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ÉRUPTION DU MOIS DE MAI 1883 ET ACTIVITE DU VOLCAN JUSQFAU 26 AOÛT

Le Dimanche matin, 20 Mai 1883, les habitants de Batavia, de Buitenzorg et des localités environnantes furent surpris par un bruissement confus, mêlé de détonations, qui ressemblaient à des coups de canon. Le phénomène commença entre 10 et 11 heures du matin (•) et acquit bientôt une telle intensité, que la surprise se changea généralement en inquiétude. Les détonations étaient accompagnées de trépidations du sol, des bâtiments et des objets contenus dans les habitations, mais néanmoins on fut promptement d'accord qu'il ne s'agissait pas d'un tremblement de terre, mais de vibrations atmosphériques. Les appareils de l'Institut météorologique de Batavia n'accusaient aucune déviation magnétique; il est vrai que l'aiguille aimantée suspendue à un fil de cocon (munie d'un miroir à réflexion , indiquant des déviations de 5 secondes) oscillait, mais elle exécutait ces oscillations dans un plan exactement vertical , comme l'aurait fait tout autre barreau, non aimanté. Les trépidations et les vibrations se continuaient aussi beaucoup plus longtemps que ce n'est le cas lors des tremblements de terre, car leur durée dépassait parfois 1 heure; et enfin, des personnes qui s'étaient couchées l'oreille contre terre n'entendirent, même pendant les détonations les plus violentes, absolument aucun bruit souterrain.

Il ne restait donc qu'à rapporter ces vibrations de l'air et ces détonations à une éruption volcanique, et il est étrange qu'on soit

demeuré pendant plus de deux jours dans une incertitude complète quant au point de savoir quel était le volcan en activité. Les détonations semblaient venir, à la vérité, du e6lé de Krakatau; mais de Sérang, d'Anjer et de Merak, localités situées bien plus près de Krakatau que Batavia, le télégraphe annonçait que ni détonations, ni vibrations atmosphériques n'y étaient perçues. Un voyageur, qu'un navire de guerre allemand avait débarqué, le matin du 20 Mai, à Anjer, où il était resté jusqu'à 1 heure, qui de là s'était mis en route pour Sérang, y était^ arrivé à 5** '/i ^'' spi"^ uf^ heure d'arrêt, avait continué son voyage vers Tangerang, déclarait également n'avoir rien entendu ni nen senti. Comme en outre le Karang, volcan du Bantam, apparaissait clair et dégagé de fumée, on commençait déjà à soupçonner une éruption des volcans de Sumatra, lorsque, le 22 Mai, arriva le premier télégramme, qui mil hors de doute que c'était bien de Krakatau que partaient tes bruits^

Entre-temps, les détonations étaient devenues de plus en plus distinctes à Batavia, et avaient atteint leur maximum de force dans ta matinée du 32. D'après les journaux de Batavia, on entendit surtout des détonations aux heures suivantes: le 20 Mai, de 10^ du matin à l"* de l'après-midi, de O*" '/» — S"" du soir, et de 11* '/» à minuit; le 21 Mai, de minuit à l"" du matin, de 4 — 6*, de 7* 80" (assez fortes) — 9'' du matin, à midi, à 4*' après-midi, à minuit; le

22 Mai, de 3 — 4'' du matin, de S^ '/i i^^^ violentes, maximum des détonations) à 6>i du matin ; après cela , on n'entendit plus que des grondements plus faibles, dont les derniers dans la nuit du 22 au

23 Mai, de minuit à 1 heure.

A Buitenzorg les détonations commencèrent le Dimanche à 11 heures du matin (l^) , et se succédèrent par intervalles jusqu'au 22 Mai.

A Tangerang les bruits se manifestèrent vers la même heure, continuèrent jusqu'à 3** '/i ^^ ^ firent de nouveau entendre le soir, de 6'/^ — 7 heures (•'). A Poerwakarta, chef-lieu de la résidence lit' Ki'uwang, on perçut également les bruits, tandis que rien ne fut enlendu à Krawang, localité voisine. Sur les cdtes du détroit delà 'inde. k's bruits et les vibrations furent perçus en différents points.

mais non à Anjer ni à Merak. A Ketimbang*, le 20, à 10^ du matin, on vit une colopne de fumée dans la direction de Krakatau; cette lie n'était pas visible, Sebesi et Seboekoe ne Tétaient que très faiblement. De G^i — 9 heures du soir on entendit comme des coups de canon et des roulements de tonnerre, qui se renouvelèrent de minuit à 1^ ^2 ^^ matin (21 Mai), et encore de 8 — 9^2 heures du matin; de 10^ à midi (21 Mai), il tomba de la cendre à Ketimbang (•*). Des pécheurs de Tjerita, au nord de Tjaringin, n'osèrent pas mettre à la voUe le lundi matin (21 Mai), parce que des bruits violents et insolites se faisaient entendre, et qu'un gros nuage planait au-dessus de Krakatau. Des vibrations furent ressenties à Tjaringin dans la nuit du Dimanche au Lundi, et on y entendit aussi des détonations, dans la nuit du Lundi au Mardi, ainsi que le Mercredi. Les détonations furent également entendues à Madja dans le district de Sadjira (au Sud de Tjikandi) les 20 , 21 et 22 , à différentes heures, pour la première fois le 20, à 11 heures du matin (•').

La plupart des renseignements s'accordent en ce point, que les détonations ne pouvaient être mieux comparées qu'à des coups de canon, et que des vibrations atmosphériques les accompagnaient presque toujours (âO).

D'informations postérieures, il ressort encore que les détonations ont été entendues du 21 — 23 Mai à Bandar (âO*) et à MoearaDoea, à l'intérieur de la résidence de Palembang; le 23 au chef-lieu Palembang (U), et du 21 — 23 Mai en différents lieux du district de Kauer, résidence de Benkoelen (âS), respectivement à des distances de 320, 230, 350 et 270 kilomètres de Krakatau, tandis que Batavia et Buitenzorg sont à 150 kilomètres du volcan. Il parait même que les détonations ont été entendues jusqu'à Singapore (âS) (à 835 kilomètres de Krakatau).

