Veneris observationes e Ptolemœo
H. liMioariiab0ervatk>D6siaiDaxima8ol»kiM
diodistântia.
45* Oboenatio aatiqua*
Enfin, il donne les époques pour te commenosmeHt de la période julienne, et ]e$ mêmes époques calculées en rapport avec le méridien de Cracovie. Ce travail a perdu aiqourd'tuii dcson importance.
. L'édition de Muler est la plus correcte.
Un an aprfes Tapparition de cette édition, ruiosue Keppler, en suivant les conseils de son maître Moeslli-» nus, publiait le résumé de Touvrage de Kopemik^ selon Tusage reçu, par demandes et réponses. Un petit livre d'une dimension minime contenait en latin reii|NosilioQ de Tœuvre la plus importante de Tbomme le plus remarquable du quinzième siède, fait par TastroïKime le plus célèbre du seizième. Ce petit opuscutot en* rîchi des observations et des explicatifs de Kepj^r, initia TAUemagne aux travaux de EofêtiA. U parut^us ce titre :
BnrOME ASTRONOMIE GOPEUTICAKE.
usitata forma quœstionum et responsionum conscripta inq : VU libros digesta quorum très hi priores sunt poetrnw Sfherica. »
Habes amice lector, bac prima parte, prsBter physicam accumtam explicationem, motus terras djumi, ortusque et ex circulorum spheréB, rotum doctrinarâ sphericam nova et conciniori metbodo auctioremaddi*
KT Sm THAVJitJX. I7i
lis exemplis omnis generis compuiationum astrono'* mic&rum et geographicarum qua integrarum prsdceptionum viin sunt complexa.
JOAMNl KSPPLnO lUTHKMATICO.
Lentiis, ad Danubimn/M eudebat Phmeu$ 461 8,
Avant de terminer la partie biographique de la vie de Kopernik , nous devons consacrer quelques lignes sur les recherches de M. Adrien Kra^zanowêki, professeur émérite de l'université de Varsovie.
Pénétré d'admiration pour Eopemik^ le savant professeur sentit que c*est t ir a f al fter & la gloire de sa patrie que de recueillir tous les détails de la vie d'un homme que Leibnitz compte au nombre des huit sages de la terre. Dans ce but, il parcourut TEurope, s'arrêta partout où Kopernik mit le pied, le suivit à Bologne, à Rome, à Cracovie, à Yarmie; recueillit les détails les plus minutieux touchant sa vie et ses travaux. Quand les écrivains allemands faisaient croire que Kopernik était leur compatriote, il publia dans plusieurs journaux une lettre dans laquelle il rendait compte du fruit de ses recherches et apportait des preuves irrécusables de la naissance de Kopernik, comme Polonais,
Tout en rendant justice au savoir et au patriotisme du savant professeur, nous devons nous étonner que le do* cument le plus précieux et qui se trouve dans toutes les bibliothèques de TEurope lui ait échappé. II n'a pas fixé son attention sur la biographie de Kopernik pu^ bliée par Gassendi.
Nous donnons ici quelques extraits de la lettre dd M. Kr^yrzanowski.
« En 1257, Boteslas V, roi de Pologne, accorda i la ville de Cracovie les privilèges ^ les leis nommés Mt de Magdebourg. D après ces ordonnances» laboaiigeoisi(9 en Pologne commençait à former un tiers état parmi les nobles et les paysans. Casimir-le-Gr^di en 1365, cohh firma ces privilèges, et créa à Cracovie ujitribua«di et une cour d'appel , en supprimant les anciens usages d'après lesquels les habitants de cette ville étaîAAt ior^ ces do chercher j ustice 4 Magdebourg.
£n 1300, Vinc^doM^ roi de Bohème, fiât pendant dim ans roi de Pologne. Il en résulta Tusage que les roisda Bohème prenaient en même temps le titro de m deP(K logne. La Silésie, qui était une province polonaisai tomba alors sous la domination des rois de Bohême.
EnlSOi, LadislasJagellon, roi de Pologne, grand* duc de Lithuanie, appela à Cracovie un grand nombre de prêtres de la Bohème en les engageant à célébrarle service divin dans la langue de leur pays. Entre autres, le célèbre Jér6me de Pr^^ue airriva & Cracovie. Le m profita de ses conseite pour Torganisation de ruaiver-
176 KOPEltNlK
site de Craeovie, qu'il fonda en 1400.
Voilà les faits historiques qui ont eu pour résultat d'amener à Cracovie un grand nombre d'habitants delà Bohème. A la fin du qnatonième siècle, les aïeux de Kopemik, arrivés de la Bohème, s'établirent à Cracovie. Dans le livre du conseil municipal de rancienne capitale de la Pologne , acta e<m$ularia eroeavienêta^ et qui commence en 1593 , nous trouvons parmi les habitants arrivés de la Bohème auxquels a été accordé le droit de bourgeoisie, Nicolas Eoppirmg, grand-père de rastronome. Dans le même acte, le bourgeois Damtnrowa, habitant ancien de Cracovie, d'origine de Bohème, se portait garant de Tidentité et de la personne de NieoUiêKappirnig, assurant qu'il arrivait de Bohème.»
Ici le savant i)rofesseur consacre quelques lignes pour nous donner l'étymologie de ce mot jiioppimig, transformé par les temps en Kopemik. Ce mot signi&e ftu* WÊilité, humble. M. Krzyrzanowski ajoute que Kopemik ne pouvait pas recevoir un nom plus conforme à sa destinée . N'a-t-il pas, à Taide de sa religieuse humilité, percé les cieux en s'approchant du Créateur? Cela est vrai, mais quel rapport les vertus deKopernik, petit-flls, peuvent-elles avoir avec le nom qu'a pris ou qui a été donné à son grand père, honnête bourgeois î
Dans le livre du conseil municipal : Liber judieiarum veteriê eivUatis thorunemis, il est fait mention de JTofemik, sans prénom, en 1400, Il est possible que c'est le même dont nous avons, parlé et qui arriva à Craco*
8T SKS TRAVAUX. 177
vie en 1596. Le même livre parle de Pierre Kopernik en 1422. Ce dernier vint aussi de Bohème. Ainsi la famille de Kopernik avait des rapports continuels avec Cracoi?ie et Thom^ ce qui fut cause sans doute que le fils de Nicolas Koppimig, né à Gracovie en 1420, choisit pour sa résidence la ville de Tkom, où se trouvait une partie de sa famille. En 1464, il épousa Barbe Vasselrode, sœur de Tévêque de Warmie, et reçut en dot une maison dans la rue Sainte-Anne. Ce fut dans cette maison qu'en 1475, naquit son fils Nicolas Kopernik^ le mathématicien. En 1465, son père fut nommé conseiller de la ville de Thom, et mourut en 1485. Dans les actes municipaux de la ville de Thorn et dans la chronique de Zemecke, il est désigné sous le nom de bourgeois de Cracovie.
Lue Wasselrode, habitant de Uiom, dont le nom se trouve dans le livre héraldique de la noblesse polonaise» slave par son origine ainsi que par sa dénomination^ de même que sa femme Catherine Modlibog, avait trois enfants. Nous en trouvons la preuve dans Fouvrage de Godfried Cewtner, publié en 1765, sous le titre de GeeArie und GeUhrte thomer. De ces trois enfants, Lue devint évèque de Warmie, Barbe épousa Nicolas Kopernik, citoyen de Cracovie. Elle eut quatre enfants : Nicolas Korsmik, l'astronome, qui vint au monde le 19 février 1473; Georges, mort en 1 501 , à l'âge de quatorze ans ; Nicolas, chirurgien , et André, chanoine de Warmie. Le même auteur, Cmner, prouve que la famille de Modlibog est
178 KOMAKIIL
Doble et polonaise. Ainsi, ajoute M. Krsynanowski, daos les veines de notre astronome, il ne coule pas um seule goutte de saug germanique. Le jour qu'il vint au inonde régnaient les Jagellons, Coêimir en BohAme et son fils Ladiêloê en Pologne.
La ville de JAom, déjàen i454,s'étaita&ranchiedu joug de Tordre teutonique et était retournée sous le gouvernement des rois de Pologne (i). Célèbre par la naissance de Kopemik, elle est située au bord de la Vistule, dans cette partie de Tancienne Pologne qui s'appelait Jfaio* wê; ou dans ce palatinat qui , depuis i466, portait le nom de Palatinat de Culm; ou dans ce diocèse qui, jusqu'à 1223, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée des ebevaliers teutoniques, appartenait au district de Plock et après cette époque lit partie de celui de Çulm, Les évéquesde oe dernier diocèse habitaient Lubaiwa et là cathédrale se trouvait kChdmxa. Comme le territoire de Culm, depuis les temps les plus reculés faisait partie de laliasovie, et nullement de la Prusse, les écrivains italiens avaient donc raison de dire que Kofêrnik était né à Thom^ dans la cité de Masovie, qui appartient aujour^^ d'hui à la Prusse, mais qui était province polonaise brsque la Pologne formait un royaume. Jean Léon de Warmie vient à l'appui de notre assertion dans son ouvrage HUtoria Pruêiiœ, 1736. Il cite la ville de Tkom
(1) Nous noas sommeB éundus davantage ^ cel ^^d «A jûliytt Tacu dlncorporation.
ET se» «AVAtlX. 179
comme taisant partie da district de Masovie. Nons avons trouvé dans les manuscrits que les élèves hongrois qni fréquentaient l'université de Cracovîe appelaient Kopernik, Jf«5îiir, et non pas Prugak, ce qui veut dire habitant de Mazotne et non pas de la Prusse. Cependant on a donné sans aucune raison le nom de Prusst aux provinces réintégrées à la Pologne par le traité de nom de 1466. »
Que nous importe que le roi de Pologne ait eu tort ou raison de donner cette dénomination mx terres sou^ mises à son gouvernement 1 Ce qui est certain, c'est que la Prusse faisait partie intégrale de la Pologne, et que Thorn était une rille polonaise.
Kopemik lui-mômeaccepte cette dénomination, ainsi que son disciple RhéXicus : Borussus en nommant la province, Polonais en parlant de lanàtîon.Oni, Kopernik regardait la Prusse comme sa patrie, car alors la Prusse et la Pologne ne feisaient qu'un. Il y a de l'imprudence même de vouloir le nier, personne ne saura effiicer le traité qui appelle ainsi les villes et les provinces réintégrées, et sans doute Kopemik savait ce qu'il faisait quand il appelait la Prusse polonaise sa patrie. L'histoire de sa vie politique est là pour attester que toute son affection était pour le pays qui lui avait ouvert l'université de Gracovie, qui était soumise au glorieux réègne du plus illustre roi de Pologne. Chanoine, député, il n'eât d'autre but que celui de coopérer par ses tr«H vaux à ia prospérité et à Ut gloire de la Ptoese ^lo^
IM KOP BRNIK
naise en particulier et de la Pologne en général. «D'après ce que nous Tenons de dire, poursuit le savant professeur, nous pouvons juger jusqu'à quel point les écrivains allemands ont déprécié leur ouvrage Conivenaiion-Lexieon^ en avançant que Kopermk tirait son origine des paysans de Westphàliey en voulant, ferfaset nêfas^ foire de lui un Allemand. »
Ici M. Krzyrzanowski apporte des preuves qui con* firment ce que nous avons avancé plus haut; savoir que Kopemik a foit ses premières études, d'abord dans les écoles de Thorn, puis dans l'université de Craeovie.
« Le livre d'inscription de l'université de Craeovie nous apprend que depuis iiOO, un grand nombre de disciples de Thorn et de Dantzig arrivaient & Cracotie pour y continuer leurs études. Que les noms de famille ^ n'étaient pas inscrits à côté des noms de baptême et que c'étaient seulement les étrangers qui inscrivaient leurs noms de famille à côté de leurs prénoms. En 1491, quand Mathiaê de Kobylin était recteur de l'université de Craeovie, nous trouvons cette inscription :
« NieolmSf Nieolai de Tharunia. »
C'était le nom de Kopemik qui resta à l'université de Craeovie jusqu'en 1493.
« Dans le livre où on inscrivait les grades et qui commença en 1406 et qui continua jusqu'au dixHseptième siècle, nous ne voyons pas figurer le nom de Kopemik. Il ne fut pas reçu docteur. Le départ de son professeur Bruiiuwski pour Wilna en 1494, ainsi que aes ooncqfH
ET SES TRATAUX. iH
lions sur le véritable mécanisme du monde, contraires aux idées reçues dans ce siècle fanatique, furent cause sans doute que Kopemik ne voulut pas concourir pour obtenir des titres académiques. »
Nous ne concevons pas comment le départ du professent Brudzewski, en 1494, pouvait influer sur la résolution de Kopemik qui abandonna l'université un an avant son départ pour Rome. Le grand succès qu*il obtint dans la capitale du monde chrétien ne fut-il pas la cause réelle de son insouciance pour les grades académiques de Cracovie? KopemikAe successeur et le rival de Regiomentanut, de retour dans sa patrie, ne pouvait pas se soumettre à Texamen de professeurs qui n'auraient pas osé le juger.
Ici M. Krzyrzanowski parle de Touvrage de Brud^ xemkif professeur de Kopemik, publié à Milan en 1495 sous le titre de Commentaria utUimma in thearieis Planttwum.
M. Krzyrzanowski voudrait nous faire croire que la symétrie du monde tel que Kopemik nous la donne lui fut inspirée par son professeur Brttdzewski.
Cette exposition, recommandée aux élèves des universités dltalie, donne une preuve du haut degré qu'occupait dans le monde l'université de Cracovie, puisque l'exposition du système du monde par son professeur devait servir de guide aux élèves de l'Italie. Mais le travail de BrudzewsM, malgré tout son mérite, n'a pas pu inspirer JSCopemîft.
4tt KOffmirnL
U n'y a pas la moindre traoe du mouvement de la terre, ni de la symétrie, ni de l'harmonie sidérale.
« Cette exœllente exposition de l'astronomie d'AN bert Brudzewski attira à Cracovie les hommes les plus illustres par la science qui voulaient le voir et Tentendre ; nous nous en sommes convaincu en Usant les manuscrits de Jean Broscius, professeur d'astronomie â Cracovie au commencement du dix-septième sièete. Les cours d'Albert Brudzewski éveillèrent en Kopemik ta pensée du mouvement de la terre, pensée que le car* dinal Cusa voulut en vain insinuer verbalement à Ptirbadt, mathématicien de Vienne, et parécrit à son élève Mêgiomentanus. »
Nous ne pouvons pas non plus expliquer comment les cours d'Albert Brudzewski ont pu insérer la déoouverte de Kopemik. Le professeur de Cracovie était éloquent, mais malgré tout son talent, c'est le système de Ptolémée qu'il exposaitet enseignait. Ses cours ne pouvaient qu'encourager Kopemik à poursuivre ses études en mathématiques. La part de mérite qui en revient & Brudzewski est grande, mais il ne faut pas l'exagérer. Nous avons traité l'histoire de la découverte de JTopcrnik. La symétrie du monde et le plan de l'univers^ les rapports réciproques des planètes envers le soleil et des satellites envers les planètes, ne peuvent être le résultat d'une idée, d'une heureuse pensée; c'est le fruit de longues et laborieuses études, d'observations et de^oal-» culs. Et si nous devons remonter & la prasitoe <
ET SIS niiTAUX. 183
d^une si grande conception, cherchons-la dans ladé^ couverte de TAmérique. Du moment où Colomb a prouvé là rotondité de notre planète, ce rapport, cette propriété commune à d*autres corps célestes, décida Kopemik à chercher d'autres anal(^ies de la terre aveo le reste de Tunivers. La profonde conviction de la sagesse du Créateur, qui ne pouvait pas créer on monstre hideux, est la clef qui ouvrit & Kopemik les portes des mystères de la création. Rendons donc à Brudzemhi l'hommage d'avoir su donner à l'astronomie un nouvel attrait par son éloquence, mais ne lui attribuons pas le mérite auquel il n'a aucun droit.
