ORDRE
>a Les divisions Lefebvre et Colaud se mettront en mouvement à minuit précis pour passer la Wûpper par le pont d'Opladen. La division Lefebvre précédera celle de Colaud et marchera la droite en tête ; elle formera une avant-garde composée de quatre escadrons de chasseurs, d'une demi-compagnie d'artillerie légère, d'une demi* brigade d'infanterie légère et d'un bataillon de grenadiers, qui soutiendra ces troupes. La division suivra immédiatement et viendra
camper, sa droite appuyée à Isenburg, et sa gauche se prolongera sur la direction de Gladbach, en arrière du ruisseau, sa cavalerie marchant à la droite de son infanterie. Aussitôt sa division déployée, il enverra un escadron et un bataillon occuper le poste de Bensberg; il donnera l'instruction au commandant de cette troupe d'envoyer, aussitôt qu'il aura pris possession de son poste, une patrouille de cavalerie qui, remontant la rive droite de l'Agger, se rendra au château d'Ereshoven, oh il communiquera avec la cavalerie aux ordres du chef d'escadron Gardane. Il poussera ses piquets sur la rive droite de l'Agger depuis Honrath jusqu'à'Burg.
0 La division Golaud suivra celle de Lefebvre; sa cavalerie ouvrira la marche, et aussitôt qu'il aura passé la Wîipper, il fera précéder sa cavalerie d'une assez grande distance de son infanterie, qui, côtoyant le Rhin, viendra prendre position, sa droite appuyée en arrière de Deutz, et sa gauche se liera à la droite de Lefebvre, appuyée à Isenburg. Il poussera ses piquels et grand'gardes depuis Troisdorf jusqu'au confluent de la Sieg.
« Chacune des divisions aura en avant d'elle une petite avantgarde de cavalerie et d'infanterie, et en arrière, un petit corps de réserve en infanterie et cavalerie.
c( La reconnaissance du terrain indiquera à chaque général la distribution plus particulière de ses troupes ; mais comme il est probable que l'ennemi nous attend à la hauteur de Mûlheim, les divisions marcheront dans le meilleur ordre possible, et seront toujours prêtes à combattre.
(( Les généraux de division exigeront impérieusement que les généraux de brigade marchent à la tête de leurs brigades respectives, et les officiers de Tétat-major seront répartis dans les colonnes de manière à pouvoir les surveiller efficacement. Il sera fait des exemples terribles, dans ces premiers jours de marche , de tous ceux qui quitteraient leurs rangs pour courir dans les campagnes et se livrer au pillage.
« Mon quartier général sera à Mûlheim. Colaud pourrait établir le sien à Deutz , et Lefebvre à Gladbach ou environs.
0 Le grand parc de réserve restera, jusqu'à nouvel ordre, à Grimlinghausen. Les parcs de réserve des divisions resteront au moins une demi-lieue en arrière de la ligne de bataille , et les officiers d'artillerie commandant ces parcs les établiront de ma-
306 RLEBER.
nière à ce que les mouYements en avant et en arrière puissent se faire sans encombrement. Ils auront soin aussi de les établir à proximité d'un ruisseau assez considérable pour abreuver les chevaux. »
« Mûlbeim, 31 mai 1796.
€ Au général Lefebvre.
« Je rentre en ce moment, mon cher camarade, de la reconnaissance que j'ai faite de la position de Porz, et je viens de la faire marquer par l'adjudant général Ney. Colaud , auquel je vieas de parler, quittera ce matin à 11 heures la position indiquée dans mon ordre d'avant-hier, pour appuyer sa droite à Porz, prolongeant sa gauche dans la direction du château de Bensberg. En prolongeant la ligne de route du château de Bensberg à Mehrhausen sur le Rhin, la position que je désire faire occuper est parfaitement tracée. Le château de Bensberg ne peut être occupé à moins de deux bataillons et un piquet de chasseurs pour patrouiller sans cesse dans les différentes avenues qui y aboutissent. Il est déjà convenu entre nous qu'il sera envoyé de fortes patrouilles à la rencontre du chef d'escadron Gardane. Enfin , mon cher camarade , je désirerais que, par des abatis et des coupures, vous puissiez rendre impraticables une grande partie de ces avenues. Les patrouilles de vos grand'gardes doivent parcourir soigneusement le ruisseau de la Sulz depuis AI tenbruck jusqu'à son embouchure, et garder attentivement la rivière d'Âgger jusqu'à son embouchure dan» la Sieg.
Colaud gardera la Sieg depuis ce point jusqu'à son embouchure dans le Rhin.
« Je vous préviens que j'ai trouvé des patrouilles ennemies à la hauteur d'Urbach; il faudra s'en débarrasser et les jeter au delà de la Sieg. »
« Mûlheim, 31 mai 1796.
« Au général Colaud,
<i Ayant reçu une lettre du général en chef, mon cher camarade, qui me presse de gagner la Lahn^ j'ai cru ne pouvoir mieux remplir ses intentions qu'en ordonnant de suite une attaque gé-
nérale; j'espère que vous couronnerez de succès la partie qui vous concerne.
0 P. S. Concertez-vous avec Lefebvre sur l'heure à laquelle vous pourrez arriver à la rivière que vous devez passer, afin de mettre dans vos opérations le plus grand ensemble. »
« Mulheim, 31 ma! 1796.
c ORDRE.
c A dater de demain^ les troupes de l'aile gauche de l'armée prendront les armes tous les matins à 2 heures précises, et y demeureront une demi-heure après la rentrée des reconnaissances qui seront envoyées à l'ennemi dès la pointe du jour; à cette heure , seront également doublées toutes les grand'gardes et les piquets, dont les anciens ne pourront rentrer avant que les troupes aient déposé leurs armes et d'après les ordres du général de jour.
< Demain , 1^' juin , les deux divisions composant l'aile gauche marcheront à l'ennemi pour l'attaquer sur tous les points , et sur la rivière de la Sieg et sur celle de l'Agger; à cet effet, les deux divisions se mettront en mouvement à 4 heures précises , après qu'on leur aura fait la distribution d'eau-de-vie.
a L'avant-garde de Lefebvre passera l'Agger à Lohmar et en avant du village de Troisdorf. Il fera donc reconnaître avec beaucoup de soin et de précautions les chemins qui y aboutissent, et si les gués sont praticables. L'attaque de ces différents points doit être brusque et vigoureuse ; le succès de l'une suffira pour faire passer toute Tavant-garde , qui se réunira, aussitôt après son passage, sur la route de Siegen à la croisée des chemins et près de Schreck. Lefebvre s'établira militairement et fera principalement occuper les villages de Kampanderzeit, Neunkirchen, Happerschoss et Caldanen.
c Lefebvre fera rétablir les gués et construire des ponts sur la la rivière d'Agger. Il en fera pareillement construire un sur la Sieg pour pouvoir communiquer avec la division Colaud. Le détachement de Bensberg exécutera son mouvement à la môme heure et flanquera, conséquemment, la gauche de Tavanl-garde ; il ira pren-
dre poste en arrière de Honrath , d'où il fera partir une forte patrouille pour communiquer avec la cavalerie aux ordres du chef d'escadron Gardane à Ehreshoven. Lorsque cette jonction sera effectuée, ces deux détachements passeront également la rivière d'Âgger et pourront prendre position entre HosebrostetEyscheid, en avant de Neunkirchen^ sur la route de Siegen. Cette disposition n'est point de rigueur, les circonstances pouvant aisément en exiger d'autres.
La division Colaud passera la Sieg à gué , soit à Henden, soit à Meindorf ; elle sera précédée par environ 400 hommes de cavalerie , quatre compagnies d'infanterie légère, d'une pièce de 8 et d'un obusier d'artillerie légère. Ces compagnies d'infanterie légère, si l'eau est trop haute, pourront passer en croupe. Sit6t que cette petite avant-garde aura passé à l'un des gués ci-dessus , l'infanterie tâchera de se rendre maîtresse du bois en arrière de Hangelar, tandis que la cavalerie balayera la plaine entre la Sieg et les montagnes, jusqu'à la hauteur de Bussdorf.
c Le commandant du génie Casai est chargé de faire construire un pont sur cette rivière, dès l'instant qu'on sera maître des deux rives. Colaud suivra ensuite , avec le surplus de la division, et prendra la position la plus militaire entre Bussdorf et Buschendorf, ayant soin de garder tous les débouchés sur sa droite, jusqu'au Rhin. Il occupera les différents villages sur son front à la hauteur de Henef et poussera des reconnaissances vers Uckerath. Le général Rleber s'en rapporte aux talents militaires de Colaud pour les changements que les circonstances pourraient apporter aux dispositions ci-dessus.
€ Kleber se tiendra de sa personne dans les environs du village de Troisdorf. »
RSiegburg,2 juin 1796.
A Jourdan.
<L Le 31 mai le corps d'armée s'est porté dans la position entre Porz et le château de Bensberg; ce qui faisait sept grandes lieues de marche. Ce même jour, le général Lefebvre a eu deux petites affaires d'avant-postes : l'une aux environs de Bensberg, dans les montagnes; l'autre sur l'Âgger, entre Troisdorf et Lohmar. Nous eûmes quelques blessés.
CAMPAGNE DE t796. 209
« Il m'est difficile de ne point exprimer la satisfaction que j'ai éprouvée en voylsint le zèle et l'activité de chacun des généraux mes collaborateurs, l'ensemble qu'ils surent mettre dans les opérations dont ils étaient chargés, et l'ordre qu'ils firent régner partout dans leur colonne, même au milieu des combats.
€ Les officiers d'état-major se sont pareillement distingués; partout ils ont donné l'exemple aux troupes. Le citoyen Yiron , adjoint de l'adjudant général Cayla , avec dix ordonnances seulement, a fait prisonnier de guerre le poste entier de Lohmar, commandé par un capitaine.
« Uckcralh, 3 juin 17%.
a A Jourdan.
<c J'ai chargé Bonnard de passer le Rhin à Bonn, avec deux bataillons et un escadron , afin d'occuper les gorges et les débouchés des Sept-Montagnes et de contenir ainsi tout ce qui , de la part de l'ennemi , aurait été tenté de nous flairer les derrières. Cependant j'apprends qu'un escadron de Barko , coupé du corps d'armée dont il faisait partie , erre encore entre la Sieg et les montagnes; mais j'envoie aujourd'hui un parti contre lui pour le ramasser ou le faire disparaître.
< A présent, mon cher camarade, j'attends de toi une instruction plus positive sur la manière dont je dois occuper la Lahn avec le corps dont tu m'as confié le commandement. Tu n'entends pas sans doute que j'occupe cette rivière, ni depuis Limburg, ni même depuis Nassau, jusqu'au Rhin. Cette position, ce me semble, n'of frirait rien d'avantageux ni pour toi , ni pour moi. Je te propose donc de me laisser filer sur Limburg ; je prendrai une position derrière l'Elms, d'où je menacerai en même temps tous les points de cette rivière, pouvant me porter aisément, soit sur Welzlar, soit dans les plaines de Neuwied, par Montabaur. De cette manière, je resterai réuni, je serai toujours prêt à combattre et je n'aurai, pour m'éclairer sur les mouvements de l'ennemi, qu'à envoyer des partis, tantôt à droite, tantôt à gauche.
< Si j'appuie davantage sur le Rhin, j'aurai, en cas de retraite , des pays horribles à traverser, indépendamment que je serais obligé de défiler devant le fort d'Ehrenbreitstein.
a On m'assure que le prince de Wurtemberg tire des forces du
camp de Neuwicd pour se renforcer contre moi; et comme il ne doit avoir ensemble que tout au plus 20,000* hommes, il me parait que Grenier pourrait déjà passer le Rhin sur le pont volant de Bonn et venir me Joindre à grandes journées, en passant par Dierdorf, Hahn et Walmeroth. Lorsque je saurai ton intention là-dessus, je lui enverrai un parti au-devant. Je suis surtout très-pressé de recevoir sa cavalerie , étant extrêmement inférieur à Tennemi eo cette arme. »
« Hachenburg, 4 juin 1796.
« A Jourdan.
« Ce matin, à 4 heures, l'avant-garde du généra! Lefebvre avait ordre de se mettre en mouvement et de diriger sa marche sur Allenkirchen; il était chargé d'attaquer cette position.
« La tète de la seconde division, aux ordres de Golaud, devait suivre à une demi-lieue la queue de Lefebvre et se mettre en bataille en seconde ligne dans la position en avant de Weyerbusch, dès que la première commencerait son attaque, afin de la soutenir.
(( Lefebvre culbuta d'abord tous les avant-postes ennemis, et dès qu'il déboucha sur les hauteurs opposées à celles d'Âltenkirchen, une canonnade des plus vives s'engagea de part et d'autre. Lefebvre, à qui la position ennemie était parfaitement connue, pour y avoir combattu Tannée dernière, partage aussitôt sa troupe en trois colonnes, donne le commandement de celle de gauche à Souli, celui de celle de droite au chef de la 25* demi-brigade Brunel, et de sa personne reste à celle du centre avec le général de brigade Levai. Les deux colonnes de droite et de gauche avaient ordre de déborder les ailes de l'ennemi et de les tourner; la colonne du centre était chargée de l'attaquer de front. Toutes ces dispositions s'exécutent avec le plus grand ensemble ; partout on entend battre la charge; partout on voit les colonnes gravir des hauteurs presque inabordables; partout enfln on voit déployer la plus grande audace et la plus grande intrépidité; l'ennemi oppose à cette attaque la plus vigoureuse résistance ; mais enfin la baïonnette triomphe, et des charges de cavalerie, exécutées à propos et avec valeur, achèvent sa défaite, qui bientôt se change eu déroute la plus complète.
' CAMPAGNE DE 1796. Ui
a Trois mille prisonniers , parmi lesquels se trouvent les trois bataillons du régiment de Jordis en entier, avec leur colonel et tous les officiers, quatre drapeaux, douze pièces de canon, quantité de caissons d'artillerie, partie des équipages tombés en notre pouvoir, sont les trophées de cette éclatante journée.
« Le combat ne dura que deux heures, mais il fut d'autant plus Tir et plus sanglant pour Tennemi. On ne vit jamais infanterie marcher et attaquer avec plus d'ordre , et jamais cavalerie mépriser davantage la grande supériorité de son ennemi.
a D'Hautpoul, qui commandait la cavalerie (1*^, 6* et.9* régiments de chasseurs), a été frappé d'une balle à Tépaule; Richepanse, chef d'escadron au 1^ régiment de chasseurs, donna de nouvelles preuves de sa valeur, et partout où il se montra, il sut fixer la victoire; il reçut un coup de sabre au bras et eut son cheval tué. J'ai cru devoir l'élever provisoirement sur le champ de bataille au grade de général de brigade.
tL Je ne puis rendre compte des morts et des blessés de l'ennemi; mais, de notre côlé, je puis affirmer n'avoir pas plus de vingt hommes tués et cent blessés.
c Je viens d'apprendre à l'instant qu'on a trouvé à Hachenburg 12,000 rations de pain cuit , quantité de farine et de fourrage.
a Le général Bonnard , qui avait ordre de marcher à Linz par la route du Rhin, et de se porter sur la Wiedbach avec deux bataillons et un escadron, vient de m'apprendre qu'après avoir forcé des défilés fort étroits, malgré la résistance opiniâtre de l'ennemi, il est arrivé à sa destination. »
Hadapar, 7 juin 1796.
c AJourdan.
