ABJURATION DE GALILÉE
« Moi, GalileoGaliléi, Florentin, âgé 46 70 ans, eoo* stitué personnellement en jugement, et-agenouUtè 6%-^ yant vous, éminentissimeset révérendissimescardinaui de la RépMiqu» wnivendU ehrUmm»^ inquisiteurs gè^ Déraux contre la malice hérétique, ayant devant les yeux les saints et sacrés Evangiles, que je touche de mes propres mains, je jure que j*ai toujours cm, que je orw maintenant et que. Dieu aidant , je croirai à Tavenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine; mais parce que ce Saint-Office m'avait juridiquement enjoint d'abandonner entièrement la fausse opinion qui lient que le so^ leil est le centre du monde, et qu'il est imfmobile; que la terre n'est pas le centre et qu'elle se meut; et parce que je ne pouvais la tenir, ni la défendre, ni renseigner d'une manière quelconque, de voix ou par écrit, et après qu'il m'avait été déclaré que la susdite doctrine était contraire à la sainte Ecriture, j'ai écrit et fiait imprimer un livre dans lequel je traite cette doctrine condamnée, et j'apporte des raUém d'une grcmde tfp^M m
ET SES TIAVAUX. S7t
faveur de cette doctrine; sans y joindre aucune solution; c'est pourquoi j'ai été jugé véhémentement suspect d'hé* résie pour avoir tenu et cru que le soleil éj^it le centre du monde et immobile, et que la terre n'était pas le centre et qu'elle se mouvaii.
« C'est pourquoi, voulant effacer des esprits de vos éminences et de tout chrétien catholique cette suspicion véhémente conçue contre moi avec raison, d'un cœur sincère et d'une foi non feinte, j'abjure, maudis et déteste les susdites erreurs et hérésies et générale-* ment toute autre erreur quelconque et secte contraire à la susdite sainte Eglise; et je jure qu'à l'avenir je ne dirai ou affirmerai, de voix ou par écrit, rien qui puisse autoriser contre moi de semblables soupçons ; et si je connais quelque hérétique ou suspect d'hérésie, je le dénoncerai à ce Saint-Offlce, ou à l'inquisiteur, ou & l'ordinaire du lieu dans lequel je serai. Je jure en outre et je promets que je remplirai et observerai pleinement toutes les pénitences qui me sont imposées ou qui rte seront imposées par le Saint-Office; que s'ilm'arrive d'aller contre quelques-unes de mes paroles, de mes promesses, protestations et serments, ce que Dieu veuille bien détourner, je me soumets à toutes peines et supplices qui, par les saints canons et autres' institutions générales et particulières, ont été statues et promul*gués contre de tels délinquants. Ainsi, Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles que je touche de mes propres mains.
37i EOPSEMIK
«Moi, Galiléo Galilëi susdit, fai abjuré, juré, prooiis, et me suis obligé comme ci-dessus, en foi de quoi, de ma propre yain, j'ai souscrit le présent chirographe de mon abjuration, et Tai récité mot à mot à Rome, dans le couvent de Minerve^ ce ^2 juin 1653.
« Moi, Galileo Galiléi, j'ai abjuré comme dessus, de ma propre main. »
On assure qu'en prononçant ces paroles, Galilée, n*étant plus maître de sa conviction si longtemps comprimée, frappa du pied la terre, et dit à demi-voii : « « pur si muove; elle se meui cependant, »
Quel triste spectacle nous offre ce procès, et en même temps quel puissant enseignement! L'autorité de TEglise n'a rien gagné en luttant contre la science. La force et la persécution n'ont pas arrêté les lumières. La vraie religion, au lieu de les combattre, doit s'appuyer sur elles. Les iidèles gardiens de la loi divine, loin de vouloir arrêter le développement de l'intelligence humaine, devaient marcher à la tête du mouvement et servir de flambeau aux hommes qui vouaient leur existence à la science. S'ils avaient mieux compris leur mission et leurs devoirs, au lieu de sévir contre les révélateurs des vérités incontestables, ils les auraient entourés du respect qu'on doit aux êtres privilégiés auxquels Dieu a permis de lire dans le grand livre de la création.
L'Egliso, en suivant une marche opposée, oubliait quolle a été fondée par le Martyr de la vérit«\ qui a ap-
porté au monde la lumière et qui a commandé de la répandre sur toute la surface de la terre.
L'usage de la force devait produire uq$ réaction. L'autorité de TEgliseet de l'Ecriture fut ébranlée par l'abus qu'en ont fait leurs gardiens légitimes. La philosophie du dix-huitième siècle, basée sur le doute, qui a proclamé le culte de la raison sans lui indiquer ses véritables limites, qui, au lieu de combattre le fana-^ tisme et la superstition, a déclaré la guerre àDien et â la religion, était provoquée par la funeste route dans laquelle Rome s'était engagée. Dans ce long espace de temps; qui nous montre dans les sciences uu si grand vide et dans les relations sociales tant de guerres et tant de révolutions, la condamnation de Galilée ne joue pas un rôle insignifiant. L'intetligènce, écrasée et condamnée par le pouvbir, qui devait lui servir de bouclier etdeguide, se révolta contre son oppresseur; seulement aveugle , dans son indignation, au lieu de lutter contre les hommes qui n'ont pas su accomplir leur mission di*» vine, elle s'insurgea contre Dieu lui-même. Aussi, elle n'a pas su remporter une victoire complète. La superstition et l'intolérance furent vaincues à jamais, mais aussi la philosophie impie succomba, l'autel élevé à la raison s'engloutit dans le sang de la révolution fran^ çaise. :
i7i EomnaL
Nousavous vu quelle influence £>p#riift a exercée sur KepUr et Galilée. Il reste encore A flicer notre attention sur les sentiments religieux desjleux mathématiciens les plus célèbres du dix-septiéme siècle, sntlmbmu et sur Newton. Le premier mérite une attention toute particulière parce qu'il t&dia d'appliquer ses recherches et ses investigations à la vie sooiale ; la second, parce qu'il consolida la théorie de Kapemik et éleva les principes de Tattraction & la hauteur d'une science exacte.
Z>i6m^z sentait bien que la science- serait une occupation stérile, sans but et sans mission, si elle ne devait pas nous conduire à la connaissance de Dieu, de l'homme et de l'univers.
L'astronomie ne serait qu'un amusement frivole si la découverte des harmonies célestes et du code sidéral ne devait pas trouver une application aux relations sociales, aux lois qui doivent gouverner les hommes et les Etats.