« Kopernikayant déjà conçu à Cracovie la pensée du mouvement de la terre, pensée inspirée par les cours de BrudxemU, se rendit en 1495 en Italie, dans l'inten-^ tion de visiter les premières universités de ce pays, qui étaient supérieures & celles de Cracovie sous le rapport de rétude de la langue grecque, de l'histoire et de la médecine, mais ne l'égalaient pas sous eetai de l'étude de l'astronomie. »
Ici le patriotisme l'emporte sur rhistoire. Il est clair que M. Krzyrzanowski tâche de prouver que non-seule* ment Kopemik était un Polonais, mais que dans sa d6^ couverte il n*a pas trouvé d'aide dans aucun pays étranger. C'est £rtii{;7ew<A» qui lui a donné la première idée du mouvement de la terre , afin qu'on ne pense pas que le cM italien et le contact aveo des professeurs de ses iimvmilée aient Me pour qitek{<ie ehott daae s« fév6«
184 KOPBIMIK
lation. C'est une grande gloire pour Tuniversitéde Craoovie d'avoir produit un disciple comme Kopermk^ c'est le plus beau titre de Brudzewski à la reconnaissance générale, d'avoir guidé les premiers pas de Kopernik dans l'art des observations astronomiques. Mais il ne faut pas être exclusif et attribuer au professeur de Crar covie les idées qu'il n'eût jamais. Ne diminuons pas Tinfluence qu'ont pu exercer sur Kopernik les savants des autres pays. L'amitié de T illustre astronome Dominique Marie de Ferrare, ainsi que l'attention avec laquelle ses cours étaient écoutés, ont pu encourager Kopernik aux recherches qui ont duré tant d'années.
« Purback mourut à Vienne au moment où il voulait se rendre à Rome pour étudier la langue grecque. Régiomentanus y termina sa carrière terrestre & la même époque. Kopernik^ aussi bien que ces deux astronomes, se rendit à Rome pour se perfectionner dans la même langue ; eux pour étudier Tastronomie grecque dans sa source, lui pour y puiser de nouvelles preuves de sa grande découverte. »
Si M. Krzyrzanowski avait jeté un coup d'œil sur la biographie de Gassendi, sur ces précieux documents recueillis avec tant de soin , il n'aurait pas fait tant d'efforts pour nous convaincre que Kopernik avait déjà conçu sa première idée avant son voyage à Rome. Nous ne. savons pas même sur quoi il pouvait baser cette assertion. Il n'en a trouvé aucune trace dans le livre i» Bi^ voMioniiuê) aucune dans les publications et les ma-
ET SSS TRAVAUX. 185
nuscrits des professeurs italiens. Pourquoi donc ne pas croire & ISCopemtA; lui-même, qui, il'â^e de soixante-dix ans, affirme qu'il a travaillé trente ans à sa sublime nterprétation. Il avait donc quarante ans quand Dieu lui permit de développer le mystère de la création. Ce n'est pas un jeune disciple qui adopte une heureuse idée insinuée par un professeur, qui nous révèle le mécanisme céleste ; c'est un homme religieux, mûri dans Tétude, qui, après de longues et pénibles observations, apporte un grand travail ; non pas une pensée, mais une science nouvelle; non pas une hypothèse, un système, mais une savante interprétation du code de TÉternel.
En effet, nous lisons dans Tépltre de J^operm^ adressée au pape Paul III : « Is (Gisius) etenim sœpe numéro me adhortatus est, etconvitiis, interdumadditisefflagitavit, ut librum hune œderem, et in lucem tandem prodire sinerem, qui apud me presque non in nonum atituim êolvm, sed jam in quartum novenium^ laiitasiet. » M.Krzyrzanowski prend à la lettre ces quelques lignes, et croit que Kopernik cacha pendant trente ans son manuscrit entièrement terminé. Kopernik voulait dire seulement que la pensée principale de son interprétation était mûrie et élaborée depuis longtemps, mais il ne se passa pas un jour dans sa vie studieuse qu'il ne consacrât à apporter de nouvelles observations et de nouvelles preuves à l'appui de ^n œuvre. D'après Gassendi JSCopernifc commença & y travailler en 1500.
« Kopernik se rend à l'université de Podotie. Depuis
IM KonxmK
f 406, cette Tille faisait partie de la répabliqoe de Venise. Son université ne possédait pas un professeur d'astronomie qui pût être comparé à Brudzewski ; afissi Kopemik ne s'est-il pas inscrit pour étudier Tastronomie, qu*il connaissait à fond, mais pour se perfectionner dans la médecine. »
Toujours la même préoccupation. M. Krzyrzanoi^ski ne veut pas que Kopernik apprenne la moindre chose sur le sol italien. Il possédait déjà & fond Fastronomie. Voilà encore une assertion qui n*est pas conforme aux propres paroles de Kapemik. Il ne connaissait pas à fond Pastronomie, car tout ce qu'il apprenait ne le satis&isait pas. On peut même dire que Tastronomie comme science n'existait pas avant Kopernik. Il voyait un cahos, une anarchie et des contradictions dans le système de Ptolémée, adopté par le monde entier: donc, on ne peut pas affirmer qu'il possédât à fond cette science, ne présentant qu'un ramas de grossières errenrs.
Ici le savant professeur nous rappelle un fait important et pour lequel, au nom de tous les Polonais, nous lui témoignons notre reconnaissance. Dans l'université de Padoue, fréquentée par un grand nombre d'étrangers, chaque nation avait un livre, un registre à part. Il était important de s'assurer dans quel livre Eapernik s'était fait inscrire. Si son nom se fût trouvé dans le livre consacré aux disciples de la Germanie , nous eussions eu contre nous sa propre manifestation. Au contraire, sll eût pris le titre qui M eKpparteiiÉtt par sa
ET BÊê rtULrAVX. itfl
Baiflsance, par ses premières études, nous avions une preuve de plus contre les écrivains ignorants ou peu coBsciencieux qui veulent faire de Kopernik un Allemand. J#. Kzyrzanowiki s'est convaincu que le nom de Nicolas Kopernik est inscrit dans le registre consacré aux disciples polonait.
Dans rhistoire deTuniversité de Padoue, intitulée : Historié Gymnasii Patoûini^ dans le second volume, à la page 195) nous lisons les lignes suivantes : a Nicolas Ko^ pemik étudiait à l'université de Padoue la philosophie peripatétique et la médecine; nous en avons la preuve dans le livre d'inscription destiifié aux Polonais. (Patet ex polenorum albis.) Il était disciple de Nicolas Passero et de Nicolas Vemia Teatinus. Les actes de là même université nous apprennent que le professeur teatinus mit sur la tête de Kopemih tes deux couronnes des deux sciences qu'il étudiait.
« La renommée de Fastronome Dominique Marie de Ferrarsy attira Kopernik k Bologne , ville de la république de Venise. Montuele se trompe dans son Histoire des Mathématiques en avançant sans aucun fondement que Dominique Marie de Ferrare a été le mattre de Aopemik et Ta engagé, par son exemple et ses conseils, à se livrer à Tastronomie. Nous avons vu que ce mérite appartient exclusivement à Albert Brudzewtkif dont l'ouvrage servit même de guide aux disciples des universités 4e l'Italie. Déjà la Jeunesse italietme se servait des travaMd'fm msthélMtiaen petoMns, ri ne maiiquttlt
i8B KOPEINIK
plusqu^un Polonais allât exposer la même science dans Tuniversité de Rome. Cest ce qui arriva. DomUniqm Marie de Ferrare^ ayant su apprécier les mérites de Kopemik, le recommanda pour professeur dans runiversité de Rome. Kopemik remplit cette tâche honorable. CTest sous le règne d'Alexandre YI, en 4499, que le jeune Polonais fut appelé & exposer les cours d'astronomie à Rome. Ce fait est confirmé paiMheticui^ disciple'de Kopernik^ et par Tiraboschi dans son ouvrage Storiaielh Liiteratura italiana. »
A ces deux noms le savant professeur aurait ajouté celui de Gauendi s'il eût eu connaissance de son consciencieux travail.
Les détails qui suivent ont rapport à cette partie de la vie de Kopemik qu'il passa dans sa patrie après le retour de son voyage à Rome.
c A son retour à Cracovie, Kopemik embrassa Tétat ecclésiastique, et c'est à Cracovie qu'il fut sacré. C'est ici, comme on le voit par son livre, entre 1502 et 1509, qu'il élabora son immortel ouvrage de RevolutùmUnu.»
Ce n'est pas exact. La pensée principale a été conçue, il est vrai, développée, mais son ouvrage n'était pas en* tièrement terminé. L'ouvr^^e de Revoluiiomlnu^ la biographie de Gassendi, la table des observations de Muler, nous prouvent que Kopemik consacra à son œuvre un temps plus long. Il y parle de ses observations en 1514, 1516, 1520, 1526 et 1529 : comment aurait-il pu les citer si son ouvrage eût été terminé en 1809 ?
ET SCS TBAVAUX. 189
Ici lé savant professeur entre dans de minutieux détails sur la vie intime de Kapemik. Il trouve à Craoovie Jacques Zaremba, qui le fait participer aux droits dont jouissaient les dominicains en Pologne. Ce fut cet évoque» ainsi que Konarski, évéque de Cracovie, qui présidèrent au sacre de Kapemik. C'est encore à Cracovie que l'astronome polonais trouva la famille Kromerj qui était intimement liée à la sienne. M. Krzyrzanowski rappelle toutes ces circonstances pour prouver que Cracovie fut le berceau et le centre de toutes les affections de Kopernik ainsi que le champ de ses plus vastes conceptions et de ses principaux travaux.
Après la mort de Tévèque Luzianis, en 1532; Kopemik fut nommé administrateur du diocèse.
Il eût & lutter contre la mauvaise foi de Tordre teutonique, et fut même forcé de renoncer à la direction des affaires, qu'il laissa dans les mains de Fâber.
Si H. Krzyrzanov^ski avait lu la biographie de Gassendi, il y aurait trouvé plus de détails & cet égard. Il ajoute que Sigismond P', roi de Pologne, inscrivit le nom de Kopemik parmi les quatre candidats à Tépiscopat. Le candidat qui l'emporta aimait Kopemik comme son ami et lui demandait son avis et ses conseils dans toutes les questions les plus importantes. Hais Févéque Gyzius se signala surtout par son attachement affectueux et constant. Kopemik rengagea & publier ses méditations religieuses, et ce fut cet évéque qui
ilM KOFEMUL
contribua le plus à décider Kopernik à lapablication de SOQ œuvre de Revolmiiombus.
c n y ajuste trois siècles (M. Krzyrzaoowski écrivaii ces ligues en 1845), que Toeuvre de Bevolutwmbm, élaborée & Gracovie avant 1510, corrigée à FrauetUfourg^ parut à Nuremberg sous ladirection de JoacbimRbeticus. La même année mourut Kopemik. Deux noms se trou^ vent en tète de son ouvrage, celui du cardinal NkoUu Sehomberg et du pape Paul III. Ces deux noms auraient dû lui servir de bouclier contre les attaques de Tigno* rance et du Catnatisme. Mais il n'en fut pas ainsi. Les bistrions amusaient la foule en parodiant le révéla* leur ; et personne n'ignore le sort de Galilée. Ces temps ne reviendront plus. Toutefois ne peut-on pas prendre pour la même dérision les efforts des écrivains qui veu* lent prouver que Kopemik est un Allemand, et qui pla« cent son nom parmi les enfants de la Germanie, coa^û6 Ta fait dernièrement la Bavière en accordant dans le Walhalla'i GenoM^n, temple destiné à conserveries souvenirs de l'Allemagne, une place à Kopemik.
Nous avons vu que dans le nom de Kopemik il n'y a pas une seule lettre allemande, que dans son sang il ne coula pas une goutte de sang germanique, que son pied n'a jamais toucbé le sol de l'Allemagne, qu'il grandit et fut élevé dans les écoles polonaises, sous la direction d^ professeurs nationaux. A Padoue, il se fit inscrire dans le livre destiné aux Polonais. De retour de son voyagf^ il se fixa & Gracovie, capitale de Tanoieane Polop»,
ET SU TMT^UX. i%î
séjour dd son père et de son gi^nd^ère. Ce fut aussi dans cette ville qu'il contempla les cienx qui lui dévoilèrent ses secrets* Ce fut là aussi qu'il révéla les mystères de la création. Ce fut par les travaux accomplis dans sa patrie qu'il devint le père de Galilée et de Kêpplêr et le grand-père de Newtm; en un mot^ patriarche de Tastronomie moderne, de cette science qui, à chaque pas, nous révèle Tinfini et nous montre l'Être suprême dans toute sa puissance. L'homme peut y voir sa grandeur et vivre, car une religieuse humilité, semblable à celle de Kopernik^ accompagne ses contemplations.»
Cesquelques lignes sont admirables, elles entrent par»* faitement dans nos idées et caractérisent d'un point de vue supérieur la viedeKopernik et la mission de l'astre^' nomie*
C'est en vain que £oiit> JFacAbr, au nom de toute l'Allemagne, rend témoignage à la vérité dans son pré^ cieux ouvrage sur la littérature ( handbuch Geschichle der literatury Leipsick, vol. iv, p. 207).
a La nation polonaise, dit-il, peut être fière de son Kopernik, néàThorn, disciple d'Albert Brudzewskià Cracovie. » C'est en vain qu'il a reproduit les même paroles dans la seconde édition de cet ouvrage. C'est en vain que Dominique-François Arago, connu en Europe autant par sa science que par sa loyauté, reconnut Kopernik pour un Polonais, dans son éloge de Laplace. Il a plu aux Bavarois de compter Kopernik au nombre des enfants de la Germanie en lui désignant une place
IM KOHRNIK
dans le temple de WalhaUa. La Gazette de Munich do 15 juillet 1843, et après elle toute la presse allemande, se fit la complice et Técho de cette violente usurpation. € Est-il possible, s'écrie le savant professeur, que IFolhalla, qui s'élève au bord du Danube, près de Ratisbonne, dépôt sacré des souvenirs germaniques, devienne le tombeau de la vérité ! Non, cela ne se peut pas, l'Europe n'est pas l'Asie. Ce n'est que dans ces contrées-là que l'histoire est remplacée par la mythologie, la prose par des fictions poétiques, la vérité par le mensonge. » M. Krzyrzanowski termine sa lettre en rappelant qu'i^noM JLoyofoJttcAf«r a consacré sa plume àlamème cause en apportant les preuves de la nationalité de Kopernik, et il conjure les Polonais, au nom de l'histoire et de la vérité, de donner la plus grande publicité à sa lettre qui doit mettre un terme aux assertions erronées et aux usurpations systématiques.
Wt SBB nAYAUX. 493
Le discours de M. StUadeeki, les recherches de M. Krzyrzamwski montrent de nobles efforts qui réparent en quelque sorte la négli^nce de runiyersité de Craeovie. 11 nefus reste encore à parler des démarches et des sacrifices de M. Staszt/c président de la Société des Amis des Sciences à Varsovie.