Dans la direction de l'Est, le son, lors de l'éruption du mois de Mai, ne parait pas s'être propagé plus loin que jusqu'à Poerwakarta, à 225 kilomètres de Krakatau; mais des vibrations atmosphériques moins rapides, se communiquant aux maisons et aux objets qui s^y trouvent, doivent, dès lors, avoir été observées à Semarang. Dans

cette localité on a distinctement perçu, le 20 et le 21 Mai, le battement et le cliquetis des fenêtres mal fermées, tandis qu'aucun son proprement dit n'y a été entendu (â4). La nouvelle qu'à Soerabaja, dans, le poste observatoire pour les signaux horaires, près de rOedjoeng, l'horloge astronomique se serait arrêtée, et que les aiguilles de tous les chronomètres auraient tressauté (â&), cette nouvelle était complètement inexacte, ainsi que je m'en suis assuré par des informations directes (â&*).

 une demande de renseignements au sujet du phénomène volcanique, que le Gouvernement avait adressée à ses fonctionnaires, il fut répondu, les 21 et 22 Mai, par le Gouverneur de la côte Ouest de Sumatra et par les Résidents de Palembang, de Benkoelen et de Bantam, que chez eux on n'avait rien remarqué d'extraordinaire. A Teloeq Betoeng on ne savait pas non plus quel volcan avait eu une éruption, quoique, le 21 et le 22 Mai, une pluie de cendres y fût tombée. Mais, dès le même jour, on télégraphia de Sérang que le Dimanche matin (20 Mai) des phénomènes volcaniques avaient été observés à Krakatau, par le navire Américain A. R. Thomas (on ne mentionnait pas le nom du commandant) arrivé à Anjer. Le pont avait été recouvert d'une couche de cendres épaisse de 1 pouce 7i * des bruits souterrains (P) avaient été entendus, et du sommet de la montagne on avait vu s'élever des nuages de fumée. Les mêmes phénomènes avaient aussi été observés par des pécheurs (i.O). Le Réigident des districts de Lampong manda également, le 22, qu'arrivé à Ketimbang il s'était assuré que le mont Roew^atan (Perboewatan), dans l'ile de Krakatau, avait été en activité depuis le Dimanche matin; on avait entendu des roulements, de temps en temps accompagnés d'un autre bruit, tout pareil à des coups de canon (âV). Le lendemain, le Résident de Bantam fit savoir que le djoeragan Abdoel Wahab, mouillé, le Dimanche matin, à proximité de Krakatau, avait vu le cratère septentrional de l'île en éruption jusqu'à environ 10 heures du matin (le Java-Bode du 24 Mai dit de 6 à 10 heures du matin): le cratère lançait beaucoup^ de feu et de fumée , ce qui eut lieu aussi le soir du même jour; ces émissions étaient

accompagnées de bruits comparables à des coups de canon, ou au bruit des chaînes d'une ancre qu'on relève. Le soir du 22, on avait vu, à Anjer, du feu dans la direction de Krakatau, à Sérang rien qu'un nuage de fumée; mais de bruits ou de vibrations, il n'était toujours pas question dans ces localités (i.8 et ±9), Près de Noord-eiland , au Sud de l'ile de Noordwachter , le capitaine Meickle, du navire Hallgerda, avait perçu des bruits souterrains (P), tandis que dans la direction de Krakatau, le ciel était d'un gris de cendre (SO). Une grande colonne de fumée, illuminée de temps en temps par des éclairs, fut observée, le soir du 22, à kampoeng Makasser, à 21 kilomètres au Sud de Batavia (Si.).

Ainsi donc, après un repos de plus de 200 ans, la paisible île de Krakatau, inhabitée et couverte d'épaisses forêts, s'était réveillée soudainement; il est digne de remarque, en effet, que l'éruption ne se soit annoncée que très imparfaitement. Cette année-là , du mois de Janvier au mois de Mai, il n'y avait eu, dans tout l'archipel, que 14 tremblements de terre, dont 4 dans sa partie orientale et 7 à Sumatra. Dans le détroit de la Sonde, on a signalé des tremblements de terre à Ketimbang, dans la nuit du 15 au 16 Mai et, à plusieurs reprises, entre le 15 et le 20 Mai (Si.*); une légère secousse à Anjer le 17 Mai, à 10^ 25°^ du soir (M); enfin, dans la nuit du 9 au 10 Mai, un peu avant minuit, une secousse à Java's l'^punt(SS); mais, comme ce dernier point est très sujet aux tremblements de terre, et. que les secousses avaient d'ailleurs été faibles, elles n'auraient certainement pas suffi pour pronostiquer une éruption, quand même la nouvelle en eût été connue à Batavia avant la date du 20 Mai. De même les volcans de l'Archipel étaient aussi restés assez calmes, le Lamonga nseul avait vomi, les 13 et 14 Avril, de la cendre et des pierres incandescentes (S4).

Outre les nouvelles reçues du Thomas et du bâtiment indigène sur lequel se trouvait le djoeragan Abbobl Wahab, nous possédons encore des renseignements fournis par 5 navires qui passèrent le détroit de la Sonde, entre le 20 et le 23 Mai.

Le vapeur le Zedand avait quitté Batavia le 20 au matin, en

destination pour la Neériande, par Padang. Le soir, a 6 heures, le navire se trouvant entre Sebesi et Krakatau, on vit au-dessus de rile un nuage noir, que sillonnaient incessamment des éclairs, accompagnés d'un crépitement continu, semblable à celui d'un feu de mitrailleuses; la foudre ne tombait pas sur la terre, mais restait dans le nuage. L'aiguille de la boussole oscillait constamment et présentait une déviation de 12^. A cela succéda une pluie épaisse de cendres et de pierres. Une des deux relations mentionne, en outre qu'autour et près de Krakatau l'eau montait jusqu'au ciel, comme si elle eût été soulevée en trombes. Vu qu'à ce moment il faisait déjà presque nuit, et que l'autre relation ne parle pas de ce phénomène assurément remarquable, il est bien possible qu'on ait été dupe d'une illusion d'optique. «Jusqu'au ciel", en tout cas, les flots ne se seront probablement pas élevés (1M et SA).

Sur le Soenda, qui, parti de Batavia le 22 Mai, se trouva entre 8 et 10 heures du soir près de Krakatau, l'activité du volcan fut également observée. Le D'. D. Sulzbr, médicin du bord, fait mention de fréquents éclairs dans la partie supérieure du nuage, éclairs qui, des nuages atmosphériques, convergeaient vers la colonne de fumée; mais, chose singulière, les aiguilles aimantées ne bougèrent pas, ce qui est en contradiction complète avec l'observation du Zeeland, Du pied de la colonne de fumée, qui s'élevait au-dessus du cratère vis-à-vis de Verlaten-eiland , s'élancèrent, à de courts intervalles, dix à quinze gerbes de feu, de couleur rouge sombre (probablement des jets de cendre incandescente Verb.), auxquelles succédèrent des détonations plus ou moins violentes, semblables au fracas du canon, et qui firent même légèrement vibrer le navire. A sept milles au-delà de Krakatau il tomba, pendant une demi-heure, une abondante pluie de cendres; à 10 milles de Krakatau on rencontra, flottant sur l'eau, des fragments de pierre ponce, et à 20 milles plus loin encore, donc à 30 milles de Krakatau (environ au Sud de la grande ile de Taboean, dans la baie de Semangka Verb.) les fragments formaient une couche si épaisse, qu'un petit seillot, qu'on descendit à la mer, en fut retiré tout rempli de ponce et ne contenant presque pas d'eau (99 et S8).