« Par mon dernier rapport, je t'ai fait connaître que, tandis que l'avant-garde , aux ordres deLefebvre, était chargée d'attaquer les hauteurs d'Altenkirchen, qu'elle emporta, la division Colaud , en bataille en seconde ligne , était chargée de soutenir cette avantgarde sur tous les points et de se diriger ensuite, le même jour, sur Dierdorf, pendant que Lefebvre, poursuivant ses succès, devait se diriger sur Hachenburg. La division Colaud était précédée d'une avant-garde commandée par Ney, parti d'Uckerath dès les cinq heures du matin, de manière qu'il avait passé la Wied-
bacb et se trouvait sur le flanc et les derrières de Tenaerni, lorsqu'il se défendait encore à Altenkirchen. Ce mouvement fît d'abord replier avec précipitation tous les flanqueurs de gauche que Tennemi avait jetés jusqu'au delà de Schomberg; mais comme le pays était montueux et coupé, et que l'ennemi avait un très-grand nombre de troupes légères, Ney eut à combattre pendant deux heures sur son front, son flanc et ses derrières. CepeDda.Qt il continua sa marche jusqu'à une demi-lieue en deçà de Dierdorf, où il trouva un détachement d'infanterie et de hussards; il l'attaqua aussitôt avec impétuosité et contraignit le premier poste, composé d'infanterie, à mettre bas les armes; les hussards se replièrent sur la ville, où, après une faible résistance, ils abandonnèrent le poste, laissant en notre pouvoir un magasin contenant GOO sacs d'avoine, 150,000 rations de foin, une grande quantité de farine et de pain.
Golaud arrive quelques heures après, prend position à Dierdorf et se trouve ainsi sur les derrières de l'ennemi dans son camp de Neuwied, que celui-ci songe aussitôt à évacuer. C'était là l'unique objet que je m'étais proposé dans cette marche. Après avoir laissé un détachement pour garder le magasin de Dierdorf, Colaud dirigea (le 5) la petite avant-garde de Ney sur Montabaur, pour flanquer sa droite, et, de son côté, il se dirigea sur Walmeroth. Ney repousse partout les avant-postes ennemis , arrive rapidement sur Montabaur et s'empare encore d'un magasin contenant 240 quintaux de farine, 400 sacs d'avoine et 200,000 rations de foin, La garnison d'Ehrenbreitstein fait une sortie pendant la nuit, dans l'intention d'incendier au moins ce qu'elle est contrainte d'abandonner* Ney» prévenu de la présence de l'ennemi, le force à se replier, après lui avoir fait treize prisonniers. De son côté, Golaud débouche sur Walmeroth, où il trouve l'ennemi occupé à établir son camp, et le prince de Wurtemberg, avec ses généraux, à pren* dre du repos au château de Molsberg. Quelques coups de canon suffisent pour leur faire prendre la fuite, et Colaud remplace le général autrichien au château de Molsberg.
a Ce même jour (5 juin), Tavant-garde de Lefebvre, quoiqu'elle eût fait, la veille, une marche de huit lieues et qu'elle eût eu un combat pénible à soutenir^ devait se porter jusqu'à Ober-Hadamar; mais le chef d'escadron Gardanne, que j'ai envoyé sur Herbom à la tête d'un parti de cent chevaux pour éclairer notre gauche, me
fit prévenir que Herborn et Dillenburg étaient encore occupés par l'ennemi, qu'il l'aurait attaqué incontinent s'il n'avait trouvé sa cavalerie soutenue par beaucoup d'infanterie. Je fais alors arrêter toute Pavant-garde de Lefebvre dans la position en arrière de Rennerod, et j'envoie deux bataillons au chef d'escadron Gardanne; ils ne peuvent arriver que fort avant dans la nuit', dont l'ennemi profite pour se retirer sur Giessen et Marburg. Le prince de Wurtemberg profita du retard qu'occasionna cet accident pour effectuer totalement sa retraite derrière la Labn. Si ma cavalerie n'eût pas été aussi harassée, et que j'eusse pu détacher un parti de 800 chevaux sur Limburg, sa défaite totale eût été certaine, vu la grande consternation dontétait frappé son corps d'armée du revers qu'il avait éprouvé la veille. Le lendemain 6, la tête de l'avantgarde de Lefebvre regagna celle de la division Colaud ; elles marchèrent ensemble sur deux colonnes, la première sur Limburg, la seconde sur Diez, où, après une escarmouche de deux ou trois heures et une légère canonnade, chacun prit la position qui lui avait été indiquée.
a Ce même jour, le général de brigade Soult, faisant une i^connaissance sur Weilburg, ramassa une patrouille de 20 dragons de Cobourg , entra dans la ville et y trouva encore des magasins 4e farine, d'avoine et de foin. Ces prises arrivent bien à propos, dans un pays désert, oîi les transports sont de la plus grande difficulté. »
« Hadamar, 8 juin 17%.
(( A Jourdan.
((Je reçois à l'instant ta lettre du 6 juin, par laquelle tu me mandes que tu as appris indirectement le succès que nous avons eu à Altenkirchen. Je puis t'assurer avoir fait partir le lendemain de très-grand matin, de Hachenburg, un courrier extraordinaire , qui devait t'en porter la nouvelle officielle ; tu l'auras sans doute reçue depuis; mais, dans l'incertitude, je t'en envoie un duplicata.
a Je t'ai encore envoyé un courrier le 7 d'Ober-Hadamar pour l'annoncer mon arrivée sur la Lahn , derrière laquelle l'ennemi s'est retiré, ayant reçu le même jour un gros renfort, tant infanterie que cavalerie. Ses principales forces sont ehtre Weilburg et
Limburg, ayant comme moi des délachements jusqu'au Rhin et des partis jusqu'à \Vetzlar et au delà.
« D'après le bruit général , il doit se dégarnir fortement de ton côté pour se renforcer du mien, quoique dans le principe ils n'en voulussent qu'à toi et à Tarmée du Rhin. Mais dès que Grenier et Championnet adront passé le Rhin et auront pu appuyer sur ma gauche, je serai en mesure de leur opposer une vigoureuse défense ou de recommencer Toffensive , suivant l'exigence des cas et les ordres que tu me donneras.
« Je t'envoie copie d'une instruction que je viens de donner à Ney, que j'envoie près le général Grenier, pour organiser une di* vision au général Bonnard et faire avancer les 5^ et 6* divisions, que, d'après ta dernière lettre, tu mets sous mon commandement.
<( Tous les officiers du corps d'armée que je commande sont convaincus que, si j'avais eu 1,500 ou 2,000 hommes de cavalerie, le corps d'armée du prince de Wurtemberg eût été défait en entier, et lui-même de sa personne serait tombé en notre pouvoir. J'avais, dans mes marches, l'ennemi sur mes flancs et sur mes derrières; cela ne m'a cependant pas empêché de cheminer à grandes journées, mais jamais aussi vite que j'eusse pu le faire avec un corps de cavalerie un peu respectable.
< Nous avons trouvé de quoi nourrir l'armée abondamment pendant un mois. Eh bien I* elle ne sera pas nourrie et vivra toujours assez misérablement. Pourquoi ? Parce que nous n'avons aucun moyen de transport par nous-mêmes, et que le pays, partout désert, ne nous en fournit pas. Je ne puis cependant pas me plaindre jusqu'ici du commissaire ordonnateur ; mais que peut-il ?
a Ayant reconnu ce malin dans le plus grand détail le terrain que je voulais faire occuper aux divisions, les localités m'ont fait apporter quelques changements dans mon ordre de bataille. Celui que je t'envoie est définitif, à moins que tu ne retiennes quelques troupes de celles que tu m'as promises.
c On vient de m'assurer que l'ennemi se renforcera sur ce point de i 8,000 hommes. Si cela est, je n'aurai rien de trop, surtout si je dois rester sur la défensive.
« Je t'envoie deux lettres intéressantes, trouvées parmi un trèsgrand nombre d'Un courrier intercepté : l'une, par laquelle tu ver-
. las l'intention du prince de Wurtemberg ^ qui était de prendre dans la souricière la division de Lefebvre ^ qu'il croyait devoir agir seule sur la Sieg; l'autre pourra peut-être intéresser le gouvernement, en ce que Ton y entrevoit que la dernière conspiration de Paris était liée aux mouvements de nos ennemis du dehors.
a P. S. Si Tarmée du Rhin ne peut agir ofîensivement, tout ce que nous faisons ne nous conduira pas à de grands résultats. Tu ne me dis plus rien du secours de l'armée du Nord. »
L'aile gauche de l'armée de Sambre-et-Meuse était arrivée sur laLahn. Le corps du duc de Wurtemberg s'était replié sur la rive gauche; la division Pinck avait évacué le camp de Neuwied et s'était retirée à Nassau. Kleber avait repoussé partout l'ennemi, mais il ne l'avait pas détruit. L'archiduc Charles avait d'abord déta* ché six bataillons, puis douze escadrons , pour renforcer le corps du duc de Wurtemberg. Il passa le Rhin le iO, et il devait arriver le 14 entre Wetzlar et Limburg, avec trente-deux bataillons et quatre-vingts escadrons.
Jourdan comprit dans quelle dangereuse situation Kleber allait se trouver. Il songea aussitôt à lui faire passer des renforts par Neuwied , où le pont avait été rétabli le 5 , après le départ des troupes de Finck.
Les deux divisions de l'aile gauche se développaient, le 10^ sur la rive droite de la Lahn, entre Diez et Weilburg. En face d'elles, sur la rive gauche, de Nassau à Runkel , se trouvaient échelonnées les troupes du duc de Wurtemberg , dont les lignes se renforçaient sensiblement, et qui poussaient des patrouilles jusqu'à Wetzlar. La position de Kleber était inquiétante. Heureusement, dans les journées du 11 et du 12, les divisions Grenier, Bonnaud, Championnat et Bemadotte arrivèrent sur la Lahn. Le 13 au matin, Jourdan était à Ober-Hadamar , et Kleber lui remit le commandement. A ce moment, l'archiduc Charles n'avait pas encore fait sa jonction avec Wartensleben , successeur du duc deWurtemberg , et il était possible au général français de déboucher par Limburg sur 1a rive gauche de la Lahn et de culbuter le corps autrichien , encore seul de ce côté. Mis à exécution sur-le-champ , ce plan o/Trait des chances de succès; renvoyé au 16, il devenait impraticable ; car l'archiduc Charles arriva le 14 sur la Lahn , et prit ses dispositions pour attaquer l'aile gauche de l'armée française et la
déborder. Les tôles des colonnes autrichiennes , traversant WeU- . lar le 15 au matin, se heurtèrent bientôt à Tavant-garde de Lefebvre. Après avoir résisté jusqu'à la nuit à des forces très-supérieures et sans cesse renouvelées, Lefebvre, craignant d'être coupé, rétrograda. Cet échec détermina Jourdan à la retraite. Kleber, avec ses deux divisions et la réserve de cavalerie, devait retourner à Diisseldorf ; Grenier, Championnet et Bernadotte rentreraient à Coblenz par Neuwied.
Le 16, à 11 heures du soir, le mouvement commença sur toute la ligne française. Les divisions Colaud et Lefçbvre prirent la* route de Limburg à Altenkirchen , et arrivèrent, le 17 vers 9 heures du matin, au camp de Freilingen.
C'est là que Kleber reçut du Directoire une lettre de félicitations pour les succès obtenus sur la Sieg.
« Paris, 13 juin 1796.
a Le Directoire exécutif à Kleber,
(f Nous vous adressons nos félicitations sur la manière dont vous avez ouvert la campagne, par de glorieux succès à Uckerath et Altenkirchen. Le général en chef Jourdan n'a pas laissé ignorer qu'ils sont dus' à la sagesse, à l'activité de vos dispositions, à ce talent heureux et brillant qui vous caractérise. Les braves troupes sous votre commandement savent que vous les conduirez toujours à la victoire. Le Directoire a la même confiance, et recueille avec intérêt les titres que vous acquérez à l'estime nationale. »
Il répondit immédiatement :
« Freilingen, 17 juin 1796.
« Citoyens Directeurs,
(( Guidé par un grand maître , secondé par le zèle infatigable des officiers générauxet la plus étonnante valeur des troupes sous mes ordres, il me restait peu de chose à faire pour obtenir les éclatants succès sur la Sieg et les hauteurs d'Altenkirchen : aussi, par ce môme zèle, par cette même valeur et surtout par cet ardent amour pour notre patrie qui nous enflamme tous, j'ose vous promettre que les soldats de Sambre-et-Meuse seront toujours dignes
d'eux, toujours dignes des grands exemples qu*ils ont fournis à l'Europe ; et si des raisons militaires leur prescrivaient parfois un mouvement rétrograde, ils sauront encore lui donner le caractère d'audace qui les a distingués jusqu'ici.
u Recevez, citoyens Directeurs , les témoignages de ma plus vive reconnaissance des marques de satisfaction que vous avez bien voulu me donner. »
L'aile gauche partit du camp de Freilingen à 40 heures du soir, pour se porter vers fa Sieg. Le 18, l'infanterie dé Lefebvre fut établie entre Blankenberg et Birlh; celle de Colaud, entre Birth et Uckerath. La cavalerie se plaça en avant des camps de l'infanterie. Les deux divisions occupaient ainsi tout le contre-fort compris entre Meissenbach , Blankenberg et Jungeroth.
Le lendemain Kleber mandait à Jourdan :
« Au camp d'Uckerath, 19 juin 1796.
« Il est 8 heures du matin, et je suis fortement attaqué sur mon front; si lu occupes encore les plaines de Neuwied , et que je n'aie pas à craindre d'être tourné par Stieldorf, je doute qu'ils osent tenter un coup de vive force.
Je saurai ce soir si tu t'es retiré ou non, et, dans ce dernier cas, je serai forcé de me retirer celte nuit derrière la Sieg, où je tiendrai encore tant que je pourrai, et jusqu'à ce que je sois menacé par mes flancs.
n Je ne puis t'en dire davantage : Tavant-garde est aux mains. »
« Sur le chimp de bataille en avant d'Uckerath, 19 juin 1796.
« L'ennemi est venu à 2 heures du matin nous attaquer dans la position que j'occupais , avec une vivacité qui ne m'a pas permis de lui refuser la bataille. J'ai donc promptement pris toutes les mesures pour le devancer et me procurer l'avantage de l'offensive. Tandis que l'artillerie se canonnait de part et d'autre, j'ai vite disposé trois colonnes. J'ai donné le commandement de celle de gauche à Levai; celui de la droite à Bastoul; je me suis réservé de conduire celle du centre; Richepanse, secondé par l'adjudant général Ney, était à la tête de la cavalerie. J'avais
chargé Colaud de ma réserve^ de manière à protéger erficacement ma retraite.