Ck)mme Kepler, il voit la plus grande preuve de
ET SSS TEAVAUX. 275
reiistenee et d6 la sagesse da Créateur daos le mouvement des eprps célestes ; mais il ne se borne pas là. Non-seulement il indique Dieu coinme la première cause de tous les effets , mais il tâche encore de définir ses attributs essentiels.
Ce grand principe physique, rien n$ se fait sans rain son suffimite, il l'applique aux investigations métaphy-r siques. Il pose pour axiome que rien n'arrive sans qu'il soit possible à cel|ii<|ui connaîtrait assez lés choses de rendre une raison suffisante pour déterminer pourquoi il en est ainsi et non pas autrement, a Cela admis» ditil (Principe^, de la n(Uure\ la première question qu'on a le <lroit de faire sera : pourquoi il y u pMôt qttelque cko» que rien. Car le rien est plus facile et plus simple qud quelque chose. De plus^ supposez que des choses doivent exister, il faut qu'on puisse rendre raison pourquoi tllu doipenê-eœister ainsi^ et non autrement. » -
a Or, cette raison suffisante de rexistenca de l'univers ne saurait trouver és^ns la suite des ehoses eotUingentes, c'est-à-diro ctes corps et de leurs représentations dans les âmes;. parce que la matière étant indifférente en elle-même au mouvement et au repos et à un mouve»^ ment tel ou autre], on n'y saurait trouver la raison du mouvement et encore moins d'un^ tel mouvement. Et pourquoi le présent mouvement^ qui esjt dans la martière, vient du précédeht> et celuiTci encore d'un précédent» on n'on est pas plus avancé, car on irait aussi loin que Ton voudrait; car il reste toujours la mtaie
176 KOfn!fK
queslioo. Ainsi, il bot que la raison suffisante, qui n'a plus besoin if une autre raison, soit hors de cette snîte des choses contingentes, et se trouve dans onesobslanoe qui en soit la canse, on qai soit on être nécessaire, portant la raison de son existence afec soi; autrement on n*aarait pas encore une raison sofBsante où Ton pût finir. Et cette dernière raison des dioses est appelée DîHi.
Cette sohstance, ajoute4-il, simple, primitiire, doit renfermer éminement les perfècikmi contenues dans les sohstances dérivatives qui en sont les effets ; ainsi, eHe aura l^pmismmee, la eoMULissatae et la volomié parfèiites, c*e$t-à-dire, elle aura une toute-puissanœ, une con^ science, et une bonté souveraines. Et comme la justice^ prise généralement, n'est autre chose que la bonté conforme à la sagesse, il faut bien qu'il y ait aussi une justice souveraine en Dieu. La raison qui a fait exister les choses par lui, les fait encore dépendre de lui en existant et en opérant : et elles reçoivent continuellement de lui ce qui les Gsiit avoir quelque perfection ; mais ce qui leur reste d'imperfection vient de la limitation essentielle et originale de la créature.
Il s'ensuit de la perfection suprême dé Dieu, qu'en» produisani l'univers il a choisi le meilleur plan "possible, où il y ait la plus grande variété avec le plus grandî ordre : le terrain, le lieu, le temps le mieux ménagés :: le plus d'effet produit par les voies les plus simples ; le» plus de puissance, le plus de connaissance, le plus d&
ET SES TKAVAUX. â77
bonheur et de bonté dans les créatures que l'univers pouvait en admettre. Car tous les possibles prétendant à l'existence dans Tentendement de Dieu, à proportion de leurs perfections, le résultat de toutes ces prétentions doit être le monde actuel, le plus parfait qui soit possible. Et sans cela il ne serait pas possible de rendre raison pourquoi les choses sont liées plutôt ainsi qu'autrement.
La sagesse suprême de Dieu lui a fait choisir surtout les lois du mouvement les mieux ajustées et les plus convenables aux raisons abstraites ou métaphysiques. Il n'y conserve la môme quantité de la force totale et absolue, ou de l'action; la même quantité de la respective ou de la réaction ; la même quantité enfin de la forcé directive. De plus, l'action est toujours égale à la réaction, et l'effet entier est toujours équivalent à sa cause pleine. Et il est surprenant de ce que, par la seule considération des causes différentes, ou de la matière, on ne saurait rendre raison décès lois du mouvement découvertes de notre temps, et dont une partie a été découverte par moi-même; car j'ai trouvé qu'il faut recourir aux causes finalesy et que ces lois ne dépendent point du principe de la nécessité, comme les vérités logiques, arithmétiques et géométriques; mais du principe delà convenance, c'est-à-dire du choix de la sagesse. Et c'est une des plus efficaces et des plus sensibles preuves de l'existence de Dieu, pour ceux qui savent approfondir ces choses.
Il suit encore de la perfection de TAuteur suprême, que non-seulement Tordre de Tunivers entier est Je plus parfait qui se puisse , mais aussi que chaque ipiroir vivant, représentant l'univers suivatit son point de vue, c'est-à-dire que chaque unité, chaque être substantiel doit avoir ses perceptions et ses appétits les mieux réglés. D'où il suit encore, que les âmes, c'està-dire les unités les plus dominantes, ou plutôt les animaux, ne peuvent manquer de se réveiller de l'état d'assoupissement où la mort ou quelque autre accident peut les mettre.
Car tout est réglé dans les choses, une fois pour toutes,, avec autant d'ordre et de correspondance qu'il est possible ; la suprême sagesse et bonté ne peuvent agir qu'avec une parfaite harmonie. Le présent est gros de l'avenir : le futur se pourrait lire dans le passé; l'éloigné est exprimé dans le prochain. On pourrait connaître la beauté de Tunivers dans chaque âme si l'on pouvait déplier tous ses replis, qui ne se développent sensiblement qu'avec le temps. Mais comme chaque perception distincte de l'âme Comprend une infinité de perceptions confuses qui enveloppent tout l'unfvers, l'âme même ne connaît les choses dont elle a peroep^ tion, qu'autant qu'elle en a des perceptions distinctes et relevées ; et elle a des perfections à mesure de ses perceptions distinctes.
