‹ Kleber; sa vie, sa correspondanceChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bataille de Fleurus (27 juin 179i). — Combat de la Montagne de Fer, près de Lourain(15 juillet). — Kleber seUblit sur la petite Geete (21 juillet). ^ Prise de Tongres (27 juillet). — Kleber exécute une fausse attaque .'contre Maêstricht (17 septmbre). — Bataille de la Roër ( 2 octobre). — Siège de Maêstricht. — Cette place capitule (4 noYcmbre).

'^ Au !•' janvier 1794 , 800,(X)0 Français étaient sous les armes pour repousser l'attaque de 400,000 Anglais, Hollandais, Autrichiens, Allemands, Prussiens, Piémontais et Espagnols, prêts à fondre sur la France républicaine. Avant le printemps , la campagne s'ouvrait sur les Pyrénées et les Alpes , tandis que, au nord, 500,000 hommes allaient se heurter entre les Vosges et la mer. Pichegru (armée du Nord), Jourdan (armée de la Moselle) et Michaud (armée du Rhin) devaient avoir à supporter le principal effort de la coalition.

Aux termes de la capitulation de Mayence , les officiers de la garnison ne pouvaient servir d'un an contre les alliés. Le gouvernement révolutionnaire n'attendit point ce délai pour rendre Kleber à la grande guerre, son véritable élément. Vers la fin d'avril , le vainqueur de Savenay reçut l'ordre de se rendre sans retard à l'armée du Nord. Il devait remettre le commandement de sa division entre les mains de l'officier en qui il aurait le plus de confiance, en attendant l'arrivée du général Yachot.

Lorsque Kleber arriva à Coursolre, près Maubeuge, vers le milieu de mai, les hostilités étaient déjà commencées depuis longtemps. Dès la fin de mars, le prince de Cobourg, généralissime des alliés , avait fait avancer son centre , pendant que ses ailes suivaient le mouvement. Il voulait, en s'appuyant sur Gondé, Valenciennes et le Quesnoy, qui étaient en son pouvoir, s'emparer de Landrecies et marcher ensuite sur Paris. Les divisions françaises disséminées sur cette frontière avaient été repoussées avec perte. Les alliés s'étaient installés sans obstacles sérieux au*

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tour de Landrecies. Picbegru avait essayé de réunir des forces imposantes pour attaquer eu masse les troupes de Cobourg. La concentration n'avait pu s'effecluer et les divisions du centre avaient été battues isolément. Heureusement, Taile gauche, commandée par Moreau , avait obtenu quelques succès. Alors Pichegru changea de plan : il se porla , avec la plus grande partie de ses forces, au secours de son aile gauche, qu'il voulait pousser en avant , et il laissa les divisions de son extrême droite se réunir à l'armée des Ardennes, qui occupait toujours Maubeuge. Au moment où l'aile gauche de l'armée du Nord investissait Ypres et s'efforçait d'attirer les Autrichiens au combat > Jourdan, à la tête de 45,000 hommes, détachés des armées du Rhin et de la Moselle, s'emparait de Dinant et opérait sa jonction (3 juin) avec l'armée des Ardennes et l'extrême droite de l'armée du Nord , qui venaient (9 et 22 mai) d'être repoussées , et forcées , malgré les courageux eCTorts de Rleber et de Marceau , de lever le siège de Charleroi.

Toutes ces troupes, dont Teffectif ^'élevait à près de 100,000 hommes, prirent alors le nom d'armée de Sambre-et-Meuse , sous les ordres de Jourdan , subordonné lui-même à Picbegru. Le 4 juin Kleber fut mis à la tête de la division Fromentin, qui occupait la gauche du camp de la Tombe. Tandis que Picbegru poursuivait sa marche victorieuse sur la Lys et l'Escaut, Jourdan, avec 70,000 hommes, se préparait à franchir la Sambre, laissant la division Scherer, de 15,000 hommes, sur la rive droite de celte rivière , entre Thuin et Maubeuge. Dès que la plus grande partie de Tarmée de Sambre-et-Meuse se fut avancée vers Charleroi, le siège de cette place fut repris pour la troisième fois.

Le prince d'Orange, parti le 15 de Nivelles, pour faire lever le siège de la place, eut ses avant-postes repoussés; mais il ne se décida pas moins à attaquer Jourdan sur quatre colonnes. La 3* colonne autrichienne, sous le prince de Reuss, marchait contre la droite des Français, où se trouvait la division de Marceau, à Lambusart; la â* (Alvinzi) contre Championnet, Lefebvre et Morlot, qui formaient le centre et occupaient Ronsart, Grosselies et Courcelles. Kleber et Montaigu, établis entre Landelieset la rive gauche de la Sambre et Fontaine-l'Évêque, se joignaient par leur droite avec la gauche du général Morlot. La droite des Français fut repoussée; leur centre , remis en partie sur le plateau de Jumet, fut

attaqué de nouveau par Alvinzi , qui s'était joint à Beaulieu. Une terreur panique s'empara de quelques bataillons , répandit le désordre et nécessita la retraite des trois divisions. Ainsi les Autrichiens se trouvaient vainqueurs à la gauche et au centre. Ils n'avaient pas eu le même succès à leur droite^ où Rleber avait obligé Wartensleben à se replier avec perte sur Haisne-Saint-Paul et Nivelles, et était resté maître du champ de bataille : mais , instruit que la droite et le centre avaient repassé la Sambre , il se trouva obligé de suivre leur mouvement rétrograde dans la nuit du 16 au f 7. L'ennemi se retira sur Nivelles, par le chemin de Namur.

Quelques jours après, Jourdan passa de nouveau la Sambre et reprit ses positions du 16. Le 20, il y eut des escarmouches assez vives entre les postes avancés ennemis et ceux de la division Kleber (i). Le bombardement de Charleroi fut poussé avec tant de vigueur, que là place se rendit le 26 juin. Lorsque Cobourg se présenta, le 27, pour la secourir, il n'était plus temps. Jourdan , qui disposait de toutes ses forces , engagea la bataille de Fleurus dans des conditions avantageuses. L'armée française resta maîtresse du champ de bataille. Cobourg ordonna la retraite, et prescrivit à Glairfayt et au duc d'York de se replier sur Bruxelles et de venir le joindre sur la Meuse.

Après la victoire de Fleurus , la droite de l'armée de Sambre-6t- Meuse fut dirigée vers Gembloux, et le centre vers Genappe, tandis que l'aile gauche^ portée à Mons, devait donner la maia à Pichegru. Cette aile gauche, qui était sous les ordres de Rleber, comptait alors trois divisions. La première, que Rleber commandait directement , forte de 15,000 hommes, était formée des brigades Duhesme, Fusier et Bernadotte ; la deuxième, sous les ordres de Montaigu, de 13,800 hommes, comprenait les brigades Richard, Poncet et Boisset ; les brigades Ransonnet et Chevalier form^dent la troisième , de 14,000 hommes, commandée par Millier. C'était, en y ajoutant la brigade de réserve du général Daurier (5,000 hommes), un corps d'armée de 47,500 fantassins, sans compter la

(l)Le 21, Kleber écrivait, de Fontainc-l'ETèque, au capitaine Pagol : « Ci-Joint, mon ami, un ordre pour venir me joindre à l'armée du Nord. S*il est yraî que lu désires encore servir la République avec moi, mets-toi en route le plus tôt possible ; mais amène au moins deux chevaux avec toi; car ijs sont très-rares ici. Je t'attends avec impaUence. «

cavalerie de réserve du général Alexis Dubois , placée provisoiremeDt sous les ordres de Kleber.