« Mon attaque a été brusque ; i*ennemi en désordre m*a abandonné les hauteurs où ii voulait s'établir et une pièce de 7 qu'il avait renversée. Bientôt des troupes . fraîches se sont avancées; leur cavalerie s*est alors ralliée et se portait sur notre droite et notre gauche. J'ai cru prudent de ne point m'avancer davantage; j'ai ordonné la retraite. L'ennemi se portait sur moi avec des troupes que les rapports les plus modérés fcmt monter à 40,000 hommes. Les bataillons de grenadiers hongrois, toute l'élite de leur infanterie et la colonne qui avait débouché sur Welzlar ren« forçaient l'armée du prince de Wurtemberg. Sa cavalerie était innombrable. Les troupes sous mes ordres ont fait des prodiges de valeur; elles en ont imposé par leur contenance Ûère, puisqu'on me laisse tranquille dans la position que j'occupais, et où il m'a paru sage de revenir.
a Je ne puis te dissimuler que j'ai perdu du monde, et beaucoup; je te donnerai de plus grands détails au premier instant de repos.
«c Tu sens déjà la nécessité d'un renfort considérable pour tenir à Dîisseldorf. La cavalerie que^je t'ai envoyée ne peut me servir dans un pays trop coupé pour les manœuvres qu'elle est habituée de faire. Si tu veux m'en donner, que ce soit de la légère. Mais tâche de me faire filer une division. Les forces que j'ai en tète consistent, d'après les déserteurs, en plus de 40 bataillons et dans une cavalerie de toutes couleurs , mais innombrable.
(( J'espère que tu en aura moins en face de toi, et que tu pourras acquiescer à ma demande.
<( Je n'ai jamais été plus content des troupes; leur intrépidité, leur sang-froid et leur audace n'ont jamais été plus grands.
a Je me retire, conformément à tes instructions, dans les lignes. Ma retraite se fera dans le meilleur ordre. J'attends le renfort que je te demande; je te le répète, j'ai perdu beaucoup de monde, quoique j'aie conservé ma position. La perte de l'ennem^ est en proportion de son nombre, également très- forte. Aussi paraitil disposé à se tenir tranquille. A la nuit close , je chemine, et sous peu je serai à DQsseldorf , d'où je t'écrirai.
« P. S. Quoique j'aie fait avancer notre artillerie légère à portée
CAMPAGr^E DE 1796. 219
de pistolet de l'ennemi, je n*ai rien perdu; plusieurs pièces ont été démontées , mais ramenées au camp.
« La bataille a fini à 3 heures après midi. » Telle fut cette affaire d'Uckerath, si sanglante pour les deux partis, et dans laquelle les troupes françaises combattirent contre des forces bien supérieures, la division Kray et une partie du corps de Warlensleben, soit plus de trente bataillons d'infanterie et au moins sept régiments de cavalerie. Des auteurs, notamment Jomini, ont affirmé que le combat d'Uckerath avait été livré contrairement aux ordres formels et à la volonté expresse de Jourdan. J'ai réfuté ailleurs (i) ces assertions. Kleber, dans cette circonstance, se conforma à l'esprit des instructions de son général en chef et aux exigences de la situation. Serré de très-près, il valait mieux tenir tête à Tennemi que de se laisser culbuter dans la Sieg, qu'il n'aurait pas eu le temps de franchir avant d'être attaqué.
Les troupes de Jourdan avaient repassé , dans la journée du 19, sur la rive gauche du Rhin. Le corps de Kleber restait encore isolé et exposé aux coups de l'archiduc Charles. Il Se remit en marche à 10 heures du soir, pour se porter derrière la Wiipper et se retirer dans les lignes de Diisseldorf, où il arriva le 2â. Les Autrichiens n'avaient que fort peu inquiété sa retraite depuis le 20; ils étaient restés sur la Sieg et s'étaient contentés de pousser des partis vers Mûlheim.
Dès leâl juin, l'archiduc Charles retournait vers le Neckar, avec une partie de son armée, laissant Wartensleben à la tête de 37,000 hommes, dont 10,000 de cavalerie, entre la Sieg et la Lahn, pour s'opposer aux entreprises des Français sur la rive droite du Rhin.
L'armée de Sambre-et-Meuse ne resta que quelques jours dans les positions qu'elle venait de prendre. Moreau ayant franchi le Rhin le 24 juin à Rehl, le corps de Kleber (divisions Lefebvre et Colaud) sortit du camp retranché de Diisseldorf le 28 à 3 heures du matin. Le lendemain, il alla occuper ses anciennes positions entre Porz et Mehrhausen, où il fut rejoint par la division Grenier. Le 30, n le camp de Forz s'est levé à 4 heures du
(1) PiJ^, t. I, p. 306.
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matin; la division Lefebvre s'est dirigée sur Siegen, à travers les montagnes, suivant la route d'Urbach, Ilonrath, Aldenrath et Hattburg, la plus praticable pour la cavalerie et Tartillerie. Elle a pris position , la droite vers Wabn et la gauche se prolongeant sur Seelscheidt. Deux bataillons d'infanterie légère et les deux régiments de chasseurs ont bivouaqué à Zeith, Oberdorf, Hirtsiefen. Un autre bataillon d'infanterie légère et un escadron de chasseurs ont été détachés sur Neunkirchen.
a Le il" régiment de dragons, qui était attaché à celte division, est passé à celle de Golaud, avec toutes les pièces de position, la moitié du parc et des équipages de Lefebvre.
« Li division Colaud a marché sur Troisdorf, et celle de Grenier, sur Menden. Comme les rivières de l'Agger et de la Sieg n'étaient point praticables pour l'infanterie, les troupes se sont mises en bataille en attendant que les ponts fussent reconstruits. Pendant ce temps, Ney, commandant l'avant-garde de Colaud, passa de suite, avec le 6* régiment de chasseurs à cheval, l'Agger et la Sieg à gué. Ses tirailleurs trouvèrent l'ennemi occupé à détruire le pont au delà de Siegburg, et furent assez heureux pour l'empêcher de continuer ce travail. La place de Boissdorf était occupée par environ 600uhlans, et autant de hussards de Berchiny, qui arrivaient pour les relever. Ney les attaqua avec 400 chevaux, les délogea de Nieder-Pleiss, les obligea à se jeter sur les hauteurs dites Garthen-Dambroich . où il les contint et les amusa afin de donner le temps à quelque infanterie légère d'arriver à son appui.
a Le 2* régiment de dragons traversa en même temps TAgger à gué, prit en croupe une partie de la deuxième demi-brigaded'infanterie légère et, continuant sa route, passa pareillement à gué la rivière de Sieg, tandis que l'infanterie légère profitait, pour cet effet, du pont de Siegburg, déjà parfaitement réparé. Dès que les premières compagnies d'infanterie légère débouchèrent du pont, le général Kleber les envoya à Ney pour le soutenir, avec un escadron du 2* régiment de dragons; il dirigea les trois autres escadrons sur Hennef par la grande route, pour couper la retraite à l'ennemi, qui n'avait que ce débouché. Ce mouvement lui fut dérobé jusqu'à la hauteur de Zissendorf; mais dès qu'il l'aperçut, il voulut nous gagner de vitesse. Ce fut en vain, nous étions déjà maîtres du village, nous l'avions même dépassé, ce qui le déter-
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mina à retourner promptement sur ses pas pour profiter du débouché que lui offrait le village de Geistingen, et se jeter dans les moulagnes; mais Ney, qui avait suivi nos mouvements et ceux de l'ennemi y arrive en môme temps que lui daos ce village , le met ea désordre et en fait un grand carnage; plus de 200 hommes restèrent morts sur place.
«Voulant profiter de cette circonstance pour pousser une reconnaissance jusquà Uckeratb, Kleber ordonna aux escadrons du 2** régiment de dragons, qu'il avait avec lui, de poursuivre leur route. Arrivé sur la dernière hauteur en deçà du village, l'ennemi paraissait vouloir faire quelque résistance, et les chevaux des dra* gens étant hors d'haleine par une charge qui avait duré près de trois heures , ils ne crurent pas devoir attaquer, d'autant moins qu'ils n'avaient pour retraite que la grande roule, qui, pendant une lieue, forme un défilé tel, qu'on ne peut en déboucher ni à droite, ni à gauche. Ces escadrons se replièrent jusqu'en deçà du bois où était en réserve un escadron du 6* régiment de chasseurs et se mirent en bataille derrière lui. Celui-ci marche aussitôt en avant» poursuit l'ennemi à son tour, et le reconduit de nouveau jusque vers Uckeralh, où il le contient jusqu'à l'établissement de l'avaot-garde et de ses postes et piquets, indépendamment des hommes mis en défense dans le village de Geistingen. Nous avons encore fait dans cette affaire 60 prisonniers montés; nous n'avons eu que 7 ou 8 hommes mis hors de combat.
<( Le 6* régiment de chasseurs a donné dans cette journée les plus grandes preuves de valeur et a mis la plus grande célérité dans ses mouvements.
«A 6 heures du soir, les ponts de Troisdorf et de Menden étant établis, la division Colaud, passant sur le premier, est venue prendre position à la hauteur de Boissdorf , sa gauche appuyée à la Sieg et sa droite au bois de Garthen-Dambroich ; son avant-garde s'était déjà établie en avant de Hennef et de Warth. Grenier, ayant passé la Sieg à Menden, a pris position en seconde ligne en avant de Nieder-Pleiss. :»
Le 2 juillet, pendant que Lefebvre prenait position à Crombach, Kleber établissait les divisions Grenier et Colaud dans l'ancien caaip d'Uckerath, où il fut rejoint par la réserve d'infanterie du général Bonnard. Des reconnaissances , les rapports des gens du
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pays, des déserteurs et des prisonniersy lui apprirent que Warteos- ;*
leben concentrait toutes ses forces à Neukirch, derrière la Nister, sur le plateau où se réunissent les routes de Siegburg, de Siegen, de Limburg et de Welzlar.
Le centre de Tarmée de Sambre-et-Meuse (divis. Championnet, Bernadotte et Poncet) avait passé le Rhin le 1*^ et le 3 juillet. Le 3, la division Grenier et la réserve de cavalerie du général Bonnaud s*avancèrent jusqu'à Freilingen et passèrent sous les ordres de Jourdan. Colaud tourna Altenkircben et s'établit à Hachenburg; la réserve d'infanterie du général Bonnard , un peu au delà d'Altenkirchen. La division Lefebvre, après avoir enlevé Siegen, se déploya en arrière de la Wiese, la droite appuyée à Siegen^ la gauche à Breitenbach. Ignorant qu'il allait se trouver en présence du gros des forces ennemies, Kleber, après avoir prévenu Jourdan de son mouvement, prescrivit à ses divisions de continuer leur marche en avant. Colaud et Bonnard devaient aller à Herborn; Lefebvreà Dillenburg, dont Kray barrait la route. Les difficultés du terrain et le mauvais état des chemins ne permirent de commencer l'attaque qu'à trois heures de l'après-midi. Après une résistance énergique, Kray abandonna à Lefebvre ses positions et 600 prisonniers. La défaite de Kray découvrait le camp de Neukirch : Wartensleben se mit en retraite, pendant la nuit, sur "Wetzlar.
Le 5, au matin , Kleber put continuer son mouvenient^ sans rencontrer d'obstacle. La division Colaud s'établit, la gauche à Herborn et la droite à Gontersdorf ; la réserve d'infanterie de Bonnard prit position de Gontersdorf à Muncbhausen; la division Lefebvre vint, par Dillenburg, se placer la droite à Herborn, la gauche à Eisenrath.
Le 7, Kleber leva le camp de Herborn à 8 heures du matin, et porta Lefebvre entre Rodheim et Hermannstein , Colaud en avant d'Altenstâdten , Bonnard un peu au delà d'AUendorf. Les autres divisions de Jourdan se rapprochèrent en même temps de la Lahn, et Championnet s'empara de Runkel. Le 8, les divisions de Kleber resserrèrent leurs cantonnements. Lefebvre occupa Giessen; Colaud, Wetzlar; Bonnard, le pont de Leun. Le lendemain, à la pointe du jour, le centre et l'aile gauche de l'armée de Sambre-et-Meuse franchirent la Lahn. L'armée de Wartensleben, qu'elle poursuivait, s'était partagée en deux fractions: l'une, sous Werneck, avait filé sur Kônigstein, tandis que la masse la plus
importante se portait à Francfort par Friedberg. C'est celle dernière que Kleber allait rencontrer.
Les divisions de l'aile gauche^ mises en marche à 4 heures du matin, passèrent la Lahn, Lefebvre à Giessen, Colaud à Welzlar, Bonnard à Leun, et se portèrent, Lefebvre vers Eberstadt, Colaud sur Butzbach, Bonnard sur Rleeberg. Ni Lefebvre ni Bonnard ne trouvèrent d'ennemis devant eux. L'avant-garde de Colaud y que commandait Ney, se heurta, près de Nieder-Môrlen, - aux avant-postes de Rray, qui avait disposé le gros de ses forces sur les hauteurs du Johannsberg , près de Nauheim.
Après une lutte acharnée, qui dura jusque vers iO heures du soir, Ney resta maître d'Ober-Môrlen; Kray avait conservé Nieder-Môrlen.
Le 10, Kleber s'avança avec la plus grande prudence, aQn d'être prêt à livrer bataille à Nauheim, si Rray y restait, ou dans les plaines de Friedberg, si Wartensleben voulait nous y attendre. Lefebvre avait ordre de gagner Bauernbeim et Ossenheim, où il franchirait la Welter, pour prendre à revers la droite de Kray. Colaud, qui allait aborder de front la position de Nauheim, ne devait attaquer que lorsqu'il entendrait retentir à Ossenheim le canon français. Par la marche rapide de Lefebvre, Kray se vit forcé de se retirera Friedberg d'abord, puis à Fauerbach , où Wartensleben lui amena en toute hâte des renforts d'Ober-Wôllstadt.
Ney et Jacopin arrivèrent en même temps devant Friedberg , que gardait un fort détachement ennemi. Les portés de la place sont aussitôt attaquées et enfoncées; on se bat avec acharnement dans les rues. Les Impériaux évacuent Friedberg ; Ney les poursuit. Mais il est arrêté par les lignes autrichiennes, que Wartensleben avait déployées entre Fauerbach et Rossbach. Longtemps Tintrépide partisan lutte contre la mousqueterie , l'artillerie et les charges incessantes d'une cavalerie nombreuse. Peut-être allait-il être forcé de se replier, lorsque la réserve du général Bonnard arriva à son secours par Ockstadt.
Cependant Lefebvre avait, malgré l'ennemi, franchi la Wetler à Ossenheim, et déployé sa division entre ce point et Friedberg. Ayant ensuite formé ses colonnes d'attaque, il était parvenu à gravir la hauteur occupée par les lignes autrichiennes. A ce moment, la division Colaud débouchait de Friedberg, et toutes les
forces de Rleber se trouvaient en bataille^ prêtes à une attaque générale. Menacé également par la division Grenier, qui arrivait à Homburg, Wartensleben battit en retraite vers Francfort. L'avant-garde française y arriva le 12 dans la soirée. Le 13 au matin toutes les troupes de l'aile gauche étaient réunies devant la place, dont les divisions du centre s'approchaient aussi. Le 14, au matin, Wartensleben capitula, aux conditions suivantes : armistice de quarante-huit heures, pendant lequel la ligne de démarcation entre les belligérants serait marquée par la Kinzig jusqu'à son embouchure dans le Mayn, et par le Mayn jusqu'à son embouchure dans le Rhin; entrée des Français à Francfort à l'expiration de l'armistice; sortie de la garnison autrichienne avec armes et bagages; les habitants remis à la générosité des Français.