Cet homme vénérsLble, qui a rendu des services immenses à sa patrie, qui vivait de privations pour laisser sa fortune colossale aux établissements utiles, qui fonda une commutie modèle, où il n*y avait ni serfs ni corvée, résolut aussi de payer un tribut do reconnaissance à la mémoire de Eopemik. Cette foisH^i, il ne sV gissaitpas d'un acte individuel, d'une manifestation isolée ; M. Stasxye désire que toute la nation s'associe à sa pensée, et que le monument quil veut élever rappelle
aux générations présentes et futures les mérites et la gloire de Kopemik. Il ouvre à cet égard une souscription nationale, et en même temps confie au premier sculpteur de l'Europe l'exécution d'une statue en marbre destinée à orner la principale place de la capitale de la Pologne. Son appel fut entendu et par toute la Pologne et par Tillustre Thorwaldsen. Les offrandes arrivèrent de toutes les classes de la société de Varsovie et de toutes les contrées de Tancienne Pologne. Stasfye se signala par sa générosité. Les fopds furent réunis. Thorwaldsen sentit aussi que son ciseau était appelé à réparer Tinjustice de trois siècles, "et à créer une œuvre qui devait témoigner de la recq;^naissanoe de toute une nation. La statue de Kopemik est au nombre de ses plus belles créations. L'astronome polonais eigt n^r6* sente assis, tenant dans sa main qû planétaire et contemplant les cieux. Ilest jeune ouau moiins danstoote la force de rage. Nous aurions j)réf%ré voir JTopermfc dans un âge plus avancé, pour indiquer à ses admirateurs que sa sublime découverte était le fri^t de longs et p^bles travaux. Nous aurions aussi aimé quelques traits gui eussent rappelé la piété de Kopemik. L^atrtiste, on le voit, n'était préoccupé que de son génie.
Le monument fut achevé danr les ateliers de R(MQe et transporté avec soin à Varsovie. Staszyo n^existait plus quand Tœnvre de Thoridaldsen toucha le sol de la Pologne. K. Julien Ursîn Niemcewice, nommé à sa place présideni; de la Société des Amis des ISoîeii*
ET sm 7II4VAXJX. ÊM
ceSffut invUé k présider à l'in^uguratioQidu monagse&t. Le cinq i^ai 1839 fut déjûgné pour cette fôte nationale* D'après le programnie, rorcl^estre, composé, desmeil- IçursartisteMtait chargé (^compagner un clueur de chanteurs appelés à exécuter une cantate et une hymne en rhonneur du restaurateur de l'astronomie. LaSociétô d^Amis déficiences devait quitter son palais pour sa Tendre -en corps à Téglise de Sainte-Croix, pQur y entendre une messe et adresser ses prières et s^ reœer*^ ctments à rEternel. Ce n'était qu'aj)rès Tac^^oinplisr sèment de ceit acte religieux que la société se reur dait auprès du monument. JU. Nùmcwfii^si avait été chargé de prononoer un discours, et après, Tœuvre de Thorwaldsm était découverte aux yeux de toute U ptœp.uIation, Tel était le simple programme de Jirtte fétCt Si Vétat n'y prit aucune part^ si le gouvernement ne fut pour rien dans cet acte de reconnaissance nationale, il ne fautfuis oublier que la Pologne était gouvernée alors par le czar ou plutôt par le grand.*duc Cion^anti^i frère aîné de l'empereur Nicolas. Nous verrons même que ce simple pro^amme fut modiQé^ grâce aux ^oup^ çons, à la défiance du ^spotisine, et à l'ignorance de quelques prêtres. . , /
Rien ne pouvait s'accomplir à Varsovie sans une autorisation préalable du grand-duc^ prince aussi cruel que bizarre. Le président de I^ société lui JEit|^t an jour de l'inauguration, en le priant de ne pas s'opposer à cette manifestation. En même temps, les espions ef-«
498 KOnCRMIK
frayèrent le prince en Tavertissant qne cette fôte n*était qa*un prétexte, et Tinsurrection le but réel. M. de Novosiltiof, sénateur de l'empire russe, ennemi implacable du nom polonais, aceourut auprès* du prince et rengagea à refuser son consentement. La foule, dit-il, se pressera autour du monument, tous les habitants voudront prendre part à cette manifestation. Qui estce qui préside à cette ièteî Un homme généralement connu par son patriotisme, qui n*a qu'à prononcer un mot pour foire saisir par toute cette masse, venua pour honorer la mémoire d*un astronome, les armes au nom de l'indépendance et de la nationalité (i).
Le prince défiant fit appeler le président de la Société des Amis des Sciences, se fit montrer soii discours, se lâcha, s'emporta, menaça, exigea des changements d%ns l'allocution de M. Niemeewiez, et enfin consentit à laisser célébrer l'inauguration, non toutefois sans prendre des mesures et en rendant personnellement responsable M. Ntemeewiez.
La journée de l'inauguration était belle, bien que de légers nuages cachassent le soleil. La rue principale par laquelle devait passer la Sociéfô des Amis des Sciences, ainsi que la place désignée & l'emplacement du monument, était encombrée parla foule. Hommes, femmes, vieillards et enfants, riches et pauvres se pressaient avec une égale ardeur pour manifester leur joie, pourpfendre
(1) Mémoires inédits de JuUen Unin Nimcewi^.
part à lacéf émonie qui était en même temps un hommage et une réparation, un tribut payé au génie et une tardive expiation offerte au martyr. Toutes les fenêtres étaient ouvertes et garnies de guirlandes de fleurs. Varsovie tout entière, augmentée par la popalation des environs, était debout, témoin de cet acte sotennel. La musique, les chants et les hymnes retentissaient. Bientôt le cortège de la Société se dirige vers Tégjjse de SainteH^roix, temple vaste et majestueujx qui élève ses tours gothi<<ques au-dessus de la capitale. Kéglise est remplie de monde, mais Tautelest désert. L'heure se passe» et pas un prêtre ne parait pour célébrer le service divin. On apprend alors que les moines ignorants ne veulent pas faire de prières pour un homme qui a publié une œuvre condamnée par la congrégation de Tlndex. lE^ ne savaient sans doute pas que cet af rêt n'avait pas été signé par le pape, et qu'il avait été réformé et annulé plus tard. La foule consternée abandonne réglise. Quelle injustice, quelle iipprudence (i) !
Il sembla que le ciel lui-même se fCit chargé de réparer cet oubli du plus sacré des devoirs. A peine M. Niemcewiez a-t-il terminé son discours, à peine a-t-on découvert la statue de Kopernik, que le ciel couvert commence à s'éclaircir, et le prj^ier rayon de soleil tomlie sur le front de Tastronome polonais qui revivait au centre de la Pologne par le ciseau do Thorwaldsen. La foule
(1) MéBK)ires inédiu do il. JYiemcewicz.
m KOPBKNIK
poussa des oris d'enthousiasme en y mèlaftt des larmes de joie. Nous aurions voulu que les écriyains allemands fussent témoins de cette scène. Us auraient pu apprécier Texpression de tout un peuple, et auraient vu de leurs propres yeux que les Polonais non-seulement rendaient un solennel hommage à un grand mathématicien, mais quMls honoraient dans le génie de KopenUk la gloire de leur plus Illustre compatriote. Dans les cris de renthousiasme et dans les larmes de joie rayonnait rhommage rendu au-génie, mais aussi la fierté delà nation qui ne vit que de souvenirs. La présence des armées russes, le silence et la défiance du pouvoir, la surveillance soupçonneuse des agents du grand-duc, donnaient en même temps à ce jour mémorable une teinte mélancolique. Aujourd'hui tout homme qui s'incline devant le génie de Ko^yernik, en passant par la capitale de la Pologne, s'arrêtera devant l'œuvre de Thanjoàld^ êen, et pourra contempler ce monument qui rappelle tant de services et tant d'ingratitude. La pensée se reportera sur le long cortège de martyrs qui furent punis par cela même qii'ils s'étaient élevés au-dessus de leurs contemporains. Christophe Colomb mis aux fers, Galilée emprisonné, Kepler mourant de faim, Kopernik tourné en ridicule et auqui^ les prêtres de Sainte-Croix refusent des prières au dix-neuvièine siècle. On se rappellera que son observatoire est changé en cachot par les Prussiens, et que ses restes mortels dispersés n'ont pas encore d'asile. A ces sombres pensées, une seule
ET SES TBAVAUX. 199
fait un contre-poids salutaire : la Pologne tout entière revendique son enfant, se cotise et se réunit pour lui ériger un monument. C'est le commencement de la réparation; le jour de la justice ne se fera pas attendre.
DEUZIËBIE PABTIE.
ET SES TBAVAUX.
L^œuvre de Kopefnik donna Téveil aux penseurs et aux croyants. Les hommes de la science et les hommes de la foi fixèrent leur attention sur une théorie aussi neuve que hardie, et dont le triomphe devait avoir la plus haçite importance sur les investigations futures de la race humaine. Les uns voyaient dans cette scientifi* que révélation une nouvelle grâce divine. En suivant rastronome polonais dans cette route difficile, ils priaient rÉtre suprême de les mettre sur la voie d'une découverte qui aurait pu venir à Tappui de son interprétation et qui eitinème temps aurait pu, aux yeux des plus incrédules, montrer la prévoyance et la sagesse du Créateur, ils priaient et travaillaient, parce qu'ils croyaient accomplir une œuvre religieuse en prouvant par la science
et lt>s c.'ilculs que le aiecanisme du monde céleste, loin lie prùscnler un cahos, une anarchie sans ordre ni- précision, était Tœuvre la plus admirable du plus grandirtisan. Tous les yeux se tournèrent vers le ciel, vers ce nouveau théâtre qui changea d'aspect par le génie d*un homme pieux. On perfectionna la vue, la mesure du temps et de Tespace. Le télescope, le compas, Thorloge astronomique vinrent au secours des mathématiciens pour observer le firmament et vérifier les travaux de Kopernik. Sur chaque point de TEurope, la nuit rencontra de laborieux travailleurs qui contemplèrent le ciel, mesurèrent les distances, la grandeur, la proportion, la marche des corps célestes. Nous verrons dans ce travail immense, le plus important de toutes les investigations de la raison humaine, que ce n'était pas Torgueil, mais la piété raisonnée qui stimulait et encourageait les mathématiciens. La science respectait la religion. Le mathématicien et Tastronome s'agenouillaient devant TÉtre suprême quand, à Taide de leurs faibles travaux, il leur arrivait de soulever le voile de la création, de découvrir les lois et les dessins du Créateur Maestlinj ses disciples Keppler et Galilée^ Ltibnitz et Newton marchaient sur les traces de Kapemik. Ils observaient les effets et cherchaient les causes pouç^ arriver à la cause première. Ils voyaient Dieu dans son œuvre sublime. Chaque ligne de leurs écrits et chaque pas de leur vie furent signalés par le plus profond respect pour l'auguste Créateur des harmonies célestes, tels
ET SES TIUVAVX. ÎOK
étaient les disciples, les partisans,, les continuateurs d& Kofemik.
D'autres, effrayés parla révolte de lui^Aer craignaient toute innovation. La vérité la plus évidente leur semblait dangereuse si elle se trouvait en apparente contradiction avec quelques passages de rÉcriture, quand même ces passages étaient figurés ou seulement adaptés aux connaissances vulgaires. Ils trouvaient dansPancien testament des expressions qui semblaient foire croire au mouvement du soleil et à Timmobilité de la terré. Moïse parle souvent du coucher et du lever du soleil; Josué, pour se venger des ilfnorrhéens^ prie le Seigneur d'arrêter le soleil dans sa course, et à sa voix, le soleil s'arrête au milieu du ciel.
« Alors Josué parla au Seigneur, en ce jour auquel il avait livré les Amorrhéens entre les mains des enfants dlsraëU et il dit en leur présence : Soleil; arrête-toi sur Gabaon ;Lune, n'avance point sur la vallée d'Aïalon. » « Et le soleil et la lune s'arrêtèrent jusqu'à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis. N'est-ce pas ce qui est écrit au livre des justes? Le soleil s'arrêta donc au milieu.du ciel, et ne se h&ta point de se coucher durant l'espace d'un jour, d (Josué, X, 12, 15.)
C'était en vam que les disciples deKopemik témoi'» gnaîent le plus grand respect pour l'Ecriture sainte et expliqi^aient le sens intérieur de ces paroles adaptées aux idées reçues et aux connaissances vulgaires. Son œuvre était condamnée sans examen. On la re-
9M KimEBllIE
gardait oomma contraire à la mérité ôatholique, oomme indigne d*un chrétien. Ce jugement ne futpaspremoooô saos défense ni opposition. Les disciplee de Kûpemik défendaient sa théorie avee piété , dignité et logique. Souwnt aussi da sein de TEglise, de la part des prêtres les plus réspeotables, s'élevait une voix en faveur de Tastjronome polonais. Nous citerons ici quelques lignes de Gassendi à cet égard ; elles nous donneront une idée des discussions qui remplissaient le monde rétigien et lemondesaYantpendanttoutle siècle qui 6ui?itlam(»rtde Kûfermk. Il reproduiten quelques lignes ce que les premiers disciples de Kq)ernik répondaient à leurs adversaires.
« L*Ecritnre-Sainte, dit-il, n^apas^urbut âe rendre les hommes physiciens ou mathématiciens. Elle doit seulement les rendre religieux et les préparer A recevoir la gr&ce. Voilà pourquoi elle parle des ehoses iiaturelles, selon qu'elles apparaissent aux hommes, se souciant peu de les représenter comme elles sont en réalité (l)/B'
Régis, dans le troisième livre de sa physique / dit, pour répondre aux objections qu'on foit & Kopernik et qu'on tire des livres saints : «Nous ferons rejoaarquer que dans tons les passages de rEcriture qui parlent du lever et du coucher du soleil, il a plu au Saint-Es« prit de s'accommoder A Timagination du vulgaire et à
(1 ) Qasseitdii /lul. Aitronomica, 1, m^ e. 10.
ET m ntàTAUX. toi
Vopioicm génArale^ Il est^rtain que ip ptople pttttbîep mieuï comprendre le Saint-Esprit lorsqu'il pari^ seioft Topinion popalaire que s'il parlait êxueUmM^ »
Les disciples de JËC)pefnifc Qe tenaient pas un mln^ langage, et pour donner plus d'àppuî à œtte înterprétar tion» ils citaient les parolas de samt Dtoràti ; n Motse, dit- il, avait affiUre à un peuple grossi^, et il Allait, par oondesoendanoç, lui parier dea corps o^estes, selon 9i'il8 paraissaient i ses yeux.» Jeitol, Cai$tmkf Lifpo^ mm exprimaient pourquoi FEepture aqppelle la Iwi^ un grand luminaire, bien que ce soit un des plus petits des oorps célestes, a Elle est ainsi nomoéd^ disenVili, ^eeloa Vapforme* et non selon la véniel pour se confort mer aux oomiaissaiioes des hommes simples et quiu'oQt pas étéélevés dans la science.» Les défisaseurade Kaf$rinik demandent pourquoi ne pas étendre la même intar'prétation aux paroles de Josué. C'est daos ee séné que parlai^t tkàamd, JjmgiuietMartmins^i auteur de la grande glose littérale. -
D'autres poussaient plus loin la défense de la ihéorîd Kopernicienne; ils affirmaient que c'est seulement à l'aide de son interprétation qu'on peut trouver le vérita* bte sens des paroles de l'Ecriture : Il a été dit : quoDieu, obéissant & la parole d'un homme, arrêta le soleil ou mUieu au aiel. Steiit Uofue iol tu meêio ecdù D'après le système de Ptolémée et les (croyances générales, c'est la terre qui était placée au milieu du monde. L'Ecriture est donc absolument oonficNme i la pensée de Kapmmik
loe Komimc
qui réserve cette place au corps le plus noble et le plus grand, c'est-&-dirë au soleil.