Le vapeur Y Archer du Queensland Royal Mail Line, capitaine Graingir, en route pour Batavia, rencontra également, le 22 Mai, à ^^ 35°^ du soir, ce champ flottant de ponces, à 6^ 6^ Lat. S. et 104^ 51' Long. E. ; donc exactement à la place indiquée par le D'. Sulzbr, qui ne l'atteignit, avec le Soenda, que quelques heures plus tard. V Archer avait déjà eu, à TOuest du Vlakke Hoek, de 6^ 30™ du matin à 1 heure de l'après-midi, une pluie de poussière fine (pluie de cendres); le navire resta dans ce nuage depuis 5^ 55' Lat. S. et 105° Long. E. jusqu'à 6'' 5' Lat. S. et 104"" 10' Long. E. Au-dessus de Krakatau montait un nuage sombre , sillonné de fréquents éclairs (Sfl et SO).

Le S3 Mai, le paquebot Néerlandais le Conrad, qui avait déjà subi à la hauteur de Benkoelen une pluie de cendres, arriva près du champ de ponces; à 1^ Va ^^ l'après-midi on se trouva en vue de la pointe Sud de Krakatau; et à 7 heures du soir, au voisinage de rîle, on fut très incommodé par une pluie épaisse de cendres et par des vapeurs de soufre. A quelque distance on voyait la fumée noire coupée net, comme si elle était arrêtée contre un mur, par la mousson de TËst , tandis qu'à l'Ouest la cendre s'étendait à perte de vue. La température , qui à l'intérieur du nuage de cendres était de 38° Gels., descendit, aussitôt qu'on en fut sorti, à 30° Cels., différence très notable, conune on le voit. Le navire arriva à Batavia le 24 Mai (Si.).

Dans les premiers jours après l'éruption, le vent parait avoir soufflé ' principalement du Sud-Est (mousson de l'Est); on a appris qu'à Moeara Doea, dès le 22, dans l'après-midi, on voyait tourbillonner dans Tair de fines particules de poussière, qui ressemblaient beaucoup à de la terre de pipe (SS); et d'ime autre communication il résulte que du 21 au 23 Mai il tomba également de la cendredans le district de Kroê, cendre parfois si épaisse, que le soleil en était obscurci (38).

La dernière relation n'est certainement pas la moins intéressante. La corvette allemande V Elisabeth, commandant Hollhann, après ime station de 2 ans en Chine et au Japon, arriva de Singapore, le 20 Mai à 5 heures du matin, en rade d'Anjer; y fit de l'eau et des provisions, descendit à terre M. HERfimo, — qui était allé de

Batavia à Singapore pour y rencontrer son frère, l'un des officiers de Y Elisabeth^ — puis, le 20 Mai, à 9 heures précises du matin, continua sa route vers l'Europe , par le cap de Bonne-Espérance (88'). Du bord on vit bientôt, au-dessus de Tile de Krakatau, s'élever avec beaucoup de rapidité une blanche colonne de vapeur, au sein de laquelle montaient aussi des nuages sombres. La hauteur de ce nuage de vapeur et de cendres, d'après les mesures effectuées, atteignait 11000 mètres. Bientôt survint une pluie d'une cendre très fine gris clair un peu jaunâtre, qui pénétrait partout, et qui c>ontinua à tomber jusque dans la nuit du 21 au 22 Mai. Le matin du 21, la clarté était celle qui règne pendant une éclipse de soleil; le ciel présentait l'aspect d'un grand dôme de verre opalin très mat , 011 le soleil semblait un globe bleu-pâle suspendu à la voûte. Une

chute de cendres fut encore observée à 75 milles allemands (500

milles marins) de Krakatau; le 22 Mai, le ciel était toujours très couvert dans toute son étendue, mais la pluie de cendres avait cessé. Ce témoignage de Y Elisabeth est précieux, d'abord en ce qu'il fournit la description, sinon de la première, au moins de l'une des premières éruptions importantes de Krakatau; en second lieu parce qu'on y trouve l'indication de la hauteur du nuage, ce qui nous permet d'estimer, au moins avec quelque degré de probabilité, la hauteur à laquelle les produits éruptifs ont été projetés en Août, alors que les éruptions et les détonations étaient beaucoup plus violentes qu'au mois de Mai. Si le chiffre de 11000 mètres est peut-être un peu inexact, nous pouvons cependant hardiment évaluer la hauteur à 10 kilomètres. En troisième lieu, il est très remarquable que, dès le 21 Mai, Y Elisabeth ait observé, à travers les particules de cendre du Krakatau, un soleil de couleur bleue, c'està-dire de la même teinte qui, après l'éruption du mois d'Août, a été vue à Ceylan, aux Indes-Britanniques, à Paramaribo et en une foule d'autres endroits ; phénomène qui a donné lieu, parmi les savants, à des explications si diverses. Dans les » Notes", j'ai reproduit l'intéressant récit de M. Hbim, prédicateur à bord de Y Elisabeth y et un rapport plus sommaire du conunandant Hollmann (S4 et 84*).

A la suite des nouvelles apportées par les navires venant du détroit de la Sonde, Tintérèt excité par l'éruption de Krakatau devint tellement vif à Batavia, que l'administration des paquebots Indo-néerlandais mit le Gouvemeur-Generoal Loudon à la disposition de ceux qui désiraient visiter File. Ce bâtiment, chargé de 86 passagers, quitta Batavia le 26 (Samedi) à 5 heures du soir, et arriva à Krakatau le

27 au matin. Cette nuit-là, il y eut des tremblements de terre dans le détroit de la Sonde. A Teloeq Betoeng, à trois heures et demie (donc le 27 Mai à 3^ 30°^ du matin), on sentit une secousse horizontale, qui dura environ 15 secondes (SA); à Tjaringin on éprouva deux secousses, Tune à 2*», l'autre à 3*» 55™ du matin; cette dernière fut également ressentie à Pandeglang (SA); à Java's !•** Punt il y eut trois commotions assez fortes, à 3^ 30", 4*» 2"* et 4^ 20°" du matin; le phare toutefois ne fut pas endommagé (S9). Au phare du Vlakke-Hoek on observa deux ébranlements, le premier, assez fort , à 4*» du matin , le second vers 4^ 30°* (Sï'). Une secousse verticale se fit sentir le 27 à Painan (côte Ouest de Sumatra), mais seulement le soir, à 5 heures (S8); elle n'était donc pas en relation directe avec les secousses du détroit de la Sonde.