A ce moment toutes les troupes de Jourdan destinées à entrer en Franconie (divis. Lefebvre, Golaud, Grenier, Ghampionnet et Bernadotte , réserve d'infanterie du général Bonnard ) se trouvaient autour de Francfort, depuis Bergen jusqu'à Hofheim.
A l'expiration de l'armistice, le 16 juillet à 7 heures du matin, les avant-gardes de Lefebvre et de Colaud franchirent la Kinzig : la première, pour éclairer le pays jusqu'aux rivières Jossa et Sinn; la seconde, pour avoir des nouvelles de l'ennemi du côté de Seligenstadt et d'Aschaffenburg. Le 18, quatre divisions de Jourdan passèrent la Kinzig : Lefebvre à Gelnhausen, Colaud àMeerholz, Grenier à Langenselbold, Ghampionnet à Ruckingen. Lefebvre et Colaud se portèrent vers Gemûnden, le premier parWilbachj.le second par Flôrsbach. Les deux divisions de KJeber, engagées dans un pays de montagnes excessivement difficile, accablées par une chaleur extraordinaire, n'avancèrent que lentement, et durent camper : Lefebvre, un peu en arrière de Lettgenbrunn, Colaud, en avant de Flôrsbach. La cavalerie du général Oswald fit l'avant-garde, gagna Ruppertshûtten et poussa jusqu'à Framersbach une patrouille qui en chassa un poste autrichien. La division Grenier s'arrêta à Wiesen, sur laroute de Lohr ; Ghampionnet s'établit à Âschaffenburg, Heubach et Schweinheim. Jour* dan marchait toutes ses forces réunies, car il savait que l'armée de Wartensleben se retirait en bon ordre sur Wûrzburg. Le 19, l'aile gauche continua sa marche; la division Lefebvre appuya sa gauche à la Sinn, et sa droite à la route de Gemûnden ; la division
Colaud yiot se développer à droite de Lefebvre et couronna les bois et les hauteurs en arrière de Ruppertshûtten. Kleber ne put, ce jour-lày s'établir plus près de Gemiinden, h cause des bois qu'il iallait traverser avant d'arriver à cette ville. Il était resté, de sa personne, à Lohr-Haupten, a6n de bâter la marche de son ai^ tillerie et de ses convois, qui ne pouvaient » avancer qu'avec la plus grande peine dans ces chemins difficiles. C'était la première fois qu'on voyait des armées dans ce pays.
Le 21, la division Lefebvre, qui avait occupé la veille Gemûnden, et la division Colaud se dirigèrent sur Arnstein. Pendant ce temps. Grenier se plaçait le long du Mayn, entre Gemiinden et Lobr; Championnet occupait le camp de Wiesen; Bernadotte arrivait à Âschaffenburg. Le 23, Kleber s'approcha davantage de Schweinfurt, en établissant la droite de Lefebvre à Zeitsleben; Colaud vint se placer entre ce point et Arnstein, tandis que Grenier s'ins* tallait entre Arnstein et Mudesheim, et Championnet entre Mudesheim etRarlstadt. Dans ces positions, Jourdan faisait face à Wurzburg, d'où Wartensleben pouvait déboucher à chaque instant. Une légère indisposition obligea Kleber de se reposer quelques jours à Schweinfurt. L'armée de Sambre-et-Meuse exécutait alors un mouvement de conversion à gauche qui devait l'établir, le 26, le long du Mayn, la droite à Kitzingen et la gauche au delà de Schweinfurt. Avant de continuer sa marche, Jourdan voulait se procurer des renseignements sur Tennemi et avoir des nouvelles de l'armée de Rhin-et-Moselle. Par des reconnaissances il acquitta certitude que Wartensleben était à Zell, et non à Bamberg; et, le 27, un aide de camp de Moreau lui apprit que l'armée de Rhinet-MoselIe avait passé le Neckar, et qu'elle serait probablement le 30 juillet à Gmund, prête à déboucher dans le bassin du Danube. Jourdan pouvait donc engager l'action à Zell, sans avoir rien à craindre de l'archiduc Charles. Il résolut de diriger la division Lefebvre sur le ilanc droit de l'ennemi, et de l'attaquer sur son front avec la division Colaud, tandis que Grenier, Championnet, Bernadotte et la réserve de cavalerie passeraient le Mayn et marcheraient sur Bamberg. Le 30 juillet, les divisions se portèrent dans les positions qui devaient leur permettre d'exécuter le plan du général en chef. • Sur ces entrefaites, Jourdan, gravement indisposé, remit à
Kleber le commandemept en chef. Il lui communiqua ses projets pour déloger l'ennemi de Zell. Rleber se cbai^ea d'en assurer rezécution, et fit immédiatement connaître àMoreau la position de l'armée de Sambre-et-Meuse :
« Schweinfurt, l'^aoùl 1796.
« Une forte indisposition ayant contraint le général Jourdan de se retirer à Wiirzburg, pour quelques jours, il m'a rerois le commandement de l'armée.
«Votre aide de camp Baudot vous aura sans doute rendu compte que, lorsqu'il est arrivé à Schweinfurt, l'armée de Sambre-et- Meuse appuyait sa gauche à celte ville et sa droite à Wûrzburg. Demain elle marchera vers le haut Mayn et la Regnitz, et s'établira entre Lauringen et Ober-Schwarzach ; après-demain, nous attaquerons l'ennemi dans son camp de Hassfurth, et si nous obtenons le succès que j'ai lieu d'espérer, poursuivant notre marche , nous irons le chercher le lendemain à Bamberg. D'après ces dispositions, vous voyez, mon général, que , pour arriver à notre hauteur, l'armée que vous commandez pourrait se porter jusqu'à Nordiingen et Donauwôrth. Je crois môme présumer que cette lettre vous trouvera déjà à Nordiingen.
« L'armée devant nous est commandée par Wartensleben. Le corps de Werneck en fait partie , et ne Ta jamais quittée ; c'est lui qui se trouvait derrière la Kinzig pour couvrir la retraite de Wartensleben par Aschaffenburg. Le corps des troupes saxonnes se retire; il a campé le 30 juillet à Grafenberg et doit se porter à grandes journées à Hoff, frontière de Saxe.
« Il est arrivé dans ces contrées quelques corps de cavalerie du haut Rhin; Tennemi, dans cette arme, nous est infiniment supérieur; mais je crois que nous sommes plus forts que lui en infanterie.
(( Voilà, général , tous les renseignements que je puis vous donner. Je vous prie de me faire connaître par où et comment vous désirez que la jonction des deux armées puisse s'opérer^ et quels sont vos projets à cet égard, b
Pour les opérations contre Zell et Bamberg, il vaut mieux citer qu'analyser ses rapports au Directoire :
« Closter-Taral, 3 août i79(>.
a Au Directoire exécutif.
(( Citoyens Directeurs ,
« Le général en chef Jourdan doit vous avoir instruit de son in- •disposilion et de la remise qu'il m'a faite, le 31 juillet, du commandement de l'armée.
ttSon intention était de faire marcher l'armée, le lendemain, pour attaquer l'ennemi , le 2 ou le 3 août, dans son camp de Zell , en arrière de Hassfurth. J'ai donné suite à ce projet, en même temps que j'ai fait porter une partie de la division aux ordres de Lefebvre sur Kônigshofen, afin de fermer cette place et l'obliger à capituler. C'est Lefebvre qui a commandé ce détachement; il m'annonce que, hier à midi, KOnigshofen a ouvert ses portes aux troupes de la République, et qu'il va m'envoyer incessamment la •capitulation ainsi que l'inventaire des objets qu'on y a trouvés.
0 La place de Kônigshofen, dont les ouvrages sont en très-bon état, forme un excellent point d'appui pour la gauche de Parmée , soit qu'elle reste en position dans le haut Mayn, soit qu'elle veuille se retirer derrière la Saale et se porter dans le pays de Fuld.
<c L'armée a pris position hier, la gauche appuyée à Lauringen ei la droite à Ober-Schwarzach. Ce mouvement, ainsi que celui sur Kônigshofen, a déterminé l'ennemi à passer le Mayn et la Redits et à prendre position en arrière de Bamberg. On estime sa force à 40, 000 hommes, et le corps de Werneck, quia constamment -demeuré aux ordres de Wartensleben , fait encore partie de son armée.
c Aiijourd'hui , l'armée prendra position entre Kônigsberg et Bui^-Ebrach', les avant-postes seront poussés jusqu'au Mayn et la Regnitz, et j'aurai soin d'envoyer de forts partis sur Coburg et Forchheim, afin de menacer en même temps les deux flancs de l'eDnemi. Toutes ces dispositions , conformes aux notes que m'a remises le général en chef, doivent nous conduire à d'heureux résultats. D'ailleurs j'attends le général d'ici quelques jours.
« Je communique avec l'armée de Rhin-et-Moselle par Heilbronn; elle était, le 30 juillet à la hauteur de Gmîind ; je la présume aujourd'hui dans les environs de Nordiingen. Je vais également envoyer un parti à sa rencontre. »
228 RLEBER.
a Zell. 4 août 1796.
«J'ai eu l'honneur de tous rendre compte, par ma lettre d'hier, que l'armée devait, ce même jour, prendre position entre Kônigsbei^ et Burg-Ebrach. La division Lefebvre partit, en conséquence, de son camp de Ballinghausen pour se rendre à Kônigsberg, où elle devait appuyer sa gauche; elle ne trouva point d'ennemis.
c Colaud partit à la même heure de Hesselbach, pour se diriger par Hassfurth à Zell, où il devait appuyer sa droite. Son avantgarde trouva environ 800 chevaux ennemis près de Zell , et quoique Ney, qui la commandait, n'eût environ que 400 hommes du 6*^ régiment de chasseurs et W de dragons, il n'hésita pas à ordonner la charge, et par sa manœuvre il parvint bientôt à culbuter l'ennemi ; il a fait plusieurs prisonniers parmi lesquels se trouve un officier. L'ennemi s'enfuit en pleine déroute jusqu'au village d'Ebelsbach, où, protégé par de l'infanterie, il cherchait à se rallier; mais l'infanterie légère de Ney arrive, et sans lui donner le temps de se reconnaître, attaque et infanterie et cavalerie, et les oblige bientôt à repasser le Mayn. Le 6* régiment de chasseurs et le 14* de dragons ainsi que la 20* demi-brigade légère ont donné , dans cette attaque, des preuves réitérées de leur valeur.
(( Grenier partit de Buch pour se porter en arrière d'Ëltmann; son avant-garde, commandée parCacate, trouva pareillement plusieurs escadrons de cavalerie soutenus par de l'infanterie dans les environs d'Ëltmann ; il les attaque, les poursuit, et va prendre position en avant de Rosstadt, village sur la rive gauche du Mayn ; il fait aussi quelques prisonniers à l'ennemi.
(( La division Championnet partit de Geroizhofen pour se rendre à Trosenfurt ; elle eut des chemins horribles à traverser ; son avantgarde, commandée par le général Klein , trouva l'ennemi dans les environs de Donkenfeld^ qui, après une vigoureuse escarmouche, se retira.
a Bernadette, qui était parti d'Ober-Scbwarzach et qui devait suivre la grande route de Bamberg pour se porter à Burg-Ebrach> rencontra le corps de Kray, qui, quelques jours auparavant, campait à Hassfurth, sur la rive opposée du Mayn. Ce corps était supérieur en nombre à la division Bernadotte , et le général ennemi paraissait vouloir profiter de sa supériorité. Bernadotte,
CAMPAGNE DE 1796. t»
encore fortement inquiété, sur son flanc droit par des partis que l'ennemi avait jetés sur Schlûsselfeld , poursuit sa route, fait charger et attaquer avec impétuosité tout ce qui se présente devant lui et forc« son adversaire à lui abandonner le terrain qu'il avait ordre d'occuper.
(( L'adjudant général Hireur, commandant l'avant-garde de cette division , a déployé , dans cette journée , de grands talents militaires; son adjoint y Maurin, a reçu dans une charge plusieurs coups de sabre.
a Bonnaudy que j'avais, ce jour-là, envoyé vers la division Bernadotte pour lui servir de point d'appui, contribua aussi beaucoup au succès du combat.
tt L'ennemi fut contraint de nous abandonner, sur le Mayn vers Eltmann, quatorze bateaux chargés de grains, dont nous tirerons bon parti.
« Aujourd'hui , les différentes divisions de l'armée pousseront jusqu'à la Regnitz, le haut Mayn et la rivière d'Itz.
<i L'ennemi fait filer des troupes sur Nûrnberg, et a porté un corps de 10,000 hommes sur Coburg.
c P. S. Au moment où j'allais fermer ma lettre, je reçois l'avis que les divisions sont arrivées sous les murs de Bamberg , et le magistrat de cette ville vient de m'adresser un acte de soumission aux armes de la République; j'y serai rendu dans deux heures. On peut assurer d'avance que nous y trouverons de grands débris des magasins autrichiens, surtout en subsistances. »
« Bamberg,*, 4 août 1796.
< J'ai rhonneur de vous adresser la capitulation de Rônigshofen.
€ Jourdan ou moi nous vous adresserons incessamment des drapeaux pris sur les ennemis dans les affaires d'Altenkirchen , Hachenbui^, Friedberg, ainsi que dans les forteresses de Wiirzburg, Marienburg et Rônigshofen. v
« Bamberg, 5 août 17%.
€ Le courrier que j'avais intention de vous expédier hier n'ayant po partir, je profite de ce retard pour vous donner les détails de la prise de Bamberg.
« L'avaot-garde de Grenier, ayant moins de chemin à parcomir, s'y est présentée la première. La Tille était encore occupée par un bataillon et plusieurs escadrons ennemis, qui firent mine de se replier à l'approche des troupes françaises, et les laissèrent entrer en partie. Alors sa cayalerie déboucha par plusieurs rues et enveloppa dans un instant ceux des nôtres qui s'étaient avancés avec trop de confiance ; le combat s'engage et devient terrible. D'un autre c6té, Klein , à la tète d'une cinquantaine de dragons , entre pareillement dans la ville et avec d'autant plus de sécurité qu'il voyait des Français devant lui ; mais il fut de môme entouré et contraint de se faire jour à travers l'ennemi , infiniment supérieur. Enfin, après une heure de combat opiniâtre, la valeur française triomphe et l'ennemi prend la fuite.
< Nous avons trouvé dans la ville de Bamberg 15,000 à 18,000 quintaux de grains ou de farines, un magasin considérable d'avoine.
€ L'armée du général Wartensleben remonte la Kegnitz pour se porter sur Niirnberg.
€ L'avant-garde de Kray s'établit à Hôchstadt, derrière la rivière d'Âisch. Un autre corps se réunit à Herzogen-Aurach. Ce mouvement de l'ennemi m'engage à appuyer sur la droite et à jeter un fort corps d'observation entre la Regnitz et Schiisselfeld, derrière la rivière dite Reiche-Ebrach, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Rauhe-Ebrach, qui, parallèlement à cette première, se trouve plus en arrière. »
« AdeUdorf, 7 août 1796.