Chaque âme connaît l'infini, donnait tout, mais confusément ; comme en me promenant sur le rivage de
ET SBS TRAlrAUX. 279
la mér, et en entendant le grand bruit qa*ellè fait, j'éâ^ tends les bruits particuliers de chaque vague, dont le bruit total est composé, mais sans les discerner ^nbâ perceptions confuses sont le résultat des impreasiôns que tout l'univers fait sur nous. II en est de même de chaque unité. Dieu seul a eu connaissance de tout, oa^ il en est la source. On a fcHrt bien dit, qu'il est coflimô centre partout; mais que sa circonférence n'est nulle part, tout lui étant présent immédiatement isans aaûuU éloignement de ce centre. » '
Cette connaissance des attributs de l'Etre suprême à laquelle on arrive par l'étude de la création/ relève l'âme et elle nous conduit en même temps à cherche!' un ordre social- qui serait en harmonie avec la volonté' et la peHection du Créateur. letôiife pressent cet idéal, et il rappelle Ib, cité de Bitn, ô'est-a-dire Tétât le pliis puissant gouverné par le plus grand'dés mortarquei^, où il n'y a point de crimes sans châtiment, point de bonnes actions sans récompense^ proportionnées, et enfln autant de vertu et de bôniheur qu'il soit possible. On arrive à ces résultats, non pas par des guerres et d^ révolutions, mais parla sucéessron et l'ordre deis ehèses naturelles, par Vhairmonit préitahlit ertt!*e les rôgfièô de la nature et de la grâce, entre Dieu comme afchUecte et Dieu comme môïiarque.
Ainsi l'harmonie sidérale, èrâcé âRopèrhiketâ Kepler, apporte de nouveltes prèuVe^ de la sagesse du Créateur. Grâce à Leibnitz, elle nous fait entrtV(rif La
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CITÉ DE Dieu, rharmonie sur la terre, Tordre» le bonheur» Tunité dans nos relations sociales et dans nos relations politiques.
Disciple de TEvangile, UCbnitz était protestant. Son &me souffrait de la division de la grande familte dirétienne. Fidèle au principe de Vunité qu'il Voulait faire régner sur la terre, il tendait à un rapprochement, il voulait réconcilier et réunir les catholiques et les protestants. Sa correspondance à cet égard avec Bossuet mérite la plus sérieuse attention. Elle offre le modèle d'une discussion religieuse où les deux adversaires se respectent réciproquement et défendent leur conviction et leur croyance avec énergie, mais avec dignité et convenance. Si des combinaisons politiques ne se fussent pas opposéesaux efforts de ces deux hommes supérieurs, on aurait vu dans la réunion de toutes les sectes chrétiennes le plus beau triomphe des investigations religieuses et philosophiques. Cette réconciliation, dont les résultats auraient changé la face du monde et les fastes de rhistoire, aurait été durable, car elleaurait été amenée par la discussion et le libre triomphe de la vérité.
. Nous devons encore faire mention d'un petit livre peu connu en Frauice ; des conseils que le jeune Leibnitz donna à la nation polonaise, au moment où, après la mort de Jean Casimir, la noblesse de ce pays se préparait à Télection d'un nouveau roi.
Ce petit iravail se distingue autant par la forme que par le fond- .
ET SES TEAVAUt. 281
Leibnitz veut introduire dans les discussioos philosopbiques et politiques la précision du langage qui règne dans les sciences mathématiques, a En vérité, dit-il, rinsouciance des hommes m!étonne. Chaque fois qu'il s'agit d'un mouvement mécanique, nous faisons appel à un calcul précis, et quand il s'agit du mouvement des âmes, nous Tapp/écions avec une coupable légèreté* Sur les mouvements des pendules, nous avons des calculs et des preuves ; des déclamations quand il s'agit du salut des peuples. J'ai résolu d'entrer dans le champ de la certitude, cliamp dans lequel aucun mortel n'est encore entré (1).
En effet, son petit livre offre un modèle, de précision. Pas un mot inutile, pas une conséquence qui ne dérive d'une cause certaine. Quant au fond, c'est toujours le même principe d'ordre et d'unité qui y domine.
Il s'occupe de la Pologne parce que son sort influe jusqu'au plus haut degré sur celui de l'Europe, de la civilisation et de la chrétienté.
Il conseille donc à la nation polonaise de choisir un prince de la famille des Jagellons, parce qu'elle a rendu de grands services au pays, parce que élevée au-dessus
(i) Spécimen demonstrationutn polilicarum pro eligendo rege potonorum; novo scribendi génère ad claram cerliludinem exactam. — J*âi traduit cel ouvrage peu connu on polonais en 1843 sous \e litre fFybor Krola, Eiection du roi m Pologne, par Leibnitz,
des nobles, son élection n'éveille ni l'envie ni làjalouslet enfin, parce que la nation tout entière, habituée au règne de ces princes, acceptera un nouveau Jagellon avec une entière confiance.
Lui, protestant, veut que le roi dô Pologne soit né et élevé dans la religion catholique, parce que c'est la religion de la majorité ; mais en même temps il désire que le souverain s'engage à respecter les autres croyances.
D'autres qualités du prince sont en rapport avec l'idéal d'un bon monarque, idéal qui faisait le rêve de la vie de Leibnitz. Il doit être sage, juste, prudent, patient, aimant la paix, niais cprêt à combattre pour repousser lés ennemis de la patrie. D'autres conseils sont non moins graves et non moins rationnels. Ceux qui connaissent bien l'état social de la Pologne, ses besoins et ses relations, ont la plus profonde conviction que la Pologne n'aurait pas été démembrée si elle avait suivi lès conseils de Leibnitz, conseils en parfaite harmonie avec ses recherches et ses rêves sur la Cité de Diim,
ET SES TBAVAUX.
De nombreux éléments étaient préparés pour construire un temple majestueux à la science. Il fallait seulement pour rélever et J'achever un homme supérieur doué d'une grande faculté d'exanàen pour adopter ce qui a été prouvé , pour rejeter ce qui ne portail pas le cachet de la certitude, et d'un génie inventeur indispensable poiir compléter et étendre les recherches com^mencéespar Kopernik^ continuées pa,v Kepler ei Galilée. L'Angleterre doit être flère d^avoir produit cet homme de génie. Le jour où Galilée descendait dans la tombe» Isaac Newton venait au monde pour accroître et fermer le cortège des mathématiciens qui, â la science la plus vaste, unissaient les' sentiments les plus religieux, et qui par cela même ont eu le bonheur d'accroître la masse des connaissances humaines.