Par quelques démonstrations exécutées avec sa droite , Jourdan acquit la conviction qu'il rencontrerait de ce côté une résistance considérable. Il immobilisa donc son aile droite aux environs de Fleurus et dirigea son aile gauche sur Tare de cercle qui, partant de Mons, passerait à Bruxelles, Louvain, Tirlemont et Maëstricht. Le mouvement de cette aile serait favorisé par sa jonction avec l'armée du Nord. Kleber devait chercher d'abord à se lier avec l'extrême droite de Pichegru , sans perdre ses communications avec le centre de l'armée de Sambre-et-Meuse. Le 2 juillet, il adresse à Jourdan son rapport sur la prise de Mons.

a J'ai gravi hier le mont Palisel ; j'en ai chassé l'ennemi et je suis entré dans la ville. L'atlaqueful dirigée, du côté dont j'étais chargé, par trois colonnes d'infanterie, soutenues par deux de cavalerie, marchant sur leurs flancs, avec ordre de reconnaître la marche de l'ennemi. J'attendis avec impatience, depuis quatre heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi , la colonne du général Lefebvre, qui était exténuée de fatigues , et qu'un guide ignorant avait conduite dans un long déOlé. Cependant la canonnade qu'elle eut avec l'ennemi m'annonça qu'elle ne tarderait pas à paraître sur les hauteurs en avant de Mons. Enfin arrivés, nous nous mimes en route. Bientôt la division Duhesme, soutenue par deux régiments de cavalerie aux ordres de Dubois , qui porta sa cavalerie sur l'ennemi , où il la mît en bataille , força les Autrichiens à abandonner les hauteurs de Bracquignies et à céder le champ de bataille. Scherer avançait vers le mont Palisel , qui devait nous assurer la victoire. Montaigu suivait son mouvement avec rapidité , après avoir débusqué à la baïonnette les ennemis , en sorte que vers les 6 heures les trois colonnes se trouvèrent à la même hauteur.

o 11 s'agissait de traverser le bois d'Havre, dont l'entrée, infiniment étroite, était défendue par plusieurs pièces de gros calibre , qui tiraient à mitraille sur nous et qui étaient soutenues par plus de 2,000 hommes d'infanterie. La charge battit, et tous ces obstacles furent enlevés à la baïonnette; deux pièces ennemies de gros calibre tombèrent en notre pouvoir, et les canonniers qui les servaient furent tués dessus.

« P. 5. Le général Férand tourna l'ennemi et s'empara de la ville de Mons; Tennemi, attaqué de tous les points^ prit la fuite, et la déroute fut complète. »

Le 3, il lui écrit de Marchiennes-au-Pont':

« Je suis arrivé dans la nuit du 1^' au 2 juillet. Par conséquent impossible de prendre toutes les mesures dans la distribution de l'armée. L'ennemi est en force à Breuves. La ville d'Atb est bien occupée. Les avant-postes de Tennemi dans cette direclion sont poussés jusqu'à Jurbise et les Masnuy-Saint-Jean et Saint-Pierre.

« Je reçois à l'instant, 6 heures, ton ordre d'Ernouf, concernant les 15,000 hommes que je dois fournir pour se porter sur la gauche , vers l'armée du Nord. Je t'assure que mon élonnement est grand, et qu'alors il me devient impossible de couvrir Mons avec les troupes qui me restent. J'attends donc une instruction détaillée. »

Kleber s'occupa néanmoins de préparer les mouvements indiqués par le général en chef. Les trois divisions de Taile gauche avaient pris une position oblique à la grande route de Bruxelles à Mons : leur droite s'appuyait à Hennuières; leur gauche était au Petit- Rœulx, se prolongeant jusqu'à Hoves et Soignies. Elles faisaient ainsi face à tout ce qui pourrait venir de Hal, Bruxelles et Aih, mais elles n'avaient pas une liaison directe avec l'armée de Pichegru , qui débouchait seulement de Tournay. Pour effectuer la jonction, Kleber se voyait forcé de porter la division Millier jusqu'à Lens, tandis que sa droite s'étendait jusqu'à Nivelles, où arrivaient les avant-postes de Lefebvre. Le 7, il écrivait de Braine-Ie-Comte à Jourdan :

a Selon tes ordres, je porte la division de Millier à Lens. Je te ferai observer que la ligne de Nivelles à Lens, pour un corps de 27 à 28,000 hommes, est bien considérable, et que la correspondance de l'une à l'autre division sera plus que pénible. Tu sais combien je suis pauvre en cavalerie. Mes avant-postes ont été attaqués ce matin sur la route de Hal; on a poursuivi les attaquants jusqu'à Oisquercq.

(( n se fait un grand mouvement sur Namur par la route de Lour vain. Fais-moi connaître la position de la division aux ordres de Lefebvre , afin de diriger ma droite. Je ne commencerai mon mouvement sur Lens qu'après une seconde lettre de toi : Qui trop embrasse, mal étreint. L'armée de Tournay est d'ailleurs bien à

même de remplir l'objet d*interceplalion, en portant simplement deux corps à Leuze et à Barry, avec une réserve en avant du bois de Barry. Pardonne mes réflexions. Mais ordonne , et tu seras ponctuellement obéi. »

Jourdan, qui avait appris les mouvements de l'ennemi sur Namur, maintint ses premières instructions. Dès le lendemain, 8, Rleber se rendit^ avec la division Mûller, à Enghien et Ath , qui furent occupés sans obstacle. Il établit ensuite le gros de cette division dans une position intermédiaire entre ces deux villes. Les communications se trouvaient désormais assurées avec l'armée de Pichegru. Le 9, de grand matin, Rleber revint de sa personne à Braine-le-Comte. J'ai raconté ailleurs {Pajol, 1. 1, p. 85-86) comment, grâce à l'amitié de Pajol et à la judicieuse bienveillance de Rleber, ce trajet de Braine-le-Comle à Ath avait décidé de l'avenir militaire de Ney. Le 9^ le commandant de l'aile gauche porta la division Montaigu à Hal, oii la division Mûller devait la suivre. Le lendemain, il lançait Ney, avec 200 chevaux, dans la direction de Bruxelles, en le faisant soutenir par la demi-brigade Levai et par de Tinfanterie légère, chargée de fouiller la forêt de Soignies. En arrivant aux portes de Bruxelles, les détachements français reçurent des magistrats les clefs de la ville. Les divisions Millier et Montaigu entrèrent, le 10, à Bruxelles, en même temps que l'avant-garde de Pichegru. Le il, l'armée du Nord, venant d'Assche, campa derrière le canal de Wilvorde, au nord de la ville, où Pichegru établit son quartier général.

Le 13, l'armée du Nord se porta sur Malines, à la poursuite des Anglais et des Hollandais; et Jourdan^ continuant son mouvement de conversion, fit avancer son aile droite vers Namur, son centre vers Jodoigne et son aile gauche vers Louvain. Le général Montaigu resta comme gouverneur de Bruxelles. Rleber quitta cette ville de grand matin et avec ses trois divisions marcha sur Louvain par Tervueren. A Berdhem^ âon avant-garde signala l'ennemi en position sur les terrains accidentés de la Montagne de Fer. C'était Tarrière-garde de Cobourg, qui, toujours en communication avec le prince d'Orange, occupant Malines, interceptait les deux routes qui conduisent de Bruxelles à Louvain. Nos soldats escaladèrent les pentes ardues dé la Montagne de Fer et rejetèrent l'ennemi dans Louvain, où ils entrèrent derrière lui. La

lutte recommença dans la ville, que les Autrichiens durent enfin nous abandonner pour rejoindre à Tirlemont le gros de l'armée

impériale.

Le 16 juillet, Rleber poussa son avant-garde à Lovenjoul, avec ordre de surveiller Tirlemont et de chercher à connaître exactement la position dés Impériaux. Il envoya en même temps une forte reconnaissance sur Diest pour déjouer les tentatives que le prince d'Orange aurait pu diriger contre lui. Il apprit que l'armée de Cobourg, dont Tarrière-garde occupait Tirlemont, était campée depuis Nerwinden jusqu'à Saint-Trond, et que le prince d'Orange ne songeait qu'à se retirer devant Pichegru, qui débouchait de Malines. Le 19, Rleber achemina ses trois divisions sur Tirlemont, que la tète de colonne attaqua vigoureusement. L'ennemi se défendit avec une grande bravoure. Pour l'obliger à céder, il fallut tourner la ville. Pris entre deux feux, les Impériaux tentèrent vainement de se faire jour: beaucoup furent tués dans les rues de Tirlemont, 300 furent pris. Laissant dans Tirlemont la division qui s'en était emparée, Rleber établit les deux autres en arrière, au camp de Cumptich, et prit son quartier général à Roosbek. L'avant-garde fut portée à Hackendoven, en face d'Overhespen, où se trouvait celle des Impériaux, dont Tarrnée tout entière était déployée sur les hauteurs de Nerwinden à Landen. Les progrès de l'aile droite, qui s'empara de Huy le 21, obligèrent Cobourg à se retirer sur la Meuse, qu'il franchit à Liège et à Maôstricht. Rleber s'avança jusqu'à la petite Geete, ayant son avant-garde à Dormael, et même à Saint-Trond, où le général Boyé entra le 21. Le 23, les .divisions du centre de l'armée de Sambre-et-Meuse étaient arrivées à Rumsdorp, Landen; l'aile droite s'établit aux environs de Huy, et l'aile gauche à Saint-Trond. Au 27 juillet, Rleber s'était emparé de Tongres, Hatry de Liège, et le centre avait pris position sur la route de Tongres à Liège. Les Impériaux avaient retiré tous leurs corps sur la rive droite de Ija Meuse , et ne montraient plus sur la rive gauche que des patrouilles ou des reconnaissances.