Le Laudm resta à l'ancre jusqu'au Dimanche soir, afin de permettre aux passagers de visiter le cratère, et rentra à Batavia le

28 au matin. Cette petite expédition nous a valu non seulement quelques descriptions de Krakatau, mais aussi des photographies, exécutées par M. Hamburg, de Batavia. Le jour même du retour, 28 Mai, les journaux de Batavia publièrent des relations du voyage (Sfl); la plus détaillée est celle que donna VAlgemeen Dagblad. De ces divers renseignements, et d'autres encore, qui m'ont été communiqués de vive voix, je croix pouvoir conclure, en les rapprochant des croquis et des photographies, que la situation et la forme du cratère étaient environ telles que je les ai représentées sur la grande carte de Krakatau fig. 1. Le cratère du Perboewatan paraît avoir été entouré en différents points par de hautes parois de coulées de lave, probablement formées en partie dans Tannée 1680, et qui s'élevaient tout au plus à 100 mètres au-dessus du niveau de la

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mer 9 le cratère lui-même se trouvait à 40 ou KO mètres plus bas, dans une excavation en forme de bassin ou de fer à cheval» ouverte du côté nord.

Une grande partie de Krakatau et de Verlaten-eiland était déjà couverte de cendres et dépouillée de verdure , tandis que de beaux arbres, n'ayant que très peu souffert des cendres, ornaient encore le pic, le Poolscbe-Hoed et Lang-eiland. On ne recontra pas d'habitants, quelques Lampongais, qui, le 20 Mai, se trouvaient passagèrement à Krakatau pour y recueillir des produits forestiers, avaient déjà été emmenés de Tile , antérieurement à la visite du Loudon (40 et 40*).

M. l'ingénieur des mines J. A. Schuiirman, qui fit partie de l'expédition, en a donné le récit suivant. Je n'ai pas d'observations personelles à communiquer sur l'éruption, vu qu'à cette époque j'étais en Europe.

«Vers minuit, arrivés à la hauteur d'Anjer, nous aperçûmes à «l'horizon, dans la direction de l'ile de Rakata, une clarté rougeâtre » intermittente, qui témoignait de l'activité du volcan. C'était une » lueur d'embrasement, qui apparaissait toutes les S à 10 minutes, >pour quelques instants seulement, et d'où tombait une pluie de feu.

•Le Dimanche 27 Mai, à la pointe du jour, le vapeur se trouva »à quelques milles de distance, au nord, du but de notre voyage. » L'ile de Rakata se compose du pic, montagne qui du côté sud » s'élance rapidement à une altitude de 822 mètres, d'un groupe «montagneux central beaucoup moins élevé, et d'une partie nord «dont la surface relativement peu accidentée porte un sommet haut «d'environ 100 mètres, le mont Perboewatan, le volcan actuellement «en activité.

«Etrange était l'aspect de l'ile, qui^ au lieu de la luxuriante «végétation tropicale, ne présentait plus qu'un sol aride et nu, d'où «montait une fumée «comme la fumée d'une fournaise."

«Le pic seul montrait encore de la verdure, mais le versant septen-

«trional, peu accidenté, était enseveli sous une épaisse couche de

cendres grises, d'où sortaient çà et là quelques rares troncs d'arbres

lÔ

» dépouillés de branches et de feuilles, maigres restes de la forêt »impénétrable qui couvrait Tile tout récemment encore. Au milieu >de ce paysage sombre et désolé , se détachant sur la mer comme «rimage de la destruction la plus complète, se dressait avec une ^splendeur indescriptible une puissante colonne de fumée; large à sa «base de plusieurs dizaines de mètres, cette colonne s'élançait avec «un fracas de tonnerre» en s'épanouissant et en tourbillonnant, jusqu'à •une hauteur de 1000 à 1200 mètres, puis elle s'élevait encore à 2 •ou 3000 mètres plus haut , pâlissant de plus en plus et abandonnant •au vent d'Est la cendre dont elle était chargée et qui, retombant •sous la forme d'un brouillard noirâtre, constituait le fond du •tableau.

•L'esprit se sentait confondu devant cet imposant spectacle, qui •lui imprimait avec une force irrésistible la pensée de la lutte •faneuse à laquelle se livraient les éléments et dont la colonne de •fumée noire, passant au blanc argenté à mesure qu'elle montait, •n'était que le faible indice. Il s'écoula un temps assez long avant •que la stupéfaction causée par cette scène grandiose fut un peu •dissipée et que l'attention, fatiguée de vouloir embrasser l'ensemble, •pût se concentrer sur un point unique; mais, à ce moment, la •colonne de fumée offrait, dans ses phases toujours changeantes et •jamais répétées, le coup d'oeil le plus saisissant. Bien que s'élevant •sans interruption, elle était, toutes les 5 à 10 minutes, considéra- •blement élargie à son pied par une exhalation de nuages de fumée •exceptionnellement puissante, et qu'annonçait un bruit épouvantable; •pendant ces éruptions périodiques, la fumée de couleur sombre était •expulsée avec plus de rapidité qu'à l'ordinaire, et laissait tomber, •à la hauteur d'environ 200 mètres, une pluie de pierres, qui, vues •du navire, semblaient des points noirs se mouvant dans l'air. C'est •alors aussi que ces sombres nuages de fumée, même pendant le •jour^ présentaient parfois une lueur rougeâtre ; la nuit ils prenaient •l'aspect de flammes rouges, tandis que la pluie de pierres, à •peine visible de jour, se changeait en pluie de feu: phénomènes •qu'il faut expliquer sans doute par le reflet, sur les nuages de

» fumée, des matières en ignition contenues dans le cratère, et par «rétat d'incandescence des pierres éjaculées.

>Un éclair isolé, traversant la colonne de fumée, fut la seule •manifestation d'activité électrique.

•Outre File de Rakata, Tile voisine Verlaten-eiland avait aussi •souffert de l'éruption. Elle avait conservé ses arbres, mais ils •étaient dépouillés de leurs feuilles, ce qui, joint à l'épaisse couche •de cendres grises dont l'ile était couverte, donnait l'idée d'un •paysage boisé vu en hiver. La pluie de cendres était également •tombée sur Lang-eiland et sur l'ilôt de Poolsche-Hoed , toutefois en •quantité beaucoup moindre, car la verdure n'y avait pas disparu.