Ses observations et ses calculs le décidèrent à accèp-
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ter la théorie de Kopemik, ainsi que les principales lois de Kepler. Il examine les propriétés de la lumière , calcule le flux et le reflux de la mer, observe les phénomènes célestes pour découvrir le levier dont se sert le créateur dans la direction du mouvement. Son œil scrutateur aperçoit qu'un rayon de soleil qui parcourt un million de pieds dans une seconde, les flots de la mer qui s'élèvent et qui s'abaissent périodiquement, ces mondes qui roulent dans l'espace obéissent à la même force active qui met tout en mouvement dans l'univers, à l'Attraction, propriété commune à tout ce qui a été créé.
C'est elle qui imprime à tous les corps une tendance des uns vers les autres.
C'est elle qui par rapport aux corps célestes agit en raison inverse des carrés des distances au centre du mouvement, et en raison directe des masses.
C'est elle qui fait descendre les corps de notre planète en leur donnant la direction vers le centre de Ja terre.
C'est l'attraction qui est la cause de l'adhésion de sa continuité et de la dureté.
C'est elle encore qui agit sur la lumière, sur sa réflexion et sa réfraction.
A l'aide de ces principes, on peut calculer et déterminer avec une précision mathématique tous les mouvements, depuis le plus petit atome dont se compose la lumière jusqu'aux révolutions des orbes célestes. Ils
donnent ainsi la clef de la forme de notre planète, de la pesanteur de tous les globes et des forces réciproques qu'ils exercent les uns sur les autres. Le livre des jpnneipes de Newton est le Code du mouvement matériel, ef le tableau de rharmonie sidérale réduit à sa plus simple et sa plus précise expression. (1)
Aujourd'hui les propriétés de l'attraction^ appuyées par des preuves mathématiques, ne trouvent pas de contradicteurs. Mais jusqu'à Voltaire, les savants et les philosophes se soulevaient contre les propriétés qui expliquent tant de phénomènes. Les uns, dit Voltaire (2), n'ont pas voulu étudier l'attraction, les autres l'ont méprisée et l'ont insultée après l'avoir à peine examinée ! Aussi nous devons une grande reconnaissance à Voltaire et àMn^^duChatelet, d'avoir défendu, expliqué, popularisé en France le nom et la théorie de Newton.
Il n'entre pas dans les cadres de notre travail de don. ner un aperçu de la vie et des travaux de Newton, nous devons seulement signaler que s'il indiqiia l'attraction comme la première cause visible de tous les mouvements, c'est Dieu qui l'imprime , et par Dieu, il entend l'être infini, toutrpuissant, éternel, créateur et maître, qui a mis une relation entre lui et ses créatures.
« Toute la philosophie de Newton, dit Voltaire (5),
(1) Principes mAthématiques de la philosophie satureUe.
(2) Philosophie de Newton, p. 200.
<3) Philosophie de Newton, p. 46.
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conduit nécessairement & la connaissance d'up être suf» prème qui a tout créé, tout arrangé librement. Si la matière gravite, elle a reçu de Dieu la gravitation; 31 les planètes tournent en un sens plutôt qu*en un autre, c'est la main du Créateur qui a dirigé leurs cours en ce sens avec une liberté absolue. »
De toutes les preuves de rexistence de TÊtre suprême, celle des causes finales fut la plus Sorte aux yeux de Neuttan, L'unité dans la variété qui éclate dans les plus vastes et les plus petitos parties de Tunivers, dans leis mouvements des corps célestes et dans les atomes dont se compose la lumière, accuse une cause première dont Tattribut essentiel doit être Tiextrème puissance et la suprême sagesse: Tordre admirable qui règne dans le mécanisme des corps célestes , cette symétris signalée par Kopemik, cette harmonie que JTejpbr a indiquée, cette unité et cette précision que Newton a su embrasser et démontrer Apportent un nouvel aiigumeQien faveur du su[»nème législateur. Aussi Newton , i la fia ds^son livre, reproduit ces paroles de Platon : « Vous jugez que j'ai une 4me intelligente , ^r ce que vous apercevez de l'or^dre dans mes paroles et dans mes actioas; jugez donc , jCu voyant Tordre de ce ftionde, qu'il y a une &me intelligente qui le dirige. »
Ce sentiment religieux ipjï'inspire la véritable science. Newton le possédait jusqu'au plus haut degré. Tous ceux qui ont eu le bonheur de Tappro(dier eg oot ga^dé 'e souvenir. Ses disciples se di^iàguaieitt «otant par
ET $Bs TaàvAux. asT
une profonde érudition que par un respect sincère pour rÊtre suprême d'où rient toute vérité et toute lumière.
Je me souviens, dit Voltaire (1), que dans plusieurs conférences que j'eus avec le docteur Clarcke, jamais ce philosophe ne prononçait le nom de Dieu qu'avec un air de recueillement et de respect très remarquable. Je lui avouai l'impression que cela faisait sur moi ; il me dit que c'était de Newton qu'il avait pris insensiblement cette coutume , laquelle doit être en effet celle de tous les hommes. »
Ajoutons encore que Newton, au milieu de ses occupations scientiQques, n'abandonnait pas la lecture et rétude des saintes Écritures. 11 nous en a laissé les traces dans ses travaux en nous donnant réxplication de plusieurs passages, surtout de Tapocalypse de saint Jean et des prophéties de Daniel .Pour en percer les mys* tères, il a recours à l'analogie. Il présume que les prophètes se servaient d'un langage figuré ainsi que des rapports qui existent entre le monde matériel et le monde politique. D'après lui, la tète représente le pouvoir qui dirige*; la queue, le bas peuple qui obéit ; la vue représente l'intelligence ; le bras, la force ; le pied, le fondement. Il faut avouer que s'il est permis à la raison humaine de trouver la clef des mystères prophétiques, ce n'est que par la méthode indiquée par Newton que nous pouvons y arri ver.
(1) Pbiloiophie de {iewtoo, p. 46.
t88 KOPERNIK
Tels étaient les discipIôSj les continuateurs de Kopemik. Ils ont doté la science des plus riches découvertes; cependant rorgueil téméraire qui oublie le Créateur n'a pas eu accès dans leur cœuri n'a pas perverti leur esprit. Elevés par Tintelligence, par la puissance de leur génie, au-dessus du reste des mortels, ils se rappelaient à qui ils devaient les riches facultés dont ils faisaient un si noble usage.