Le 2 août, de son quartier général, établi au château de Hex, le commandant de Taile gauche rendit compte*de sa position au général en chef.

a La division de droite est appuyée à une redoute construite sur la hauteur du Ticton, qui plane sur tout le pays jusqu'à Tongres; sa

gauche s'étend en avant de Hex, et va gagner la droite de la division du centre, dont la gauche est appuyée à Beerling. Celle de gauche appuie sa gauche à Hemelsveldt, et sa droite au môme Beerling. Tout ce front, un peu étendu, à la vérité , va être complètement retranché sur deux points, et la position est inaccessible pour la cavalerie sur toute la partie gauche et du centre. La division de gauche fournit une petite avant-garde à Wummertinghen, qui poussera des patrouilles continuelles sur Hasselt et sur Bilsen. Indépendamment de cela, les postes de Herten, Wellen, Aleken, Herck et Sterwoordt, sont occupés par de l'infanterie légère. La division de droite fournil une petite avant-garde à Alwegge, qui conmiunique par les patrouilles avec le général Morlot et avec l'avant-garde du général Boyé, en avant de Tongres. Tu as vu par toi-même que l'avant-garde de Boyé surveille et tient ea respect Bilsen et tout ce qui pourrait venir de Maastricht et de Visé. Les ravins, bois, gorges et taillis devant le pont de la division de droite, ainsi que ceux de la division de gauche sont également gardés. Le i3* régiment de cavalerie est en ligne sur la droite près du village de Wechmael et a ses chevaux au piquet.

c Telle est ma position; j'y ai confiance; j'en aurais davantage si j'avais six ou huit bataillons de plus. »

Dans ces positions les divisions de Kleber furent inspectées, le 2 août, par Gillet, qui écrivait, le 3, au comité de salut public : a J'ai passé hier la revue de l'aile gauche. J'ai été, en général, satisfait de la bonne tenue et de la discipline de la division commandée par Duhesme. Celle du général Montaigu est également bien. Mais la troisième faisait un contraste frappant avec les deux premières. Le service s'y fait mal; les soldats sont ignorants; point de précautions prises contre l'ennemi. J'ai donc destitué le général de division Millier et le général de brigade Ransonnet, que j'envoie en arrière dans une place. » La division Millier présentait, en effet, une désorganisation telle que Kleber avait dû s'en plaindre aux représentants et au général en chef. Le même jour, Gillet nomma Priant général de brigade, t Tu seras, lui mandait-il^ sous les ordres de Kleber; tu seras heureux et charmé de connaître ce brave républicain. Apprends à apprécier la force de son génie. Tu remplaceras le général Chevalier, que j'ai destitué pour son peu d'ardeur. «

no KLEBER.

Après ces mesures rigoureuses, mais nécessaires, Gillet profila du temps d'arrêt qui se produisait dans la marche de l'armée de Sambre-et-Meuse pour compléter l'embrigadement de l'infanterie, conformément au décret du 5 février 1794. Cette nouvelle formation de l'infanterie fut mise par RIeber à Tordre de l'aile gauche le 15 août; le 16, la fusion des corps s'efTectua sous la direction et la surveillance des généraux de division et de brigade.

L'étendue des positions de l'aile gauche et la proximité de l'ennemi commandaient une surveillance incessante. RIeber prescrivait aux officiers sous ses ordres de maintenir les hommes à leur poste et d'empêcher les dilapidations.

« ChAteau de Hex, 15 août 1794.

0 RIeber est instruit que les soldats abandonnent le camp et se portent jusqu'à deux lieues sur le derrière pour s'y livrer au pillage. Il en est d'autant moins étonné qu'il a parcouru hier luimême tout le derrière de la division Millier, et qu'il est arrivé aux gorges même des batteries sans avoir été reconnu par aucun poste. Celte négligence dans l'exécution des ordres qu'il a donnés pour rétablissement des postes sur le derrière des camps est des plus coupables, et il manquerait lui-même à son devoir s'il ne le faisait connaître au général en chef. II veut bien encore, mais pour la dernière fois, prévenir les généraux de ce défaut de surveillance, et il espère que cet avis ne sera point négligé, et qu'on ne le forcera pas à se plaindre de l'insouciance qu'ils apporteraient à exécuter un ordre aussi essentiel, et de demander le changement de ceux qui enfin ne s'y seraient pas conformés.

« Goury, chef de brigade, et le commandant du bataillon du 17* régiment ont été mis aux arrêts de rigueur pour n'avoir point fait exécuter les ordres sur l'établissement et les positions des faisceaux d'armes et des feux de cuisines; cette négligence a occasionné la perte de toutes les armes et d'une quantité d'équipement de ce bataillon, qui ont été détruits par le feu. »

• Château de Hex. 18 août 1794.

a Les généraux sont prévenus que les grains et avoines, tant récoltés que sur pied, dans toutes les parties du pays occupé par les armées de la République, sont en réquisition pour le service militaire ; qu'afin de rendre cette mesure efficace, il est urgent de prendre

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tous les moyens nécessaires pour en prévenir lâ dilapidation. En conséquence, j'ordonne de faire lire à l'ordre, pendant trois' jours consécutifs, qu'il est sévèrement défendu à tous militaires et charretiers de couper et enlever aucun grain et avoine sur les champs et dans les greniers du pays, de laisser pâturer les chevaux dans la partie de la campagne non récoltée, et d'y causer le moindre dégât; que ceux qui seront rencontrés en contravention aux ordres, par les postes ou par les sentinelles qui seront spécialement chargés d'y veiller sous la responsabilité particulière du chef du poste, seront arrêtés et conduits aux prisons du quartier général, pour être livrés à la commission militaire et y être jugés comme dilapidateurs des subsistances de la République et ennemis de la

nation française. )»

ft Château de Hex , 27 août 1794.

a Rleber a appris avec beaucoup d'étonnement que les militaires des postes Haelen , Herck et autres villes ou villages, ne sont point au bivouac, mais qu'ils se sont logés chez les habitants de ces lieux.

(( Considérant qu*un pareil désordre est non-seulement préjudiciable à la célérité du rassemblement des troupes et à la discipline de l'armée entière, par l'influence que cet exemple peut exercer sur elle, mais encore compromet leur sûreté et celle de l'armée qu'elles sont chargées de couvrir, ordonne au commandant du camp de Diest de faire retirer sur-le-champ les militaires qui se sont logés dans Haelen, Herck et autres lieux, et de les mettre au bivouac, en avant ou derrière ces villages ou villes; dé* fend à tous officiers généraux, chefs de brigade ou commandants de bataillon ou postes des trois divisions sous ses ordres, de permettre à quelque poste ou militaire que ce soit de loger dans les villes ou villages, même d'y entrer sans besoin urgent et une permission expresse du commandant.

« Les officiers qui contreviendront au présent ordre ou ne surveilleront pas rigoureusement son exécution seront punis sévèrement.

« Les postes de Haelen, Herck et tous les autres, en avant ou derrière les villes ou villages, seront relevés très-souvent, tous les cinq jours au plus, pour que les militaires ne coulractent point l'habitude et le goût de l'inertie.

lis KLEBER.