•A mes souvenirs de la visite à l'île de Krakatau même, visite •pour laquelle le commandant du Loudan, M. Lindeman, mit obli- •geamment à notre disposition la chaloupe à vapeur et le canot, •j'emprunte ce qui suit. Longeant la côte nord de l'ile, dont une •partie est rocheuse et escarpée, nous abordâmes à un point, où •la côte s'abaissait en une large plage. Cette plage elle-même n'offrait •rien de particulier, mais à partir de la ligne que la mer atteignait •lors du flux, l'ile était couverte de fine cendi-e grise. Le flux et le » reflux avaient découpé le long de cette ligne un profil, le seul que •nous rencontrâmes, des produits de l'éruption, et ce profil révélait •que, si au premier abord l'ile semblait ensevelie uniquement sous •des cendres, cette matière n'était pourtant pas la seule que le •volcan eût rejetée et lancée jusqu'au rivage. Sur le sable blanc, •qui constituait la plage proprement dite, reposait un banc de ponces, •d'un pied d'épaisseur, et sur ces ponces était tombée la cendre, •formant une couche de 2 pieds; çà et là seulement on trouvait dans » cette masse de déjections volcaniques, épaisse de trois pieds , quelques •fragments d'une autre nature, sur lesquels je reviendrai plus loin.

•La cendre, qui semblait répandue légèrement, s'était en réalité •assez tassée pour pouvoir nous porter; en y posant le pied, on •reconnut qu'il ne s'enfonçait que jusqu'à la cheville, et dès lors •toute objection à une excursion à l'intérieur de l'île se trouvait •écartée. Suivant la trace des plus courageux, peut-être aussi des

•plus étourdis, nous gravîmes les monticules dénudés, ce qui ne •présentait pas d'autre obstacle que les cendres incohérentes, cédant »sous nos pas. La route suivie passa d'abord sur une colline, où l'on •voyait encore, émergeant de la cendre, quelques tronçons d'arbres, «dépouillés, brisés, à peu de mètres de hauteur et montrant, par des •signes irrécusables, que les branches en avaient été violemment •arrachées. Le bois était desséché, mais rien n'indiquait qu'il y eût •eu combustion ou carbonisation; en outre, dans la cendre volcanique •on ne trouvait ni feuilles , ni brauches , de sorte que le déboisement •de rile doit probablement être attribué à un tourbillon de vent, • tel que, lors des éruptions volcaniques, il s'en produit fréquemment •au sein des couches atmosphériques dérangées dans leur équilibre •par un échauffement local et excessif.

•Bientôt disparut toute trace de végétation, et l'ascension se con- •tinua au milieu des sombres monticules de cendres qui cachaient •la mer à nos regards, sans pouvoir leur dérober la colonne de •fumée, toujours grondante et mugissante. Enfin, la dernière butte gravie, •nous mimes le pied sur le bord escarpé de la paroi orientale du cratère.

•Là se voyait, creusée dans les cendres, une belle cavité en •forme de bassin, d'un diamètre d'environ 1000 mètres (A. B. fig. •31'), dont le fond circulaire, situé à une 40^"® de mètres plus bas •et pouvant avoir de 150 à 250 mètres de largeur, était affaissé •de quelques métrés et couvert d'une croûte noire, un peu luisante. •C'est à travers cette croûte, mais seulement dans un espace cir- •culaire large d'une 50**^°® de mètres (F. 6.) et touchant au bord •opposé ou oriental du cratère, que se dégageait, avec un fracas » épouvantable, la puissante colonne de fumée.

•Le croquis fig. 31 représente le plan du cratère, ainsi qu'une •coupe verticale passant par son centre, dans la direction Est-Ouest. •De la station A, la partie 6. H. B. L de la paroi était invisible, à •cause de la pluie de cendres. La partie L K. était rompue, et •peut-être avait-elle livré passage à un courant de lave; à cet égard •toutefois, vu l'obscurité dans laquelle cette partie était également •plongée, je n'ose rien affirmer.

•Les cendres, poossées par le veat, aOaie&t se ièfoaiat dans là directimi de Touest, où elles masqnaioit enUèremoit la vue, mais les pierres retombaient toul autour de la colonne de fumée , sur la croûte de la bouche volcanique et sur les flancs du cratère, où beaucoup de fragments de ponce gisaient à la surface de la cendre, tandis que les pierres plus compactes et plus lourdes s'y étaient foncées.

>De lave en fusion aucune trace ne pouvait être distinguée au pmnt d'éruption , car les nuages de fumée , en sortant de la cbeminée du volcan, étaient complètement opaques et senlonent éclairés de t^nps en temps d'une lueur rousse, réveriiératicNi du contenu brûlant du cratère.

>La fumée, qui semblait se frayer un passage avec peine, mais aussi avec une force incomparable, s'écbappait en bulles gigantesques, nombreuses et serrées, dont le frottement mutuel déterminait le mouvement giratoire et tourbillonnant des nuages, dans la partie inférieure, baute de 1200 mètres, de la colonne de fumée. Ge n'est qu'aux bords du foyer d'éruption qu'on pouvait observer le dégagement de vapeur d'eau à travers une quantité de crevasses et de fissures.

-»La croûte recrouvrant la boucbe du cratère était, on l'a déjà dit, de couleur noir foncé, et plus ou moins luisante; eUe contrastait fortement avec la cendre grisâtre qui revêtait la paroi du cratère, et rappelait involontairement la croûte de refroidissement des scories de baut-foumeau.

•Pour* terminer, je dois encore dire quelques mots des produits de cette éruption volcanique. Indépendanmient de la vapeur d'eau, élément essentiel de cette eolonne de fumée qui, à mesure qu'elle se débarrassait de son contenu de cendres, se changeait en nuages blancs, il faut citer, parmi les produits gazeux, l'acide sulfureux, reconnaissable à son odeur, "et parmi les matières sublimées, le soufre, déposé en fine poussière non seulement dans deux petites solfatares, mais aussi sur la cendre qui couvrait certaines collines, et à laquelle il communiquait une couleur vert-jaunâtre.

«Parmi les matières solides rejetées par le volcan , la cendre mérite >d*étre nonmiée la première. Elle est de couleur grisâtre, à grains «fins, et se montre, au microscope, essentiellement composée d'un «verre incolore et d'un verre brun, mêlés de petits fragments d'au- >gite, de plagioclase, et de magnétite.

«Après la cendre, il faut nientionner, comme produit ayant égale- «ment été éjaculé en quantité considérable, la ponce.

