses troupes seront chargées de la défense du débouché d'Opladen.

Il sera fait les défenses les plus sévères pour qu'aucun soldat, sous quelque prétexte que ce puisse être , passe la Wûpper. Les généraux de division enverront des officiers d'étal-major pour reconnaître et marquer les camps.

0 Colaud laissera un bataillon et un escadron de sa division en garnison dans la ville de Dûsseldorf , et chargera aussi son chef d'état-major d'organiser une correspondance de Neuss à Cologne, n

« Dûsseldorf, 30 mai 17%.

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