il
Ce qu’il y a de curieux dans le professoral d’art d’Hokousaï, c’est l’indépendance, que prêche à ses élèves, le maître indépendant, leur déclarant qu’ils n’aient pas à croire , qu'il faut se soumettre servilement aux règles indiquées , et que chacun , dans son travail , doit s en tirer selon son inspiration
La même année, il publie un second volume portant le même titre, où il dit : Dans le premier volume , j’ai indiqué les couleurs à létal général , dans celui-ci, je né occupe des couleurs à l’état liquide; et ce sont des procédés, comme dans l’autre volume, pour peindre un lion de Corée, un sanglier, des lapins.
Dans le premier volume, un moment, il nous entretient du procédé hollandais de la peinture à l’huile de l’Europe, disant : Dans la peinture japonaise, on rend la forme et la couleur , sans chercher le relief , mais dans le procédé européen, on recherche le relief et le trompel’œil , et Hokousaï conclut, sans parti pris, qu’on peut admettre les deux procédés.
Dans ce second volume, faisant sans doute allusion à des planches de Rembrandt, qu’un critique américain l’accusera d’avoir transportées dans le vieux sacro-saint dessin japonais, Hokousaï parle du procédé hollandais de l’eau-
forte, du procédé qui consiste à dessiner sur le cuivre, recouvert d’un vernis, et annonce, qu’il dévoilera ce procédé, dans le volume suivant. Mais ce second volume du Traité du coloris, devait être la dernière publication du peintre.
Un second livre, où Hokousaï professe longuement, est le Riakougwa haya shinan , Leçon rapide de dessin abrégé, ouvrage paru en trois volumes, le premier en 1812, le second en 1814, le troisième sans date.
Dans le premier volume, aux croquis assez brutaux, il y a une chose curieuse : que chaque dessin, soit un Darma, soit un scolopendre, il est reproduit dans les contours de sa forme par les lignes courbes de moitiés de circonférences, de quarts de circonférences, et de temps en temps par un carré.
Dans la préface (1), Hokousaï blaguant les anciens, s’exprime ainsi :
Les anciens ont déclaré que la montagne se fait avec la hauteur de dix pieds , les arbres avec la hauteur d'un pied , le cheval avec la hauteur d'un poucey V homme avec la grosseur
(J) La préface est de Kiôrïan, mais elle est répétée dans le Shoshin Yèdéhon , Modèles de dessins pour les commençants, sous le nom de Hokousaï.
d’un haricot , et ils ont proclamé que c’est la loi de la proportion clans le dessin . Non , les lignes (lu dessin, ça consiste en des ronds et des carrés. . . Maintenant notre vieil Hokousaï , lui , a pris une règle et un compas , et c’est avec cela qu’il a dessiné toutes les choses , en ôzen déter-
miner la forme : un procédé qui ressemble un peu ci ce vieux moyen cle tâtonner avec le pinceau-charbon (morceau de bois brûlé, du fusain). Or, celui qui apprendra ci bien manœuvrer la règle et le compas , il pourra arriver à exécuter les dessins les plus fins et les plus délicats.
Et à la fin du volume, ces lignes sont encore d’Hokousaï : Ce livre apprend la manière cle dessiner, au moyen du compas et cle la règle, et celui qui travaillera à l’aicle cle ce moyen , apprendra par lui-même la proportion des choses.
Dans le second volume, Hokousaï se représente, peignant avec la bouche, les mains, les pieds, dessin que nous trouvons répété en 1848 dans le Traité du coloris, et c’est une série de dessins assez semblables aux dessins géométriques du premier volume, mais qui seraient inspirés par la contexture des mots de la langue japonaise. Dans ce volume, en une langue impossible, aux localités invrai-
semblables, et sous des noms imaginaires, moquant le style de rivaux et de concurrents, Hokousaï plaisante ainsi : En aimant le style prétentieux de Hé- ma -mou - sho - Niudô, le peintre Yama mizou Téngou , de Noshi-Koshi yama , s est approprié l’art incompréhensible de ses dessins. Or, moi qui ai étudié ce style , près de cent ans, sans y rien comprendre plus que lui, il m’est cependant arrivé ceci cle curieux, c’est que je m’aperçois que mes personnages, mes animaux, mes insectes , mes poissons , ont l’air de se sauver du papier. Cela n est-il pas vraiment extraordinaire? Et un éditeur, quia été informé de ce fait , a demandé ces dessins , de telle façon , que je n’ai pu lui refuser. Heureusement que le graveur Ko-izoumi , très habile coupeur de bois , s’est chargé, avec son couteau si bien aiguisé, de couper les veines et les nerfs des êtres que j’ai dessinés, et a pu les priver de la liberté de se sauver. Ce petit volume, je l’affirme, sera un bijou précieux pour la postérité, et les personnes, entre les mains desquelles il se trouvera, doivent l’étudier avec toute confiance. Et il signe : Yamamizou Téngou Téngoudo Nettétsou (fer chaud).