«D'après le profil de la plage , la ponce recouvre File à la hauteur «d'un pied, et au-dessus d'elle s'étend la couche de cendre, épaisse «de deux pieds. Selon toute apparence, on doit donc voir dans la «ponce le produit de l'éruption durant sa période de plus grande «violence; elle n'a toutefois pas été rejetée exclusivement dans cette «phase, car elle continuait encore à sortir du cratère, conmie le «prouvaient les fragments de ponce épars de tous côtés sur la cendre, «fragments qui dépassaient rarement le volume de 0.1 M'.

«H me reste à parler des produits qui, tout en ayant été rejetés «avec parcimonie, méritent peut-être, comme représentants peu ou «point modifiés du contenu du cratère, ou |)lutôt- de la croûte recouvrant sa bouche, le plus d'intérêt.

«Dans le bassin du cratère, on voyait ça et là des trous dans la «cendre, trous qui contenaient, à la profondeur de 1 pied à 1 p. Ys > «un bloc d'une roche volcanique vitreuse verte noirâtre, de la grosseur «de la tête. Ces blocs étaient très fragiles, éclataient au moindre «choc, et indiquaient par là qu'ils se trouvaient dans un état de forte «tension. Au microscope, on constate que cette roche est composée «essentiellement d'une masse vitreuse incolore, dans laquelle, à côté «de quelques cristaux de plagioclase incolore, d'augite verte et de «magnétite noire, se sont isolés de nombreux microlithes, offrant «distinctement une structure fluidale. Cette rétinite ou obsidienne «augitique fut également trouvée sur la plage, en fragments de «diverses grosseurs, dont un était entièrement transformé en ponce «à l'un de ses côtés, tandis qu'à l'autre il avait conservé la structure «vit rieuse compacte.

«Outre ces fragments de rétinite, on trouva encore sur la plage

•un morceau de lave noire, légèrement poreuse, que Texamen fit » reconnaître pour une très belle andésite augitique à olivine, un «basalte si Ton veut, et qui au microscope montrait une masse «vitreuse foncée.

»Me voici arrivé à la fin de mon récit. Le soir, vers 8 heures, «nous reprimes la route de Batavia, sous Timpression profonde, et «pour beaucoup de nous sans doute ineffaçable, du spectacle grandiose «que nous venions de contempler."

Le 27, un bâtiment de la marine royale, le Sumatra, steamer à roues de 3^*"® classe, se dirigea vers le détroit de la Sonde, pour examiner par des sondages l'état des eaux navigables aux alentours de Krakatau (41), et, dès le 1"' Juin, le Commandant de la Marine put informer le Gouvernement qu'il ne s'était produit aucun exhaussement de sol (A/B).

Au sujet de mouvements de la mer lors de l'éruption du moi de Mai, je n'ai pu trouver que deux indications.

La première est du Samarang^ hopperbarge des travaux du port de Batavia, commandant Lourens, qui, en route de Batavia vers Merak, éprouva entre les iles de Boom et de Maneter, le 20 Mai, de 10^ à midi, une forte houle du N. N.-E. et du N.-O.. qui fit émerger à plusieurs reprises l'hélice du bâtiment; avant et après ce temps l'eau avait été assez calme. Le commandant n'avait rien soupçonné d'extraordinaire, jusqu'à ce que, à Batavia, l'idée lui vint que celte houle pouvait bien avoir été en rapport avec l'éruption, dont il n'avait rien entendu pendant son voyage (48, 44 et 4ft).

Le balancement de la mer ne peut toutefois avoir été très considérable, car la courbe du marégraphe de Tandjong Priok n'accuse, le 20 Mai, aucune anomalie, ainsi qu'on le voit sur la copie réduite fig. 10 (40). Comme en outre la houle venait du côté nord (le rapport dit N.N.-E. et N.-O.), cette agitation de la mer aura sans doute été indépendante de l'éruption.

La seconde indication provient de la barque Bintang, qui, à l'ancre dans la rade de Blinjoe (ile de Banka), fut tout-à-coup, dans la nuit du 31 Mai au 1^' Juin, l'air étant parfaitement calnie et

le ciel serein, secoué par une agitation inaccoutumée de Teau, qui jeta le gouvernail contre le bordage (49). Le commandant crut pouvoir supposer un tremblement de mer, mais cette observation est, comme la précédente, tout-à-fait isolée, aucune autre nouvelle de tremblement de terre ou de mer ne nous étant parvenue des environs de Blinjoe ; dans ce cas également , le rapport avec l'éruption est donc très improbable.

Je noterai d'ailleurs, dès à présent, que du S7 Mai au 26 Août, pas un seul tremblement de terre ou de mer n'a été observé dans le détroit de la Sonde, ni dans les parages voisins.

Nous en étions arrivés ci-dessus, dans^ l'analyse des informations recueillies sur l'éruption, jusqu'à la fin du mois de Mai, et nous allons maintenant reprendre le récit des événements, après avoir mentionné les phénomènes, autres que les secousses de tremblement de terre dont il a déjà été question » qui furent observés dans les phares, pendant les premiers jours après l'éruption. A Java's 4^* Punt (Bodjong), près d'Anjer, on ne remarqua au début ni bruits ni vibrations; ce n'est que du 29 au 31 Mai qu'on entendit le soir, de 7^ Va — ^ ^^ ^^ heures, des grondements dans la direction de l'Ouest (49*). Au Vlakke-Hoek ni bruits ni vibrations ne furent perçus; dans la matinée du 20 il commença à y tomber une pluie de cendres, qui continua jusque dans l'après-midi du 23, moment où le vent tourna de l'Est vers le Nord. Du côté exposé au vent, les glaces du réverbère durent être nettoyées itérativement (49^). A Java's 1'^ Punt rien de particulier ne fut observé (49*). Dans l'ile de Noordwachter on entendit le 20 Mai, à 11^ ^4 ^^ matin, im grondement sourd et des vibrations, auxquels, entre midi et midi 50^9 se joignirent des détonations, les unes éclatantes, les autres étoufTées; il en fut de même le 21 Mai (49').

Pour le mois de Juin nous trouvons deux rapports d'Anjer, mentionnant que Krakatau, le 19 Juin, à 5^ Va ^^ ^^^» émettait de nouveau beaucoup de fumée, et qu'un bruit pareil au tonnerre se faisait entendre dans le lointain. Un épais nuage, suspendu au-dessus de l'ile, Qe î\\i chassé, par le vent d'B)st, que le Dimanche soir.