De Sorbière prétend que les paroles de Josué s'expliquent plus &cilement par Thypothëse de Kopemik que par le système de Ptolémée. Au paiMtg$ de Jotué : arrftte-toi en Gabaon, il e$i parlé véritablemmU ubm que te chose était en effet, et que le soleU s'arrêta : car fuieque c'est luiquifait tourner la terre^ Me ne fouoait pas s'arrêter sans que préedablement UsoMl n'interrompit son mouvement. Et remarquez ici combien, confo rméme nt à f opinion de Kopemik, U est dit par Féerivain sacré, que le soleil s'arrêta au milieu du del. Mais sdon Kopemik le soleil est exactement au milieu du dd et au cmUre de toutes les planètes, où il cessa pour un temps de faire^ sa réw>lution ordinaire. » Sorbière, lettre LXYI» p. 471 et 472.
D'autres, pour répondre à leurs adversaires, lyoutaient que dans TEcriture il n'y a point de paroles si formelles pour le mouvement du soleil, qu'il y en a pour le^mouvement de la terre. La sainte Ecriture n'est point contraire, disaientrils & l'hypothèse du mouvement de la terre, parce que la parole de Dieu s'exprime sur les phénomènes du ciel selon qu'ils paraissent & nos yeux. Si nous pensons autrement que le commun des hommes, du moins parlons-nous commue l'Ecriture et comme tous les hommes parlent. Ne disons-nous pas que le soleil se lève, quand il commenoe & paraître sur l'horizon ; et qu'il se couche, lorsqu'il va apparaître &C6UX
ET SBS TRAVAUX. S09
qui sont nos antipodes? Kopemik M-méoie ne dit-il pas : a Personne ne doit s'étonner si nous disons encore que lé soleil et les étoiles se lèvent et se couchent: nous parlons tout comme on a coutume de parler : tandis que nous pensons que ce lever et ce coucher des astres ne se font ainsi qu'à cause de la terre, qui, en tournant» nous les fait apercevoir et puis disparaître? Nemo vero mire" iufy H adhuc ortum et occasum solis et stellaruniy atque -hu HmUia simpliciter nominaverimus; sed noverit nos contulto sermone toqui^ qui posHt recipi ah omnibus^ semfer tamm habentes in mente quod.
Qui terra vekimur^ nobis solj lunaque transit : Stellarum vices redeunt, iterumque recedunt.
(De Revolutionibus, lib. ii.)
Ce qu'on nous allègue de TEcriture, pour établir l'immobilité de la terre, ne parle visiblement que de la fermeté de sa durée, et d'un état de consistance que le temps n'altère point. Après tout , l'Ecriture sainte est du moins autant pour nous que pour nos adversaires ; et tout ce qu'on cite pour la stabilité de la terre n'est point si formel que ce que dit Job sur sa mobilité et sur son mouvement. Job, après avoir parlé des merveilles de la puissance de Dieu, dit : Cest lui qui fait mouvoir la terre de sa place, et qui fait que ses colonnes sont ébranlées. (Job, chap. ix, v. 6.)
Didacus Âstunica trouve ces paroles si formelles pour
110 KonntifiK:
le mouyement de la terre, qu'il dédoreqn^ea m pMt pas les expliquer autrement sans faire violence au texte sacré. «Cepassage,dit-il,sembletrèsdifflcileàexpliquer; mais on le mettrait dans un beau jour, enrinter(»^étant selon le sentiment des pythagoriciens, qui croient que la terre se meut et qu'on ne peut autrement bien expliquer les stations et les rétrogradations des planètes. Plutarque dit que Philolaus, Héraclide de Pont, Numa Pompilius et Platon même dans sa vieillesse, étaient dans cette opinion que la terre tourne. Le profond Hippocrate, appelle fort bien Tair le véhicule de la terre. Kopernik, de nos jours, a fort illustré cette opinion^ qu'il a fait valoir plus que ne Ta fait toute Tantiquité.,. Enfin, il n'y a point d'endroit dans l'Ecriture qui soit aussi formel pour l'immobilité de la terre que ce passage de Job ne l'est pour marquer sou mouvement. Et par l'hypothèse de ce mouvement, ce texte s'explique d^ luimôme. C'est ainsi que Job célèbre la toute-puissance et la sagesse de Dieu^ qui fait mouvoir la terre, toute pesante qu'elle soit. » (La sphère du monde. L'abbé de VaUemon.)
Ce commentaire de Didacus Astunica, imprimé à Tolède en {S84, ne lui porta pas bonheur. On lui fit un crime de son zèle, et son commentaire sur Job, aiosi que la lettre de Paul Antoine Fosc^rini, dans laquelle celui-ci défend l'opinion deKopçrnik, fawnt déclarés^ par la congrégaf ion dea cardinap^e, pu|^^9s M ççatraires à la vérité catholique. Cette condamnation ettt lieu
ET SM "ftÂVÀ^JX. ^iV
S008 le règne de Paul V, le 5 mars 1646 ; elle fut sipée par révoque d'Albe, cardinal de Sainte-Cécile, et par le frère François Magdeleine Tête-de-Fer (Caplferreus).
Citons ce décret de la sacrée congrégation des cardinaux.
« Et parce qu*il est venu à la connaissance de la congrégation de l'index , que cette fausse doctrine pythagoricienne , tout-à-fait contraire à la divine Ecriture, de la mobilité de la terre et de l'immobilité du soleil, qu'ont enseignée Nicolas Kopernik, dans son livre des fiévolutions des orbes célestes, et Didacus Astunica, dans son commentaire sur Job, commence à se répandre et à être adoptée par plusieurs, comme on le voit par une lettre imprimée d'un carme, intitulée : Lettre de frère maître Paul-Antoine Foscarini sur l'opinion des pythagoriciens et de Kopernik sur la mobilité de la terre et la stabilité du soleil et le nouveau système, 1615, dans laquelle ledit père s'efforce de montrer que cette doctrine de l'immobilité du soleil au centre du monde, et de la mobilité de la terre, est conforme à la vérité e* nullement contraire à l'Ecriture sainte. En conséquence, pour que cette opinion ne se répande pas plus loin, au grand dommage de la vérité catholique, la congrégation a été d'avis que lesdits Nicolas Kopernik , des Révolutions célestes, et Didacus sur Joh^ doivent être suspendus jusqu'à ce qu'ils soient cwrigés, et que le livre du père Foscarini doit être absolument défendu et con^ dameé, ainsi que tous les livres quiinseignent la mènle
doctrine ; comme par le présent décret elle les prohibe tous respectivement, les condamne et les saspend, en foi de quoi le présent décret a été signé de la main et revêtu du sceau de Tillustrissime et révérendissime seigneur cardinal de Sainte-Cécile, évéque d'Albe, le 5mars 1616. Rome, de Timprimerie de la Chambre apostolique. Tan 4616. Signé : Hagdeiaine Tète-de-Fer (Capiferreus), secrétaire de Tordre des Frères Prêcheurs. »
Nous ferons observer que cette condamnation ne fut ni signée ni approuvée par le Pape. La congrégation de rindex, guidée par un zèle excessif, voulait arrêter les progrès d'une croyance qui, d'après sa conviction, aurait pu servir de prétexte aux ennemis de la foi pour ébranler Tautorilé de TEcriture. Aussi, Godeau, dans son histoire de TEglise, appelle ce jugement plutôt folitique q\x" apostolique. Il est certain que celte condamnation fut une des plus grossières erreurs de Tesprii humain , et en même temps une des plus grandes injustices. Nous avons tracé la vie de Kopemik, nous avons indiqué le but religieux qu'il se proposaitd'atteindre et la manière respectueuse avec laquelle il dédia le fruit de ses labeurs au suprême pontife. Un homme aussi pieux méritait que son œuvre fût examinée avant d'être condamnée, d'autant plus que l'Eglise profitait de ses travaux, et que l'interprétation qu'elle condamnait lui^ervait à déterminer la longueur de l'année et à désigner le jour de Pâques pour toute la chrétienté. Les mathétmticieni^ dit Gassendi, qui^ en eûcéeivtian. du
Cùneilede Trewtê^ furent choisie par h pape'GrifùireXIII pour la correction du calendrier^ se servirent tris utile^ ment des travaux de Kopemik ; comme on le peut remoT" quer par V usage qu^ en a fait Christophe Clavius^ jésuite j un des plus savants mathématiciens qui furent employés à cette ré formation. Ce docte personnage a composé dans son Histoire du Calendrier un chapitre des plus importants sur ce sujets et qui a pour titre : de la période de l'a-
NOlfALIEDESEQUINOXES, ET DE l'iNÉGALITÉ DES AN- NEES, SELON LA DOCTRINE DE NICOLAS KOPERNIK.
Ce serait une grande injustice, dit Tabbé de Vallemon dans son ouvrage intitulé la Sphère du Monde^ de ne pas reconnaître combien ce grand honune, par son ingénieuse période des inégalités des équinoxes, a avancé Taffaire de la réformation du calendrier de l'Eglise. Comme cette réformation dépendait de la connaissance exacte de Tannée solaire, et qu'on ne la pouvait trouver par les observations d'Âlbategnius, parce que cette année solaire (selon leurs supputations) n'était point conforme à la nature; l'Eglise a ordonné» pour ramener et pour contenir dans la suite des siècles l'équinoxe du printemps au 21 mars, que les équations des années solaires se feraient sur l'hypothèse des tables du roi Alphonse; parce que les mathématiciens qui travaillaient à cette réformation, trouvaient que Vannée Alphonsine était égale à Vannée solaire que Kopemik établit pour moyenne entre les deux extrêmes de son incomparable période.
il4 KOFBAHIK
RappeloiK efioore Topinion de Ciaoim, qtd fbt diargé du grand travail de la réforme du calendrier. Il est sans doute le juge le plus compétent pour apprécier les travaux des hommes qui Tontaidéà Taccomplissmienlde son œuvre.
« Nicolas Kopernikf dit-il, à qui nous m tramons peint d'égal dans les siècles pmsés^ et excellent malhématieiende notre temps, en conférant avec uns diligence extrême ses observations d'Hyparque, de Ptolémée^ d'AlbOisgnims et du roi Alphonse ; il a osé, avec une étendue de génie certainement incroyable, sua DE NOCVELLBS HYPOTHÈSES gu'iL A INVENTÉES, démontrer la plus grande et la plus petite durée de l'année solaire^ et réduire Vinégalité de Vannée à une règle certaine quil a établie. Il a trouvé^ par un caicul fondé sur ses hypothèses que Vamnée solaire, selon sa plus grande durée, est un peu plus grande que cMe de Ptolémée,* qui la fait de 365 jours 5 heures 55 fmtiutes 57 secondes et 40 troisièmes; et un peu plus petite que celle d'Albategnius, et qui est de 565 jours ^heures 42 minutes 55 secondes et 7 troisièmes : en sorte que Vannée Alphonsvne tient presque le milieu entre la plus grande et la plus petite durée de Vannée, d
Clavius fait à Kopernik Thonneur d'appeler de son nom, aquinoxium Copernicianum, Téquinoice que TEglise a fiirà au 21 mars et qu'elle suit jusqu'aujourd'hui. » « Le véritable équinoxe Copernioien, dit-il encore, suffit àl'usage de l'Ëglise, afin que la fête de Pftquessoit célébrée en même temps par tout le monde chrétien. »
h» mnm(pm Kopemik reodil par là à Ja réforme du calendrier forée ce savant jésuite à rendre un bommagie public à Tastronome polonais, a Nicolas Kopernik dit-il, a été dans notre siècle un eoceeUent restaurateur de tas^ trononUe. La postérité le célébrera et Vadmirera toujours avec la reconnaissance qui lui est due^ comme à un second Ptolémée. »
George Foumier, savant jésuite, dans son impcNrtant ouvrage de l'Hydrographie , reconnaît que Kopernik a le plus contribué à la réformation du calendrier. Blondel lui rend la même justice dans son bistoire du caleiH drier romain.
Ainsi, d'un côté, Rome se servait des travaux de Kopernik, réformait ie calendrier d'après ses conseils et ses recherches» désignait le jour de Pâques pour toute la chrétienté d'après la méthode qu'il indiquait; et do l'autre, elle trouvait que son livre n'était pas digne d'un chrétien et renfermait des assertions contraires aux vérités catholiques. La sacrée congrégation de l'index, en le condamnant, en le retirant des mains des fidèles, commettait et une grande injustice et une grande imprudence, se signalait par une flagrante contradiction et une criante ingratitude. Aussi cet arrêt ne pouvait^ -il persister longtemps. Le souvenir des services rendus à l'Eglise par Kopernik étaient trop efficaces pour que la conscience de ses juges n'en fût pas ébranlée. Quatre années ne s'étaient pas écoulées qu'ils modifiaient déjà leur sentence. Ils ne condamnaient
216 KOPBINIK
plus Poavrage, ib ne le prohibaient plus; fleulemeiitils exigeaient quelques changements, reconnaissant euxmêmes que l'œuvre de RevoluUonibut contient des choses très utiles à la République.
Voici cette nouvelle décision que Ton peut considérer comme une rétractation de la première :
« Quoique les écrits de Kopernik, astronome illustre, sur les révolutions du monde, aient été tout-àr-fait déclarés condamnables par les pères de la sacrée congrégation de Y Index, par la raison qu'il ne se contente pas de poser hypothôtiquement des principes sur la situation et le mouvement du globe terrestre» entièrement contraires à la sainte Ecriture et à son interprétation véritable et catholique (ce qu'on ne peut absolument tolérer dans un homme chrétien), mais qu'ilose les représenter comme très vrais; néanmoins, parce que ce livre contient des choses très utiles à la République» on est convenu d'un commun accord qu'il fallait permettre les œuvres de Kopernik, imprimées jusqu'à ce jour, comme elles ont été permises, en corrigeant toutefois, d'après les notes suivantes, les passages où il ne s'exprime pas hypothétiquement, mais soutient affirmativement le mouvement de la terre; mais ceux qui seront doréna-> vant imprimés ne le seront qu'avec les corrections suivantes, qui seront placées avant la préface de Kopernik. »
Les corrections étaient insignifiantes.
Le huitième chapitre du premier livre, dans . lequel
ET SES TIATAUX. ^7
Kopernik combat Topinion des anciens sur rimmc^lTté de la terre, et apporte des preuves de sa rotation, fixe surtout Tattention des cardinaux. Il parait que si la stabilité du soleil n*était plus regardée comme une hérésie, on ne voulait pas encore admettre le mouvement de la terre.
« Le huitième chapitre du premier livre pourrait être tout-à-fait retranché, parce qu'il traite expressément de la vérité du mouvement de la terre, en renversant toutes les raisons des anciens qui établissent sa stabilité. Cependant, comme il semble toujours parler problématiquement, tout le livre demeurera en le corrigeant comme ci-après. »
On alléguait que le mouvement de la terre n'était pas une f>érité^ mais seulement une hyfothès».
Le titre onzième du livre de Rmxdutûmibuê est intitulé : De ifipliei motu teUuris demonstratio. DémùnHrc^ tion du triple mouvement de la terre. La sacrée congrégation ordonne de le changer et de lui substituer celui-ci : L'hypothèse du triple mouvement de la terre et sa démonstration. '
{Becretum XXI sacrœ congregat. Indieity p. SI 4 et 245, imprimé à Rome, 1667, à la fin des livres pro« hibés.)
Nous voyons que ce décret ne parle pas de Timmobilité du soleil, n*exige aucun changement à cet égard, substitue seulement, quant au mouvement de la terre, le mot hypothèse à la place de celui de vérité. H'ayon^
SIS ^ ILOPUNU^
nous pas raison d^appeler.cette nouvelle décision la rétraction de la première ?