Dans le troisième volume, qui est toujours une suite de dessins, cherchés d'après la forme
des mots, et où en haut des pages, il y a la figuration de ces mots, au-dessus des sujets dessinés, la première image représente le peintre qui a signé la préface du second volume Téngou Téngoudo, présentant un dessin à un Téngou, à un de ces génies aux cheveux en poils de bête, au nez en vrille (1) et Hokousaï dit en tête de ce volume :
Ce liure apprend le dessin sans maître . On a emprunté les lettres , les caractères de la calligraphie y pour faire V étude plus f acile à rélève. Dans chaque dessin , la marche du pinceau est indiquée par le numérotage , afin que les enfants puissent retenir V ordre de la marche. Mais ce livre lé est pas pour l’enfant seulement ; les grandes personnes \ les poètes par exemple , qui veulent exécuter un dessin rapide dans une société , seront aidées par ' ce livre . C’est donc les préliminaires du dessin cursif .
A la fin du volume, Hokousaï ajoute :
L’idée qui m’a, fait faire ce volume, vient de ce que , un soir , chez moi , Yii-yti Kiwan (non fantaisiste) m’a demandé : Comment peut-on apprendre à faire un dessin d’une manière
(1) La tête du Téngou est formée par les mots Yama (montagne) et Mizou (eau), et la tête du peintre par une réunion de caractères faisant : hé-ma-mou-sho.
l’art japonais.
rapide et facile? Je lui ai répondu que le meilleur moyen était un jeu , qui consistait de chercher à former les dessins d’après les lettres , et j’ai pris mon pinceau, et lui ai montré comment on peut facilement dessiner. Quand j’ai eu exécuté deux ou trois dessins , l’éditeur Kôshodô, qui était là, n’a pas voulu laisser perdre ces dessins , et il m’a fait dessiner tout un volume , qu’on doit regarder, au fond, comme une distraction , comme un amusement pour rire.
Autour de ces deux traités techniques, écrits par M. Hokousaï, il n’est peut-être pas sans intérêt de grouper les albums d’Hokousaï traitant spécialement du dessin et du coloris, dont les préfaciers ont été sans doute inspirés dans leurs préfaces, par les théories, les idées, les ironies d’Hokousaï.
Ainsi, dans l’album, intitulé Hokousaï Sogwa, Dessins grossiers d’Hokousaï, publié en 1806, et dont la première planche représente le génie fantastique de l’encre de /Chine, le préfacier Sakaudô, se faisant l’interprète des conversations du peintre, s’exprime dans ces termes : « Il n’est pas difficile de dessiner des monstres, des revenants, mais ce qu’il y a de
HOKUL'SAÏ.
difficile, c'est de dessiner un chien, un cheval, car ce n'est qu’à force d'observer, d’étudier les choses et les êtres qui vous entourent, qu’un peintre représente un oiseau qui a l'air de voler, un homme qui a l'air de parler. Or, le talent extraordinaire du vieillard Taïtô (Ho— kousaï) n'est que le résultat de ce travail, de cette observation, dans laquelle il a apporté cette attention infatigable, que j’ai toujours admirée, et qui a fait de lui le grand artiste indépendant et le maître unique. »
Ainsi l’album Shosin Yédéhon , Modèles de dessin pour les COMMENÇANTS, sans date (deux volumes dont le second est en couleur), où la succession des coups de pinceau à donner, est indiquée par un numérotage, venant d’Hokousaï, et où, pour une étude de tête de profil, la marche du pinceau est ainsi indiquée : 1, le front; 2, la ligne du nez; 3, la narine; 4, le dessus de la bouche en partie cachée par la robe; 5, l’œil; 6, le sourcil; 7, l’intérieur de l oreille; 8, le contour et les cheveux, de 9 à 16.