« Toutes les patrouilles seront poussées plus loia qu'on ne l'a fait jusqu'ici ; celles des postes de Haelen , Uerck et lieux voisins s'avanceront jusqu'à trois et qualre lieues dans l'inlérieur du pays. »

En vue d'une reprise prochaine des hostilités, Kleber fit, le 28, une nouvelle répartition de ses forces : il les partagea en quatre divisions, dont il donna le commandement aux généraux Bernadoiie {avant-garde, 11,877 hommes), Duhesme (dtVtstoft de droite, 10,951 hommes), Priant {division du centre, 12,022 hommes) et Richard {division de gauche, 14,438 (lommes).

A la fin d'août, Jourdan se décida à rapprocher ses troupes de la Meuse, afin d*ètre prêt à reprendre l'offensive dès que les divisions de Scherer, qui avaient été détachées pour enlever à la coalition Condé, Yalenciennes, le Quesnoy et Landrecies, seraient venues le rejoindre. Il porta les divisions Marceau et Meyer à Stree et à Huy , en avant de Namur; Hatry au-dessus de Liège, à Aus; Championnet vers Voteme; Lefebvre en avant-garde à Houarin et Villiers-Saint-Simon, où il était appuyé par la cavalerie de réserve de Dubois.

L'aile gauche dut se conformer à ce mouvement et s'établir entre Rixinghen et Bilsen. Ce changement de position s'effectua le 31 août. L'avant-garde de Bernadotte, mise sous les armes dès trois heures du matin^ se déploya en bataille eu avant de Tongres, pour masquer le mouvement des autres divisions, et vint s'installer ensuite sur les hauteurs de Bilsen, entre Leeten et Munster-Bilsen. La division Duhesme établit sa droite à Rixinghen, tandis que sa gauche se prolongeait, par la crête des hauteurs, vers Cruys-Linde, La division Priant, s'avançant par Rulickhoven, Geurslew, Schaickoven, appuya sa droite à Cruys-Linde, et poussa son extrême gauche jusqu'à Groên-Straêt, pour se lier à la droite de Richard, dont la gauche était à Laër. La division Duhesme occupa Beysch, Housselt^ Chaelebrock et Ryckhove; Priant et Richard firent garder tous les passages aboutissant à leurs camps. Kleber porta alors son quartier général à Schaickoven. Le général Boisset, envoyé avec 6,000 hommes à Hasselt, couvrait le flanc gauche de Kleber et maintenait les communications de l'armée de Sambre-et-Meuse avec l'armée du Nord,

Au V' septembre, le mouvement de l'aile gauche se trouvait

terminé. Les divisions qui la composaient étaient déployées en ligne presque droite de Rixinghen à Laër, sauf la division Bernadotte y destinée à surveiller de plus près Maestricht et les corps autrichiens abrités sous le canon de la place.

Le moment approchait de sortir de l'inaction. Le ii septembre, Scherer arriva à Namur, avec vingt-quatre bataillons et dix escadrons dans le meilleur état. Le 13 au soir, Jourdan se rendit audevant de lui à Huy, afin de l'investir du commandement de Taile droite et pour lui faire exécuter sous ses yeux l'attaque projetée contre l'aile gauche des Impériaux. RIeber eut ordre de porter son quartier général à Tongres. Il devait prendre, en cas d'événement, le commandement de toutes les troupes destinées à rester sur la rive gauche de la Meuse. C'étaient, outre les trois divisions de l'aile gauche, les divisions Morlot, Lefebvre, Championnet et Dubois, formant ensemble environ iOO,000 hommes. Le 14, Taile droite (60,000 hommes) franchit l'Ourthe à Comblain-au-Pont; le 16, elle vint border l'Amblève, de Sougnez à son embouchure, en face des hauteurs de la rive droite, où l'ennemi, solidement établi à Sprimont et à Esneux, paraissait résolu à opposer une vive résistance. Kleber devait exécuter, le 17, une attaque générale, afin d'attirer sur lui l'attention de Clairfayt, qui avait remplacé Cobourg (28 août), et de l'obliger à dégarnir l'aile gauche des Autrichiens. Dès le 16, il prit ses mesures pour remplir les intentions du général en chef. Il prescrivit à Boisset d'envoyer un fort détachement àMaseych, un autre vers Stockheim; à Bernadotte de lancer une reconnaissance de cavalerie sur Soetendale, Reckheim et Neer-Haren, tandis que, avec le reste de ses troupes, il marcherait sur Gillich, Lonaken et Weldtwezelt. Une brigade de la division Richard seconderait ce mouvement. La division Priant, tout entière sous les armes en avant de Housselt, était destinée à servir de réserve générale. Une brigade de la division Dubesme se porterait, avec deux escadrons, à Wlentingen, et agirait de concert avec une brigade de la division Morlot, dirigée vers les hauteurs de Rympst. La cavalerie de réserve de Dubois, déployée à la droite de cette brigade de Morlot, attaquerait Rympst et Montenaken, avec l'appui de la division Lefebvre, qui, se glissant entre Jaar et Meuse, t&cherait de gagner Eben et Emal.

Maestricht était le point objectif de toutes ces marches conver-

tl4 KLEBER.

gentes. Le 17 à 7 heures du matin, les troupes de Kleber se mirent en mouvement. Partout l'ennemi fut refoulé. Ney arriva jusque sous les murs de Màseyck; Bonamy parvint près de Stockheim; BernadoUe rejeta dans Maestricht les avant-postes autrichiens. Les brigades d'attaque des autres divisions, après des engagements très-vifs, occupèrent les emplacements qui leur avaient été assignés.

Obligé de ramener son corps sous le canon de MaSstricht, Rray demanda du secours à Glairfayt, qui envoya des renforts considérables, avec lesquels Rray put, avant la chute du jour, reprendre l'ofTensive. Le but de RIeber était atteint. Nos colonnes résistèrent juste assez pour empêcher les Autrichiens de s'avancer au delà de leurs anciennes positions, et, à la nuit; rentrèrent dans leurs camps. RIeber avait envoyé immédiatement le capitaine Pajol pour faire connaître à Jourdan les résultats de l'attaque du 17. Le succès de l'aile droite fut complet. Les Autrichiens furent chassés de Sprimont et d'EsneUx. Dans la nuit du 18, Pajol, qui avait pris part à la bataille et enlevé un drapeau à l'ennemi, vint annoncer à RIeber la victoire de l'Aywaille. Le commandant de l'aile gauche porta ce nouveau succès à la connaissanèe de ses troupes, et les prévint de se tenir prêtes à avancer.

Qès que Clairfayt connut la retraite de son aile gauche, il leva le camp de Robermont et se porta avec toutes ses forces vers Hervé, prescrivant à Rray de rentrer dans Maôstricht et d'envoyer sur la Roer tout ce qui ne serait pas indispensable à la défense de la place.

Les divisions de RIeber se mirent en marche le ^ au matin pour se rapprocher de MaSstricht. Duhesme se porta sur Wonck ; Friant traversa Mumercken et se plaça à la suite de Duhesme, sa droite à Herderen et sa gauche à Groot-Spauwén. La division Richard traversa Bilsen et prit position à gauche de la division Priant. Elle appuya sa droite à Groot-Spauwen, tandis qufe sa gauche s'installa près de Bilsen, dans le camp évacué par les troupes de Bernadotte , dont le quartier général fut porté à Zangary . Dès que les mouvements de ses divisions furent terminés, RIeber établit son quartier général à Seren-Eldéren.

Le 22 septembre Taile gauche s'avança plus près de Maëstricht. La division Richard s'approcha de Gillich ; Friant s'installa près

de Weldtwezelt; Duhesme amena sa gauche à RympsU L'ayantgarde de Bernadotte, envoyée contre Stockheim , occupa les villages de Wucbt, Leuth, Molenweld, Stockheim, Lanklaar et Dilsen. L'ennemi disparut dès lors de celte partie de la rive gauche de la Meuse, où s'établit, le 23, le corps du général Boisset, arrivant de Hassell.