Cependant cette seconde décision ne nous fait pas oublier la première et toutes les deux nous rappellent le sort de YigUiui évèque de SaUzbourg^ condamné comme hérétique parce qu'il osa le premier annoncer la rotondité de la terre et Texistence des antipodes. Il aiBrmait que les hommes sont répandus autour de la terre en sorte qu'ils ont les uns et les autres les pieds diamétralement opposés. Cette opinion, dont la certitude et la vérité sont démontrées par la découverte de TAmérique, a été prise pour une impiété et une hérésie. Il se trouva un autre évèque, nommé Bonifacede Ifayence, qui réfuta l'opinion de VigUmsen voulant prouver par TEcriture que son assertion était contraire â la vériié catholique. Le malheureux VigUius sucoombaet fut condamné comme hérétique (i).
Tel est le sort des hommes supérieurs, ils ne peuvent pas annoncer une vérité nouvelle sans éveiller l^enyie et la persécution é Tout révélateur est dénigré; bienheureux s'il ne devient pas martyr. Détournons nos regards vde ces tristes souvenirs. Jetons plutétun coup-d'oeil sur les recherches des principaux disciples de Eopernik.^oxkS verrons quelle série de grands hommes poursuivirent l'œuvre qu'il avait commencée, et nous pourrons juger .par les actes de. leur vie ainsi que par leurs productions s'ils ont servi ou s'ils ont combattu la vraie religicm.
(i; Aventiuaé. L*at)bé dé Vàlléàton.
n S««.1«A¥4UX. ^ tM
Les croy&nœs religieuses exercent une grande in- Clueinoe sur les investigations humaines. C'est bien rarement que les observations, les calculs et toutes les ressources dé la raison s'élèvent au^ssus de la conviotion imprimée par l'éducation première, par la foi. La croyance de Tenfant influe et dirige le jugement de rhomme. Sous ce point de vue nous devons reconiialttre que les mythalogies grecque et romaine ne furent pas d'un grand secours aux recherches des mathémath dens et des astronomes.
Tous les phénomènes de la nature s'expliquaient par la fatalité du Deêtin^ enfant du CAoot et de la iVinV. Cette divinité, aussi aveugle qu'implacable, assise sur un ttôhe de fer, agitait une urne qui renfermait le sort des hommes et des dieux. La fatalité était sa règle, aucun principe, aucune loi n'ont influé sur ses arrêts irrévocables.
Le Oiel se forma de l'éther et dévint ie séjour des
9iO KOFEANK
dieux derOlympe. La terre, suspendae dans Tair, oecupait la principale place dans Tanivers. D*autres éléments, tels que le feu et Teau, ont la même origine que la terre, ils sortirent des ténèbres.
Malgré la fatalité du destin, les dieux nombreux de roiympe exerçaient encore une certaine influence dans les limites de leurs attributions. L'imagination des an • ciens les calquait d'après le modèle des hommes, et les faisait agir d'après le désir de leurs sens et de leurs pas* sions. L'amour et la baine, la jalousie et la vengeance, étaient les mobiles qui guidaient et qui divisaient les habitants de l'Olympe. Tels nous les représentent l'histoire et la poésie. Ces divinités ne possédaient aocun attribut de la perfection. Cruelles, elles avaient besoin des sacrifices du sang, ambitieuses, elles luttaient les unes contre les autres.
L'Olympe, loin de nous ofilrir un idéal de l'ordre et de l'unité ne nous représente qu'un tableau de discordes accompagnées de tout le cortégedes vices et des passions. Ses divinités n'obéissaient qu'aux caprices qui pouvaient expliquer les phénomènes <to la nature, sans leur en donner une raison sufiisante.
La foudre, c'est la colère de Jupiter qui la lance pour en imposer aux habitants de la terre et du ciel. Le soleil, c'est la lumière qu'Apollon porte au scinde Téther sous des roues enflammées traînées par des coursiers célestes. Le soir, il se plonge dans les ondes de la mer et s'y repose jusqu'à ce que la vigilante Aurore» vétued'un
ET SBS TmAYAUX. m
habit de pour|»re, ait ouvert les portes de TOri^t et son palais parsemé de roses. Alors, voyant que le ciel com* mence à se colorer et que la lune s^efface, Apollon commande aux heures d'atteler les coursiers à son char lumineux.
C'est ainsi que la mythologie expliquait Tapparence du mouvement solaire; il ne lui est pas plus difficile d'interpréter le flux et le reflux de la mer. C'est Neptune, maître souverain de rOcéan, assis sur un char royal formé d'une conque blanchâtre, qui l'agite avec son trident: À son signe, les vagues obéissent, s'élèvent et s'abaissent.
Les tempêtes et les orages ont aussi une cause pareille : c'est Éole qui enferme les vents dans des grottes profondes, et selon son bon plaisir leur ouvre les portes Qn laissant les éléments à la merci de leur fougue impétueuse.
Le mouvement des corps célestes, les changements dans les éléments étaient provoqués par la volonté des dieux, soumis aux décrets préétablis du Destin. Les mêmes puissances dirigeaient les passions, les sentiments et les actions des hommes. C'est l'inconstante Vénus qui inspire l'amour; c'est Minerve, déesse de la sagesse, qui protège le génie ; c'est le laborieux Vulcain qui relève l'industrie; c'est le servile Mercure qui prend sous sa divine protection toutes les ruses commerciales.
L'ordre, la paix, l'harmonie, l'unité ne pouvaient pas sortir de tant d'éléments discordants; aussi la, guerre
aTait égalemeat son diea et son protecteur. Mani trcMN ▼ait son bonheur et son plaisir dans les oomhats; et la sanguinaire Bellone le suivait partout et tou* jours.
Avec un pareil cortège de divinités, il était facile de désigner les causes de tous les mouvements et de toutes les révolutions. Le génie de Thomme n*avait aucun stimulant à chercher la perfection, quand il ne la trouvait pas même parmi les habitants de TOlympe ; Tanarchie quirégnait parmi eux expliquait rincohérance dans les mouvements des corps célestes, aussi bien qae les désordres enfantés par les passions humaines.
Le système de Ptolémée, qui fait tourner lé soleil et le firmament tout entier autour de la terre, avec ses mouvements irréguliers et avec ses épicycles si nombreux subissait finfluence et était le résultat des croyances païennes. L'esprit de guerre et de conquête qui jetait les nations sur les nations dérivait de la même origine. La science, Tordre social et la politique subissaient le joug du paganisme.
Les rapports sociaux, les relations des pays entre eux, ainsi que la science, devaient subir une'transformation complète à l'apparition et au progrès du christianisme. Les divinités capricieuses d*une puissance limitée agissant sans but et sans principes, disparaissaient devant la majesté du Créateur, dont la prévoyance sans bornes a compté les cheveux sur nos têtes, a pourvu aux: besoins du plus chétif oiseau et vêtu la plahte la
ET Sffd Vëavaux.
plus vuTgai^ mieux que ne Tétait SalOBiôfî dftnr tonte sa gloire. (Saint Mathieu^ vi, 29.)
La terre et le ciel, avec le cortège innombrable de corps célestes, ne tirent plus leur origine d'une puissance aveugle ; ils furent créés par Dieu, qui a tous les attributs de la perfection, qui sépara la lumière des ténèbres, qui avait 'a conscience de son œuvre et qui a vu que tout ce qu'il a fait était bien fait. (Genèse, i, 4,^.
ia,3i.)
« La sagesse, dit Salomon, était établie dès l*éteN nité et dès le commencement, avant que la terre ftt créée.
« Les abîmes il'étaient point encore, lorsqu'elle était conçue.
« Elle était présente lorsque le Seigneur préparait les cieux et qu'il leur prescrivait une loi inviolable.
« Lorsqu'il renfermait la mer dans ses limites, et qu'il imposait une loi aux eaux, afin qu'elles ne passassent point leurs bornes; lorsqu'il posait les fondements de la terre, la sagesse était là.
a Elle était avec le Seigneur et réglait toute chose. (Proverbes, viii, 22, 27, 29, 50.)
Ces axiomes mathématiques et en même temps ces premières bases de la vraie religion, constituèrent longtemps la croyance d'une seule race, d'une faible portion des habitants de notre globe. Le christianisme élargit leur règne et en fit le partage du genre humain.
114 KomniK
c Ne penaet pas, dit Jésus Christ, que je sois venu détruire la loi et les prophètes ; je ne suis pas venu les détruire, mais les accomplir. (Saint Matthieu, ▼, 17.)
Aussi le christianisme n'a pas pour mission de lutter contre la religion de Moïse; il la ramène seulement isa pureté primitive, et élargit son action providentielle restreinte i une nation, à toutes lès nations, à toutes les races.
D'après l'ancien testament, que TEvangile ne doit pas combattre^ mais accomplir ^ Dieu créa Thomme à son image et à sa ressemblance, en lui donnant une &me, l'intelligence et le pouvoir, en lui soumettant les animaux, les poissons et les oiseaux, en lui confiant la gestion du globe, en lui imposant des devoirs, en le rendant responsable de ses actes. (Genèse, i, 26.)
D'être sensuel et passif, Thomme devenait un agent actif qui avait une mission et une t&che à remplir. En même temps le monde s'agrandissait aux yeux de l'intelligence humaine, et avec lui l'idée de la puissance et de la perfection du Créateur.
Dès lors l'homme religieux et l'homme de la science eurent de nouveaux devoirs à accomplir : le premier consacrait sa vie à la réforme d'une organisation sociale qui n'était pas en rapport avec la sagesse du Créateur. Sa tâche sacrée était celle de substituer au r^ne des divinités païennes et de leurs iniquités le royaume de Dieu avec sa justice; faire triompher l'amour du prochain & la place du droit du plus fort; remplacer l'igno-
E| 8» TftAYAUX . : 115
rance par là lumièçe, le mensonge par la vérité; substituer la paix, Tordre et rharmonie aux discordes, à Tanarchie et à la guerre. L'homme de la science, en contemplant et en étudiant la nature, devait rejeter tout système et toute interprétation qui ne représentaient pas Tidéal de la perfection.
Si les sociétéi humaioes ne^nt pas arrivées à cette perfection si désirable ; si la science n'a pas atteint cette hauteur, il ne faut pas en accuser la religion, mais la force des circonstances et les hommes qui n'en ont pas compris toute la portée, qui n'en ont pas rempli tous les devoirs.
Le christianisme trouva à son début la société divisée en deux partis distincts : d'un côté les maîtres, de l'autre les esclaves, victimes des plus cruels abus. Le maître croyait au destin qui lui accordait le privilège de sévir; dans sa croyance païenne, il trouvait son droit et son excuse. L'esclave se résignait, parce qu'il était convaincu qu'une divinité aussi aveugle qu'implacable l'avait condamné pour toujours. La femme, compagne de l'homme, ornement de sa vie, qui doit prendre part à ses devoirs et à son bonheur, était avilie et dégradée, considérée comme instrument passif de ses plaisirs sensuels.
Cet état monstrueux pouvait exister et durer sous le règne des divinités païennes ; il devait disparaître avec l'Évangile. Aussi le christianisme, avant l'accomplissement de tout autre devoir, avait pour mission de ré-
116 KOimmK^
pandre la mie lumière et Tamoiur, de fléohir le oœar des maîtres, de consoler et de relever les esclaves. L'Évaogile était un baume apporté aux pauvres et aux persécutés ; il transformait un esolave maudit en un enfknt de Dieu. Le maître, jusque-là paisible tyran, qui ne devait aucun compte de ses actes ni aux dieux ni aux honmies, apprenait que les esclaves étaient ses frères, et qu'il était responsable devant rÊtre suprême, non-seulement pour tout acte cruel, pour toute parole outrageante, mais même pour chaque pensée qui n'était pas conforme à la justice divine.
Les plaisirs sensuels, Toppression du faible par le fort, l'ambition et Tégoïsme, étaient le pivot de la société païenne. Le christianisme lui substitua l'amour et la justice. De ce moment, la femme prit sa place légitime dans la famille humaine.
Il n'est pas étonnant que, pendant tout le temps de cette révolution, la science n'occupât qu'une place secondaire : il fallait courir au plus pressé, briser l'idolâtrie et avec elle les chaînes de l'esclavage qu'elle avait créé. Occupés à dissiper Terreur religieuse et à réparer l'injustice sociale, les premiers chrétiens ne pouvaient pas consacrer leur temps à la culture des sciences. C'est pourquoi les erreurs scientifiques des païens persistèrent pendant plusieurs siècles au sein du christianisme. C'est l'explication de la durée si longue du règne de Ptolémée. Mais il ne faut pas croire
ET Sn^tWiAyAVX.
que le chri^atiismé soit hostile aiit redlerchés de la science : il ne redoute pasTexamen, il ne condamne pas la raison, qui est aussi un des plus généreux dons du prévoyant Créateur. Au contraire, l'Evangile provoque et recommande les investigations ; il promet un plefb succès à celui qui, s'inclinant devant TÊtre suprême, cherche i découvrir la vérité , à dissiper les ténèbres.
ce Cherchez et vous trouverez ; on ouvrira à celui qut frappe ; il tfy a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien qui ne doive être connu. (Saint-Luc, xr, i 9, 10 ; XII, 2.)
Voilà la tâche indiquée et les limites posées. Que la raison s'incline devant le Créateur, et ses investigations perceront les mystères de la création. Le pouvoir législatif appartient à TÈtre suprême, la faculté d'interpréter est laissée sans limites à l'homme religieux.
L'Évangile ne pouvait s'occuper des mystères qui touchent l'âme, la création et ses lois, parce que l^s hommes, avec leurs idées d'alors, ne pouvaient pas les comprendre.
« Si vous ne croyez pas, lorsque je vous parle des choses de la terre, dit Jésus k Nicodcme, comment n^ croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses du ciel?» (Saint-Jean, m, 12.)
Le Dieu des chrétiens est le Dieu de la lumière : « Je suis venu dans le monde , moi qui
9i|$ KOPUUCIK '
suis la lumière, afin que tous ceux qui oroieot en moi ne demeurent point dans les lénëbres.» (Sainl-Jean, vj. 46.)
Après cette courte exposition de la pensée chrétienne, qu*il nous soit permis d'en appeler au jugement de tout homme religieux, de tout chrétien éclairé. KoperHik^ en consacrant toute sa vie à des actes charitables et à la recherche des lois du Créateur, ne se conforma-t-il pas exactement aux préceptes de TEvangile ? En cherchant dans la création Tidéal de la perfection, n'a-t-il pas répondu à Tidée que nous devons nous Caire de rÉtre suprême? Ce mariage de la piété avec les investigations scientifiques, des calculs avec les prières, de la découverte la plus admirable avec la charité constante, ne nous ofire-t-il pas le modèle d'un sage pieux tel que le christianisme le désire ? Et si Dieu, selon les prophéties de TEvangile.. couronna ses découvertes d'un plein succès, s'il lui a permis de lire dans le livre de la création et de déchiffrer la première page du code céleste, TEglise n'aurait-elle pas mieux fait de compter Kopemik au nombre des saints et des élus, que de le laisser condamner et signaler comme un mauvais chrétien T
Si, dans nos recherches, nous avons trouvé des preuves convainquantes que ses disciples se distinguaient par le même esprit religieux; si leurs pieux et scientifiques travaux ont été couronnés par des découvertes de la plus haute importance, ne nous sera-t-il pas per-
ET sfièMAtlix. ^
mis d'alfirmerque Kopernik, par sa vie et par 5 es Iravaux, a rendu un service non moins signalé à la religion qu'à la science ?
130 KOratHUL
L'exposition de Âhetituê el Toeuvre de Revolutionihus un demi-siècle après la mort de Kopernik, trouvèrent un lecteur qui sut les apprécier et qui en comprit toute la portée.