La philosophie qui a élevé le culte de la raison, et la révolution qui a renversé les trônes et les autels ne sont pas leur œuvre ; elles ont une toute autre origine. Elles dérivent d'une autre école. Tandis que Kopernik et ses disciples prenaient pour base la confiance illimitée dans la sagesse du Créateur, un homme doué de talents supérieurs a pris pour pivot de ses recherches le doute aôsolu. L'Ecole cartésienne ne voulant pas admettre au-
ET SBS TRAVAUX.
cune vérité tant qu'elle n'était pas prouvée, a mis tout en question, môme notre propre existence, même l'existence de i'Être-Suprême. C'était un admirable principe pour nous mettre en garde contre toutes sortes de préjugés, mais c'était en môme temps ouvrir un vaste champ à l'orgueil, à Fincrédulité et à Fathéisme.
Du moment où la philosophie mit en question Texistence de TEtre-Suprôme, il n'est pas étonnant qu'elle divinisât la raison, qu'elle lui accordât le pouvoir législatif, et qu'elle la prît pour base des droits de l'homme, et des droits des sociétés humaines.
La raison, cetle puissance merveilleuse qui brille d'un éclat si majestueux quand elle s'incline devant le Créateur, quand elle cherche sa pensée et ses lois, ne pouvait qu'enfanter guerres et révolutions, en s'arrogeant le pouvoir législatif qui est l'attribut essentiel du maître de l'univers.
On a proclamé le droit de l'homme, déduit de cette seule vérité : que l'homme est un ôtre sensible^ capable de former des raisonnements et d'acquérir des idées moraies (1).
C'était la réaction contre le despotisme qui voulait subjuguer la pensée; mais l'affranchissement de l'intelligence ne constitue que l'affranchissement d'une faible partie de nos facultés. Mais ce développement, quand
(1) Condorcet, Tableau historique des progrès de Tesprit humain.
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il n'a pas de guide et de but, ne constitue qu'une force, qu'une puissance, qui peut prendre une bonne ou une mauvaise direction.
Ainsi on a reconnu la souveraineté de la raison, sans lui désigner le but; on a proclamé le droit de Thomme, sans lui imposer des devoirs; on;a sanctifié la souveraineté du peuple sans lui apprendre quelle était sa tâche, sa mission, sa destinée.
Nous savons reconnaître et apprécier tout ce que la race humaine doit aux efforts du dix-huitième siècle, à cette grande époque qui s'est signalée par Tindépendahce de l'Amérique, par l'abolition du servage et de l'inquisition dans une partie deTEurope.Nous voyons le grand progrès dans les sciencesexactes, l'apparition de la chimie expérimentale et le développement de Tart nautique. Nous savons rendre hommage aux hommes courageux qui ont lutté contre la superstition et la tyrannie, en prenant pour devise : raison, tolérance, humanité. Hais nous leur reprochons qu'ils ont oublié l'Etre- Suprôme, qu'ils ont renversé satis avoir fondé. Ils ont vaincu, mais ils n'ont pas su profiter de la victoire. Ils ont été puissants plutôt par les fautes et les abus de leurs adversaires que par la solidité de leurs principes. Qu'en est-il resté dès théories de Eescartes? Qu'estelle aevetiue cette république qui a coûté tant de sacrifices?
Pour appuyer notre opinion, rappelons le jugement de Voltaire et de Delambre : le premier mérite une at-
tentîon toute particulière, comme le représentant de la philosophie du dix-huitième siècle; le second, comme juge compétent dans les sciences mathématiques.
« Toute la philosophie de Newton, dit Voltaire, conduit nécessairement à la connaissance d'un Etre-Su-
préme, qui a tout créé, tout arrangé librement Il
s'en faut bien que les prétendus principes physiques de Descartes conduisent ainsi l'esprit à la connaissance de son créateur. A Dieu ne plaise que, par une calomnie horrible, j'accuse ce grand homme d'avoir méconnu la suprême Intelligence à laquelle il devait tant, et qui l'avait élevé au-dessus de presque tous les hommes de son siècle. Je dis seulement que l'abus qu'il a fait quelquefois de son esprit a conduit ses disciples à des précipices dont le maître était fort éloigné ; je dis que Iç système cartésien a produit celui de Spinosa ; je dis que j'ai connu beaucoup de personnes que le cartésianisme a conduites à n'admettre d'autre Dieu que l'immensité des choses, et que je n'ai vu au contraire aucun newtonien qui ne fût théiste dans le sens le plus rigoureux. »
a Ce n'est pas notre faute, ditDelambre,si Descartes, en astronomie, n'a produit que des chimères ; si, rejetant toute observation , tout calcul, toute démonstration et toutegéométrie, il s'est uniquement livré àsesréflexions solitaires, et s'est perdu dans un monde'qui n'a jamais existé que dans son imagination. Ce n'est pas notre faute si, en méditant ses écrits, sa conduite et les circonstances de sa vie, il nous a paru impossible de reje-
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ter cette idée afOigeante, que ce puissant génie était atteint de cette maladie dans laquelle une idée fixe, qa'oD n'abandonne jamais, bit qu'on déraisonne sur tout ce qni tient ou qu'on rattache à cette idée. »
Cependant c*est Descartes qui adonné Timpulsion au dix-huitiéme siècle. Cest son école qui, en combattant la superstition, reuTersait l'autorité. Quel est le philosophe qui a pris plus de précautions pour se garantir contre Terreur, contre les préjugés, contre les écarts de rimagination, qui a élaboré un plus puissant mécanisme des méthodes pour retenir le raisonnement dans les limiter de la plus sévère logique. Malgré toutes ses précautions, sa raison s'est égarée, a créé un monde imaginaire en conduisant ses disciples à l'athéisme et à l'impiété. Il en est arrivé de même de la république. Une société dont l'organisation a fait divorce avecl'Etre- Suprème, manquait de bases et devait s'écrouler pour conduire le génie de l'homme à des investigations nouvelles.
Notre époque apparaît sous de plus heureux auspices : la religion ne lutte plus contre la science, la science ne combat plus la religion ; mais cette position négative, cette trêve après le combat ne peut pas durer. L'union de la science avec la vraie religion est indispensable : déjà les plus profonds penseurs la prévoient; déjà quelques hommes supérieurs ont consacré leur vie et leurs études pour arriver à cette alliance dont dépend l'avenir des sociétés humaines. De nombreuses sectes tâchent
d'organiser la société d'après leurs croyances, veillent fonder la cité de Dieu, la Nouvelle- Jérusalem. Un mathématicien polonais suit cette marche depuis plusieurs années (4). Des novateurs modernes appuient leur système sur le Christianisme, d'autres sur l'idée d'un Dieu juste et sage, qui a tout prévu et tout arrangé. Ces croyances et ces efforts montrent l'impuissance de la philosophie du dix-huitième siècle, et accusent l'impérieuse nécessité qui commande à la vraie religion de sortir de son rôle négatif pour prendre l'initiative du mouvement. Le siège épiscopal est occupé, dans ce moment, par un pontife qui a commencé son règne par la clémence et la charité : c'est le premier pas vers la justice. Là mémoire de Kopernik attend de sa sagesse une éclatante réparation, et Rome sous son empire, peut et doit donner au monde l'exemple d'une cité heureuse, de cet idéal vers lequel tendent tous nos désirs, toutes nos plus nobles aspirations.