Au lieu de pousser activement le siège de Ma6strîcbt , comme t'aurait voulu le comité de salut public , Jourdan se décida à déloger Tarmée de Clairfayt de ses lignes de la RoGr. Il prescrivit à Rleber de resserrer l'investissement de Maastricht sur la rive gauche, afin d'être prêt, au premier signal, à venir le rejoindre avec tout ce qui ne serait pas absolument indispensable devant la place. Jourdan avait poussé le gros de l'armée de Sambre-et-Meuse à peu de distance de la Roôr, oix l'ennemi paraissait résolu à Taltendre.

Au 25 septembre, les divisions françaises se trouvaient : Lefebyre viron 12,000 hommes), en avant-garde à Rolduc; Meyer et Hacquin (ensemble 18,000 hommes), à Gornely-Munster; Marceau (9,000 hommes), à Eschweiler; Halry, Morlot et Championnet (26,000 hommes), à Aix-la-Chapelle; la réserve de cavalerie de Dubois (4,000 chevaux), à Fouron-le-Comte.

En face et à peu de distance de ces huit divisions françaises, l'armée de Clairfayt occupait sut la Roêr des positions choisies à l'avance et fortifiées : le corps de Werneck (14,000 hommes), à VIodrop et Ruremonde; celui de Rray (16,000 hommes), à Juliers, Rirchberg et Linnich; le corps de bataille, aux ordres directs de Clairfayt (16,000 hommes), à Aldenhoven et Juliers; le corps de Latbur (23,000 hommes), à Dûren, détachant la brigade Naddick à Niedeggen.

Dès le 23 septembre le commandant de Taile gauche avait été prévenu de se tenir prêt à se porter avec 30,000 hommes sur la Roér. En conséquence, le 24, il fit passer sur la rive droite de la Meuse rinfanterie de Bernadotte. Le 25, après une série de petits combats assez vifs, l'avant-garde française s'établit à Reer et Bemélen. La brigade Bernadotte resta le 26 dans ces positions, qui complétaient l'investissement de Maêstricht sur la rive droite. Le 27, elle occupa Houtem, Fauquemont et Heek. Rleber était dès lors en mesure de marcher vers la Roêr avec les divisions Priant et Richard. Le 28, à 1 heure du matin, le mouvement corn-

mença. La division Priant^ roarchant par sa droite^ se dirigea sur Rympst, franchit le Jaar à Wonck, la Meuse à Visé, et s'installa le soir entre Fouron-le-Comte et Merchault. La division Richard suivit et prit position entre la gauche de Priant et la Meuse. Kleber, qui avait dirigé lui-môn)e cette marche importante , établit son quartier général à Mouland, puis au château d*Ëysden. Après avoir fait reconnaître les routes conduisant vers la RoGr dans la direction de Heinsberg, il continua son mouvement le 29, avant le jour. Les divisions Priant et Richard, formant une seule colonne, qu'encadraient, comme la veille, le 22* et le 13' de cavalerie, suivirent la route ouverte par Bernadotte et s'installèrent le soir à Sittard, derrière la petite rivière de Geleen, la droite appuyée à Munster-Geleen et la gauche à Limbricht. Quelques postes en avant de Sittard lièrent cette ligne de bataille à l'avant-garde . dont la tête était déjà à Heinsberg. Le 30, à 4 heures du matin. Priant et Richard traversèrent Sittard et s'arrêtèrent à une demilieue au delà de Oangeit, et prirent position entre Breeberen et Birgden ; la division de droite porta un fort piquet d'infanterie et de cavalerie à Oilrath, afin de correspondre par des patrouilles avec la gauche de la division Lefebvre, qui s'appuyait à Geilenkirchen.

L'installation de l'aile gauche terminée, Kleber, dont le quartier général fut établi à Gaugelt, partit, avec un adjudant général et son aide de camp Pajol, pour Geilenkirchen, où Jourdan lui avait donné rendez-vous afin d'arrêter les dispositions à prendre pour le passage de la Roêr.

A ce moment, l'armée de Sambre-et-Meuse, à l'exception des 15,000 hommes laissés devant Maêstricht, se trouvait tout entière en ligne en face de l'ennemi. L'aile droite, commandée par Scherer, était à Ëschweiler; le centre, à Saint-Joêris et Kellersberg; la division Lefebvre, à Baêsweiler et Geilenkirchen, et l'aile gauche, de Geilenkirchen à Heinsberg.

Le plan qui fut arrêté à Geilenkirchen entre Jourdan, Kleber et Lefebvre peut' se résumer ainsi : Scherer {aile droite) attaquerait Dîiren; RIeber {aile gauche) forcerait le passage devant Ratheim; l'avant-garde , sous Lefebvre, marcherait sur Linnich; enfin, le centre, conduit par Jourdan en personne, culbuterait le camp d'Aldenhoven, pour se diriger ensuite vers Juliers. L'effort principal devait porter sur Dûren et Aldenhoven.

Rieber revint le soir môme à Gangelt.

Le 1^ octobre 9 il se rendit, avec toutes ses forces, à Heinsberg, prenant ses dispositions pour la bataille, que Jourdan avait fixée an lendemain. Le 2, à 5 heures du matin, Tarmée de Sambre-et- Heuse s'ébranla de la droite à la gauche. En moins de deux heures le centre enleva les hauteurs d'Aldenhoven , malgré le feu meurtrier des redoutes qui les garnissaient. A l'aile droite, Scfaerer parvint, un peu pius tard, après des efforts héroïques, à forcer le passage à DUren. Lefebvre attaqua vigoureusement Linnich, que les Autrichiens abandonnèrent dans la soirée. A l'aile gauche, Kleber eut à surmonter des obstacles qui l'arrêtèrent plus longtemps. Lorsque la brigade d'avant-garde (Bernadotte) arriva dans rUe que forme la RoGr entre Heinsberg et Ratheim , elle fut accueillie par un feu épouvantable d'artillerie et de mousqueterie. Les gués ayant été détruits par l'ennemi et le pont que l'on avait apporté de Heinsberg se trouvant trop court, la 71^ demi-brigade et quatre compagnies de grenadiers franchirent la Ro6r à la nage, se jetèrent sur les batteries autrichiennes et parvinrent à se maintenir sur la rive droite. La nuit fut employée à la construction des ponts.

Le 3 octobre de grand matin, Jourdan entrait à'Juliers sans trouver de résistance, et dirigeait ses divisions du centre vers Kerpen,oii Scherer arrivait, venant de Dûren ; dans le môme temps, Lefebvre débouchait de Linnich. Kleber ne pouvait porter ses troupes en avant qu'un peu plus tard. Ce fut seulement vers dix heures du matin que, les ponts des divisions étant achevés, Bernadotte fit reconnaître les hauteurs de Ratheim et éclairer le pays entre Wassenberg et Linnich. Dès que cette reconnaissance eut rendu compte que l'ennemi avait disparu , Kleber lança sur les routes de Neuss les â* et 4* hussards, et prescrivit à Ney, qui les commandait, de chercher à atteindre l'arrière-garde de Werneck. Le 7* dragons appuyait les hussards et leur servait de réserve. Toute l'infanterie de Bernadotte fut poussée sur la route d'Erkelenz et établie au delà de cette ville, de manière à pouvoir secourir Ney et observer à la fois ce qui arriverait de Juliers et de Ruremonde. Les divisions Priant et Richard passèrent ensuite la Roôr. La première dirigea sa tète de colonne vers Linnich, pour se lier avec Lefebvre , qui occupait déjà en grande partie les hauteurs de Ge-

lis KLEBER.

venich. Richard disposa sa division à la gauche de celle de Priant, qui venait jusqu'à Rlein-Gladbach, et prolongea sa gauche vers Wassenberg, où Rleber installa son quartier général dans Taprèsmidi du 3 octobre.

Le centre et la droite de l'armée de Sambre-el-Meuse marchaient rapidement vers le Rhin. L'aile gauche devait suivre le mouvement. Devançant les prescriptions de Jourdan, Kleber flt partir, le 4 à 7 heures du matin, l'avant-garde de Bernadotte; cette brigade, après avoir dépassé Gierath, rejoignit Ney, qui, avec ses six escadrons de hussards, éclaira la marche. La division Priant, sortie de Ratheim à 6 heures, avait laissé Erkelenz à un quart de lieue sur sa gauche, et s'était établie en avant du quartier général de Kleber, près de Priesterath. La division Richard , mise en mouvement à la même heure, passa à un kilomètre à gauche d'Ërkelenz, prit ensuite la direction de Neuss, par Venloo et Neukirchen, et s'arrêta un peu au delà de cette dernière ville, à hauteur de la division Priant.