Je veux parler de Michel Maestlin, professeur do mathématiques à Tubingue, Il partageait les erreurs des anciens, et publia môme un abrégé de rastronomie,dans lequel il soutient Timmobilité de la terre. Mais au déclin de ses jours, après avoir examiné Tinterprélation de Kopernik, il en devint le plus chaleureux et le plus persévérant partisan. Il le manifestait hautement dans ses cours, dans ses conversations, dans ses correspondances. Son désir le plus ardent était celui de trouver un disciple qui eût pu continuer Pœuvre de Kopernik. Ses vœux à cet égard furent exaucés. Il eût le bonheur d'attirer à la nouvelle théorie les deux hommes les plus
ET SES TlàVAUX. . tH
éminents de leur époque, Kepler et GaUUe^M premier par ses cours, le second par ses conversations.
Kepler, fatigué par les obstacles et les contradic-» tions qu'il rencontrait à chaque pas dans Tétude de rancien système astronomique, saisit avec empresse-* ment Texposition qui le frappait par sa simplicité, qui répondait à ses sentiments, et qui ouvrait un vaste champ aux investigations nouvelles. GoM^^, entrain^ par la chaleur avec laquelle Matstlin défendait les by* pothèses de Kopernik, examina sa doctrine et embrassa la théorie qui fut cause de ses malheurs et de sa gloire, Aussi, gr&ce aux efforts du vénérable Maesilin^ les deux plus grands génies de TAllemagne et de ritalie donnèrent un nouvel éclat aux travaux deFastronomf polonais.
Kepler, doué de talents supérieurs, possédait lesqualités les plus diverses : une ardente et vaste imagination, un esprit d'examen et d'analyse, une facile conception, une rare persévérance dans les travaux fastidieux des calculs, et, ce qui nous intéresse le plus, une érudition profonde unie & la piété la plus sincère.
Aussi, à peine eût-il saisit la pensée de Kopermk, qu'il s'empare dç ses travaux, les vérifie, les développe et les étend aux limites qui effrayent l'imagination. Plus il avance dans ses recherches, plus son enthou-» siasme grandit et pour l'astronome qui lui a ouvert le temple des harmonies célestes, et pour le professeur qui lui a signalé ce trésor inépuisable.
Avide âe poursoiiTe ses invesiigalknist il ne se borne pas à observer les effets, il cherche les causes, et trouve radmirable proportion des orbes célestes, la raison de leur nombre et de leur grandeur. Li où Vœil ne peut ptaèirer, il devioe l'existence d'une planète et explique son mouveroent bien avant que Tinvention du télescope eût confirmé la justesse de sa prédiction et la puissance du génie de Thomme.
L'unité dans le mouvement des corps célestes, les lois immuables qui président à leur marche, les rapports qui existent entre la distance, la grandeur et la vitesse , comblent son âme d'un enthousiasme sans bornes pour l'auguste auteur des harmonies célestes. Il prévoit les principes et les luis de la création, et dans son extase, il tombe à genoux et prie le Seigneur de lui permettre de faire quelques découvertes pour apporter des preuves nouvelles de la vérité révélée par Kopermk. m Deum semper oraveram, si quidem Copernicus vera dixisset uti islasuccederent.» (ProdromusJntroductionw)
Il prie et se livre tout entier à des travaux immenses; jour et nuit on le voit explorer le temple majestueux dont le restaurateur de l'astronomie lui a ouvertles portes. Que d'hypothèses posées et rejetées, que de calculs commencés et abandonnés, que de conceptions à peine ébauchées, mais en même temps combien d'idées énoncées, de vérités prouvées, de lois déterminées! La science immortalisa son nom en nommant les lois du mouvement dont il a découvert la base, lois de
ET SES THAVAtK. 255
Kepkr. Mais nous ne pouvons pas cacher nôtre élonnement de ce que la France ne possède pas une traduction de ses œuvres. C'est peut-être la cause qu'un grand nombre de ses conceptions restent sans développement, et qu'une foule d'hypothèses condamnées comme rêves d'une brillante imagination attend :nt encore un nouvel examen.
Quel était le but de toutes les recherches de Kepler^, Etait-ce seulement le désir de gloire qui enchaînait à des travaux si pénibles le jeune élève de MaestUn? I! nous apprend lui-même, qu'il jouissait d'un bonheur immense à se promener dans le majestueux temple de la création, et il brûlait du désir de faire partager sa joie et son bonheur à tous les hommes capables de le comprendre. Il voulait apporter des preuves nouvelles de la souveraine sagesse du Créateur. Aussi , lorsque ses calculs et ses spéculations métaphysiques donnèrent raison àKopernik, quand il eût saisit les lois du mouvement des corps célestes, il n'attendit pas neuf ans pour perfectionner son œuvre, pour lui donner la précision, le fini; il pria de nouveau l'Etre suprême de lui procurer les moyens de publier le pi us tôtpossible le fruit de ses recherches, cet hymne en Thonneur du souvetaia législateur. «Que me fait, dit-il, qu'il se trouve dans mon ouvrage quelques inexactitudes, si j'apporte des preuves de la sagesse du Créateur! On n'a pas besoin d'attendre neuf ans quand on veut honorer l'Être suprême.
tS4 KOPBRICIK
Il livre son manuscrit à son professeur MoêêiUn, qu'il vénère à Tégal de son père. Le vieillard, fier d'avoir un tel disciple, publie deux fois son premier ouvrage en y ajoutant Texposition de la théorie de Kopemik.
La première édition parut à Tubingue en 1596^ la seconde à Francfort en 1621. Voici le titre ;
aProdromus dissertationum continens mysterium cosmographicum de admirabili proportione orbium cœlestiumi deque causis cœlorum numerij magnitudinisv motuumque périodicorum genuinis et propriis ; demonstratum per quinque regularia corpora geométrica. — Tubingœ in lucem datus, annoChristi 1596; a Johanne Keplero Wirtembergico, tune temporis illustrium Styriffî provincialiœ mathematico. »
Dans la seconde édition nous trouvons encore :
« Addita est : narratio M. Georgii Joacbimi Rhetioi de libris revolutionum atque admirandis de numéro, ordine, et distantiis sphaerarum mundi bypothesibus excellentissimi mathematici, totiusque astronomiaB restau ratoris Nicolai Càpernici.
L'esprit religieux qui se manifeste à la première page de cet ouvrage de Kepler ne l'abandonne jamais. Il est Pâme de ses recherches, le but de ses investigations. Convaincu de la pureté de ses intentions, de la valeur des travaux accomplis, Kepler parle quelquefois avec une fierté légitime quand il s'adresse aux hommes; mais il est toujours humble et respectueux lorsqu'il prononce le nom du Créateur. Sa joie fut* extrême
ET SES TBAYAPX.
quand il trouya dans les corps réguliers la raison de$ distances et du nombre des planètes, mais lorsqu'il découvrit les lois du mouvement, les bases des harmonies célestes, son extase n'eût pas de limites, il en conserve la date, le raconta avec orgueil et s'élève dans sa propre pensée au dessus des autres hommes. On peut bien respecter cette fierté par le but sublime qu'il se proposait d'atteindre.
« Depuis huit mois» dit-il, j'ai vu le premier rayon de lumière; depuis trois moi^ J'ai vu le jour; enfin^depuis peu de jours, j'ai vu le soleil de la plus admirable contemplation. Rien ne me retient, je me livre i, mon enthousiasme; je veux insulter aux mortels par l'aveu ingénu que j'ai dérobé les vases d'or des Egyptiens, pour en former àv mon Dieu un tabernacle loin des confins de l'Egypte. Si vous me pardonnez, je m'en rejouirai; si vous m'en faites un reproche, je le sup-^ porterai. Le sort en est jeté : j'écris mon livre; il sera lu par l'âge présent ou la postérité, peu m'importe; il pourra attendre son lecteur: Dieu n'a-t-il pas attendu six mille ans un contemplateur de ses oeuvres ? » (Har-^ joonices Hundi.)
Que la science est belle quand elle se renferme dans ses limites légitimes! Que la raison humaine est puissante quand elle laisse à l'Être suprême le pouvoir législatif, et quand elle prend pour tâche la recherche da^s loiS) l'interprétation de ses o&uyres! Certes, il est . ff^mï^ i m tmem ;^ligi#ux d<^ m glprifiar de se«f trar
251) KOPERMK
vaux qaand ils ont pour objet Tétude de la création, pour but et pour résultat Tadmiration du Créateur. Quelle différence entre Kopemik elKepUr et les savants de nos jours! Depuis le dix-huitiéme siècle, on étadie4a science pour la science, on observe le mouvement pour le mouvement. L*àme de Thomme et son esprit se sont changés en un instrument mécanique qui ne fait qu*observcr et calculer. On dirait que le monde n>st qu^un vaste iliëàtre destiné à amuser nos yeux et que des millions (le globes jetés dans Fespace roulent seulement pour embarrasser les géomètres. On observe tes eflfets, on mesure les distances, la vitesse, on ne cherche pas les causes, on ne signale aucun but à tant de travaux. Le tabernacle élevé à l'Eternel parKopemifcetKe/rferest déserté. L'astronomie, cette reine des sciences, a déposé son sceptre, elle attend un nouveau génie pour lui rappeler sa majesté et sa haute destinée.
L'unité qui se manifeste dans l'universalité de la création, conduisit Kepler à chercher des rapports entre l'harmotiie musicale et l'harmonie sidérale. L^analogie lui sert de guide, les propriétés qu'il aperçoit ^ans un corps céleste lui font les chercher et les observer dans d'autres. Non-seulement il croit que les orbes célestes sont habitées, mais il a la plus profonde conviction que ce sont des êtres vivants, ayant leur àme et exerçant une influence réciproque les uns sur les autres. Le soleil, ce foyer de lumière et de chaleur, occupe la première place dans notre tourbillon, il imprime le mouve*
ET sm nAViXJx. issi
ment aux pinnètes, les réchauffe^ les éclaire, les uiime en noas offrant une image palpable de la Providence invisible. SI, par le résultat de ses hypothèses, la terre devient un atome, un point inaperçu dans Timmensilé des mondes, ce n'est pas au profit de Torgueil humain, c'est pour faire mieux sentir la majesté du Créateur dont la puissance n'a pas pris la terre peut but, mai^ en a fait la minime portion de la création.
Nous signalons ces idées de Kepler pour montrer la hauteur à laquelle s'élève son génie, pour indiquer que le profond mathématicien, qui a découvert les lois du mouvepientdes corps célestes ne se contenta pas d'observer les effets ; son àme avait besoin de chercher les causes pour arriver à la cause première. Cet esprit des investigations composées, nous le retrouvons dans tous ses travaux, dans le Prodrome, dans les HarmonJes cé^ lestes et dans son immortel ouvrage :«Astronomia nova seu physica cselestis tradita commentariis de motibus stellœ Martis. »
Si la science doit à Kepler les premières bases de la physique et de la mécanique célestes, s'il a prédit l'existence d'une planète que l'on ne pouvait apercevoir qu'avec l'aide du télescope, s'il a annoncé bien avant Galilée la rotation du soleil autour de son axe, il ne faut pas l'attribuer à un heureux hasard, car il est arrivé à ses belles découvertes par de longs et pénibles travaux.
« Si celte méthode, dit-il dans un passage, vous pa--
S38 KOiMIllK -
ralt pénible èl donoyeuse, prenet dooo |Rtîé.dé i qui ai fait ces calouU soixante-dix fois^ at m toua étonnez pas que j'aie passé cinq ans sur cette tbéorîe de Mars.» (Astronomie nova-)
Dans rintroductton de cet ouvrage qui lui a ooftié tant de peines, il explique pourquoi il a adopté Tinterprétation de KopemiA:, répond viotorieusemmit à^Miit qui trouvent sa pensée contraire & laSafnie-Eoriture et donne les premières bases de rattractton que Timmortel Newton a développée et élevée & la baiotdur d^une science exacte.
En témoignant son respect pour Tautorité deTéglise» Ké!|7[er affirme que TÉcriture en parlant aux hcmimes du peuple devait se servir d'un langage à leur portée. II cite et interprète les paroles de Job, de Josué, du Psalmiste et de TEcclésiaste et rappelle qu*ils employaient des expressions vulgaires pour se faire mieux com* prendre par la masse, qui, n'étant pas versée dans la science, n'aurait pu saisir la pensée réelle si elle eût été exprimée avec précision. Dieu , dit-il , a compris la pensée de Josué quand il lui demanda d^arrèter le soleil.
On a voulu tourner contre l'hypothèse de Kopemik cette phrase de VEetUiiaite :
a Une race passe et une autre lui succède , mais la terre demeure toujours. »
Kephr explique la pensée intime du fils de David; il voulait dire que i malgré la succession des races, la
BT Mi nUtMX.
terre, comme domicile et sftjoar des hoflUoes, reste la même.
« Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le Orma^ment publie les ouvrages de ses mains.
€ Un jour annonce cette vérité & un autre Jour, et une nuit en donne la connaissance à une autre nuit.
« Le soleil est comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale : il sort plein d'ardeur pour courir comme un géant dans sa carrière.
« Il part de l'extrémité du ciel ; il arrivé jusqu'à l'autre extrémité ; et il n'y a personne qui se cache à sa chaleur, t Ps. xvni.
Ces dernières paroles de David annonçaient le mouvement du soleil , et furent citées pour prouver l'impiété de Kopemik, Kepler en explique le sens véritable. LePsalmiste chantant la puissance du Seigneur, en s'adressant au peuple, lui parlait un langage qui pouvait être compris par lui. Il signalait à l'admiration des fidèles ce que leurs yeux voyaient, ce que leurs sens comprenaient. Le roi-poète ne voulait ni enseigner l'astronomie , ni expliquer la marche des corps célestes ; « car s'il avait eu cette pensée, il aurait parlé du mouvement des planètes autour du soleil. Rien n'est plus admirable, rien n'est plus beau, rien ne témoigne plus visiblement de la sagesse dû souverain législateur. »
a Non enîm omisisset mentionem quinque planetarum quorum motu nihil est admirabllius, nihil pulchrius... nihil quod de conditoris sapientia testetur evi-
deniius apud.eo» jpii capiunt. |i. ( Afinmomim nova.)
Kepler s'adresse encore à ses lecteiirt, ea \6$ priant de ne pas oublier un seul instant te boi^dîviifté» «Louez avec moi la sagesse et lagrandeur du Seigneur. Je vous démontrerai sa puissance et sa prévoyance iltionlées dans la Forme , dans le nombre et daoi 4a matidbajee corps célestes ; je vous le prouverai en oberAvitJanl^ son de tous les effets, la cause de toaiês I«i' cAvc^ato».
a S'il y a des personnes d*un e^itfi^ihfe fui m p9flH vent pas saisir les vérités astronomiqittSv iMt Ji'ime ne peut pas apprécier lu piété inoffensive de K6pi|$ro&, je leur conseille d'abandonner le domaine de la science et de rejeter certaines hypothèses des philosophes. Qu'elles abandonnent notre pérégrination mondaine , qu'elles retournent dans leurs foyers domestiques. Elles peuvent admirer le créateur en contemplant le ciel de leurs propres yeux sans avoir besoin d'approfondir les lois du mouvement et la raison de leur marche harmonique. Leur prière aura autant de valeur que celle des mathématiciens auxquels Dieu a permis de. percer les mystères de la création , de voir par Fœil de la pensée , et de lui offrir une admiration plus profonde et un culte supérieur. »
« Certus, se non minorem Deo cultum prestare, quam astronomum, cuiDeushoc dédit ut mentis oculo, perspicacius videat, quamque invenit, superiasDeum suum et ipsum celebrare possit et velit. » (Asironomia nova; introduction.)