« Je vous ai rendu compte, citoyens Directeurs , par ma lettre du 3, que l'armée devait se porter le lendemain sur la Regnitz et le haut Mayn , et vous instruisais par celle du 4 de l'entrée des troupes républicaines dans Bamberg.
« Lefebvre, qui avait pris position derrière le haut Mayn et la rivière d'Itz, avait ordre d'envoyer de suite des partis sur Goburg et Lichtenfeds, à l'efTet d'avoir des nouvelles certaines sur la colonne que l'ennemi avait fait filer sur ces points.
« Il m'apprit bientôt que ces troupes , après avoir séjourné quel que temps dans ces deux places, avaient continué leur route sar Egra. Ainsi , n'ayant rien à craindre de ce c6té, je nliésit&i pas à
faire passer la Regnilz aux deux divisions de gauche, pour les diriger sur ForchheimetEbermanDstadt, tandis que les divisions de droite devaient s'établir derrière la rivière de Reicbe-Ebracb. Ce mouvement s'exécuta le 6 , et donna lieu à un combat sanglant entre la cavalerie ennemie et celle de Lefebvre.
« L'ennemi occupait un camp à Altendorf el poussait ses avantpostes jusqu'à Strullendorf, & une lieue et demie de Bamberg. La plaine au delà de ce village était immense et présentait le plus grand avantage à celui qui aurait la cavalerie la plus nombreuse à déployer; ainsi, sous ce rapport, l'ennemi avait lieu d'espérer de brillants succès.
tt Cependant la cavalerie de Lefebvre arrive ; elle était composée de trois escadrons du I**' régiment de chasseurs, de trois du 9*^ chasseurs et du 8* régiment de cuirassiers. A peine a-t-elle le temps dereprendre haleine, qu'on la forme en colonne, et qu'on lui donne le signal du combat. Elle passe avec impétuosité le village de Strullendorf, attaque et 'culbute les premiers postes ennemis, traverse le village de Hirschaid et se dépIoie*dans la plaine en présence d'un ennemi quatre fois plus nombreux qu'elle. Ici la charge s'engage , et l'ennemi , ne pouvant résister au premier choc , se replie en désordre; mais, profitant bientôt de sa grande supériorité, il déborde notre gauche et menace notre flanc. Richepanse , qui s'en aperçoit, court avec quelques pelotons au-devant de lui; alors le combat devient furieux et la mêlée est au comble. Cependant chacun se rallie à la voix de ses chefs , et , de nouveau , on se trouve en présence.
« Une seconde charge s'engage; nos chasseurs, accablés par le nombre, ont peine à la soutenir; déjà quelques escadrons, mis en désordre , allaient gagner le village lorsque le capitaine Prud'homme, du V régiment de chasseurs, par sa voix, sa fermeté, sa contenance , sait arrêter ce mouvement rétrograde et les ramène au combat. Malgré l'étonnante valeur de nos troupes, l'ennemi, par une dernière tentative, allait peut-être fixer la victoire de son c6té, si à l'instant le 8* régiment de cuirassiers ne s'était présenté. Il sort du village de Hirschaid avec une impétuosité inexprimable, ranime la confiance des chasseurs, fond sur l'ennemi , le repousse et [le met en fuite. Les chasseurs reprennent aussitôt l'avantage qu'ils ont failli perdre un moment, et chacun se met à
la poursuite de l'eimemi , qui, pour arrêter nos progrès, fait sans distinction, sur les siens et sur les nôtres, un feu d'inranterie et d'artillerie qu'il avait eu soin , pour protéger sa retraite , de placer en avant et en arrière du village d'Altendorf.
« Lefebvre, qui avait atteint son but, fait cesser le combat et se contente , sous la protection de son feu d'artillerie , de faire pren* dre aux troupes de sa division , qui commençait à déboucher, la position qu'il avait ordre d'occuper.
f( Pendant que ceci se passait, sur sa droite un corps d'infanterie et de cavalerie détaché de sa division tournait les montagnes et filait silencieusement vers Ebermannstadt, qu'il devait attaquer le lendemain.
ft Colaud prit position en seconde ligne sous les murs de Bamberg.
« Les trois divisions de droite, Grenier, Cbampionnet et Bernadotte, marchant sur leur droite , prirent position derrière la rivière de Reiche-Ebrach , la gauche appuyée à la Regnitz et la droite à Schlûsselfeld. L'ennemi avait jeté quelques bataillons et quelques escadrons dans les villages près de l'embouchure de la rivière de Rauhe-Ebrach. Grenier devait les en chasser pour occuper la position. Il en donne l'ordre au général de brigade Olivier, qui, après un combat opiniâtre de plus de trois heures, parvient enfin à débusquer l'ennemi et à le poursuivre jusqu'au bois de Zentzbeckhofen. Ces troupes combattirent avec la plus grande valeur.
« Championnet et Bernadotte trouvèrent aussi des ennemis devant leurs fronts; mais ils se contentèrent de leur faire donner la chasse par quelques escadrons de leur avant-garde.
« Lefebvre fit dans cette journée environ 60 prisonniers, parmi lesquels se trouve un officier; la perte de l'ennemi en tués et blessés doit être considérable.
n Le brave Richepanse^ après avoir donné partout l'exemple de la plus grande intrépidité, reçut, dans une des charges, un coup de sabre sur le bras , qui le contraignit de se retirer. D'Hautpoul ^ guéri de sa blessure , vint heureusement le remplacer.
a Le chef de brigade Doré /commandant le 8^ régiment de cuirassiers, qu'il conduisit si vaillamment au combat, a reçu à Altendorf un coup de biscaîen dont il est mort. Ce digne et brave ofQ-
cier emporte les regrets de toute l'armée. Indépendamment de ses grandes qualités militaires, il sut encore, par celles de son cœur, gagner l'affection de tous ses camarades.
« Prud'homme, du 1^ régiment de chasseurs à cheyal, se distingua particulièrement dans cette affaire; plusieurs fois il fut enveloppé avec les siens, et chaque fois il se fit un passage, non pour se retirer, mais pour revenir à la charge avec plus d'acharnement; il sortit de ce combat couvert de contusions , et sa conduite ayant excité l'admiration dans tout le régiment, j'ai cru devoir l'élever aa grade de chef d'escadron, avec d'autant plus de raison qu'il y a quelques droits par son ancienneté.
« j'ai élevé également au grade de lieutenant Montbrun, souslieutenant au i" régiment de chasseurs à cheval, faisant les fonctions d'aide de camp près de Richepanse. Ce brave jeune homme, voyant son général assailli de toutes parts et hors d'état, par sa blessure, de se défendre, le couvre de son corps, pare les coups qu'on lui porte et lui donne ainsi le temps de se retirer.
« Je vous prie, citoyens Directeurs, d'avoir égard à ces nomi- * nations et de vouloir bien les confirmer.
c L'adjudant général Mortier, qui remplaça, dans le commandement , le général Richepanse, donna dans cette journée, au milieu de la mêlée, des preuves d'un grand esprit de conduite et d'un grand sang-froid. Avec de pareils chefs , un général se dispense de compter le nombre de ses ennemis.
(( L'ennemi a pris position sur la rive droite de la Regnitz, entre Ebermannstadt et Forchheim , et sur la rive gauche , entre Forchbeim et] Hôchstadt. Aujourd'hui, l'armée l'attaquera sur tous les points, et le succès obtenu hier nous présage la victoire. »
« AUendorf, 8 août 1796.
« Par ma lettre d'hier, je vous prévenais que mon projet était d'attaquer ce même jour l'ennemi sur les deux rives de la Regnitz entre Ebermannstadt et Hôchstadt. En conséquence, la division Lefebvre se dirigea sur la rivière de Wiesent et, après avoir chassé tout ce qui se trouvait sur la rive droite, elle prit position en avant de Dnigendorf. Mais l'ennemi occupant avec 600 chevaux , 1,200 hommes d*infanterie et quelques pièces d'artillerie, le poste d 'Ebermannstadt, Lefebvre'y envoya Mortier, avec un bataillon, qua-
tre escadrons etdeux bouches à fea, pour l'attaquer; ce qu'il exécuta avec tant de Tivacité, qu'après une heure de combat l'ennemi fut contraint de le lui abandonner. Ce général , se tronyant ainsi maître des deux rives de la Wiesent, fut à môme d'envoyer ce même jour des patrouilles sur les derrières de l'ennemi.
c Colaud avait ordre de quitter sa position sous Bamberg y de marcher sur Forchheim ,'d'attaquer et de culbuter tout ce qu'il trouverait en campagne pour couvrir cette place. L'ennemi était en force dans la plaine et sur les hauteurs, et le général Wartensleben y commandait en personne;
«c L'avant-garde de Colaud , commandée par Ney, fut accueillie par une décharge de quatorze pièces de canon. Quoiqu'il n'en eût que deux à leur opposer, il ne perdit pas contenance et , unissant la ruse à la valeur, il parvint, après quelques charges, à débusquer l'ennemi de sa première position. Colaud amena alors à cet officier des renforts qui bientôt le mirent à même de faire rentrer les Autrichiens dans la place et de pousser ses postes jusqu'à la rivière.
« Colaud devait faire sommer le commandant de la place d'ouvrir ses portes aux troupes républicaines dès que celles-ci seraient arrivées à portée de canon. 11 en charge Ney, qui, profitant de la consternation que devait avoir produite la retraite précipitée des Autrichiens, envoie aussitôt un parlementaire, auquel le commandant témoigne qu'il rendra la forteresse dès que les Impériaux en seront assez éloignés pour ne "plus l'inquiéter. L'officier français insiste, et le commandant capitule.
c On a trouvé dans cette place soixante et dix bouches à feu en bronze, quantité d'armes et de munitions de guerre.
«c Ney a donné, pendant cette campagne et les précédentes, des preuves multipliées de talent, de zèle et d'intrépidité; mais il s'est surtout surpassé dans la journée d'hier, où il eut encore deux chevaux tués sous lui. J'ai donc cru pouvoir l'élever, sur le champ de bataille, au grade de général de brigade, dont le brevet lui a déjà été envoyé il y a dix-huit mois, mais que sa modestie ne lui permit pas alors d'accepter. En confirmant cette nomination, citoyens Directeurs, vous donnerez un acte éclatant de votre justice.
c Grenier quitta son camp de Robersdorf, derrière la rivière de
Reiche-Ebrach, et, remontant la rive gauche de la Regnitz, il s'établit , après un combat court, mais vif, sur les hauteurs derrière la rivière d'Aisch.
«^Un détachement, commandé parle citoyen Morin, adjudant major de la 16* demi-brigade d'infanterie, s'empara du village de Willersdorf , dans lequel il fit cent prisonniers , dont un officier. « Championnet déboucha à peu près au même instant sur la rivière d'Aisch par Lauf . Tous les villages , sur les deux rives , étaient occupés ;par de l'infanterie hongroise et protégés 'par un grand nombre de bouches à feu établies sur les hauteurs. Ces villages furent attaqués avec impétuosité ; mais la résistance de l'ennemi était opiniâtre, et quelques-uns de ses postes furent enlevés et abandonnés jusqu'à trois fois. Enfin, la baïonnette seule est employée , et l'ennemi prend la fuite après avoir essuyé une perte assez considérable. *
« Kray, qui commandait ce corps d'armée , avait fixé toute son attention sur l'attaque et le déploiement de cette colonne, parce que le feu de rartillerie et de la mousqueterie y étaient des plus vifs ; mais pendant qu'il examinait sa manœuvre , la colonne obéissant à Bernadotte débouche surHôchstadt, sans toutefois l'attaquer, afin de donner le temps à la cavalerie de Bonnaud , qui avait ordre de passer la rivière et de tourner l'ennemi par son flanc gauche , de se mettre en mesure d'agir. Tout cela s'exécuta avec autant d'intelligence que de précision, et le général ennemi qui ne s'attendait pas à cette manœuvre, devint, dès cet instant, indécis dans ses mouvements, indécision dont Bernadotte, Bonnaud et Championnet surent profiter pour le déterminer, après des charges réitérées de cavalerie et d'infanterie, à effectuer sa retraite. Il la fit protéger par un grand feu d'artillerie, auquel la nôtre répondit avec son efficacité ordinaire et de manière à mettre les Autrichiens dans le plus grand désordre.
« Les avant-gardes des trois divisions se mettent aussitôt à les poursuivre et, sans leur donner le temps de se reformer, les contraignent à passer la Regnitz , dont ils replient les ponts. Klein prit position au bord de cette rivière.
c L'ennemi , suivant les rapports des officiers généraux , avait un plus grand nombre de cavalerie; mais tous nos corps combattaient avec tant de valeur, les généraux et chefs de corps surent
tellement diriger et exécuter leur manœuvre, que tous les obstacles furent vaincus et que rien ne put leur résister.
c( L'ennemi a perdu beaucoup de monde, tant en infanterie qu'en cavalerie » et on lui a fait encore une centaine de prisonniers, dont soixante. montés , y compris un ofBcier.
a Les avant-postes des différentes divisions furent portés au delà de la rivière d'Aisch , et les patrouilles et partis poussèrent jusqu'à celle d'Àurach.
(( Suivant les rapports qui me sont parvenus , l'ennemi doit se retirer en grande hâte sur Nûrnberg; les magasins qu'il avait à Forchheim et dans les environs d'Ërlangen ont été vendus ou gaspillés.
c Lefebvre porte aujourd'hui un parti à Grafenbei^.
« C'est dans cet état , citoyens Directeurs , que je viens à l'instant de rendre le commandement qui m'avait été confié au général en chef Jourdan, de retour à l'armée. »
En remettant le commandement à Jourdan, Kleber lui écrivait, le 7 août :
a Je suis d'autant plus aise de ton retour, mon cher camarade , que, succombant au malaise que j'éprouve, je me vois contraint de me retirer également pour quelques jours de l'armée : aussi je compte^ dès demain, m'établir à Gloster-Ebrach.
c( Quant à l'armée, elle est réunie sur une ligne bien appuyée et couverte de rivières et enfin prête à se porter droit sur le Danube , auquel elle fait front. Espagne a tracé cette position sur sa carte ,* et te donnera tous les éclaircissements que tu pourrais désirer.
« Lefebvre a combattu l'ennemi hier à Hirschaid, et avec le plus grand avantage; aujourd'hui, toutes les divisions ont été obligées de combattre pour arriver à leurs positions, et plusieurs de ces corn* bats ont été longs et opiniâtres; mais enfin, partout la valeur de nos troupes a triomphé. Je fais faire demain des reconnaissances sur tous les points, afin desavoir les nouveaux établissements que l'ennemi aurait pu prendre, surtout du côté de Herzogen-Aurach, c'est-è-dire derrière la rivière d'Aurach. Lefebvre a ordre d'envoyer un 'parti sur Grafenberg, afin d'inquiéter les derrières de l'ennemi. Il n'y a plus rien à Coburg ni à Lichtenfelds. Lefebvre a laissé un officier et quelques chasseurs au premier de ces endroits, pour être aux aguetsde toutce qui pourrait déboucher de ces côtés.