Il me reste encore à fixer l'attention du lecteur sur deux écoles qui méritent le plus sérieux examen; je veux parler des disciples de Saint-Simon et de Charles Fourier.
La philosophie du dix-huitième siècle, en proclamant le culte de la raison, les droits de Thomme et la souveraineté du peuple, oubliait le premier fondement de toute loi, oubliait Dieu; elle s'occupait plutôt de la liberté de
(i) Hœnc Wronski.
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la pensée et de la souveraineté de Pbomme que de son bofUieur, Kécole de Saint-Simon, en voulant élever un éternel monument à la mémoire de Newton, et en basant sa doctrine sur la régénération du Christianisme, démontrait la tendance vers cette union si désirable de la science et de la religion. Peut-être c'est ici la véritable cause pourquoi les hommes capables, aux sentiments généreux, s'enrôlaient sous la bannière de Saint-Simon. Cette école ne pouvait triompher, par deux motifs: d'abord le Christianisme n'avait pas besoin de transformation, il fallait seulement le .ramener à sa pureté primitive. Rien au-dessus de cette idée de l'Etre-Suprème, dont la prévoyance illimitée a compté les cheveux sur nos tètes, dont la providence universelle ressemble au soleil qui luit sur les bons et sur les méchants, qui commande l'amour, qui répand les lumières, et qui promet un plein succès à tous ceux qui chercheront la vérité. C'était une grande faute que de vouloir substituer à ces grandes vérités, à ces principes divins, une doctrine nouvelle, un Christianisme nouveau,
Ja seconde erreur n'était pas moins importante : ayant admis le Christianisme pour base et ayant signalé TEtre-Suprôme pour pivot de l'organisation sociale, il fallait définir ses attributs essentiels et en déduire les conséquences pour en faire l'application à la société humaine. L'école Saint-Simonienne ne Tapas fait. Le Christianisme et Dieu dans sa doctrine jouent un i*ôle insignifiant. La volonté de leur père était plus puissante
que les lois et les principes qui dérivent de la ferfection du grand législateur de F univers.
II en est bien autrement de Charles Fourier. Il se forma à récole de Kopernik , de Kepler et de Newton.' Il a pris Dieu et TEvangile pour base de ses recherches. L'harmonie sidérale lui a fait entrevoir la possibilité d'une harmonie universelle, et le principe d'amour et d'attractioii que ses maîtres ont trouvé dans le mouvement des corps célestes, il le prend pour levier d'une organisation sociale, dans une cité de Dieu qu'il appelle Phalanstère.
C'était une grande faute de la part de Fourier d'avoir cru qu'il doit tout à son génie, qu'il est l'auteur de ses œuvres, et qu'il n'a rien appris de ses prédécesseurs. L'homme degénieétait injuste pour ses devanciers. Delà il règne dans ses écrits une sorte d'aigreur qui indisposa contre sa théorie les hommes accoutumés à respecter les travaux des sociétés précédentes.
Fourier est injuste. L'hartaonie sociale ne pouvait pas être établie dans l'antiquité. Ni les sciences, ni l'industrie n'étaient pas arrivées à cette hauteur, pour que les anciens pussent adorer l'Etre-Suprôme, en l'admirant par la grandeur de ses œuvres. Les calculs n'étaient pas poussés si loin pour que le bien-être et le développement intégral de la race humaine puissent être démontrés par les chiffres. Les lois du mouvement n'étaient pas encore découvertes, et l'antiquité ne pouvait ni prévoir las destinées heureuses, ni y croire.
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Il fallait arriver où nous sommes, il fallait profiter de Texpérience du passé, il fallait réunir toute la masse des connaissances humaines, il fallait étudier Kopernik, -Kepler et Newton pour comprendre et apprécier Fourier.
Nous ne voulons pas pour cela avancer que le grand socialiste est infaillible, que sa théorie est sans tache, mais nous affirmons qu'il appartient à cette série des inventeurs dont Kopernik commence la chaîne et dont Newton constitue le dernier anneau. Le dix-huitième siècle s'est égaré en abandonnant la marche indiquée par les mathématiciens qui, unissaient à la science la plus profonde, la piété la plus sincère. Fourier entre dans la môme voie : s'il n'a pas trouvé l'organisation sociale conforme à la sagesse du Créateur, il a indiqué le chemin, il a préparé les éléments à un homme plus heureux que Uii.
Il étudie et caractérise les attributs de Dieu, attributs dont Leibnitz nous a déjà donné les premiers aperçus; il applique l'attraction de Newton i l'organisation sociale. La symétrie et l'harmonie du monde sidéral, découvertes par Kopernik, il les cherche dans l'avenir des sociétés humaines. Dans ces conceptions cosmogo^ niques, dans ses analogies, dans ses prédictions, Fourier puisait dans Kepler plus qu'il n'avoue, plus peutêtre qu'il ne le croit lui-même.
Ne pouvant offrir à mes lecteurs le résumé de sa théorie, je citerai seulement quelques passages sur Dieu, sur
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ratlraction, sur l'analogie, pour démontrer combien les sciences mathématiques et la découverte de Kopernik ont influé sur ses recherches.
Fourier veut que notre première étude soit celle de Dieu, étude la plus importante et la plus facile de toutes.