ET Mi nyraàux. iU
Cependant, midgré Umito ratpeot éàSi^er pour la sainte Écriture , if n'adrnettait pais que le3 prophètes et les gardiens de la pensée ohfétienne fussent se trouver en «xmtradictioa avec ia^Mtf q«i est l'esprit de Dieu. H distiiigQe admirablement & t»t égard la mission àê h théologie et delà idiilosophie.
La base de la première, cV^trOT^orii^; la base de .t'aiilré;. c'est la rof «en. « lAnctmUiufy dit-il, est saint, bien qu'il n'ait pas adopté la sphéricité de la terrç. Saint est Augustin qui, en admettant la rotondité da la terre, ne voulait pas croire aux antipodes. Il est saint ce tribunal qui trouve que la terre est bien petite en comparaison des autres corps célestes , et qui ne veut pas croire qu'elle roule et qu'elle est portée par eux. Mais plus sainte est la vérité qui prouve la rotondité de la terre, l'existence des antipodes et son mouvement autour du soleil. Tout en témoignant de mon respect pour l'autorité de l'Église, je le prouverai par des preuves philosophiques. »
« At magis mihi sancta veritaS; qui terram et rotundam et antipodibus circum habitatam et contemplissimsB parvitatis esse et denique per sidéra ferri salyo doctorum ecclesiœ respectu ex philosophia demonstro. » [Astronomia nova; introduction.) . L'homme supérieur qui à une profonde érudition unissait une piété si profonde et si éclairée devait être heureux dans ses investigations; la Providence devait bénir ses soientiliques efforts. En eiffet, ses découvertes
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lui ont ?ala le titre de législateur en astronomie. Il a trouvé deslois qui ont échappé aux générations qui l'ont précédé ; il a préparé la voie de celles qui devaient lui succéder. Newtona trou? édans ses csuvres les éléments de la science dont il dota le genre humain. Voltaini se trompe en attribuant à la chute d'une poire Ut première idée de Tattraction et de ses lois.
Le génie de Newton fntréveillé par JEûpenift et Mâpkr. Le premier donna la définition de rattraction» de cette propriété commune à tous les corps célestes ; le second lui donna un plus large développement dans la théorie de Mars. Nous en citerons quelques passages pour indiquer la marche des idées « pour prouver qu'il suffisait d'ouvrir une page du livre de la création pour que les hommes supérieurs pussent y trouver le code de l'Étemel.
« Toute substance corporelle, dit Kepler, en tant que corporelle, est propre à rester eil repos en tout lieu où elle serait solitaire , et hors de la sphère de vertu d*un autre corps.
« La gravité est une affection corporelle , réciproque entre deiix corps de même espèce , qui les porte i se réunir; en sorte que la terre attire une pierre beaucoup plus que la pierre n'attlire la terre.
«Les graves ne sont pas portés vers le centredy monde, comme centre du monde, mais comme au centre d'un corps rond et de même nature, c'estrà-dire de la terre. Aihsi, quelque part que nous placions la terre, ou que
ET S£S TBATAUX. 9M
nous la transporticms , elle jouira toujours de la même faculté aiifoMi/e; partout les graves se porteront sur elle.
«Si la terre n'était pas ronde, les graves ne se dirigeraient pas droit vers le centre, mais ils se dirigeraient vers des points divers.
«Si deux pierres étaient placées en un lieu du monde, voisines Tune de Tautre, et hors de-la sphère de vertu d'un troisième corps de même nature, ces deux pierres, comme deux corps magnétiques, se réuniraient au milieu de rintervalle i^m les sépare, Tun s'approchant vers l'autre en proportion de la masse de cet autre.
« Si la lune et la terre n'étaient pas retenues par une force animale ou une force équipoilente, chacune dans son propre circuit, la terre monterait vers la lune de^ de l'intervalle, la lune descendrait vers la terre des 53 parties restantes; et là elles se réuniraient, en les supposant toutes deux de même densité.
«Si la terrecessait d'amVerses eaux, toute la mer s'élèverait et se réunirait à la lune. La sphère de foroe tractoire de la lune s'étend jusqu'à la terre et entraîne les eaux vers la zone torride ; en sorte qu'elles tiennent à la rencontre de la lune, au point qui a la lune à son zénit. L'eEfet est peu sensible dans les mers fermées, il l'est beaucoup plus dans les mersd'une grande étendue, où le mouvement alternatif des eaux a plus de liberté. Il arrive de là que les rivage» dies zones latérales restent à découvert ; l^ même ctH)se a lieu dans Ws ffAf^ qui
tu KOPBRNIK
communiquent avec rOcéan. Quand les eauY de TOcéan s'élèvent, il est possible que dans des golfes étroits,pourvu qu'ils ne soient pas trop étroitement fermés , les eaux paraissent fuir en présence de la lune; elles s'abaissent à cause de la quantité d'eau qui en a élé soustraite.
«Lalune passe rapidement auzénit,le5 eaux ne peuvent la suivre aussi vite. Le flux se fait dans la lone torride vers Toccident, jusqu'à ce qu'il frappe contre le rivage opposé ; là, il est courbé, la réunion des eaux se dissipe, quand la lune s'éloigne, parce qu'elles se trouvent délaissées par la force qui les mettait en mouve- Tfnent ; et la vitesse que les eaux gagnent fait qu'elles sautent sur leurs rives et qu'elles les couvrent ; cette vitesse , acquise en l'absence de la lune, en fait naître une autre, jusqu'à ce que la lune, de retour, reprenne les rênes. Ainsi, les rivages également ouverts sont remplis au même moment ; ceux qui sont enfoncés sont remplis plus tard et d'une manière variée, suivant les circonstances locales.
«C'est là, pour le dire en passant, ce qui accumule les syrtes et les amas de sable ; des îles naissent ou sont rongées; la terre molle et friable de l'Inde paraît avoir été rompue et creusée par le cours des eaux , aidé encore par un mouvement général de la terre; elle était une et continue depuis la Chersonèse d'Or, vers l'orient et le midi ; l'océan , qui était derrière, entre la Chine et l'Amérique, s'est fait un passage, et îes cMes des Mo-
luques et des autres iles qui s'étendent dans la haute mer, nous déguisent un peu la vérité de ce fait, parce que le niveau des mers est baissé par cette invasion.
«Il suit de là que, si la force de la lune s'étend jusqu'à la terre, à plus forte raison celle de la terre doit s'étendre jusqu'à la lune , et beaucoup plus loin ; et que rien de ce qui est analogue à la nature de la terre ne peut échapper à cette force Iractoire.
« Rien n'est léger absolument s'il est matériel ; il ne peut être léger que comparativement , parce qu'il est plus rare , soit de sa nature , soit que la chaleur l'ait dilaté. Je n'appelle pas rare ce qui est poreux ou creux, mais, en général, ce qui , sous un volume donné, ren^. ferme moins de matière.
«Le mouvement suit la définition de la légèreté ; il ne faut pas s'imaginer que les corps légers montent et. ne sont point attirés : ils sont moins attirés que les graves, et les graves les expulsent; mais quand cet effet a lieu, ils s'arrêtent à la place qu'ils occupent , et y sont retenus par la terre. Mais , quoique la vertu tractoire de iBr terre s'étende fort loin , cependant , si une pienre était lancée à une distance comparable au diamètre de la terre , il est vrai que la terre se mouvant , la pierre ne la suivrait pas si exactement, et que sa force de résistance se combinerait avec la force tractoire de la terre , et qu'ainsi elle se dégagerait en partie de la force de la terre, ainsr que nous vQvons dans les projectiles qui s'écartent du lieu où ils ont été lancés, sans que le
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mouvement de la terre puisse empêcher œ mouveroeiit, quand il est dans toute sa force.
Mais, parce qu'aucun projectile ne peut être lancé à lacent-millième partie du diamètre de la terre, il s'ensuit que la fumée et les nuages ne peuvent résister au mouvement général; ainsi, ce qui sera projeté perpendiculairement retombera au môme lieu» nonobstant le mouvement de la terre, qui entraîne avec elle tous les corps qui sont dans Tatmosphëre, comme si ces corps la touchaient.
Ces vérités bien comprises et soigneusement examinées, on verra s'évanouir cette absurdité et cette impossibilité imaginaire qu'on objecte au mouvement de la terre » (Astronomia nova).
Cette courte citation ne prouvp-t-elle pas suffisamment à qui la science doit ses premières notions de la physique céleste. £ep2er lit dans Touvrage de iSTopenui la définition de la pesanteur; frappé par la grandeur de cette conception, il observe les propriétés de l'attraction et en indique l'action et les lois. Le génie de Newton a donc trouvé dans la théorie de Mars les éléments de la science qui immortalisa son nom. t Jamais» dit justement Eœnig, professeur de philosophie à Franecker» Newton n'aurait pu élaborer le livre des principes s'il n'eût pas été mis sur la voie par les travaux de Kepler. »
Toutes les productions de cet astronome, comme Dpus l'avons pu r§piarquer, tendaient à CQQsplider par
ET S^ TlUVAUX. %il
de noavaux calculs, par des découvertes nouvelles, rinterprétation de Kopermk. C'est sans doute pour ei) donner une preuve ostensible qu'il publia Texposition de Tastronomie nouvelle, sous le titre : Efitom (^tro^ nomiœ Copemicanœ. Il y ajouta des notes instructives et y signala ses plus importantes découvertes, ^ntrç autres le théorème des aires proportionnelles au temp^i et celui que les carrés des temps sont comme les cubes des distances. Souvent, pour mteux démontrer sa supériorité, il compare rinterprétation de Tastronome polonais aveê Tancien système.Quand il arrive aux stations et aux rétrogradations^, «C'est ici, dit-il, le triomphe de Tastronomie copemidenne. L'astronomie anci^ne ne peut que se taire et admirer, la nouvelle parle et rend raison de tout; l'ancienne multiplie les épicycles» la nouvelle, beaucoup plus simple, explique tout par le seul mouvement de la terre autour du t^eil.B
Nous ne terminerons par ee chapitre sans donner une faible idée d'une ingénieuse conception de Kepler. Préoccupé de démontrer, partons les moyens possibles, la vérité dé la théorie de Kopemik, il imagine un rêve. Un des disciples de Tychù-BràlU arrive à la lune ^ nous décrit les notions des habitants de ce satellite; ils croient que la lune est placée au centre de Tunivers, que la terre, le soleil et tout le firmament tournent autour d'elle. Ils pensent encore que la lune oecifpe la première place dans Tunivers; enfin, tout ce que l'or* gueil et les préjugés noue ont Mt eroir» de là deslMs
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de la terrei il le met dans la bouche des habitants de la lune, en nous faisant voirie ridicule de notre présomption, en nous rendant plus palpable cette vérité, que la terre loin d'être un corps privilégié et supérieur aux autres, n'est qu'un atome dans Timmensité et sou« rois aux mêmes lois que les autres corps de la créa' tion.
Nous avons vu que les premières paroles de Kepler témoignent de son plus profond respect pour Fauguste auteur de la nature. Nous verrons que les découvertes qu'il a faites, ainsi que les travaux qu'il a accomplis, n'ont pasaffiiibli sa foi . Voici ce que nous trouvons dans ces Harmonies c^estes.
« Je te rends grâce. Seigneur, de ce que tu as permis de me réjouir et de m'extasier dans la contemplation des œuvres de tes mains. J'ai terminé mon ouvrage et me suis servi dib toute la puissance des facultés que tu m'a données. J'ai proclamé ta gloire à tous ceux qui liront ces démonstrations, autant que me Tout permis mes fisiibles moyens. Mon esprit était trop vif pour produire une œuvre parfaitement correcte. Si j'ai avancé quelque chose qui n'est pas digne de ta sagesse, par* donne à un vermisseau né et élevé au milieu des pécheurs. Permets-moi de corriger mes erreurs et sois indulgent si, frappé d'admiration pour tes œuvres, je suis devenu fier de mes travaux et si, en m'adressant aux hommes, je n'ai point oublié m'a glojre person* neUe. » (Harmamees Page 243.)
Enfin, il termine ses œuvres comme il lésa commencées, en adressant cet hymne à l'Eternel.
«Il est grand notre Seigneur. Ciel, soleil, lune et planètes, proclamez sa gloire, n'importe quels sont vos moyens de sentir, n'importe quelle est la langue par laquelle vous pouvez exprimer vos impressions. Proclamez sa gloire, harmonies célestes, et vous aussi témoins et juges de ces vérités dévoilées. Toi, surtout, Maestlin, vieillard respectable, parce que tu encourageais mes pénibles travaux. Et loi, mon âme, chante la gloire de l'Eternel pendant toute la durée de mon existence. Parce que tout ce qui est, vient de Lui, tout existe par Lui, tout est en Lui, aussi bien ce que nous connaissons et ce que nous ne connaissons pas. A Lui seul honneur et gloire m secula seculorum amen.n
Tel était Kepler dans ses ouvrages ; le même sentiment religieux se retrouve dans s^.correspondances les plus intimes. Dans une lettre adressée à Galilée, il déclare a qu'il a écrit avec toute la liberté germanique, mais qu'il est chrétien, fils de févangile et a toujours embrassé et approuvé la doctrine catholique de toutç la force de son âme. a
Ainsi l'étude et la science, loin de rendre Kepler impie ou athée, affermirent sa foi et ajoutèrent à sa croyance les preuves mathématiques de la sagesse suprême du Créateur des mondes.
Comment la société a-t-elle récompensé cet homme religieux qui a rendu de si grands services à la science?
350 KOrRlNlK
Né pauvre , Kepler n'avait d'autres ressources que le produit incertain de ses ouvrages et une faible pension que lui payait l'empereur. Et encore ce modique secours ne lui arrivait pas régulièrement. C'est en se rendant à Ratisbonne, pour réclamer la pension indispensable à Texistence de sa femme et de ses quatre enfants qu'il succomba, brisé par le chagrin et la fatigue.
Le contemporain de Kepler", Galilée, s'illustra par des nombreuses inventions. II perfectionna la lunette et peut être considéré comme Tinventeur du télescope, de ce puissant instrument avec lequel Thomme peut agrandir et rapprocher le théâtre de ses observations. C'est lui qui fit le premier compas des proportions, qui inventa les pendules astronomiques. Avec Taide de sa lunette, il observa les phases de Vénus, annorfcées par Kopernik, et la planète dont Texistence a été devinée par le génie de Kepler. C'est lui encore qui a observé certaines taches obscures sur le disque du soleil et leurs périodiques disparitions, circonstance qui donna une preuve du mouvement du soleil autour de son axe, mouvement que Kepler a prévu et proclamé. Il vit dans la lune des montagnes, des cavités, des taches, il aperçoit des phénomènes nouveaux sur les nébuleuses
Soi KOPUMK
el la voie lactée. Enfin, c'esl lui encore qui a découvert les quatre lunes de Jupiter.
La mécanique et Toptique lui doivent des ouvrages d'une grande importance. Ses travaux et ses inventions auraient pu lui assurer une des premières places parmi los liommes supérieurs qui ont agrandi le domaine des connaissances humaines. Ce ne sont pas cependant ni ses recherches, ni ses productions qui ont rendu son nom si illustre et si populaire.
Frappé de l'enthousiasme avec lequel Matstlin défendait l'astronomie de Kopernik, il en fait une sérieuse étude et l'adopte sans réserve. Chacune de ses découvertes et chacune de ses observations apportaient une nouvelle preuve en faveur de la théorie qui annonce le mouvement de la terre, et qui place le soleil au centre de notre tourbillon. Avide de gloire, GaUlée publie les dialogues dans lesquels il compare les deux systèmes du monde, celui de Ptolémée et celui de Kopernik. Il se constitue l'avocat de l'astronome polonais, et propagateur de sa théorie; hardiesse mémorable que l'envie dénonça et que T ignorance et la superstitioa oondam;nèrent. Ce sont le procès et les tortures que subit Galilée au déclin de ses jours qui remplirent le monde de son nom et rendirent sa mémoire si chère.