CAMPAGf4E DE 1796. 337
(( Kdnigshofen est occupé par un balaillon et vingt-cinq hommes à cheval; mais les fortifications exigeraient de grandes réparations, et il n'y a pas un approvisionnement assez considérable , ni en vivres, ni en munitions de guerre, ni en bouches à feu. Ceci demande ton attention. Je te le répèle, Espagne t'en dira plus que je ne pourrais t'en écrire* »
Tandis queKIeber se rendait à Ebrach, l'armée de Sambre-et- Meuse marchait, le 9 août, par les deux rives de la Regnitz et prenait position à Erlangen, sur l'Aurach et sur la Schwabach. Après l'occupation de Bamberg, l'intention de Rleber était de pousser l'ennemi jusqu'à la Bohême, et, gardant les débouchés des montagnes par un corps d'observation , de marcher vers le Danube avec le reste de l'armée. S'il eût continué à diriger les mouvements, la fausse situation de Wartensleben occupant les deux rives de la Regnitz ne lui aurait pas échappé. Loin de profiter de la faute de son adversaire , Jourdan l'imita. L'armée française , en marchant par division sur diverses routes, s'ôtait les moyens d'accabler les Impériaux. Telle fut la cause de la victoire incomplète de Sulzbach ( 17 août) et de l'insuccès de Wolfering ( 20 août).
Le 21 , nous étions maîtres de la Nab. Lefebvre occupait Wernberg et Nabburg ; Golaud et Grenier^ Schwartzenfeld ; Championnet et la réserve de cavalerie, Schwandorf; Bernadotte, Deining , sur la Laber. Depuis la Lahn , Wartensleben avait exécuté une manœuvre rétrograde sans perdre une seule grande bataille. L'ennemi avait été refoulé, mais non détruit. Aussi la scène change tout à coup. L'archiduc Charles arrive au secours de son lieutenant, et fait payer cher à l'armée de Sambre-et-Meuse la trop grande docilité de Jourdan aux ordres du Directoire ou à l'impéritie de Carnot, qui voulait, du fond de son cabinet, diriger des armées combattant à plusieurs centaines de lieues.
Dans la nuit du 20 au 21, nous repassâmes sur la rive droite de la Nab , et ChampionDCt , soutenu par Bonnajud , qui avait chassé la cavalerie ennemie postée en avant de Schwandorf et qui, franchissant la Nab à sa suite , avait poussé des partis sur la roule de Ratisbonne, fut obligé de protéger la retraite. Le 21 , les avantpostes de Bernadotte furent repoussés par l'avant-garde de l'arcbiduc et obligés de prendre position au village de Deining , derrière la Laber. Le 22 , attaquée par le prince Charles avec tout le
corps qu'il amenait du Danube , cette division devait succomber, si , profitant de la nuit, elle ne se fût retirée sur Neumarkt, donnant à Jourdan le temps de prendre ses dispositions.
Cependant comme Moreau avait annoncé, la veille môme, qu'il allait suivre sans relAche la marche de l'archiduc , le général Jourdan résolut de tenir sa position jusqu'à la dernière extrémité, pour ne point exposer le salut de l'armée de Rhin-et-Moselle. Cette générosité lui fit compromettre sa sûreté et le plaça dans une situation critique.
Apprenant le mouvement rétrograde de Bernadotte du 22, il sentit qu'il ne pouvait plus compter sur l'arrivée de Moreau, resté sur le Lech. II ordonna immédiatement la retraite à ses différentes colonnes, et dirigea sur Sulzbach ses parcs et ses équi- . pages.
A la nouvelle du danger que courait l'armée , Kleber oublia son mécontentement et ses fatigues, se rendit , le 23 août, à Lauf , et écrivit à Jourdan : a Je te préviens, mon cher camarade , qu'arrivé ce soir à Lauf, je compte demain couchera Sulzbach, et qu'aprèsdemain , de bonne heure, je serai à Amberg, où j'attendrai, par le retour de Tofficier que je t'envoie, des ordres sur la destination que lu voudras bien me donner. »
Jourdan lui remit le commandement de l'aile gauche (div. Lefebvre et Colaud).
Lefebvre, qui avait quitté, le 23 à 40 heures du soir, ses positions de Nabburg et "Wemberg, s'établit, le 24, en arrière de Hirschau, pour couvrir Hahnbach et Sulzbach. La division Colaud, retardée dans son mouvement par la division Grenier, engagée aussi sur la route de Schwarlzenfeld à Amberg, ne parvint à franchir la Vils que dans la journée du 24, après avoir livré combat à la cavalerie de Wartensleben, qui la serrait de trop près. Au morooment où Kleber reprenait la direction de ces deux divisions, elles étaient placées : Lefebvre, près de Hahnbach; Colaud, à Eglsee.
Kleber arrivait juste pour la retraite. La situation de l'armée de Sambre-et-Meuse devenait à chaque instant plus critique. L'archiduc avait forcé Bernadotte à se retirer, le 25 août, à Forchheim, et, par ses coureurs et ses patrouilles, il avait pris possession de la grande route d' Amberg à Nûrnberg. Jourdan se vit donc obligé de
se diriger sur Forclxheiiu par Vdden, sans savoir s'il trouverait des chemins praticables aux convois et à l'artillerie. Arrivée à Achtel, la colonne aux ordres de Jourdan (Grenier, Championnet , Bonnaud) fut arrêtée par les équipages de l'armée , qui, marchant en avant, n'avaient pu descendre directement sur Velden et devaient se jeter [sur la gauche pour remonter la vallée étroite de la Pegnilz. Dans ces conjonctures , l'armée de Sambre-et-Meuse aurait pu être compromise, si l'archiduc n'était resté toute la journée du 25 à Sulzbach. Il n'y eut que des engagements de troupes légères. La nuit suivante la retraite continua. Le 26, vers 2 heures de l'après-midi, Kleber était à Pegnitz, et Jourdan à Betzenstein. Le 27, on rétrograda sur Ebermannstadt et Pretsfeld. Le 28, toute l'armée se trouva réunie en arrière de la Wiesenl. Tourné sur sa droite par le corps de Hotze , fort de vingt-trois bataillons et de soixante escadrons, Jourdan se décida à reculer, afin d'aller passer la Regnitz à Seussling, pour battre le général Hotzo, tandis que Kleber, étendant ses deux divisions d'Ebermannstadt à Forchheim, masquerait son mouvement et contiendrait l'archiduc Charles, en défendant la ligne de la Wiesent. Le 29, Kleber était en mesure de couvrir la manœuvre de Jourdan, qui, forcé de renoncer au passage à Seussling, à cause de l'insuffisance du pont, résolut de déboucher par Bamberg. Les changements apportés aux dispositions premières retardèrent les mouvements des divisions. Bernadotte se trouva assez promptement sur la rive gauche de la Regnitz et dans la direction de Burgebrach; mais il n'était pas soutenu par Championnet, qui ne traversa Bamberg que tard dans la soirée. Cependant l'ennemi fut attaqué et refoulé : la division Bernadotte s'établit ensuite en vue de Burgebrach; celle de Championne!, derrière elle; la division Grenier et une partie de la cavalerie de Bonnaud restèrent dans Bamberg.
Au moment où l'ordre de retraite sur Bamberg parvenait à Kleber, le 29 dans la journée, ses troupes prenaient position sur la Wiesent. Il les rassembla en toute hâte; puis, vers 2 heures de l'après-midi , il dirigea son parc d'artillerie et les équipages des deux divisions sur Altendorf, d'où, précédant la division Lefebvre, il devait se rendre, par la grande route qui suit la Regnitz, à Hallstadt. La division Colaud, réunie à 3 heures, arriva tard dans la soirée à Hallstadt. L'artillerie et les équipages
qui encombraient la route ralentirent la marche de la division Lefebvre. Parvenue à hauteur de Seussling, elle trouva le général Bonnaud aux prises avec les troupes de Starray, qui essayaient de forcer le gué. Quelques bataillons de Lefebvre engagèrent l'action et, pendant ce temps, toute la division ûla vers StruUendorf, où elle s'installait à 10 heures du soir. Elle arriva à Hallstadt le 30 à 7 heures du matin. Jourdan porta les' divisions Bemadotte et Championnet à Wiereth, où elles passèrent le Mayn, et les établit le soir à Zell. Rleber eut ordre de se rapprocher de cette ville. Le 31 août, Jourdan continua sa retraite sur Schweinfurt; il prescrivit à Kleber de se porter à Lauringen. Suivant les instructions qu'il avait reçues, le commandant de Taile gauche se disposait à acheminer, le lendemain, 1^ septembre, à deux heures du matin , ses deux divisions sur Rissingen, pour prendre position en arrière de la Saale, quand arriva un ordre de Jourdan qui lui enjoignait de venir à Schweinfurt, afin de concourir à un mouvement vers Wiirzburg.
Ce n'était pas le premier contre-ordre que recevait Kleber depuis le commencement de la retraite. Il entra dans une violente colère, et accusa Jourdan d'être la cause de la mauvaise tournure que prenait cette campagne. Tout allait mal , en effet, depuis qu'on avait quitté Amberg. II semblait que Jourdan, trompé dans son attente par la direction des opérations de Moreau , ne songeait plus qu'à fuir au plus vite. Or Kleber improuvait cette précipitation et le peu de ménagement que l'on avait pour la santé et les forces des soldats. D'un caractère emporté , il présenta trèsvivement ses observations à Jourdan, qui se vit dans la nécessité de le rappeler à l'ordre; on dit même qu'il le mit aux arrêts (1). Kleber résigna son commandement. Bernadotte et Colaud suivirent son exemple. Le premier cependant retourna le surlendemain à la tête de sa division. Les troupes qui composaient La division Golaud furent versées dans les divisions Lefebvre, Bernadotte et Grenier.
L'armée de Sambre-et-Meuse, réduite à quatre divisions d'infanterie et à une division de cavalerie, marcha vers Wurzburg contre le général Hotze. Le corps de Hotze , renforcé, la veille du cona-
(1) Kleber, par Lubert (d'Hérîcourt).
bat, par les troupes de Tarchiduc, resta maître du champ de bataille (7 septembre), malgré la bravoure des soldats de Bernadotte^ de Championnet et de Grenier.
La bataille de Wûrzburg, que Jourdan se crut obligé de livrer, est presque le seul événement de guerre remarquable dans cette retraite, qui fui conduite à terme beaucoup plus heureusement qu'on ne devait l'espérer. Si le prince Charles, fit preuve de génie dans sa marche sur Neumarckl pour se réunir à son armée du Rhin, il montra ensuite trop de circonspection, trop de lenteur, et laissa échapper les occasions que la fortune et la faiblesse de son adversaire lui offrirent. La position de l'armée de Sambre-et- Meuse était cependant bien critique : l'archiduc pouvait marcher rapidement sur Francfort, rejeter au delà du Rhin Marceau, qui arrivait de Mayence, et se porter du côté de la Nidda.
Jourdan, inquiet, sans détermination, n'ayant plus les conseils de Kleber, s'était retiré à Arnstein le 4; il rallia la division Lefebvre et rétrograda sur la Lahn, où Marceau le rejoignit le 9.
Attaquée dans ses positions sur la Lahn, le il, le i4, le 15 et le 16, l'armée de Sambre-et-Meuse fit bonne contenance et obligea rénnemi à rester sur la rive gauche. Mais le 17, le général Castelverd, récemment arrivé de l'armée du Nord avec sa division, ayant quitté ses positions de la basse Lahn pour aller repasser le Rhin à Neuwied, Jourdan dut battre en retraite de tous côtes. Marceau, chargé de faire l'arrière-garde et de protéger la marche rétrograde', s'en acquittait avec sa bravoure accoutumée, lorsque, le 19 septembre, en soutenant les efforts de l'ennemi près d'Altenkîrchen, pour donner à l'armée le temps de défiler, il fut blessé mortellement.
Leâl, la division Poncet pass^ le Rhin à Bonn; les divisions Championnet, Grenier, Bernadotte et Lefebvre s'établirent : la droite à Porz, le centre à Rath et la gauche à Bensberg. Les troupes légères couvrirent le front du camp , de'manière à observer lout ce qui déboucherait de la Sieg et de l' Agger.
Moreau, lui aussi, était obligé de revenir du Lech sur le Rhin.
Ainsi finit cette double campagne, si mémorable, et dont les chances furent si variées. Son but ne Ifut pas rempli, et l'armée républicaine revenait à son point de départ. Le morcellement de la cavalerie , très-inégalement répartie dans les différentes divi-
U2 KLEBËU.
' sionsy empêcha souvent d'obtenir des résullats plus avantageux, mais c'était le système d'alors; on n'était point encore arrivé à en réunir de fortes masses, qui, par leurs manœuvres , préparent le succès d'une campagne et par leurs chocs décident du sort des batailles.
Après la retraite sur Wetzlar et la levée du blocus de Mayence , le Directoire avait compris la nécessité d'accepter la démission de Jourdan et de lui donner promplement un successeur. L'entente qui existait entre Jourdan et Kleber avant le passage du Rhin était plus qu'affaiblie. Il régnait même entre eux de l'aigreur, dont on ne devait pas craindre l'influence devant l'ennemi , mais qui pou* vait nuire au bien du service.
Le Directoire confia le commandement de l'armée de Sambre* et-Meuse à Beurnonville , que Jourdan devait remplacer à l'armée du Nord (9 septembre).
Kleber était décidé à se retirer. Arrivé à Bonn le 14 septembre , il écrivit au ministre de la guerre :
a Des indispositions réitérées et des douleurs aiguës de poitrine me forçant de ralentir de zèle et d'activité dans le service, que je suis obligé de quitter de temps en temps , je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien accepter ma démission ou m'accorder un congé assez long pour rétablir ma santé, entièrement altérée. Rien ne pourra me faire varier dans l'une de ces deux demandes. Je suis obligé, dans ce moment, de me retirer derrière' l'armée,, où j'attendrai votre réponse.
« Ce qui me console dans ma retraite, c'est que, l'armée active étant réduite à quatre ou cinq divisions, mon'absence ne peut être préjudiciable au bien du service, n
Le général Beurnonville, en voyant l'état dans lequel se trouvait l'armée deSambre-et-Meuse, se sentit pris d'un profond découragement. Tout était à réorganiser: régiments, brigades, divisions, services des vivres , des fourrages , de l'habillement, des transports et des ambulances. Or Jourdan refusant de lui prêter son concours, Beurnonville songea à s'associer Kleber. Il demanda avec instances au Directoire la permission de se l'adjoindre le plus tôt possible.
a C'était le seul, mandait-il (21 septembre, de Cologne), qui se mît à sa disposition pour l'aider dans sa tâche si difficile, si ingrate. Le danger est grand : Ernouf est malade, Marceau blessé
CAMPAGI^E DE 1796. 343
mortellement, Debelle parti, BoUémont prisonnier, Bonnaud blessé : je ne crois pouvoir remplir vos intentions qu'en envoyant Bemadotte dans leHundsrûck, etKieber, commandant la droite de Tarmée, organiserait tout avec son activité ordinaire. » Joubert avait déjà écrit de Wetzlar au Directoire que c Téloignement de Kleber privait l'armée d'un homme dans les talents duquel elle avait la plus extrême confiance , et surtout qu'une grande énergie rend précieux dans les circonstances difficiles ; sans vouloir atténuer les torts personnels qu'on lui reproche envers Jourdan, je ne puis le voir s'éloigner de nous , pour le bien de la patrie, et dans ces moments critiques et décisifs. »
Kleber accepta le commandement de . l'aile droite, bien plus pour sauver l'armée d'une dissolution complète que pour complaire au nouveau général en chef. On en trouve la preuve dans la lettre qu'il adressait de Cologne, le 21 septembre, au ministre de la guerre.
