X A L'ARMÉE
L'intérêt de sa renommée personnelle n'était ni le seul, ni le principal mobile de ses actions ; il avait surtout en vue le bien de son pays, et il y consacrait toutes ses forces. C'était le type le plus parfait du vrai républicain, si rare. Lorsque la France ne réclamait pas ses services, il vivait modeste, ne cherchant qu'à s'eflfacer. Bien différent des médiocrités de tous les temps, et de notre époque surtout , dont une ambition désordonnée peut seule provoquer les agitations stériles , il dédaignait les inutiles et solennels honneurs du commandement. Ce commandement, qu'il prenait souvent, au feu, par une sorte d'inspiration dont il avait le secret, il l'exerçait en homme de guerre supérieur. Après l'action , il rentrait modestement dans son rôle de lieutenant, qu'il préférait à tout autre. Le général en chef savait redevenir simple divisionnaire , et retrouvait avec bonheur des égaux en ceux qu'il avait conduits à la victoire.
Kleber était doué des qualités qui font le grand capitaine. Bonaparte , tout en redoutant ses instincts républicains , appréciait la valeur exceptionnelle de son coriipagnon d'armes. Cet intrépide soldat avait en effet une bravoure à la fois audacieuse et tranquille, une intelligence aussi sûre que vive, une conduite des troupes non moins prudente que vigoureuse. Usant de la victoire avec modération , il savait toujours allier à l'énergie une sage humanité (1).
C'était au feu, dans le tumulte des combats, en plein champ de carnage , au milieu de l'ouragan de fer déchaîné
mes , vous la presseriez de ne point m\.bandonner ; je la conserverai toujours. » ( Lettre de Kleber au docteur Vivot, Toulon , 13 mai 1798. )
(1) A Cholet, Carrier, après s'être un peu avancé , abandonnait le champ de bataille. « Laissez passer le représentant Carrier, crie Kleber à ses troupes; rejetezle sur les derrières : il tuera , après la victoire. »