« Dans Tantiquite, dit-il, lorsque la fable travestissait le Créateur, en le confondant avec une cohiie de 35,000 faux dieux, plus ridicules les uns que les autres, il était assurément difBcile d'étudier les vues de Dieu, de les débrouiller à travers cette mascarade céleste : aussi, Socrale et Cicéron se bornèrent-ils à s'isoler des sottises de leur siècle et adorer ce Dieu inconnu, sans pousser plus loin leurs recherches qui auraient été contrariées par l'esprit du temps. Socrate en fut victime.
a Aujourd'hui que ces superstitions sont dissipées, et que le Christianisme nous a ramenés à de saines idéeâ, à la croyance en un seul Dieu, nous avons une boussole flxe pour procéder à l'étude de la nature. En partant du principe que toute lumière doit venir de Dieu, et que la raison ne peut entrer dans les voie^ de lumière qu'en se ralliant à l'esprit du Créateur; il reste à déterminer les caractères essentiels de Dieu , ses attributions, ses vues et ses méthodes sur l'harmonie de l'univers, dont certaines règles déjà connues peuvent nous acheminer aux inconnues. »
Après ce court préambule, Fourier analyse un petit
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Sr SES TRAVAUX.
qu'il opère sur les plus grandes réunions sociétaires et non pas sur les plus petites. Elle exige surtout que Dieu choisisse pour moteur Y attraction passionnée, dont remploi lui garantit les économies que Ton ne trouve pas dans le régime de contrainte.
3° Justice distributive. On n'en voit pas l'ombre dans l'état actuel. La misère du peuple accroît en raison de leur industrie. Le premier signe de la justice, le pain quotidien, le travail rétribué, ne, sont pas assurés.
4° Universalité de la Providence, Elle doit s'étendre à toutes les nations, aux sauvages comme aux civilisés. Tout régime industriel refusé par les sauvages, hommes vraiment libres, est opposé aux vues de Dieu. Il en est ainsi de tout ordre qui repose sur la violence. Touteclasse violentée est privée de l'appui de la Providence qui ne s'est réservée sur ce globe d'autre agent que l'attraction. Dès lors l'état civilisé et barbare qui ne repose que sur la violence est opposé aux vues de Dieu , et il doit exister un autre régime applicable à toutes les castes et à tous les peuples, s'il est vrai que la Providence est universelle.
5° Unité de système. Elle implique l'emploi de VcUtraction, qui est l'agent connu de Dieu , ce ressort des harmonies de l'Univers, depuis celles des astres jusqu'à celles des insectes; c'est donc dans l'étude de VaUraciTton qu'on doit chercher le codé social divin. »
Quel est le logicien si sévère, quel est le croyant .^i fervent qui puissent contredire ces vérités si simples.et
si riches en'conséqaences? C'est de ces axiomes pourtant que Fourier tire toute sa théorie. Il voit que Dieu gouverne le mécanisme du monde par Tattraction, et il présume que ce n'est pas la contrainte, mais Tattraction qui doit servir de base à l'organisation sociale. Dieu, dit-il, ne nous a pas caché une branche des lois du mouvement, bien moins importante pour nous, celle de la gravitation matérielle et des harmonies sidérales; il nous a initié depuis Newton à ces mystères d'équilibre de Tunivers, jugés impénétrables dans les siècles antérieurs : pourquoi présumer qu'il veuille nous refuser l'initiative au système qu'il a dû composer sur le mécanisme des passions et des sociétés , nous refuser la science qui importe le plus à nos besoins et à nos relations (Traité d'association, t. 1, p. 87)?
Pour trouver ce système, cette science, il recommande l'étude de l'attraction.
« L'attraction est entre les mains de Dieu une baguette enchantée, qui lui fait obtenir par amorce d'amour et de plaisir, ce que Thomme ne sait obtenir que par la violence. Elle transforme en jouissances les fonctions les plus répugnantes par elles-mêmes. Quoi de plus rebutant que le ûOin d'un enfant nouveau-né, toujours criant, hébété et souillé de déjections? Que fait Dieu pour transformer en plaisir un soin si déplaisant? Il donne à 1^ mère attraction passionnée pour ces travaux immondes ; il ne fait qu'user de sa prérogative magique.
imprimer attraction. Dès-lors les dégoûts les plus motivés disparaissent et sont changés en plaisir.
Possesseur exclusif du plus puissant des ressorts, du talisman deTattraction, Dieu ne serait-il pas persécuteur et dupe si, négligeant une si belle chance, il recourait à d'autres leviers que l'attraction pour régir l'univers et coordonner à un plan d'unité toutes les branches du mouvement. »
Voilà ce qui pousse le socialiste à l'analyse de notre âme, à la connaissance de nos désirs. Il indique d'après cette étude une nouvelle organisation sociale dans lalaquelle le développement intégral de nos facultés et la marche de nos passions enfantent autant de vertus et de bonheur qu'ils provoquent aujourd'hui de vices et de malheurs.
Si Fourier donne un si vaste développement à l'attraction en la considérant comme l'interprète de la volonté divine, ses investigations sur l'analogie universelle ne sont pas moins étendues. Kepler et Newton, trouvent des analogies entre la musique, la mécanique et la lumière. Fourier les étend à la totalité de la création.
Ayant admis une puissance intelligente qui a lout créé d'après un plan préétabli, d'après les principes d'unité, il en tire cette inévitable conséquence que tout être créé a une tâche, une mission à remplir, et que chaque créature des trois règnes renferme une pensée, un enseignement.
302 KOPKRNIK
L'histoire naturelle prend un nouvel aspect. Chaque animal, chaque plante , chaque minéral présente un tableau dans lequel le Créateur a renfermé une vérité. Pour montrer tout c^ qu'il y a de neuf et d'attrayant dans cette interprétation, nous citons trois analogies, celles du buis, de Tiris et de la couronne impériale, emblèmes de la pauvreté, du mariage et de la haute industrie, méprisée et dédaignée.
a Rien u*est moins intéressant que le buis^ emblème de la pauvreté. Il habite les lieux arides et les terrains ingrats, comme l'indigent qui est réduit au plus chétif domicile, au local dédaigné de tout le monde. On voit les insectes s'attacher au buis, comme au pauvre qui n'a pas le moyen de s'en garantir. Tel que le misérable qui endure patiemment les privations, et se fixe au moindre gite, le buis brave les intempéries et s'attache fortement au mauvais sol, où il est relégué. L'indigent n'a point déplaisirs. La nature a peint cet effet, en privant la fleur de pétales, qui sont emblèmes du plaisir. Son fruit est une marmite renversée, image de la cuisine du pauvre, qui est réduite à rien ; la nature a peint cet effet, par le renversement du vase qui , en tout pays, est le fondement de la cuisine. La feuille est creusée en cuiller pour obtenir une goutte d'eau , comme la main du pauvre, qui cherche à recueillir une obole de la compassion des passants. Son bois est serré et très noueux, par allusion à la vie rude, et à la gêne du mi-
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sérable chez qui règne Tinsalubrité, figurée par l'huile fétide qu'on retire du buis. »
Les différentes espèces d'iris, représentent, d'après Fourier, le tableau des effets du mariage, selon les conditions.