« La position critique où se trouve l'armée de Sambre-et-Meuse m'a fait accéder aux | instances du général Beuruonville pour reprendre un commandement quelconque, malgré mes souffrances. Quelle que soit, en conséquence, la détermination que vous ayez prise sur la demande que je vous fis de ma démission , je resterai à l'armée jusqu'à ce que, de nouveau, elle se soit portée en avant dans une position respectable» demeurant au surplus toujours bien décidé à me retirer au commencement de l'hiver. »
Le Directoire vit avec joie cette résolution. Kleber pouvait rendre les plus grands services à fieumonville , que sa rigueur excessive avait rendu impopulaire dans l'armée. Connu des officiers et des s<ildats , il semblait seul capable de faire accepter Tautorité du nouveau commandant en chef, de retenir les généraux à leurs postes et les soldats à leurs corps. Le ministre de la guerre, Petiet,crut devoir lui exprimer la satisfaction que causait au gouvernement sa détermination , dans l'espérance de le voir réorganiser l'armée de Sambre-et-Meuse et lui rendre sa réputation. Cette armée était couverte de haillons, découragée par la misère, sans vivres, sans moyens de transport. Les hommes étaient mal armés, un grand nombre de fusils sans baïonnettes; des régiments entiers n'avaient d'armes que celles prises à l'enoemi»
244 KLE;Bt:R.
L'archiduc Charles n'avait point dépassé la Sieg; il avait établi, te 22 septembre : 1» le corps du général Haddick (9,000 hommes en avant-garde sur la Sieg et le long de la rive droite du Rhin, au-dessus de Bonn; 2® le corps de Kray (11,000 hommes) auprès de Neuwied; 3° le corps deWerneck (i2,t)00 hommes) près d'Uckerath. Pour s'opposer aux tentatives possibles de l'armée ennemie, Beurnonville partagea ses forces en trois fractions : i^ l'aile gauche, que commandait Macdonald, s'établirait sur le Slrundenbach; 2° le centre, sous les ordres directs de Kleber, couvrirait le Rhin de Bingen à Cologne; 3** l'aile droite garderait le Uundsriick et contiendrait les garnisons de ^auheim et de Mayence. A dater du 30 septembre, l'aile droite ; que le général Dumuy devait commander, releva aussi de Kleber, qui prit le titre de commandant de l'aile droite et du centre. Les mouvements que nécessitait celle nouvelle constitution de l'armée de Sambre-et- Meuse s'exécutèrent du 23 au 30. .
Le 29, à 4 heures de l'après-midi, les avant-postes de Bernadotte sur la rive droite du Rhin furent attaqués. Trois fois Neuwied fut abandonnée par nos troupes, qui trois fois y rentrèrent. Le combat ne cessa qu'à la nuit. Le 30, Rray et Kleber convinrent de neutraliser Neuwied. Bernadolte ne conserva sur la rive droite que la tête de pont.
Chargé de garder la rive gauche du Rhin de Bingen à Cologne, le commandant de l'aile droite comprit que les Autrichiens chercheraient à déboucher par Neuwied, Mayence et Mannheim. Dès lors, il résolut de faire , des 4i,000 hommes sous ses ordres, deux corps, dont l'un (divisions Championnet et Bernadette) garderait la tête de pont de Neuwied et occuperait les campsf retranchés de ;a Chartreuse et de Metternich; l'autre (divisions Hardy etPoncel) contiendrait Mayence et défendrait , au besoin, le Hundsrûck et la Nahe. Toutes ces divisions se mirent en mouvement, le 1**' octobre, pour aller prendre les positions dans lesquelles elles rempliraient ce double but. Mais le 5 , des détachements autrichiens ayant menacé la Selz, Kleber modifia un peu ses premières dispositions ; il porta dans le Hundsrûck la plus grande partie de ses forces, tandis qu'une portion seulement de la division Championnet gardait Neuwied, où elle fut relevée le lendemain par la division Grenier, qui vint fortifier le centre de la ligne des canton-
nemeDls. Le 6, des colonnes autrichiennes, parties de Mayence et de Mannheim^ refoulèrent Poncet et Hardy.
Dés que Kleber eut acquis la certitude que l'ennemi menaçait le Hundsriick, il résolut de renforcer encore son aile droite de la division Championnet. Il ne laisserait à Neuwied que la division Grenier, tandis qu'il réunirait dans le Hundsriick les quatre divisions Poncet, Hardy, Bernadotte et Championnet. La prise de Bingen, le 8, etj'apparition de patrouilles autrichiennes sur l'Alsenzet sur le Moscbel annonçaient clairement l'intention des Impériaux de reprendre les positions qu'ils avaient eues à la fin de l'année précédente. Informé de notre situation de te côté, Beurnonville vint à Coblenz. Les deux généraux se rendirent à Kreuznacb, où ils arrivèrent le 40 octobre; après avoir visité les positions occupées par nos troupes, ils confièrent la défense du Hundsriick au généra] Ligneville, sous les ordres duquel on mit, à cet effet, le corps de Becker, la division Hardy et la division Daurier (ancienne Poncet). Kleber conservait la direction générale des opérations, avec le commandement des divisions Grenier, Championnet et Bernadotte.
En rentrant à Coblenz le 17 octobre, il trouva l'arrêté suivant, en date du 12 :
a Au général en chef Beurnonville,
<( Le Directoire^ exécutif nomme le général Kleber commandant en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse, et charge le général Beurnonville du commandement de celle du Nord. »
• Au général Kleber, « commandant en chef l'armée de Sambre-el-Meuse.
a Le Directoire vous envoie l'arrêté qui vous confère le commandement de Tarmée de Sambre-et-Meuse ; il n'insiste pas sur le mouvement offensif qu'il avait ordonné , mais Vous charge de faire des entreprises partielles et audacieuses qui raniment le courage des troupes et fusent craindre à l'ennemi des tentatives plus sérieuses; TOUS recommande de veiller sur le Hundsriick, de réprimer le pillage, de rétablir la discipline, de déjouer les manœuvres des perfides qui répandent de faux bruits, et de vous concerter avec le commissaire du gouvernement. »
Kleber répondit sur-le-champ :
« J'ai reçu, citoyens Directeurs, avec la plus vive sensibilité, le témoiguage de confiance que vous me donnez en me conférant le commandement en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse; j'y répondrais mal, si je pouvais me déterminer à l'accepter.
<( Pénétré du plus ardent amour pour mon pays , prêt k verser pour lui jusqu'à la dernière goutte de mon sang, il n'est qu'un sacrifice que je me sente incapable de pouvoir jamais lui faire, c'est de compromettre ses intérêts en acceptant une place que je ne me trouverais pas en état de remplir entièrement. Celle de général en chef exige un homme qui réunisse aux talents d'un habile capitaine ceux d'un excellent administrateur, et, plus encore, dans les circonstances actuelles, un génie créateur. Je ne suis qu'un soldat
« Pour mettre dans les opérations cette audace, cette intrépidité qui amènent quelquefois le succès, il suffit d'être sincèrement attaché à ses devoirs ; mais pour les combiner, pour faire marcher de concert toutes les parties qui les rendent presque infaillibles, il faut être un grand homme, un homme vraiment privilégié de la nature; car ici, ni la volonté la mieux prononcée, ni les efforts de Tapplication la plus opiniâtre ne peuvent suppléer à ce qu'elle aurait refusé.
« Les raisons qui ne m'ont jamais permis de répondre, dans d'autres temps , à la même marque de confiance subsistent toujours; mes actions, mon langage furent et seront toujours les mêmes. Je redoute peu la responsabilité personnelle; que peutelle avoir d'effrayant pour celui qui a fait à sa patrie tous les sacrifices qu'elle exige? Mon premier conseiller, celui dont je crains le plus la censure, c'est le sentiment de mes propres forces, c'est ma conscience. Je ne pourrais impunément la braver. Elle m'ordonne de ne pas compromettre les intérêts de la République en acceptant une place au-dessus de mes moyens.
« J'obéis à sa voix, et, quoi qu'il arrive, je ne la méconnattrai pas. Je ne puis mieux mériter et justifier vos bontés, citoyens Directeurs, qu'en sachant moi-môme y mettre des bornes, en vous priant de reconnaître celles dans lesquelles la nature m'a renfermé, et que le bien de mon pays ne me permettra Jamais d'outre-passer.
« A son arrivée à l'armée de Sambre-et-Meuse, le général Beurnonville l'a partagée en deux ailes; il m'a confié le commande-
ment de la droite, se réservant plus spécialement celui de la gauche. Je crois, dans cette place, pouvoir servir plus avantageusement la République que dans celle où m'appelait voire confiance. Veuillez donc me permettre, citoyens Directeurs, de ne pas la quitter. J'emploierai tous mes moyens pour seconder le général Beumonville, dont les talents administratifs et les connaissances militaires doivent nous promettre les plus beureuK succès. Nous travaillons sans relâche et de concert, et aussitôt que les subsistances et les effets d'habillement nous permettront de marcher en avant, l'armée nous donnera des preuves qu'elle n'a rien perdu du moral qui la caractérise. Ses revers ne peuvent être attribués aux batailles qu'elle a livrées; mais, nu et sans pain, que peut l'homme le plus brave? Quand le soldat verra que le gouvernement s'occupe de venir à son secours, qu'il aura de quoi se mettre à Tabri de l'intempérie des saisons, que les subsistances seront en partie assurées; alors, citoyens Directeurs, la République aura bientôt de nouveaux triomphes à célébrer. Les soldats de Sambre- •et-Meuse sont encore les mômes qui ont chassé les Autrichiens de la Belgique et les ont poussés jusqu'aux frontières de la Bohème. Dignes d'eux-mêmes et de la cause qu'ils défendent, ces enfants de la révolution en seront toujours les plus solides appuis.
« L'indiscipline et l'insubordination étaient venues de ce que les distributions ne se faisaient pas, de ce qu'il n'y avait plus dans les services aucune espèce d'organisation. Ces crimes et tous ceux qui en étaient découlés disparaîtront avec la cause qui les a produits. Aussitôt que tous ces maux seront réparés, nous reprendrons l'offensive; nous attaquerons l'ennemi partout où nous le rencontrerons, et la victoire, qui fut si longtemps fidèle à nos drapeaux, ■couronnera encore nos efforts. Les forces que nous avons devant nous ne peuvent nous en imposer; dès que nous aurons réuni quelques moyens de transport, que le soldat n'aura plus à craindre la faim et le froid, nous irons soutenir les brillants exploits de l'armée de Rbin-et-Moselle , et prendre part aux événements qui doivent ooas donner une paix glorieuse, une paix qui nous fasse recueillir le fruit des travaux accomplis pour l'obtenir. »
Après avoir expédié cette lettre à Paris, Rleber se rendit à Cologne, où Beumonville l'avait mandé. Le général en chef et le commissaire du gouvernement, Alexandre, insistent pour le faire
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revenir sur son refus. Sa résolution est inébranlable (1). fieurnonville ne se tient pas pour battu; il s'adresse au Directoire et veut, à tout prix, que Ton mette à sa place Kleber, a ce brave officier dont on a mal^ propos paralysé les talents militaires, qui, dans la retraite comme dans l'attaque, est le seul fait pour commander une armée, et qui sera revu à la tète de l'armée de Sambre-et- Meuse avec enthousiasme. » Il va jusqu'à craindre l'obstination dans le refus; mais le Directoire doit u le forcer à accepter, dans l'intérêt de la patrie, car il ne connaît personne qui puisse le remplacer à la tête des troupes ».
Kleber commandait l'aile droite. Comme il s'attendait à une tentative prochaine de passage du Rhin de la part des Autrichiens, il garnissait de troupes et de canons les environs de Coblenz et de Neuwied. L'événement ne tarda pas à confirmer ses appréhensions et à récompenser sa prévoyance. Dans la nuit du 20 au 21 octobre, les Impériaux débarquèrent en même temps sur plusieurs points, à Neuendorf, à Engers-Sebastian, au confluent de la Nette, à Rhens. Grâce aux précautions prises par Kleber et à la valeur de ses troupes, ils furent partout repoussés, laissant des morts, des prisonniers, des chevaux et des bateaux. Les attaques furieuses de Kray contre la tête de pont de Neuwied échouèrent complètement. Si les Autrichiens parvinrent à s'emparer du fort Marceau, ils en furent bientôt chassés avec des pertes énormes. Cette affaire leur coûta plus de 4,000 hommes, tués, blessés ou prisonniers.
L'armée de Sambre-et-Meuse conservait un débouché important sur la rive droite du Rhin. Quelques jours après, le 26 octobre, Ligneville rejeta l'ennemi au delà de TApfel et d'Ockenheim; le corps de Poncet occupa Kaisersiaulem. Informé de l'affaire de ,
(1) «. Beurnonville insistait auprès de Kleber pour connaître les motifs de son refus. Celui-ci lui répondit avec sa causticité liabituelle : « C'est que , pour être général en chef, il faut des qualités que je suis loin d'avoir; il faut réunir aux talents que demande la guerre ceux-qu'exîge l'administration, et je ne suis qu'un soldat. Pour combiner des manœuvres, pour faire marcher de concert ce qui en assure, ce qui en garantit le succès, il faut être un grand homme, un homme privilégié de la nature. » Beurnonville, d'abord un peu déconcerté par cette moqueuse allocution, n'avail pas lardé à se remettre. Il avait d^ailleurs la conviction de son insuffisance, cl désirait par-dessus tout alléger le fardeau sous lequel il succombait. « (Mémoires de Ney, t. I, p. 234.)
Neuwied, le Directoire ordonna de reprendre Toffensive dès que le pont de Neuwied, qui avait été emporté par la crue, serait ré- Ubli.
Dans une lettre qu'il écrivait, le 28 octobre, au général Moreau, Kleber montre les difficultés et les dangers que présentait alors, pour l'armée de Sambre-et-MeUse, une expédition au delà du Rhin. 0 Le Directoire, ayant calculé mes talents sur quelques succès que je devais plutôt au zèle et à l'activité des officiers généraux, mes collaborateurs, et à la valeur des troupes sous mes ordres, • qu'à mes lumières^ m'avait nommé général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse. J'ai cru devoir refuser, dans l'intérêt de mon pays. Le général Beurnonville commande toujours et l'armée du Nord et l'armée de Sambre-et-Meuse.
