‹ KokousaiChapitre 30 sur 62 · II0K0USA · texte numérisé non relu

II0K0USA

D'abord un dessin comique d’Hotei, le dieu des enfants, s'ouvrant de ses deux mains la bouche jusqu’aux oreilles, avec devant lui un petit Japonais qui lui tire la langue.

Puis des riens du tout, comme des champignons, comme un morceau de bambou, etc., etc., des merveilles d’un rendu, comme produit par la fièvre du dessin.

Et au milieu de ces croquis, le dessin du dialogue d’un ministre retiré des affaires et d'un pêcheur, où dans l’épine dorsale, et la gesticulation gouailleuse des mains de ce pêcheur, est donné comme l'accent de la phrase, qu’il jette au ministre démissionnaire, disant qu’il a quitté le ministère, parce que le monde a l’esprit à l’envers : « N’est-ce pas vous qui êtes à l’envers? Moi, quand la rivière est trouble, je me lave les pieds dedans, et quand elle est claire, je la bois! »

Les gravures de cette publication ont été republiées plus tard en couleur, en mauvaise couleur, sous le titre de Hokousciï Gwayén , le Jardin des dessins d’Hokousaï.

En 1847, deux ans avant la mort de l’artiste, paraît Rétsoujo Hiakouninshû , Cent Pensées

DE CENT FIDÈLES FEMMES, dont les Cent figures

l’art japonais.

sont de Toyokouni, mais dont les dix premières pages sont d’Hokousaï.

Il semble qu’alors l’artiste, qui a 87 ans, redoute la responsabilité de l’illustration d’un livre tout entier, et il se contente d’une espèce d’introduction dessinée, faite par de petits croquis jetés dans un trait, mais des plus spirituels.

En 1848, c’est Shûga hiakounin sliû , les Cent Poètes, publication due à la collaboration de Kouniyoshi, Shighénobou, Yeisén, mais dont les dix premières pages sont d’Hokousaï.

Une planche d’un beau sentiment : un Empereur exilé, regardant mélancoliquement du bord de la mer, une volée d’oiseaux se dirigeant vers son pays.

Cette même année 1848, Hokousaï donne une grande planche en largeur, représentant une opération topographique faite avec nos instruments d’arpentage, et qui a presque le caractère d’un dessin européen. Elle est signée : Manji rôjin à F âge de 89 ans.

Au printemps de 1849, l’année de la mort d’Hokousaï, c’est Zokou yeiyû hiakounin shû, Cent Poésies de héros, illustration due à plusieurs artistes, et où Hokousaï a encore dix feuilles de dessins, dont la première est une planche de détails d’armures.

En 1 8 i 8 ? un an avant sa mort, Hokousaï publie Yéhon Saïshiki-tsou, le Traité du coloris, sur la couverture duquel, on voit Daïkokou déroulant un kakémono, où sont gravés le titre du volume et le nom de Fauteur, et où la première planche représente, au-dessus d’un petit rapin japonais préparant l’encre de Chine, le peintre dans une espèce de danse de Saint-Guy picturale, peignant un pinceau dans la bouche, un pinceau dans chaque main, un pinceau dans chaque pied.

Le traité qui est rédigé par Hokousaï, sous le nom d’Hatiyémon, mérite d’être traduit dans quelques-unes de ses parties. Il commence ainsi :

L'ignorant Hatiyémon dit : Lai fait ce petit volume, pour apprendre aux enfants qui aiment à dessiner , la manière facile de colorier... publiant ce petit volume à bon marché, dans l'espoir que tout le monde pourra l'acheter , et donner à la jeunesse , F expérience de mes quatrevingt-huit ans .

l’art japonais.

Dès Cage de six ans , fai commencé à dessiner, e/ pendant quatre-vingt- quatre ans fai travaillé dans V indépendance des écoles , pensée, tout le temps, tournée vers le dessin. Or donc, comme il m'est impossible de tout exprimer en un si petit espace , je voudrais seulement apprendre que le vermillon n'est pas la laque carminée, que l'incligo n'est pas le vert ? et aussi apprendre , d'une façon générale, le maniement du rond, du carré, et des lignes droites ou courbes ; et si f arrive, un jour , à donner une suite à ce volume, je mettrai les enfants en état de rendre la violence de l'Océan, la fuite des rapides, la tranquillité des étangs, et chez les vivants de la terre , leur état de faiblesse ou de force . En effet , il y a des oiseaux qui ne volent pas très haut, des arbres à fleurs qui ne produisent pas de fruits, et toutes ces conditions de la vie autour de nous, méritent d'être étudiées à fond, et si f arrive à persuader les artistes de cette vérité, j'aurai le premier traîné ma canne sur le chemin (1).

Puis, c’est un tableau d’une cinquantaine de couleurs, employées par le maître, et à la page suivante, au-dessus de deux mains qui tiennent

(1) J’aurai le premier indiqué le chemin.

IIOKOU SA1 .

un pinceau penché, délayant de la couleur dans une soucoupe, ces recommandations :

Les couleurs ne doivent être ni trop épaisses , ni trop claires , et le pinceau doit se tenir couché ; autrement il produit des malpropretés; — l'eau du coloriage plutôt claire que foncée, parer quelle durcirait le ton; — le contour jamais trop net , mais très dégradé; — ri employer la couleur que lorsqu'elle ci reposé, et quon a rejeté la poussière, montée à la surf ace ; — la couleur fondue avec le doigt , et jamais avec le pinceau ; — ne passer 4a couleur que sur les lignes noires de l'ombre, où seulement la couleur peut se superposer .

Et ce sont les couleurs spéciales, qu’il faut employer pour colorier les animaux et les plantes, représentés en noir dans les planches qui se succèdent, — pour colorier le hoho, le coq, l’aigle, les canards, les poissons.

Le noir lui fait dire : Il y a le noir antique et le noir frais, le noir brillant et le noir mat, le noir à la lumière et le noir clans l'ombre. Pour le noir antique , il faut y mêler du rouge; pour le noir frais, c'est clu bleu ; pour le noir mat , c'est du blanc ; pour le noir brillant, c'est une adjonction cle colle ; pour le noir dans la lumière > il faut le refléter de gris.

A propos de fleurs, Hokousaï nous révèle un curieux ton de l’aquarelle de là-bas : c’est le ton du sourire. Mais écoutez le vieux maître :

Ce ton appelé le tondu sourire, Waraï-goiima , est employé sur la figure des femmes, pour leur donner P incarnat de la vie, et aussi employé pour le coloriage des fleurs. Pour le fabriquer ce ton , voici le moyen: il faut prendre du rouge minéral , shôyén-ji, fondre ce rouge dans de P eau bouillante, et laisser reposer la dissolution : c’est un secret que les peintres ne communiquent pas.

Hokousaï ajoute :

Pour les fleurs , on mêle généralement de P alun à cette dissolution , mais ce mélange brunit le ton. Moi , f emploie bien aussi P alun, mais d’une manière différente, due à mon expérience. Je le bats longtemps dans un godet, et le tourne sur un feu très doux, jusqu’à ce que le liquide soit desséché complètement. Cette matière ainsi obtenue, on la conserve à sec, pour s’en servir, en lamélangeant avec du blanc. Et pour obtenir ce blanc teinté d'un soupçon de rouge, j'étends le blanc d'abord, et ensuite en délayant le shôyén-ji dans beaucoup d'eau , et le laissant précipiter au fond de cette eau , à peine teintée, passée sur la gouache, j' obtiens la coloration voulue.

Page 1