L'ouvrage, qui a provoqué sa mise en accusation, parut en italien à Florence, en 1632; il fut traduit en latin en 1656, sous le litre: Sytema cosmicum authore Galileo Galilm Lyiicto.. • in qm^ quatuor dialogisy de ^fio-
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bus maximU mundi syêtematibus, Plclemaieo et Copernicanùj utriusque rationibus philosopkicii de tMturalibus indefinite proposUis disêeriiur.
Pour mettre son ouvrage sous un patronage puissant. Galilée le dédie au grand-duc de Toscane, et pour désarmer les moines superstitieux, il y ajoute cette préface : «Quelques années auparavant, on avait promulgué à Rome un édit salutaire qui, pour obvier aux scandales, imposait silence à l'opinion pythagoricienne du mouvement de la terre ; que quelques téméraires cependant avaient osé dire que ce décret n'avait pas été rendu en connnaissance de cause, qu'il était Touvrage de la passion et non d'un examen judicieux. On disait que des conseillers tout-à-fait ignorants en astronomie, n'avaient pas dû couper ainsi les ailes au génie des philosophes qui s'occupent de ces méditations. Mon zèle, dit Galilée, ne peut supporter ces plaintes téméraires. Bien instruit de ce décret si prudent, j'ai voulu rendre justice à la vérité. J'étais alors à Rome; les prélats les plus distingués m'avaient entendu et mémo applaudi, et le décret n avait pas été rendu sans qu'on m'en eût donné quelque connaissance. J'ai donc voulu montrer aux nations étrangères qu'en Italie, et même à Rome, on savait aussi bien que partout ailleurs, tout ce qu'on peut avancer en faveur du système de Kopernik, avant même qu'on y eût publié cette censure. Je me suis donc déclaré l'avocat de Kopernik; et en procé*danl suivant une hypothèse mathénfiatiqtie, je me snis
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efforcé de prouver que cette hypothèse était préféraUa à celle qui met la terre eu repos, non pas d'une manière absolue, mais dans le sens où elle est attaquée par de prétendus péripatéticiens qui, dans leur philosophie, négligent de consulter les observations.
Je tâcherai de prouver que toutes les expériences qu'on peut faire sur la terre sont également insuffisantes pour prouver son repos ou son mouvement, car elles s'expliquent également bien dans les deux hypothèses. J'examinerai ensuite les phénomènes célestes qui, fortifiant rhypolhèse copernicienne, conduisent à fstciliter la science astronomique, si elles ne démontrent pas tout à fait la nécessité de ce système ; je montrerai en troisième lieu que le mouvement de la terre étant supposé, les phénomènes des marées deviennent beaucoup plus aisés à expliquer. J'ai la conQance que si les Italiens ont moins voyagé que d'autres nations, ils ont au moins médité tout autant, et que s'ils se sont abstenus de donner leur assentiment à l'opinion mathématique du mouvement de la terre, ce n'est pas qu'ils aient ignoré tous, les raisons que d'autres ont imaginées pour l'appuyer ; mais parce qu'ils ont eu d'autres raisons tirées de la piété, de la religion et de la connaissance qu'ils ont de la toute-puissance divine et de la faiblesse de l'esprit humain. »
Nous ne comprenons pas comment, après ce préambule, Galilée put être accusé, jugé et condamné. Quand la congrégation mettait à l'index le livre de kopernik,
elle reconnaissait que son œuvre était utile à TÉglise et ne demandait que de substituer ce mot hypothèse, i celui de vérité. Galilée non-seulement se conforma à ce décret, mai^ l'explique et l'approuve. Il devait jouir de son vivant d'une grande renommée puisqu'elle lui suscita des ennemis si puissants et si aveugles.
C'était l'usage à cette époque de publier ses recherches, ses pensées, ses expositions par demandes et réponses. Nous avons vu que JTejp/er se servit de cette méthode dans son Epitome Copemicanae; GalUée aussi met en scène Sdviatiy noble florentin qui défend la théorie de Kopemikf et Sagredo, noble vénitien, plutôt homme du monde que savant, mais au-dessus des préjugés, capable de saisir et de comprendre des vérités mathématiques. C'est lui qui fait des objections auxquelles le premier répond victorieusement. Une troisième personne prend part à la discussion, c'est 5tmp/iciu«, grand admirateur d'Aristote.
« Dans tous voêjugemmts^ défiez-vous de vos préjugés, i^
Telle est l'épigraphe que Galilé a mise à la tête de son ouvrage.
Dans le premier dialogue il donne quelques notions sur le mouvement en général, et expose ses idées sur la gravitation. Il explique la manière dont la lune ;est éclairée et comment elle réfléchit la lumière. Cette première partie, où il est longuement question d'Aristote et de Pythagore, n'a pas aujourd'hui une grande importance.
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Lliypdhèso du moiivement de la terre est agitée dans le second dialogue.
Il commence par prouver la possibilité de ce mouvement, puis il combat une à une toutes lis (éjections qu'on opposait à Kopernik. Souvent Salviaii se montre animé, persuasif, éloquent; quelquefois il ne sait pas tirer parti des arguments de Kepler. Sagredo cède aux démonstrations de son interlocuteur, et c'est lui qui fait cette juste observation : a Parmi les adversaires de Kopernik, dit-il, il s'en trouve rarement un qui ait lu son livre ; on peut citer un grand nombre de partisans de Ptolémée qui sont devenus coperniciens, tandis qu'on ne connaît aucun copernicien qui se soit converti à Ptolémée.
Dans le môme dialogue, il parle de la chute des graves et de la forme de la terre ; enfin, il y explique son mouvement diurne.
Le mouvement annuel autour du soleil est exposé dans le troisième dialogue. Aux arguments puisés dans le livre de RevoluHonibus, il en ajoute de nouveaux que rinvention de la lunette lui a procurés. On reprochait à Kopernik, comme nous l'avons déjà sigoalé, que Vénus n'avait pas de phases. La lunette a donné raison à la pensée et à la prédiction du restaurateur de l'astronomie.» Oh ! Nicolas Kopernik, s'écrie Sagredo, quelle eût été ta joie, s'il t'eût été donné de jouir de cea nouvelles expériences qui confirment si pleinem|pt tes idées. » ...
ET SBS THAVAUX. 257
Salviati qui, à chaque instant, prouve la supériorité» de l'astronomie moderne sur Tancienne, ajoute : « Que toutes les maladies sont dans le système de Plolémée et tous les remèdes dans celui de Kopernik. »
Delambre reproche vivement, et non sans raison, que ÉroiiKe évite de prononcer le nom de Kepfer. Il ne se sert pas de ses démonstrations et des preuves qu'il a apportées. Cependant il connaissait les travaux de l'astronome allemand, il était en correspondance avec lui et lui dit dans une de ses lettres «>quMl craignait le sort de leur maître commun, de Kopernik, qui, en acquérant une renommée immortelle dans Tesprit d'un petit nombre de lecteurs judicieux, s'est rendu ridicule aux yeux des sots, qui partout forment la majorité. »
Galilée devait donc attirer Tattention de ses lecteurs sur les travaux de Kepler^ dont il savait apprécier Timportance. 11 devait le faire aussi par reconnaissance, parceque, aprèsHaesttin , c'est Kepler qui Tencouragea le plus à défendre la vérité. Mais Tenvie et le désir de renommée sont si puissants, qu'ils fonttaire quelquefois les plus nobles sentiments.
Galilée poussait son respect pour l'autorité de TEglise jusqu'à l'extrême, et chaque fois que lascience lui four^ nissait l'occasion de signaler la puissance du Créateur, il le faisait avec foi et conviction. En parlant des dis-tances des étoiles au soleil, il fait celte religieuse^xclamation :^ Maisqui sommes- nous pour juger de la griandeurde Tunivers? Oserions-nous dire que nous pouvons
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ooncevoir des choses plus grandes que Dieu n'en pourrait exécuter? Pouvons-nous dire que Tespace entre Saturne et les tixesest inutile, parce que nous n'y voyons circuler aucune planète! Ne peut-on le supposer peuplé de corps qui nous sont invisibles? Qui de nous soupçonnait Texistence des satellites de Jupiter! Qui nous dit que les corps célestes aient été créés pour la terre ?
Le quatrième et dernier dialogue traite du flux et du reflux de la mer. Il explique ce curieux phénomène de la nature par le mouvement de la terre.
En terminant son livre, Galilée ajoute qu'il ne prétend nullement prouver une vérité et convient que tous les raisonnements qu'il vient de hasarder en faveur de KapenUk, pourraient bien être autant de chimères.
Un mathématicien ne pouvait pas faire de plus larges concessions. Il était impossible de hm une exposition scientifique avec plus de réserve et plus de timidité.
Cependant c'est pour ce livre, écrit avec tant de réserve, et publié avec rautorisàtiort des censeurs, qu'il fut appelé devant le tribunal de la sacrée congrégation des cardinaux, sous Paul V, en I6î0. Nous trouvons les détails de ce triste procès dans Riceidi, ainsi que dans les lettres et mémoires de Galilée publiés par Venturi,
Il ne faut pas oublier que c'est à Tâge de^ioixantedix ans que Galilée fut privé de sa lib^té et que c'est
& la fin de sa carrière, infirme et malade/ qu'il dut paraître devant ses ennemis plutôt que devant ses juges. Aussi sa conduite n*est pas digne d'un mathématicien convaincu de la vérité qu'il défend. Il rétracte tout, regrette la publication de son livre , promet même d'ajouter un nouveau dialogue dans lequel il combattra ce qu'il a défendu, et niera ce qu'il a affirmé, tout çel pour fléchir ses juges, pour regagner la liberté dont là vieillard avait tant besoin. Malgré cette pitoyable conduite, il na put désarmer ses juges. Ils haussèrent les épaules étonnés de rencontrer la victime si humble et si résignée , ils le jugèrent coupable et le condamnèrent.
Nous citons d'abord la défense de Galilée qui se trouvé dans les pièces originales de son procès, puis la senr tence qui l'a condamné, suivie de son abjuration.
Galilée, conduit dans le logement de Charles Sincère, procureur fiscal du Saint-OlBce, demande à être entendu et dépose la déclaration suivante :
a Ayant fait réflexion aux démandes qui m'ont été faites par rapport à l'ordre qui m'a étédonné de ne soute^' nir, défendre ni enseigner quovis modo là susdite opinion, pour le présent condamnée, je pensai à relire mon livre, que je ri avais pas revu depuis trois ans, jafin d'observer si, contre mes intentions, les plus pures du monde, il ne serait pas sorti de ma plume des choses d'où l'on pût arguer tache de désobéissance, et autrç$ objets qui donnassent lieu de m'impuler le dessein de
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contrarier aui ordres de la sainte Église; et Tayant minutieusement examiné, m'y attachant, à cause du long iioiitita^, comme un écrit nouveau et d*un autre an^ teur, je confesse librement qu'il m'a paru en plusieurs endroits tellement étendu, que le lecteur qui ne me connaît pas bien aurait eu sujet d'en inférer que les arguments avancés comme du parti faux et que foi eu intention de réfuter, ont été énoncés de telle manière, que leur force engagerait plutôt aies adopter qu'elle ne lais*^ serait un libre choix. Deux surtout en particulier, l'un des taches solaires. Vautre du flux et reflux de la mcrt entrent dans les oreilles du lecteur avec des attributs de force et de vigueur extraordinaires, plus qu'il ne paraissait convenir à l'auteur qui les tient pour non concluants et qui voudrait les réfuter, comme en effet dans mon intérieur et avec vérité je les ai estimés et les estime encore comme non eonduanù et susceptihleê de réfutation: et pour m'excuser moi-même envers moimême d'avoir donné dans une erreur aussi éloignée de ma propre intention, je ne m'en tiens pas uniquement à dire que dans l'exposé des arguments de la partie adverse, quand on a la volonté de le réfuter, on doit surtout, en écrivant en dialogue, s'attacher à la forme la plus exacte, et non les pallier au désavantage de Tadversaire. Non content, dis-je, d'une telle excuse, j'ai recours à celle de la complaisance naturelle que chacun a pour ses propres subtilités, çt l'envie de ^ montrer plus fin que te cônamun des hommes, en trouvant^
ET SES TRAVAIX. 26!
pour les propositions fausses, d^ingénieux et de spécieux discours de probabilité. En conséquence, quoique je sois comme Cicéron> avidior glorîœ quam satis Ht, si j'avais maintenant à déduire les mêmes raisons, il n'y a poinl de doute, je les énerverais en telle sorte qu elles n'auraient plus Tapparence de la force dont elies sont essentiellement et réellement privées. Mon erreur donc a été, je Tavoue, une vaine ambition, une pure' ignorance et une inadvertance. Pour plus grande preuve que je n'ai point tenu et ne tiens point pour vraie l'opinion susdite dju mouvement de la terre et de la stabilité du soleil, je suis prêt à en faire unej^us grande dé^ manstration. Si on me l'accorde, l'occasion est favorable, attendu que, dans le livre publié, les interlocuteurs sont d'accord de se retrouver ensemble après un certain temps, pour discourir sur divers problèmes physiques réservés et simplement annoncés dans leurs conférences; et comme je dois y ajouter une ou deux jour-' néesi je promets de reprendre les arguments déjà donnés en faveur de ladite opinion, fausse et eondamnéej et: de les réfuter de la manière la plus efficace que Dieu m'inspirera. »
Pour sa dérense il présente le certificat du cardinal Bellarmin, pour montrer qu'on n'y trouve point les paroles de l'injonction, quovis modo docere; et il assura que dans le cours de quatorze ou seize ans il a perdu entièrement la mémpire, n'ayant poiàt eu occasion d'f pensen Pour qu'on l'excuse s'il a enfreint l'injonction
%i KOPERNI&
qui lui a été faite » puisque, ne se rappelant pas les mots quùtis modo doctre, il croyait que le décret de VIndex suffisait, étant ce décret publié et en tout conforme aux expressions qui sont dans ce certiiicat; savoir : que ladite opinion n'a point dû être adoptée ni défendue, d'autant plus que pour l'impression, lui, Galilée, a observé tout ce à quoi son décret l'obligeait. Il le rapporte, non pour se disculper d'erreur, mais parce quMl ne lui impute ni ruse ni méchanceté, et seulement une vaine ambition. Met humblement en considération son âge caduc de soixante- dix ans, accompagné d'infirmités dignes de pitié, d'afQiction d'esprit pendant dix mois, les incommodités souffertes pendant le voyage» les calomnies de ses rivaux, auxquels ont été soumis son honneur et sa réputation.
Cette défense si étrange, ce repentir si complet, ces ooncessions si opposées à Tintime conviction de Galilée BOUS donnent une idée de la terreur que répandait autour de lui le tribunal de Tinquisition. Le vieillard infirme redoutait le sort de Virginius , de Savanarolla et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour conserver quelques jours d'une vie qui s'éteignait. Il ajouta encore que jamais il ne fut profondément convaincu du mouvement de la terre et que s'il défendait cette ab-surde opinion, c'était par vanité, pour montrer la sub« lîlitédeson esprit, pour faire valoir ses propres découvertes; qu'il se gardait )Hta de prononoer bi nom de
ET SES TAAVACX. 963
Kepler dont les travaux oQraient des arguments biea plus puissants en faveur de Kopernik.
Cette timide position de Taccusé ne désarma pas se$ juges. Ils avaient résolu de Thumilier et de le punir. Ils voulaient qu'il abjurât sa conviction, et qu'il Texpiât dans la prison.