Le 5, la marche vers le Rhin continua : l'avant-garde de Bernadette entra dans Neuss, malgré la résistance de la garnison autri* chienne, qui fut reconduite jusqu'à Diisseldorf. La division Richard , suivant les traces de Bernadotte, s'établit aux environs de Bûttgen, tandis que la division Priant vint se placer vis-à-vis de Neuenhaasen, sur l'Erft, dont elle borda la rive gauche, sans cesser de se lier avec Lefebvre, qui appuyait sa gauche à Grevenbroich. Priant devait franchir l'Erft et se porter sur le Rhin dès que Jourdan et Scherer seraient arrivés à Cologne.

Kleber, installé le 6 octobre à Dyck, près Saint-Nicolas, dicta aa capitaine Pajol un ordre sévère pour empêcher le pillage et retenir les hommes à leur poste.

a Les généraux de division enverront de très-fréquentes patrouilles, commandées par des officiers, dans les villages et campagnes situés jusqu'à deux lieues de leur position respective , avec ordre d'arrêter tous les pillards et traiheurs et de les conduire au quartier général , pour de là être traduits devant le tribunal militaire.

« Il est recommandé à ces officiers de mettre à exécution l'ordre du général en chef relativement à la chaîne de sentinelles à établir en avant et en arrière du camp pour empêcher les soldats d'ea

sortir. U sera fait trois appels par jour, auxquels les généraux de brigade assisteront et feront assister les officiers supérieurs.

« Le général prévient qu'il fera un exemple terrible contre cejux qui contreviendraient au présent ordre. »

Dûsseldorf avait tiré sur les troupes de Ney et de Bernadotte , qui poursuivaient la garnison de Neuss. Kleber se porta, le 7, avec kl division Richard, devant cette pl^ce, contre laquelle il fit ouvrir un feu très-violent. Dûsseldorf se rendit et paya un ipillion de contribution de guerre.

Pendant ce hardi coup de main, la division Priant avait franchi l'Erft et était arrivée le 7 sur les bords du Rhin. Elle y fut disséminée dans des cantonnements jusqu'à' la gauche de I^efebvre à Dormagen.

L'expédition de Dûsseldorf et celles de Ney à Neuss et aux environs avaient produit des prises considérables, qui furent envoyées à Jourdan, alors à Cologne, pour les soustraire au pillage. Klelifçr ne conserva ffae ie3 objets d'habillement nécessaires à ses troupes et le matériel de guerre indispensable au siège de Maastricht, dont il était chargé.

Jourdan, en effet, avait déjà prescrit à Lefebvre de relever les troupes de Taile gauche dans leurs positions le long du Rhin, à Neuss et à Dûsseldorf.

Les corps de Tarmée de Sambre-et-Meuse allaient se trouver ainsi répartis : 45,000 hommes sous Maôstricht; 10,000 devant Bonn; 20,000 à Cologne; 20,000 à Dûsseldorf, et 10,000 à Ruremonde.

Le 13 octobre, toutes les troupes aux ordres de Eleber, sauf la cavalerie de Ney, laissée à Neuss, étaient réunies autour de Maôstricht.

A son départ pour la Ro6r, le 28 septembre, avec l'avant-garde de Bernadotte et les divisions Priant et Richard, Eieber avait laissé devant Maastricht, pour en former l'investissement, la division Duhesme, portée à 15,000 hommes d'infanterie. La brigade Hardy (4,000 hommes] et la brigade Barjonet (3,000] passèrent, le 29, sur la rive droite de la Meuse, afin d'occuper autour de Wyck les positions abandonnées par les troupes qui ' marchaient vers la Ro6r. La brigade Daurier (5,000 hommes) et la brigade Poncet

(3,000) restèrent sur la rive gauche. Les 32* et 34» divisions de gendarmerie à pied gardaient les ponts établis sur la Meuse, tandis que la cavalerie du général Boisset, composée des 3* et i^ chasseurs et de divers détachements d'autres régiments, tenait la campagne afin d'assurer les communications entre les camps, tout en laissant quelques escadrons à portée des lignes d'investissement pour aider à repousser les sorties.

Jusqu'au 10 octobre, la garnison de MaGstricht s'était contentée de diriger, du haut de ses remparts, un feu d'artillerie, quelquefois assez vif, sur nos travailleurs, sur nos vedettes ou sur nos camps. Le 10 elle fit une sortie, qui , d'abord heureuse, aboutit finalement à un échec.

Le 12, après avoir conféré avec le général du génie Marescot et le général d'artillerie BoUémont, Kleber décida que MaGstricht serait attaqué de trois côtés à la fois : 1® par la porte de Bois-le- Duc; 2* par Wyck; 3» par le fort Saint-Pierre. En vue de ce système d'attaque, il partagea ses troupes en trois corps. Le premier, commandé par Duhesme et chargé de l'attaque de la porte de Boisle-Duc, qui était la principale, fut porté à 19,000 hommes et réparti autour de Maëstricht depuis Smermaes, sur la Meuse, jusqu'à Neder-Kanne, sur le Jaar. La ligne de ses camps passait par Cau-^ wenbergh, la redoute Républicaine, la ferme de Dicke-Paul et Wilre. Les seize bataillons (12,700 hommes) qui formèrent le deuxième corps, sous les ordres de Bernadotte, furent placés autour de Wyck, sur une ligne à peu près circulaire, dont les deux extrémités s'appuyaient à la Meuse, l'une à Borgharen, l'autre à Heugen. Outre l'attaque de Wyck, dont il était chargé, Bernadotte devait garder les ponts et communications au-dessous de Maêstricht, entre Reckheim et Borgharen. Le troisième corps (7,500 hommes), commandé par le général Poncet, fut désigné pour l'attaque du fort Saint-Pierre. Indépendamment de ces trois corps, qui avaient chacun leur destination particulière, Kleber réunit sous le commandement du général Boisset toute la cavalerie, tant celle qui était sous l^s murs de la place que celle qui fut envoyée à Ruremonde et le long de la Meuse.

Cette armée, forte d'environ 40,000 hommes d'infanterie et 3,000 chevaux^ prit, à dater du iZ octobre, le nom d*armée sous Maêstrieht.

CAMPAGNE DE 1794. i2i

Les travaux du siège furent confiés aux chefs de bataillon du génie : Chasseloup, pour la première attaque ; Duché, à la deuxième; Boisgérard» à la troisième.

Le quartier général fut installé à Petersheim , village situé en arrière de l'attaque principale, et Kleber s'y établit, dans un château, avec le représentant du peuple Giilet.

Une dernière sommation, faite le 14 au prince de Hesse, gouverneur de la place, n'amena aucun résultat : on dut procéder à un siège en règle. Le 15, les officiers du jgénie commencèrent sur les points désignés les reconnaissances et tracés préliminaires.

Pour entreprendre les tranchées, il fallait avoir l'artillerie nécessaire à l'armement des batteries. Plusieurs fois déjà Kleber et Giilet l'avaient demandée avec instance ; rien n'arrivait. Impatienté de ces retards, qui pouvaient compromettre le succès de l'opération, à cause de l'approche de la mauvaise saison, Giilet partit le 18, et amena de Namur, le 23, un parc de siège composé de 200 pièces de canon. A l'entrée de la nuit du 23 au 24 , les troupes de Duhesme et de Bemadotte prirent les armes ou fournirent des travailleurs pour l'exécution de la première parallèle. A l'attaque principale, 6,000 métrés de tranchée, y compris les communications, furent ouverts, sans coûter plus d'un tué et cinq blessés. Seulement, à la gauche de la parallèle, la débandade d'un bataillon de garde amena une solution de continuité qui retarda de vingt-quatre heures l'établissement des batteries. A l'attaque de Wyck, la première parallèle et ses communications furent ouvertes sur un développement de 4,000 mètres, sans la moindre erreur et sans aucune perle d'homme, quoique l'ennemi lançât une grande quantité de pots à feu. Dans la journée on perfectionna les travaux de la nuit, et l'on disposa les emplacements des batteries. La nuit suivante on creusa de nouvelles tranchées , et comme le temps tournait à la pluie, le lendemain 25, on fit couper des arbres dans le bois de Petersheim, afin d'en garnir le sol des tranchées, pour les conserver praticables aux troupes et à l'artillerie. Pendant la nuit du 25 au 26, la tranchée fut ouverte à l'attaque du fort Saint-Pierre , d'une manière aussi heureuse que hardie. Les jours suivants, les boyaux de communication, les parallèles et les batteries furent perfectionnés ou augmentés avec d'autant plus d'activité que, dès le 27, la pluie, ayant commencé à tomber en abondance, menaçait de détériorer

les travaux s'ils n'étaient promptement consolidés. Le 29, le temps devint tout à fait mauvais.