24 Juin, et alors on aperçut distinctement deux fortes colonnes de fumée , qui s'élevaient majestueusement. La colonne septentrionale était la plus puissante (48 et 4S). C*est-là la première communication ayant trait à la formation d'un second grand cratère à Krakatau; dans le rapport mensuel du contrôleur de Ketimbang pour le mois de Juin , il n'est pas encore question de deux cratères ; il y est dit seulement que Krakatau émettait continuellement de la fumée , parfois accompagné de bruits intenses 9 qui devinrent surtout violents dans la nuit du 28 et du 30 Juin (ftO). Le rapport mensuel du mois de Juillet, toutefois, mentionne le nouveau cratère. Pendant les quelques journées de ce mois, où Krakatau fut visible de Ketimbang, on avait vu sortir de la fumée des deux cratères. Le cratère le plus ancien était situé au pied du mont Perboewatan, le nouveau, à l'Est du précédent, au pied du mont Danan. L'aspect du Perboewatan avait entièrement changé; les trois masses rocheuses qui jadis formaient les sommets de cette montagne, avaient disparu (ftl) (probablement par l'effondrement partiel des coulées de lave qui entouraient le cratère Verb).

Le 3 Juillet je revins des Pays-Bas à Batavia, par le vapeur néerlandais Prinses Marie, Dans la nuit du 2 au 3, vers 3 heures du matin, nous avions passé à l'est de Krakatau; à ce moment, le ciel étant très brumeux, on n'apercevait au-dessus de l'île qu'une faible lueur rouge; quant à des cendres, on n'en remarqua pas.

Pour le mois A* Août j'ai à citer d'importantes observations faites à Krakatau, le 11 de ce mois, par le capitaine d'état-major H. J. 6. Ferzeivaar, chef de la brigade topographique du Bantam. Le but de son voyage était de s'assurer s'il y avait moyen de lever le plan de l'ile. Au rapport que le capitaine Ferzenaar adressa à ce sujet au Blajor, chef du service topographique, rapport auquel était annexée la petite carte fig. 21 , j'emprunte ce qui suit (ftS).

»Le 10 courant au soir, je me suis embarqué sur un prauw •majang (bâtiment indigène) qui m'a conduit à Pœloe (ile) Rakata, •d'où je suis revenu à Tjaringin le 12 au soir. Le régent de Tja- •ringin n'ayant pu tenir sa promesse de m'accompagner, j'ai dû •entreprendre seul le voyage.

•Pour le moment il ne saurait être question, à mon avis, de lever le plan de cette ile, l'opération exposerait encore à trop de dangers; en ce qui me concerne, du moins, je ne voudrais pas assumer la responsabilité d'y envoyer un géomètre.

•J'ai fait un croquis de Tile à l'échelle de 1 : 100.000, avec tranches distantes de BO mètres; j'ai l'honneur de joindre ce croquis au présent rapport.

>Le contour des iles a été tracé d'après la carte marine du détroit de la Sonde; les hauteurs ont été évaluées à vue d'oeil; la forme du terrain était esquissée à mesure que l'embarcation faisait le tour des côtes. Je n'ai longé ni le côté Ouest, ni le côté Sud; au côté Ouest je me serais trouvé sous le vent, et l'épaisse fumée m'aurait donc empêché de rien voir. La route suivie est indiquée par une ligne ponctuée.

>La partie désignée par un fin pointillage est entièrement dévastée; quelques rares troncs d'arbres s'y voient encore, mais complètement dégarnis de branches et de feuilles; le sol» près de la plage, est «couvert d'une couche de cendres épaisse d'environ ^s mètre.

«Les sommets qui émettent le plus de fumée sont marqués B. D. »et E. Là apparaissent encore incessamment d'énormes colonnes »de fumée, de couleur rose et blanc grisâtre sale.

•Aux autres points marqués en rouge s'élève également de la •fumée, mais en quantité moindre. Près des sommets C. et E. doit «avoir eu lieu l'éruption antérieure (en 1680); aussi ces parties •sont-elles toutes nues, sans le moindre vestige d'anciens arbres. •Au dire d'un indigène, qui m'accompagnait et qui jadis avait •plusieurs fois visité ces lieux, il n'y avait alors que des blocs de •pierre,* sans trace de végétation; aujourd'hui ces blocs sont tous •ensevelis sous la cendre.

•Lors de l'éruption récente, la partie nord-ouest du sonunet B. •a éclaté (ou s'est écroulée Verb.) ; ce sonmiet doit avoir été autrefois •beaucoup plus élevé. A mon avis, il y a encore une partie de ce •sommet qui devra s'écrouler, car sur toute la pente Sud, jusqu'au •pied, on voit sortir de la fumée,

»Poeloe Sertoeng (Verlaten-eiland) est couverte d'une couche de «cendres; les arbres y sont encore debout, mais tous dépouillés. »P®. Rakata ketjiel (Lang-eiland) et P. Tjoekoe (Poolsche-Hoed) ont »le moins souffert; au côté ouest seulement les feuilles des arbres sont «grillées. L'éruption doit donc avoir été dirigée vers le nordouest.

•Sur le rivage j'ai légèrement creusé le sol et trouvé pour couche •supérieure de la cendre grisâtre, au-dessous de celle-ci, de la cendre » mêlée de soufre, et enfin des pierres ponces; ces pierres paraissent «donc avoir été le premier produit de l'éruption.

«Une grande partie de Po. Rakata pourrait être levée en prenant «pour stations les ilôts voisins; mais je jugerais imprudent d'aller «déjà exécuter des mesures dans l'ile même."

Tout honneur revient au capitaine Ferzenaar, la dernière personne qui a mis le pied sur la partie nord de Krakatau, pour l'excellente petite carte qu'il en a dressée en si peu de temps. On peut regretter seulement qu'il n'ait pas jeté un coup d'oeil sur le côté Sud de l'ile; nous eussions eu alors les courbes de niveau au complet, aussi loin du moins quer la fumée n'interceptait pas la vue.