(( Ce général avait reçu du Directoire l'ordre de se porter en avant, et on lui avait même prescrit d'être, le 10 novembre au plus tard, sur la Regnitz. C'est en vain qu'il expose l'état de délabrement où se trouve l'armée, et qu'il prouve jusqu'à l'évidence qu'avant de l'avoir ravitaillée, surtout en moyens de transport, il est impossible qu'elle fasse un pas à travers le désert qu'elle serait obligée de parcourir pour arriver jusqu'au Mayn. Le Directoire ne semble tenir aucun compte de ce défaut de moyens, et lorsqu'il savait que nous n'avions pas une charrette pour transporter nos blessés et à peine !e quart des chevaux d'artillerie nécessaires au service , que nous n'avions pas un bateau de rechange pour nos communications .sur la Moselle et le Rhin, il m'ordonna de souffler des marches à l'ennemi, de passer le Rhin à Oppenheim, d'attaquer de revers le corps de "Werneck et de le jeter dans la "Westphalie. Je sens combien celte opération eût été belle et hardie; mais tout projet qui n'est pas basé sur la moitié des moyens d'exécution est pour le moins absurde; et j'avoue franchement que je me serais senti incapable de pareils tours de force. Ce sont donc ces fautes de moyens et la nudité de l'armée qui sont cause de notre inaclion. Car soyez certain, citoyen général, qu'autrement nous aurions volé à votre secours et que nous eussions fait les plus grands efforts pour vous faire recueillir complètement le fruit de l'une des plus belles opérations militaires qui se soient jamais faites. Je n'entrerai pas dans de plus grands détails; le général Beurnonville a dû vous écrire; il vous
25Q RLEBER.
aura dit où il en est, ce qu'il peut et ce qu'il entend faire. Nous serons toujours prêts à lui obéir, parce que nous savons qu'il n'exigera jamais de nous l'impossible. Il démontrera d'ailleurs que, dans l'hypothèse où nous nous porterions de nouveau en avant, après avoir laissé les garnisons nécessaires sur ses derrières, bloqué Ehrenbreitstein et Mayence, contenu par un corps la tète de pont de Mannheim, il ne lui restera que i6 à i 8,000 hommes pour armée d'observation sur la rive droite. Que peut- il faire? Oii peut-il aller?
« Quelques jours d'intérim de plus, lorsque j'étais sur la Regnilz, et je vous donnais des preuves du désir que j'ai de me rapprocher de vous; tous mes efforts y tendaient alors, l'armée entière le sail; mais le destin en avait ordonné autrement. »
Kleber n'était point insensible à l'honneur du commandement. S'il l'avait refusé, ce n'était pas seulement par défiance de ses propres forces, mais à cause de l'impossibilité où il se voyait de remplir les intentions du gouvernement. Jaloux de la gloire, dévoué à son pays comme il l'était, il fallait qu'il vit bien peu de chances de succès dans la marche en avant pour qu'il n'osât pas l'entreprendre. La tâche semblait, en effet, tellement difficile, que ses amis en étaient effrayés pour lui. a Les gazettes annoncent que vous êtes nommé enfin général en chef de l'armée, écrivait Colaud, de Luxembourg, le 30 octobre; c'est un grand bien pour notre patrie; mais je. vous suis trop attaché pour vous en faire compliment. »
Kleber proposait de conserver l'intégrité de la rive gauche du Rhin depuis Dûsseldorf jusqu'à Huningue, et d'attendre dans cette position offensive et défensive l'ouverture de la campagne prochaine.
L'armée de Sambre-et-Meuse était dans la plus déplorable situation. Dans les premiers jours de novembre Beumonville communiquait au Directoire exécutif la lettre suivante, qu'il recevait de Kleber :
c Les privations commencent à plonger de nouveau l'armée dans un état affligeant; malgré tous mes soins, tout va nous manquer, faute de moyens de transport. La pénurie des fourrages est ex* tréme; à l'instant, sort de chez moi l'inspecteur général de cette partie, qui, au lieu de me donner des espérances, me fait entrevoir disette et manque absolu. La désertion continue toujours dans les
corps, et ce qui est encore plus affligeant, c'est que les troupes s'expliquent formellement sur toutes les opérations d'outre-Rhin.
« Toutes les plaintes auxquelles j'ai à répondre me forcent à un travail auquel ma santé ne peut résister. Le général Ligneville, qui n'a cessé de harceler l'ennemi jusqu'à ce qu'il l'ait acculé sous Mayence et sous Mannheim, vient de faire une chute de cheval; sa santé est altérée; il demande à commander une place pour s'y reposer. Vous voyez où nous en sommes réduits. C'est au point que, si l'ennemi venait à nous attaquer, nous n'aurions ni cavalerie , ni canons à lui opposer, parce que tous les chevaux sont obligés de fourrager.
« Je vous prie de ne plus compter sur mes services, sf l'on ne vient pas à notre secours, parce que je neveux pas me déshonorer.
« Il n'y a pas de généraux qui n'éprouvent pareils dégoûts par l'impossibilité de seconder ma bonne volonté. Que faire alors? L'armistice me parait le seul parti à prendre. »
Le général en chef ajoutait : c L'armée, qui a tant souffert depuis le Mayn jusqu'à la Sieg, sait tout ce qu'elle souffrirait pour y retourner; elle sait qu'il faudra qu'elle couche dans la boue, privée de paille, de bois et de toutes les subsistances, faute de transports. La nudité, les fatigues, le dégoût, le froid, le mauvais temps, le manque d'argent , tout me présage l'impossibilité de remplir vos vues d'offensive. J'avais donné vos instructions d'attaque aux généraux d'ailes, aussitôt la terre un peu affermie. Macdonald, qui commande la gauche, aussi brave que de bonne volonté, ne dissimule pas le danger de l'expédition. Je ne dis pas que l'armée refusera tout à fait de marcher, mais il y a tout à craindre avec son découragement. L'ennemi, ce matin, me fait faire une proposition
Je vous soumets de conclure cet armistice. Cette proposition de l'ennemi n'est-elle pas propice f Si telle est votre intention, faitesle-moi connaître le plus tût possible... Abandonné par mes généraux, je ne peux faire ce que vous désirez, surtout quand l'armée s'exprime aussi ouvertement et quand les moyens de la faire agir sont aussi nuls. » Ces lettres en disent assez sur l'état de l'armée de Sambre-etrMeuse. Découragement en haut, chez les généraux; misère et dégoût en bas, chez les soldats. Dans de pareilles conditions était-il possible de marcher sur la Lahn et de gagner la Regnilz?
252 KLEBEa.
En attendant la réponse du gouvernement à la proposition d'armistice faite par le baron Kray, Kleber devait se préparer à Toffensive, et réunir dans ce but tout ce qui pouvait être nécessaire aux troupes, en approvisionnements de vivres et de fourrages. Le mois de novembre s'écoula sans événement militaire. Les Impériaux n'attaquèrent point : Téchec du 2! octobre les avait rendus plus circonspects. Dégoûté de voir les troupes manquer de tout, poussé à bout par toutes les vexations qu'i4 éprouvait quand* il réclamait, Kleber écrivit, le 28 novembre, au ministre de la guerre :
« On parle d'un armistice, en effet indispensable pour la conservation de l'armée, dont les chevaux d'artillerie et de cavalerie dépérissent tous les jours et sont dans un état de diminution alarmant.
« Si cet armistice doit avoir lieu, je vous prierai de vous rappeler que ma démission présentée au Directoire avait été acceptée, et que je n'ai repris du service que pour seconder un instant le général Beurnonville dans la fin de cette campagne; j'ai rempli cette tâche, et ma santé se délabrant tous les jours davantage, moins, à la vérité, par les fatigues que par les dégoûts et l'amertume dont on nous abreuve, je viens de nouveau réclamer ma retraite.
(( On a cherché à me persuader que quelques membres du Directoire avaient résolu de faire arrêter tous les généraux démissionnaires de cette armée; je n'ai pu le croire; mais celte menace, lors môme qu'elle existerait, ne changerait rien à 'ma détermination; le désagrément seul rejaillirait sur moi, mais non la honte, j'écarte cette idée, elle afflige trop mon âme.
(( Veuillez avoir la bonté de m'annoncer bientôt que je suis libre de me retirer. C'est dans le département du Haut-Rhin que j'établirai mon domicile. Avec très-peu de biens, j'y vivrai de mes talents et de mon industrie; scrupuleux observateur des lois, j'y remplirai les devoirs d'un bon citoyen. »
£n même temps (30 novembre) il se plaignait très-vivement à Beurnonville de l'inexécution de toutes les promesses d'Alexandre, le commissaire du gouvernement :
« Ci-joint, mon général , une lettre du commissaire Alexandre, dont était chargé l'ordonnateur Fères, de retour à Goblenz d'hier soir... Qu'a rapporté l'ordonnateur, en réponse à la mission pour
laquelle il avait été envoyé à Cologne et à Aix-la-Chapelle? Des arrêts de dépérissement pour le présent, de faibles espérances pour l'avenir. Les 4 millions réclamés, mangés à Paris; une légion de fournisseurs arrivant de toute part et tous porteurs de mandats sur la caisse du payeur, qui est vide. Les 200,000 livres qui ont dû être réparties à d'autres entrepreneurs, et notamment à celui de viande, n'existent pas plus que les 4 millions, et lorsque Pères est parti de Cologne, rien n'était encore fait à cet égard.
0 Alexandre, ce grand homme, qui assurait au gouvernement que tout allait bien, que tout s'activait, que l'abondance allait renaître et avec elle le bon ordre, commence à battre de l'aile. 11 n'a plus d'espoir et songe, je crois, à se retirer du mauvais pas comme il piurra.
u Rien n'est plus incertain que le quart des appointements puisse être payé le mois prochain. La viande manque depuis 17 jours, mais Alexandre /e ^raru/ regarde sans doute aussi cette distribution comme une munificence nationale. Èh bien ! qu'ils commandent donc, lui et tous les agents du système subversif , ces armées qui, seules encore, servent de bouclier à la République. Pour moi, qui, à la vérité, ne me suis jamais fait illusion sur ses belles promesses, mais que cet excès de misère a plongé dans un dégoût invincible, je ne me sens plus la force d'y tenir. Je dois vous prévenir, mon cher général, que j'ai, de nouveau, envoyé ma démission au ministre de la guerre, et je pense qu'on aura égard à mes instances, et qu'elle sera acceptée.
(I 11 vient de paraître un nouvel arrêté, relativement aux tables des généraux. Voilà trois mois qu'on nous traîne dans la boue avec cette soi-disant munificence; encore, le parti qu'on a pris définitivement n'est-il pas plus honorable que les précédents; et le style est toujours alexandrin,
a Les 36,000 capotes annoncées avec tant de faste n'arrivent pas plus que les bœufs de la Hollande; il faut espérer qu'elles nous arriveront à la canicule, d
Le iO décembre, nouvelle lettre au ministre :
a L'ennemi venant de prendre ses quartiers d'hiver et le général en chef Beurnonville ayant profité de cette circonstance pour faire prendre les cantonnements à l'armée , je viens de nouveau vous prier de faire agréer ma démission par le Directoire
254 KLEBKR.
exécutif 9 ma santé ne me permettant pas de continuer mon service. » Petiety qui voyait avec peine Kleber s'éloigner de l'armée, s'efforçait de le faire revenir sur sa détermination :
c C'est avec bien du regret, général, lui répondait^il le 13 décembre , que je vois , par votre lettre du 28 novembre , que vous êtes décidé à donner votre démission et à abandonner l'armée, au moment où elle a le plus besoin de vos lumières et de votre expérience.
<f J'aime à croire qu'en réfléchissant davantage sur ce parti, votre amour pour la chose publique l'emportera sur quelques désagréments dont vous vous plaignez, et qui sont la suite des circonstances critiques dans lesquelles nous avons été entraînés. Je vous invite, à cet effet , à conférer avec le général Beurnonville, à qui vous devez cette déférence, comme chef dç l'armée, et qui, sans doute, ne voit pas sans peine le départ d'un de ses coopérateurs les plus habiles et les plus zélés.
« Si cependant , général , malgré son exemple et contre mon attente, vous persistez à vouloir quitter le poste où vous avez justifié la confiance du gouvernement et où vous pouvez encore rendre les plus grands services, je soumettrai votre démission au Directoire et vous ferai connaître sa détermination, n
Sur ces entrefaites , Beurnonville fut assez sérieusement indisposé. Le i4, il remit le commandement à Kleber, qui, dans de pareilles circonstai^ces, n'hésita pas à l'accepter. 11 écrivit immédiatement au ministre :
(( Le général Beurnonville, étant tombé malade, m'a remis le commandement en chef de l'armée, par intérim.
a Celle-ci n'est donc que pour vous prier de m'indiquer l'officier général auquel je dois remettre , à mon tour, lé commandement provisoire, si, lors de l'arrivée de la permission de me retirer du service , que j'attends d'un moment à l'autre , le général Beurnonville n'était pas encore rétabli.
c Je vous prie, citoyen ministre , de vouloir m'annoncer bientôt que je suis jibre de me retirer. Je vous en aurai une obligation toute particulière. »
CAMPAGISE DE 1796. 255
n Cobleiiz, 21 décembre 1706.
(( Au ministre de la guerre.
« J'ai reçu, citoyen ministre', votre lettre du 13. J'ai été on ne peut plus sensible à tout ce que vous avez bien voulu m'y dire d'obligeant. L'homme qui aime sincèrement ses devoirs, qui aime son pays et le sert de tous ses moyens, doit naturellement répondre à la confiance du gouvernement.
c Mon plus grand désir serait de pouvoir continuer à m'en rendre digne dans la carrière militaire ; mais ma santé ne me le permet pas. Sans cette circonstance, j'aurais pu me rendre à vos conseils et rester à l'armée , bravant même tous les désagréments, tous les dégoûts dont on cherche à nous abreuver.
c Permettez donc que j'insiste dans ma demande et que je vous prie de vouloir bien faire agréer ma démission au Directoire exécutif.
« Le général Beurnonville est instruit de cette démarche.
« Je vous aurais volontiers parlé d'une retraite , d'une pension , mais je n'ai ni l'âge, ni les années de service nécessaires pour avoir quelques droits à la gratitude nationale. En me livrant à une branche d'industrie quelconque, j'espère trouver de quoi vivre et rendre toujours, quoique dans une carrière différente, des services à ma patrie. »
Pendant que le plus grand calme régnait à l'armée de Sambreet-Meuse, le Directoire exécutif décidait, le 26 décembre, que la démission de Kleber serait acceptée. Ce général continua néanmoins à exercer le commandement.
a Je vais faire partir un certain nombre de troupes vers la Queich, mandait-il le 30 décembre à Moreau, et me rendre de ma personne dans le Hundsriick, afin d'être à même d'ordonner plus promptement le mouvement que vous pourriez me prescrire en conséquence du renfort à envoyer en Italie.
« Nous venons de recevoir l'agréable nouvelle que vous allez commander les deux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse; c'est là le vrai moyen de donner à ces deux armées cette impulsion d'ensemble dont vous me parlez. Je regrette que ma santé ne me permette pas de partager vos travaux la campagne pro-
chaine. Ma démission a été acceptée; je ne quitterai pourtant l'armée que vers le 15 janvier, espérant vous y voir avant ce temps. Cela me fera d'autant plus de plaisir que rien n'égale l'empressement que j'ai de faire votre connaissance. »
Beurnonville cependant ne pouvait renoncer à l'espoir de le retenir à son poste, t Peut-être, si vous veniez promptement, écrivait-il de Bonn, le 30 décembre, àMoreau, nous parviendrions ensemble à conserver Kleber, quoique sa démission soit envoyée et acceptée. Il reprendrait l'armée de Sambre-et-Meuse; Desaix, Rhin-et-Moselle» et vous, le tout. Aidés d'hommes aussi célèbres, nous ne pourrions manquer de retrouver nos triomphes, j»