« Chacun se récrie sur le lugubre aspect du grj^nd iris, piqueté de noir : Il étale pompeusement les couleurs du deuil, et on pourrait le nommer fleur de grand deuil, sans parfum, sans coloris. D'où vient ce contraste de luxe et de tristesse? Il le faut, par analogie aux unions conjugales des princes, d'où on exclut les convenances d'amour, puisqu'on les marie sans s'être jamais vus. Le hasard peut rendre heureuses de pareilles alliances; mais en principe, elles se privent du ressort principal d'harmonie conjugale : Dieu a dû dépeindre cette servitude politique par un emblème tristement pompeux, comme le grand iris gris, fleur fastueuse, qu'il a privée de parfum, en symbole de ces mariages où règne le lien simple et sans charme , les convenances d'état et des grandeurs, sans acception des convenances d'amour. Elles sont figurées par le parfum des iris bleu, jaune, et iris papillon, emblèmes des mariages heureux, par alliance de l'amour avec la fortune. »
Enfin, il nous semble que dans la couronne impériale, Fourier voulait peindre sa propre personne.
a La noble industrie humiliée est peinte dans une fleur, nommée couronne impériale, donnant six corolles, renversées et surmontées comme la balsamine, d'une
touffe de feuillage. Cette fleur, qui a la forme de vérité (forme triangulaire du lys et de la tulipe), excite un vif intérêt, par Taccessoire de six larmes^ qui se trouvent au fond du calice, chacun s'en étonne; il semble que la fleur soit dans la tristesse; elle traîne la tête, et répand de grosses larmes qu'elle tient cachées sous les étamines. C'est donc Temblême d'une classe qui gémit en secret. Cette classe est très industrieuse, car la fleur porte en bannière le signe d'industrie, la touffe de feuilles groupées au haut de la tige, en symbole de la haute et noble industrie des sciences et des arts.
La classe d'industrieux qui gémit en secret n'est plus celle des plébéiens grossiers, mais celle des savants utiles et obligés de fléchir devant le vice heureux : aussi, la plante incline-t-elle ses belles fleurs en altitude humiliante. Elles sont gonflées de larmes cachées, image des savants et des artistes, qui font l'ornement principal de la société, et n'en sont payés que par des dégoûts, tandis que les agioteurs et sangsues, amoncèlent des trésors en quelques instants.
Cette fleur est de couleur orange, qui est celle de V enthousiasme ou composite , par analogie à la classe industrieuse des savants et artistes, qui n'ont d'autre soutien que l'enthousiasme contre la pauvreté et les humiliations dont ils sont abreuvés dans le jeune âge.
A la suite d'une pénible jeunesse, ils parviennent à obtenir quelque relief ou quelque bien-être : par imitation, la fleur après avoir passé le bel âge dans une alti-
tade humiliante, élève enfin son pédoncule et sa capsule de graines; mais il est trop tard pour prendre cette attitude, quand le pédoncule n'est plus orné de sa belle fleur, et n'a plus qu'une triste gousse à présenter. Cet effet dépeint le tardif bien-être des savants et artistes, qui ne peuvent lever la tête, sortir de Tétat de gêne et d'oppression, qu'après avoir consumé péniblement leur jeunesse è. amasser quelqu'argent, après avoir fléchi dans leurs jeunes années sous le poids de la détraction, de la pauvreté, de l'injustice; et perdu les beaux jours de la vfe à préserver leur vieillesse de l'indigence. » Ainm, tout ce qui se trouve sur la surface de notre planète accuse la pensée intelligente de celui qui Ta composé et offre le tableau de la plus parfaite unité dans la plus grande variété. Cette analogie fait trouver l'application des lois de Kepler, et des principes de Newton au mouvement moral, aux relations sociales. Elle donne des preuves nouvelles de la sagesse du Créateur et de l'immortalité de l'âme, en nous dévoilant le code de nos destinées par l'étude et l'analyse du mouvement.
La théorie de Fourier a trouvé des détracteurs , luimême a été pris pour fou et pour visionnaire. Cela ne nous étonne psis. L'attraction, développé^j par Newton, a. eu le même sort. La persécution et la raillerie furent le partage de Kopemik, la misère atteignit Kepler, et Galilée eût à supporter tontes sortes d'humiliations.
Celui qui a marché sur leurs traces ne devait-il pas s'atteodre au même sort î Etisi, dans ces vastes con-
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ceptioDS, il s'est égaré; s'il n'a pas su toujours mettre un frein assez puissant à sa brillante imagination,. la science ne devra-t-elle pas agir à regard de Fourier avec la même indulgence qu'elle s'est conduite envers Kepler? On a oublié ses erreurs, on a admis ses lois.
Quanta nous, nous n'avons eu d'autre tâche à remplir que celle d'indiquer combien Kopernik a influé sur le mouvement intellectuel et moral.
L'astronomie, restaurée par lui, ne constitue pas toute sa gloire. Le maître qui a ouvert le chemin à Kepler, à Galilée, à Leibnitz et à Newton ; qui a découvert le vrai mécanisme du monde, qui a posé la première base de l'harmonie sidérale, a encore un autre titre à la vénération générale. Ses sentiments religieux , et sa vie toute consacrée au service de ses semblables et à la gloire de l'Être-Suprême, méritaient une attention toute particulière, parce qu'ils renferment la véritable mission de la science, et peuvent servir de modèle à tous ceux qui tendent à l'union de la philosophie et de la religion.
L'école basée sur le doute a abandonné cette unique voie, qui peut nous conduire à la découverte de nos destinées. Elle n'a pas su fonder une société heureuse.
L'époque actuelle reprend sa marche légitime. Elle se livre aux investigations qui ont Dieu pour principe, la raison pour guide, et le bonheur du genre humain pour but. J'ai voulu montrer à ceux qui consacrent
leurs veilles à ces utiles travaux, combien ils doivent à Kopernik, à son génie et à ses sentiments.
Si dans ce faible hommage le sentiment de patriotisme fut pour quelque chose, n'est-il pas permis à un homme éloigné de sa patrie de se réjouir d'un souve- -nir qui fait la gloire de son pays? Je ne cache pas que je suis- fier dans mon malheur, qu'un mathématicien polonais, non-seulement constitue Tépoque dans le mouvement intellectuel du genre humain ; mais que ce soit encore à lui que les sociétés futures devront le triomphe de l'Unité, dont il a posé la première base.