Devant les trois attaques, le feu de la place nous causait plus de mal : il fallait se hâter d'en finir. Le 30, on déboucha sur la deuxième parallèle. Le 31, après le retour, du |)arlementaire que EJeber avait envoyé au bourgmestre de Maastricht pour le prévenir du bombardement , les batteries de Tattaque de Wyck et de l'attaque du fort Saint-Pierre ouvrirent le feu. Le. 4 novembre £leber écrivait de Petersheim au général ErnouC : a Nous avons travaillé conmie des forçats, toute la nuit, à rédiger la capitulation de l^a&stricht. C'en est fait : cette importante place est au pouvoir de la République. La garnison, faite prisonnière de guerre, est renvoyée chez elle. Tu dois comprendre notre joie, la mienne particulièrement. » Ainsi, après onze jours de tranchée ouverte et quatre jours de bombardement, Maèstricht tomba au pouvoir des Français, qui y trouvèrent 351 bouches à feu, 400 milliers de poudre, 20,000 fusils et une quantité considérable de provisions de toutes sortes. Cette conquête avait coûté à Tarmée de Kleber 300 hommes environ, tant tués que blessés.

Les Impériaux sortirent de MaGstricht le 7 novembre et déposèrent les armes devant les troupes françaises, qui avaient pris position, dès 6 heures du matin, sur les glacis de la place, la division Bernadette près de la porte de Wyck, les divisions Montaigu, Duhesme et Chapsal, ainsi que la cavalerie de Boisset, près de la porte de Bruxelles. Lorsque la garnison autrichienne eut déûlét nos troupes rentrèrent au camp, mais elles ne repassèrent pas le Jaar. Montaigu porta sa gauche à Smermaes; Duhesme appuya sa droite à Kanne, et la division Chapsal occupa l'intervalle qui les séparait. Bernadette, nommé gouverneur de Maèstricbt, entra dans la place avec deux brigades. La division Duhesme, mise en marche le 8, arriva le 12 à Cologne, dont elle allait former la garnison. La division Chapsal quitta le môme jour la rive gauche de la Meuse, et parvint, le 10, à Bedburg et sur TErft, d'où elle devait plus tard se porter sur la rive gauche du Rhin.

A partir du 12 novembre, le corps de Kleber, réduit aux deux divisions d'infanterie Duhesme et Chapsal et à la brigade de cavalerie de Boisset, se trouva placé à peu près au centre de l'armée de Sambre-et-Meuse, prêt à border le Rhin de Cologne à Zons. Ce

corps était arrivé dans uae détresse affreuse, à ses nouveaux emplacements, où tout manquait même le pain ; et le pays sur lequel il devait s'établir ne présentait que peu de ressources. Kleber se plaignit amèrement de cet état de choses , et sollicita de Jourdan les ordres les plus formels pour le faire cesser; car l'insubordination commençait à se manifester parmi les soldats , mécontents d'être ainsi traités après les grands travaux qu'ils venaient d'accomplir à Maêstricht. Jourdan fit droit à ces réclamations; Le corps de Kleber fut chargé de garder la rive gauche du Rhin d'Immendorf à Zons. Par l'ordre suivant, du 16 novembre, Kleber réglait minutieusement l'installation de ses troupes dans leurs nouvelles positions :

« Les cantonnements seront pris demain 17.

« La journée d'aujourd'hui sera particulièrement employée à établir et à lier les postes le long du Rhin; les généraux de brigade se concerteront ensemble sur cet objet et les placeront eux-mêmes. Les troupes ne pourront entrer dans leur cantonnement qu'après que ce travail préliminaire sera complètement terminé.

0 On mettra la plus grande méthode dans la distribution du logement, afin que le capitaine se trouve , autant que possible , au centre de sa compagnie ; le chef de bataillon , au centre de son bataillon , et le chef de brigade , au centre de sa brigade.

« Il y aura régulièrement deux appels par jour, l'un à raidi, l'autre une demi-heure après la retraite; ils seront toujours faits en présence d'un officier de la compagnie, et les hommes qui ne se trouveront pas présents à ces appels seront rigoureusement punis.

a Les gardes seront relevées à midi , l'inspection des nouvelles gardes se fera à 10 heures du matin par le capitaine, assisté de tous les officiers , et les anciennes gardes rentreront dans le meilleur ordre à leurs quartiers respectifs.

a On établira les corps de garde dans les maisons isolées le plus près possible de la rive du Rhin. Les consignes de chaque poste seront données par écrit et collées au dedans de la porte de la maison destinée pour corps de garde ; au cas où il n'y aurait pas de maison assez voisine, il sera fait une baraque en planches ou en terre pour servir à cet effet ; la baraque du commandant du poste renfermera également la consigne de ce poste.

« L'objet de ces postes sera d'observer attentivement l'ennemi

tu KLEBIlR.

sur la rWe droite da Rhin, de le saireiller dans tous les mouvements qu'il pourrait faire, de prêter la plus grande attention au rassemblement de ses troupes et des bateaux qui pourraient être à sa disposition sur ce fleuve, afin d'en rendre compte sur-lechamp au général commandant le corps d'armée.

« Tous les bateaux existant sur la rive gauche seront soigneusement rassemblés, enchaînés en avant de chaque poste et fixés par des cadenas. 11 y sera établi une sentinelle pour les garder jusqu'à ce que le général Rleber ait pris des dispositions pour les retirer et le^ mettre à couvert

c Chaque général de division fera son rapport au général Kleber sur le nombre et l'espèce de bateaux qui se trouveront sur l'étendue de son front.

c Boisset, commandant la cavalerie , donnera des ordres pour qu'il soit attaché à chaque poste principal un petit piquet de troupes à cheval afin de porter légèrement les nouvelles d'un poste à l'autre.

a Chaque lieu de cantonnement aura sa garde de police; elle sera assez considérable pour fournir aux patrouilles qui doivent être faites dans son arrondissement et pour, en cas de besoin, prêter main-forte pour la sûreté des personnes et des propriétés.

Le service des postes se faisant avec autant de négligence que dignorance, il y aura une école de théorie relativement à ce service et, après l'inspection des gardes, on répétera chaque fois aux soldats ce qu'ils ont à faire à l'aspect d'une troupe, d'un représentant du peuple, des officiers généraux de visite, des patrouilles et des rondes.

«c Le service des patrouilles sur la rive gauche du Rhin sera organisé de manière que de demi-heure en demi-heure il en sorte une, et qu'elles se croisent continuellement. Les généraux adopteront à cet effet le système des marrons; ils donneront à cet égard une instruction particulière détaillée et positive; ils en feront surveiller l'exécution par les officiers supérieurs , qui seront commandés tant de jour que de nuit; en un mot, ils ne négligeront rien pour prévenir les entreprises que pourrait faire l'ennemi et le bien recevoir s'il avait la témérité d'en tenter quelqu'une.

« Il y aura également théorie par tiers de brigade pour les officiers et sous-officiers relativement aux manœuvres et maniement

d'armes; la surveillance de ces difTérentes écoles est plus particulièrement recommandée aux généraux de brigade. 11 sera déterminé dans chaque lieu de cantonnement un local propre à l'exercice des recrues. Ces dernières y seront rassemblées et exercées tous les jours. Les généraux de brigade profiteront auissi des jours sereins pour faire faire des promenades militaires et des évolutions générales à leurs brigades respectives. Les généraux se rendront avec leurs chefs de brigade^ chefs de bataillon et adjudants-majors , sur les lieux où doivent se rassembler les troupes sous leurs ordres, en cas d'alerte , et ils auront soin de faire jalonner le terrain qu'occupera, dans ce cas, la troupe en bataille ; les jalons seront formés de manière à être perceptibles dans la nuit.

