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F. MOUVEMENTS DE LA MER

Les zones littorales de Java et de Sumatra, qui furent inondées par les formidables ondes marines dont nous avons déjà parlé dans l'historique de l'éruption, au chapitre III, sont représentées sur la carte fig. 5.

Là seulement où de grandes plaines alluviales s'étendaient sur la côte, savoir à l'embouchure de la Semangka, à Teloeq Betoeng, à Anjer, à Tjaringin et à Panimlmng, l'eau pénétra loin dans les terres; partout ailleurs l'inondation resta bornée à une bande littorale très étroite, mais, la plupart des kampoengs étant situés au bord même de la mer, elle n'en coûta pas moins la vie à des milliers d'hommes.

En ce qui concerne la cause de la plus puissante de ces ondes, il a déjà été dit plus haut qu'on doit la chercher dans l'effondrement de Krakatau, dans l'inimersion subite d'une immense masse rocheuse.

Quant à TiDstaut précis où celte vague prit naissance, la détermination en est beaucoup plus incertaine que lorsqu'il s'agissait de^ Tonde aérienne, parce que celle-ci possède une vitesse connue (SOG), ce qui n'est pas le cas pour les ondes marines. Leur vitesse dépend, en effet, de la profondeur de la mer, et comme entre Krakatau et Batavia cette profondeur varie continuellement, et qu'en outre l'échelle de Tandjong Priok ne se trouve pas en un point très favorable, on ne saurait, au moyen de l'heure des perturbations marégraphiques à Tandjong Priok et de la profondeur de la mer, arriver, pour la production de l'onde, à une détermination du temps qui ne laisse aucune place au doute. Néanmoins, en opérant avec tout le soin nécessaire, nous pourrons obtenir un résultat dont l'incertitude ne dépassera pas un très petit nombre de minutes.

Le marégraphe de Tandjong Priok et les trois échelles du détroit dé Madoera sont les seuls instruments qui, dans notre Archipel, aient enregistré les ondes. En dehors de leurs indications, nous n'avons que les renseignements des personnes, très peu nombreuses, qui ont' vu l'onde sur les côtes du détroit de la Sonde; provisoirement je ne parle que de la dernière onde, qui est la principale.

Je rappellerai, eu quelques mots, les informations que nous possédons au sujet de cette onde.

 Anjer, la ville avait déjà été ravagée le matin de bonne heure (27 Août), mais la grande vague n'arriva qu'au moment où les ténèbres se répandirent et après la forte explosion d'environ 10 heures (W).

A Tjaringin on entendit vers 10 heures une violente détonation, bientôt le ciel s'obscurcit, et un instant avant l'obscurité complète la vague se déroula (8S).

A Sangkanilay tout près de Merak, l'inondation et les ténèbres survinrent peu de temps après 10 heures (W).

Au Vlakke Hoek^ les constructions entourant le phare furent détruites à \0^ 30"» (voir p. 62).

Telles sont les seules données qui méritent confiance; le nombre en est bien faible, comme on voit, et, en outre, les indications d'iieures sont très vagues.

Comme l'onde, pour aller de Krakatau à Tandjong Priok, avait l)esoin, d'après la profondeur moyenne évaluée à 55 mètres, d*efiviron 2^2 heures, et qu'elle est arrivée en ce point vers 12*» 30" (voir p. 37), cette observation conduit également à placer vers 10 heures l'instant où l'onde fut engendrée. Il n'y a donc pas à douter que la production de la grande onde marine a eu lieu à peu près en mène temps que la plus forte explosion, qu*accompagna aussi la formation de la grande onde ctérietine.

Toute la question est maintenant de savoir si ces deux événements ont coïncidé exactement, ou non.

Lagrange, AiRY, RussKL, HoLTZMANN ct autrcs (SOK) ont donné des formules pour calculer la profondeur de la mer au moyen de la vitesse des ondes. Si la longueur des ondes est très grande, leur hauteur au contraire petite par rapport à la profondeur de la mer,

on a : h = — ^^ ou v = y gh ; h désigne la profondeur de la mer, S

V la vitesse, g l'accélération due à la pesanteur. Quelques auteurs, entre autres M. v.' Hoghstetter et M. E. Geinitz,

font à tort une distinction entre deux formules,

dans lesquelles k = 5,671 et g = 32.1908 pieds anglais. Mais,

comme on a 5.671 = / 52.1603, et que 32,1603 pieds anglais est une valeur plus ancienne de g, les deux formules ne représentent évidemment qu'une seule et même relation ; leur très légère différence n'est due qu'à ce qu'on y emploie deux valeurs différentes pour g. Pour les ondes très longues — et c'est à celles-là, comme on le verra, que nous avons exclusivement affaire — la vitesse est donc indépendante de la longueur des ondes; elle est également indépendante de leur hauteur quand celle-ci est petite relativement à la profondeur, ce qui n'est pas tout à fait le cas dans notre Archipel, puisque la profondeur de la mer de Java varie de 25 à 50 mètres,

et que la hauteur de l'onde, le 27 Août, y mesurait de 4 à 8 mètres, et encore plus en quelques points. Même alors, toutefois, la formule reste exacte à très peu près. Ce n*est que pour le détroit de la Sonde qu'elle ne peut être appliquée à la gravide onde, parce que celle-ci y a possédé une élévation d'au moins 15 mètres au-dessus du niveau de la mer. Au côté sud du Toppershoedje Tonde, en effet, a monté à la hauteur de 30 mètres contre le bord escarpé, presque à pic, lie cet îlot: nous pouvons donc évaluer V exhaussement en mer (c'est-à-dire la demi-hauteur de l'onde) à la moitié de 50, soit à 15 mètres, car des considérations théoriques font voir qu'une onde doit s'élever contre une paroi verticale à une hauteur à peu près double de l'exhaussement en mer (SBV^).

La hauteur de l'onde étant si exceptionnellement grande, et nullement à négliger par rapport à la profondeur de la mer,

nous devons faire usage de la formule v = V J?— X -r^(-r-+ l\

où h représente la profondeur, et h, la profondeur augmentée de l'exhaussement produit par l'onde (809''). En appelant ^ cet exhaussement, on a: hj = h + * ^^ I21 formule peut être écrite:

v = ^-\ (h + fi) (2 h + z). Si l'on y fait s = 0, elle devient

V = / gh, telle que nous l'avons donnée plus haut pour le cas où l'exhaussement de l'onde est négligeable par rapport à la profondeur

de la mer.

Ces formules peuvent donc servir, étant donnée la vitesse, à trouver la profondeur. Mais réciproquement, quand la profondeur est connue, on peut calculer la vitesse et, au moyen de celle-ci, le temps nécessaire pour la propagation.

Faisons ce calcul pour les localités situées sur les bords du détroit de la Sonde. La carte marine hollandaise nous founiit pour les distances de ces points à Krakatau et pour les profondeurs moyennesde la mer, les chiffres contenus dans les deux premières colonnes du tableau suivant :

Profondeur

Vitesse

Dislance.

moyenne de la mer.

en mètres par seconde.

Temps.

Kr. — Sangkanila . .

64 kil.

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