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du maître, qu'elles émanent de ses amis ou de lui-même, donnons la plus curieuse de toutes, que Hokousaï/en 1835, jeta en tête dos Cent Vues du Fouzi-yama :
Depuis Vcige de six ans , j’avais la manie de dessiner la forme des objets . Vers l’âge de cinquante ans, j’avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que j'ai produit avant V âge de soixante-dix ans , ne vaut pas la peine d'être compté . C’est à l'âge de soixante-treize ans, que j’ai compris et peu prés la structure de la itature vraie, des animaux, des herbes, des arbres , des oiseaux, des poissons et des insectes.
Par conséquent, à l’dge de quatre-vingts ans, j’aurai fait encore plus de progrès; à quatrevingt-dix ans je pénétrerai le mystère des choses; à cent ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j’aurai cent dix ans , chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant ;
Je demande à ceux qui vivront autant que moi, de voir si je tiens ma parole .
Écrit à l’dge de soixante-quinze ans par moi, autrefois Hokousaï, aujourd’hui Gwakiô Rôjin , le vieillard fou de dessin (1).
(1) L’Art japonais , par Gonse. Quantin, 1883, t, I.
l’art japonais.
LU
A l’âge de 68 ou 69 ans, Hokousaï avait eu une attaque d’apoplexie, dont il s’était tiré, en se traitant par la pâtée de citron , un remède de la médecine japonaise, et dont la composition était laissée par le peintre à l’ami Tosaki, avec, dans la marge de l’ordonnance, des croquetons de la main du peintre, représentant le citron, le couteau à couper le citron, la marmite, où on le fait cuire.
Voici la composition de cette pâtée de citron : « Avant que vingt-quatre heures japonaises (48 heures) se soient écoulées depuis l’attaque, prenez un citron, découpez-le en petits morceaux, avec un couteau de bambou, et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron, ainsi découpé, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un go (un quart de litre) de saké extra bon », et laissez cuire au petit feu, jusqu’à ce que le mélange devienne épais.
« Alors il faut avaler, en deux fois, la pâtée de citron, dont on a retiré les pépins, dans de l’eau chaude ; et l’effet médical se produit au
bout de vingt-quatre ou de trente heures. »
Ce remède avait complètement guéri llokousaï, et semble l’avoir mené bien portant jusqu’en 1849, où il tombait malade de ses 90 ans, dans une maison d’Asakousa, le quatre-vingttreizième logis de cette existence, vagabondante d’une habitation à l’autre.
C’est alors, sans doute, qu'il écrivit à son vieil ami Takaghi cette lettre ironiquement allusive :
Le roi Yemma (1) est bien vieux et s apprête à se retirer des affaires . Il s est fait construire , dans ce but , une jolie maison à la campagne , et il me demande d’aller lui peindre un kakémono. Je suis donc obligé de partir, et quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi . J’irai louer un appartement au coin de la rue d’Enfer, où je serai heureux de vous recevoir , quand vous aurez occasion de passer par là.
En cette dernière maladie, où Hokousaï eut les soins de sa fille Oyei, qui avait divorcé avec son mari, et habitait avec son père, et où,
(1) Yemma, roi des Enfers, le Pluton japonais. Cette lettre a été publiée par M. Morse, dans Y Art Review , et reproduite par Gonse, dans Y Art japonais.
l’art japonais.
il fut entouré cle l’affection filiale de scs élèves, la pensée du mourant fou de dessin , toujours toute à l’ajournement, que le peintre sollicitait de la Mort, pour le perfectionnement de son talent, lui faisait répéter d’une voix qui n’était plus qu’un soupir : Si le ciel me donnait encore dix ans... Là, Hokousaï s’interrompait, et après un silence : Si le ciel me donnait seulement encore cinq ans de vie... je pourrais devenir un vrai grand pein tre (1).
Hokousaï mourait à l’âge de 90 ans, le dixhuitième jour du quatrième mois de la deuxième année de Kayeï (le 10 mai 1 849).
Un tombeau lui a été élevé, par sa iille Shiraï Tati dans le jardin du Temple Seikiôji d’Asakousa, à côté de la pierre tombale de son père, Kawamoura Itiroyémon.
On lit sur la face de la grande pierre tombale : Gwakiôjin Manjino Haka (Tombeau de Manji, vieillard fou de dessin). Sur la base : Kawamoura Ouji (Famille Kawamoura).
(1) D’après la biographie (le Ouhiyo yé Ronikô , par Kiôdén, qui le fait mourir, le 13 avril 1849, la poésie de la dernière heure, que Hokousaï aurait formulée en mourant, est celle-ci :
Oh! la liberté , la belle liberté , quand on va se promener aux champs d'été , en âme seide, dégagée de son corps .
Sur le côté gauche de la pierre tombale, en hauteur, trois noms religieux: 1° Nansô-in kiyo Hokousdi shinji (Le chevalier de la foi, Hokousaï à la gloire pittoresque), Nansô (religieux du sud de Sô)(i); 2° Seizen-in Hû-okou Miôju shin-nio , un nom de femme morte en 1828, qui pourrait être sa seconde femme; 8° Jô-oun Miôshin Shin-nio, un autre nom de femme morte en 1821, qui serait celui d’une de ses filles.