«c Ils parcourront avec les mêmes officiers non-seulement le terrain qui leur est immédiatement confié , mais encore celui des divisions à leur droite et à leur gauche , afin qu'en se le rendant familier, ils puissent prévenir toutes les confusions qu'entraîneraient les manœuvres qu'ils pourraient avoir à faire la nuit pour s'opposer à quelque entreprise de l'ennemi.

a La chasse sera sévèrement défendue à tout militaire; leur amour pour la patrie doit leur inspirer suffisamment combien ils doivent être avares des moyens qui contribuent à assurer nos succès. Us doivent sentir que la poudre est uniquement destinée à détruire nos ennemis. Les chasseurs civils qui ne seront pas munis de permissions des officiers généraux pour chasser sur les derrières seront arrêtés, désarmés et conduits dans les prisons de Cologne.

a Kleber a vu avec surprise que dans quelques bataillons il est un tiers des soldats qui manquent de baïonnettes; cette négligence l'affecte d'autant plus que déjà, devant Maêstricht, il a fourni à chaque bataillon les moyens de compléter son armement^ et il réitère cet avis aujourd'hui. Il compte assez sur le zèle des officiers généraux et sur les sentiments des officiers des bataillons pour penser qu'ils veilleront avec la plus grande attention à ce qu'aucun soldat ne perde sa baïonnette , et pour la lui faire plus particulièrement soigner, il sera fait à chacun de ceux qui l'auront perdue la retenue du prix sur son prêt.

c II recommande également aux officiers supérieurs de faire munir chaque tambour d'une caisse en cuivre avec les baguettes.

11 répète aux conseils d'administration des demi-brigades de se procurer, autant qu'il est en eux, la chaussure et Tbabillement dont ils peuvent avoir besoin, de former des demandes à leurs généraux de brigade pour les fonds qui leur sont nécessaires; que ces demandes , envoyées aux généraux de divisions, seront par aux adressées à Kleber, qui niettra tout en œuvre pour les leur faire obtenir. Il faut enfin que les of&ciers généraux et les conseils d'administration concourent ensemble et ne négligent aucun moyen pour mettre les troupes en état de commencer la campagne prochaine avec l'habillement, l'équipement et les armes dont chaque soldat doit être pourvu ; de son côté, Kleber prend des mesures pour tirer des magasins des envois d'habillement et de chaussure y qu'il fera distribuer dans les divisions, dès qu'ils lui seront arrivés. »

Le 20 novenobre, le commissaire des armées Pille adressait au général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse les félicitations du gouvernement. « II eist bien doux pour moi, mon cher général, écrivait-il de Bedburg à Jourdan, de te transmettre ce gage de la satisfaction nationale. Toute la France répète avec la Convention que l'armée de Sambre-et-Meuse ne cesse de bien mériter de la patrie. Je te félicite de tout mon cœur, ainsi que tous nos frères d'armes , d'avoir si bien réussi dans toutes les entreprises d'une campagne dont lesfastes militaires n'ont jamais offert l'exemple.)) La meilleure part de ces succès inouïs revenait sans contredit au commandant de l'aile gauche. Le comité de salut public ne l'ignorait pas; aussi, prévoyant que l'armée de Jourdan ne tenterait aucune opération sérieuse pendant l'hiver, il appela le conquérant de Dûsseldorf et de MaGstricht au commandement des divisions françaises chargées du siège de Mayence. Au moment donc où Rléber p^enait les dispositions nécessaires pour assurer le bien-être et la sécurité de ses troupes et la garde efficace de la rive gauche du Rhin sur l'espace qu'elles occupaient, il reçut l'ordre de les quitter. La dépêche du comité de salut public qui lui enjoignait de se rendre immédiatement à l'armée du Rhin lui fut remise le 21 novembre à Cologne. Elle avait été apportée de Paris par le capitaine Pajol , qui, après la prise de Maôstricht, avait été chargé de déposer à la barre de la Convention les drapeaux enlevés aux coalisés par l'armée de Sambre-et-Meuse depuis l'ouverture de 1? campagne.

En apprenant qu'on le plaçait à un poste qu'il ne désirait point, Kleber fut vivement contrarié. •

c La vie extraôrdinairenàent active que j'avais menée depuis le commencement de la guerre avait altéré ma santé , et , l'armée de Sambre-et- Meuse étant sur le point de prendre ses quartiers d'hiver, je crus pouvoir demander au gouvernement un congé de deux mois pour me rétablir. Mais, au lieu de ce congé, je reçus du représentant Gillet l'ordre de me rendre sur-le-champ à l'armée du Rhin. Ce coup inattendu me fut sensible. D'un cMé, je quittais une armée qui venait de se couvrir de gloire , un chef qui était à la fois et mon ami et mon maître , et des camarades dont la bonne harmonie ne pouvait faire rêver que des succès ; de l'autre, j'entrevoyais d'avance que je serais chargé d'une expédition que le concours des saisons et des circonstances rendait impossible et même absurde. 9

Il fit part de son chagrin à Jourdan, auquel il écrivait de Cologne le jour même :

« Il faudrait, cher camarade, que tu connusses toute l'estime et le sincère attachement que je t'ai voués, pour comprendre la peine que j'ai ressentie en recevant Tordre de quitter l'armée victorieuse que tu commandes. Pourquoi te le dissimulerais-je? j'en ai pleuré comme un enfant. Le tribut payé à l'amitié et à la sensibilité de mon âme, que des gens sans entrailles appelleraient faiblesse , j'ai sans doute dû prendre mon parti , et je pars aprèsdemain matin.

Cl Je te demande deux faveurs : la première de m'accorder la permission d'emmener Ney avec moi , jusqu'au rétablissement de Buquet; la seconde, d'apostiller le mémoire que j'envoie à Gillet, relativement à l'avancement de mes jeunes gens, et qu'il te communiquera. Je t'en serai à jamais reconnaissant.

« Je pense qu'on me chargera de l'expédition de Mayence à cause des connaissances locales que j'ai acquises pendant le dernier siège de cette place. Je ferai, comme partout ailleurs, tout ce qui dépendra de moi. Si j'ai le bonheur de réussir, je ne demande d'autre récompense que celle de rentrer sous tes ordres; c'est là le

terme de toute mon ambition

c Adieu , je t'embrasse ; ne m'oublie jamais , pas même dans mes revers , si le ciel m'en prépare. »

Après ces nobles paroles d'adieu à son chef, il exprima avec simplicité et affection aux troupes placées sous ses ordres la peine qu'il ressentait en se séparant d'elles. « Je te prie, écriyaitilà Priant le lendemain, 22, de témoigner à mes frères d'armes de la brigade sous tes ordres les regrets que j'éprouve de les quitter. Leurs vertus républicaines, qui les ont familiarisés avec la victoire, m'ont inspiré Taltachement inviolable que je leur porte, et je me séparerais de ces braves avec plus de douleur, si je ne savais leur valeur dirigée par des officiers généraux qui, à tous égards, méritent leur confiance.

a Je te demande particulièrement , mon cher camarade , une place dans ton souvenir, et je t'assure en relour des regrets d'amitié que j'ai en m'éloignant de toi; satisfait, si j'emporte ton estime. »

a Je vois partir Rleber avec regret^ mandait Gillet à Jourdan; c'est une perte pour nous : je le regrette comme ami , comme général. » C'était le sentiment de tous, généraux, officiers et soldats , à l'armée de Sambre-et-Meuse. Il est vrai que les représentants du peuple à l'armée du Rhin demandaient avec la plus vive instance le général Kleber. Les officiers et les soldats ne voyaient que le vainqueur de Maëstricht qui pût leur ouvrir promptement les portes de Mayence.

Kleber partit de Cologne le 23 , pour se rendre à petites journées à Alzey, où il devait trouver le représentant du peuple Merlin. 11 emmenait avec lui Ney et ses aides de camp : Damas, Strolz, Beurmann et Pajol.

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