Il y avait donc, le 11 Août, trois cratères principaux dans l'ile» tandis que de la vapeur et de la fumée s'échappaient encore eu une foule d'autres points, notamment sur le penchant sud du Danan, qui plus tard, comme M. Fbrzenaar le fait observer avec raison , se sera certainement effondré , et aura formé ainsi le cratère principal des éruptions du 26 et du 27 Août. D'après le croquis sus-mentionné du capitaine de vaisseau Buuskes, le Danan doit avoir eu une altitude de 450 mètres; la petite carte du capitaine Ferzenaar indique 400 mètres, ce qui s'accorde parfaitement avec la première évaluation, faite à une époque où le sommet B. était plus élevé. Le côté sud du pic était encore entièrement couvert de verdure, de même que Lang-eiland et le Poolsche-Hoed. Du rapport il résulte, en outre, que tous les points d'éruptions se trouvaient encore sur terre, que pas un seul n'était sous-marin; que les matières rejetées formaient une couche n'ayant pas plus de 7a ii^ètre d'épaisseur;

qu'après les pierres ponces lancées dans les premiers jours de l'éruption, au mois de Mai, il n'avait plus été rejeté que des matière pulvérulentes 9 de la cendre; que le vent avait poussé cette cendre principalement dans la direction du nord-ouest, de sorte qu'il n'en était tombé que très peu sur le versant nord du pic etàLang-eiland, ^ et presque rien sur le versant sud du pic. Tous ces points sont de haute importance pour l'appréciation de la formidable éruption qui eut lieu 14 jours plus tard. Quoique le volcan fût déjà en activité depuis près de 3 mois, l'épaisseur totale des matières vomies n'atteignait encore, à proximité immédiate du point d'éruption, que Ys mètre (1 mètre d'après l'ingénieur Sghuurman). Quelle différence avec la puissante éruption postérieure, qui dans l'espace de quelques heures, à 15 kilomètres de distance du volcan, amoncela la cendre à une hauteur se chiffrant par dizaines de mètres I

Du 12 au 26 Août nous ne possédons que les nouvelles apportées par trois navires.

Le 14, le vapeur néerlandais Madura, en route pour Batavia, passa près de Krakatau. On fut très incommodé par la cendre qui tombait de tous côtés. L'air était, jusqu'à plusieurs milles de distance, tellement chargé de cendre, qu'il régnait une obscurité presque complète, et qu'il fallut allumer la lampe du compas de route. On craignait fort des déviations du compas , mais il n'est pas dit si elles ont réellement été observées. De sourdes détonations se faisaient entendre continuellement. Le Madura est resté dans la cendre depuis 11 heures du matin jusqu'à 3 heures de l'après-midi (9A).

Le 16, dans la matinée, le Loudon passa devant l'ile, et y rencontra une épaisse pluie de cendres (54).

Les passagers du vapeur héérlandais Primes WUhdmina virent, le 23 Août au matin, s'élever du cratère une forte colonne de fumée, et furent surpris par une abondante pluie de cendres (ft4*).

Le 25 au soir il tomba de la cendre à Teloeq Betoeng, ce qui n'étonna personne , vu qu'on y avait déjà observé itérativement après l'éruption du mois de Mai, et ^ussi de temps en temps dans les mois de Juin, Juillet et Août, une fine pluie de poussière (ftft).

Tel est l'ensemble des renseignements que j'ai pu recueillir au sujet des éruptions du 20 Mai au 26 Août. S'ils ne les font pas connaître d'une manière complète, ils donnent cependant une idée suffisante de ce prologue du grand drame qui allait se dérouler.

Dans un des chapitres suivants, je reviendrai longuement sur ces premières manifestations, et sur ta nature des produits éruptifs. Ici, je résumerai brièvement les résultats principaux des observations.

1. Les éruptions de Krakatau, en Mai 1883, ont été précédées de quelques faibles secousses de tremblement de terre sur le littoral du détroit de la Sonde.

2. La première éruption commença dans la matinée du 20 Mai. Déjà vers 10 heures , le nuage de vapeur et de cendre avait atteint

une hauteur considérable. Pendant les 4 premiers jours , les éruptions étaient accompagnées de grondements et de détonations ressemblant à des coups de canon, qui dans la direction de l'Est furent entendus à la distance de 225 kilomètres, dans la direction Nord ^4 Nord-Ouest, à 3B0 kilomètres au moins, et probablement à plus de 800 kilomètres. A l'Est, les vibrations atmosphériques furent perçues plus loin que les sons. Dans le Bantam, il n'y eut qu'un très petit nombre de localités où les détonations ne furent pas entendu^, ou ne le farent que très faiblement.

3. Ce n'est que dans les deux ou trois premiers jours que le volcan parait avoir rejeté une quantité considérable de ponce en fragments, matière qui bientôt fit place à des cendres.

4. Les éruptions se succédèrent avec une force variable de Mafi en Août, n'amenant au jour, parait-U, que de la vapeur et des cendres. Les détonations furent parfois entendues en divers points du détroit de la Sonde , mais elles étaient beaucoup plus faibles qu'au mois de Mai, et ne furent perçues ni à Batavia ni à Buitenzorg.

5. Dans le nuage de cendre, et notamment dans sa partie supérieure, des décharges électriques ont été observées à différentes reprises.' En ce qui concerne les déviations des boussoles des navires, les déclarations ne s'accordent pas.

6» Le 27 Mai au matili, un tremblement de terre eut lieu dans

le détroit de la Sonde. Après cette date, jusqu'au 26 Août, on n'y a plus remarqué de trépidations, ni du sol, ni de la mer.

7. En Mai le cratère du Perboewatan a seul été en activité; en Juin U s'y joignit un second cratère, appartenant au mont Danan, et en Août il y avait même trois principaux foyers d'éruption.

8. Le 11 Août, l'épaisseur des produits éruptifs ne s'élevait, tout près des cratères, qu'à 7a mètre. Sûr le penchant sud du pic il n'y avait encore presque pas de cendre.

9. La cendre a été emportée par le vent principalement dans la direction du Nord-ouest; la ponce des éruptions du 20 et du 21 Mai a été charriée par la mer dans la direction Ouest. Le 22 Mai cette ponce était déjà arrivée au Vlakke-Hoek; au-delà elle parait s'être plus ou moins divisée; le botaniste H. 0. Forbbs nous apprend que le vapeur Quetin, capitaine Tbbiplkton, depuis le 9 Juillet, jour où il passa près de Krakatau, jusqu'au 12 au soir, navigua constamment au milieu de ponces flottantes. Le 12, dans l'après-midi, le navire se trouvait à B° B5' Lat. S. et 93° 54' Long. E. de 6r., et le soir de ce jour à environ 1° plus à l'ouest. Il est remarquable que le courant était alors constamment dirigé vers le détroit de la Sonde (5S). Le 1^' Août une grande quantité de ponce fut rencontrée par le vapeur Stam, commandant Ashdown, à 6° Lat. S. et 89° Long. E. de 6r., donc à 960 milles de Krakatau, le Siam navigua pendant 4 heures à travers la ponce (ftS*). Wldamène

. rencontra également cette ponce les 11 en 12 Août, entre 6° et 8° Lat. S., par 88° Long. E. de Gr. (5»).

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