Ainsi le Répertoire rapide de dessin, sous le. titre de Y (dion hayabiki , qui a suivi la Leçon rapide de dessin abrégé, et qui a paru en deux volumes, publiés en 1817 et 1819.
l’art japonais.
Ces albums, qui contiennent par page, 50 ou 60 silhouettes humaines, de la grosseur d’un insecte, sont une sorte d’inventaire et de catalogue de tous les motifs de dessin, classés sous la première lettre de leurs noms : le premier volume commençant à la lettre i et le second finissant à la lettre sou , la quaranteseptième et dernière lettre de l’alphabet japonais. y
Dans ce recueil, la tête est presque toujours indiquée seulement par le contour de l’ovale. Et ce mode de dessin, adopté par Hokousaï, vient à la suite d’une discussion avec un ami du peintre, qui soutenait que la physionomie d’un être humain, ne pouvait être reproduite qu’avec le dessin de ses yeux et de sa bouche : discussion dans laquelle Hokousaï se fit fort de rendre l’expression, la vie d’un visage, en ne les y dessinant pas (1).
Ainsi, dans l’album de Ippitzou gwafou , le Dessin a un coup de pinceau, album publié en
(1) Le Mousha Bourï , Répertoire des guerriers, est un recueil dans le même genre que le Répertoire rapide de dessin, et qui donne la nomenclature des guerriers célèbres. A la lin de ce volume, publié en 1841, Hokousaï annonce qu’il prépare un volume sur les poètes et les artistes célèbres, mais ce volume n’a pas paru.
1823, et où un seul coup de pinceau donne si curieusement la silhouette d’oiseaux qui volent, de tortues qui nagent, de lapins qui digèrent, et de Japonais et de Japonaises dans toutes les actions de leur vie. Ici, le préfacier avoue que ce mode de dessin n’a pas été inventé par Hokousaï, qu’il est de l’invention de Foukouzénsaï de Nagoya, et que, dans un séjour dans cette ville, Hokousaï a été intéressé par ce procédé de dessin, et craignant qu il ne se perdit, il a dessiné différents sujets de la même façon, pour que plus répandu, il soit connu par la postérité (1).
Ainsi l’album, intitulé Santal gwafoa , Album
DE TROIS DIFFÉRENTES SORTES DE DESSINS, imprimé
en 1815, où Hokousaï signe Taïto, et dans lequel le préfacier Shokousan-jïn, traduisant la pensée du peintre, dit : « Dans la calligraphie il y a trois formes, et ce n’est pas seulement dans la calligraphie que ces trois formes existent, c’est dans tout ce que l’œil de l’homme observe. Ainsi, lorsqu’une fleur commence à s’épanouir, sa forme est, pour ainsi dire, une
(1) Un autre album, intitulé Sôhitsou gwafou, Album de dessin cursif, publié par Hokousaï en 1843, est fabriqué un peu dans le même esprit de coloriage.
l’akt japonais.
forme rigide; lorsqu’elle est défleurie, sa forme est comme négligée; lorsqu’elle tombe à terre, sa forme est comme abandonnée, désordonnée.» Et au milieu de différentes images, une planche d’orchidée, trois fois répétée, est comme la confirmation de l’idée un peu paradoxale du peintre.
Ainsi l’album Hokousaï Gwcishiki , Méthode de dessin d'Hokousaï, publié avec la collaboration de ses élèves, d’Ohsaka, Sénkwakou-teï, Hokouyô, Sekkwatei,Hokouju, Shunyôtéi, Hokkei, et où le préfacier fait ainsi l’éloge d’Hokousaï : « La peinture est un monde à part et celui qui veut y réussir, doit connaître par cœur les diversités des quatre saisons, et avoir au bout des doigts l’habileté du créateur. Le Kat soushika Hokousaï de Yédo aima cet art dès l’enfance, eut pour unique maître la nature, et il a pénétré le mystère de l’art, enfin c’est Tunique grand peintre de la peinture ancienne et de la peinture moderne. Depuis des années il a donné des albums pour servir aux élèves, mais des albums insuffisants aux demandes. Et aujourd’hui, l’éditeur Sôyeidô a demandé au maître un nouvel et plus complet album, qui servira de méthode pour la jeunesse. »
Et à la fin de toutes ces révélations sur l’art
110 IvO USAI.