V. — L'acier Ressemer
L'acier Ressemer — en tant qu'acier à canon — doit être rejeté, du moins dans l'état actuel de sa métallurgie.
On sait que dans l'opération Ressemer la fonte est soumise d'abord à un courant d'air qui l'affine et la
change en fer; si l'on ajoute ensuite dans le bain métallique des proportions variables d'une fonte mangauésée, on produit des aciers plus ou moins durs.
Il est constant, d'autre part, que le procédé Bessemer a été modifié et perfectionné, en ce sens que dans bon nombre d'usines la fonte est fournie au convertisseur par des hauts fourneaux avec des appareils Whitwell et que la transformation en acier se fait directement au moyen de cette fonte.
Le métal obtenu de cette façon peut-il être employé dans la confectioli des bouches à feu? Telle est la question que se pose Frémy et que nous allons examiner avec lui :
« Cette question, dit-il, a d'autant plus d'impor- « tance ppur l'artillerie que la fabrication du métal K Bessemer se produit en quelques minutes, dans les « conditions les plus économiques, et que les indus- « triels auront toujours une tendance à faire entrer K ce corps, dont le prix de revient m'est pas plus f élevé que celui du fer, dans les alliages destinés à « la confection des arpies.
« Mais les applications industrielles de l'acier Bes- « semer ont des limites qu'il faut reconnaître; et je « n'oserais pas, je l'avoue, conseiller d'une façon « absolue ce mode de fabrication pour la production « du métal à canon.
« J'ai fait de nombreuses expériences avec l'appa- « reil Bessemer i j'ai suivi sa marche pendant des «■ mois; je connais les pratiques qui permettent d'ob- « tenir par ce procédé un métal doux et tenace.
tt Cependant,je dois le dire, cette opération, qui est
« admirable au point de vue métallurgique, puisce qu'elle donne, en quelques minutes, des masses concc sidérables d'acier fondu, né présente pas encore « cette régularité qu'exige la préparation d'un métal « destiné aux bouches à feu. »
Bien des causes cqfitribiient à rendre le métal Bessemer irrégulier.
Dans l'opération Bessemer^ on est privé de la ressource précieuse de l'examen de l'acier puddlé et du fer, qui précède la fusion au creuset; la fonte seule est analysée; or, on connaît toutes les incertitudes que laissent toujours les analyses des fontes.
Au point de vue de l'épuration de la fonte, il faut admettre qu'un affinage qui dure à peine une demiheure et qui agit sur plusieurs milliers de kilogrammes de fonte, est beaucoup trop rapide pour éliminer complètement tous les corps qui sont nuisibles à la ténacité du métal.
« Tous ces inconvénients ont peu de gravité dans la « fabrication d'un acier commun ; il n'en est pas de ce même pour la fabrication d'un métal à canon.
« Le métal Bessemer présente du reste, dan^ certains « cas, un défaut qui me paraît bien grave pour ses « applications à l'artillerie et qui tient sans doute à ce son mode de 'fabrication : il est exposé souvent ce à un changement* moléculaire qui le rend cassant ce comme du verre mal recuit.
ce J'ai vu, par exemple, des tôles en acier Bessemer <« qui paraissaient d'abord excellentes et qui, une fois ce employées, se sont fendues en différents sens, et
a des barres en acier* Bessemer qui se sont brisées « en tombant à terre d'une hauteur de quelques « mètres.
c< Un pareil métal, appliqué à la confection des a bouches à feu, aurait pu supporter d'abord les « épreuves de réception, et, se modifiant ensuite « spontanément, occasionner les plus graves acci- « dents. »
Comme on le voit, Frémy condamne l'acier Bessemer en tant qu'acier à canon. Nous devons à la vérité d'ajouter que ce jugement sévère est atténué par cette restriction, qui est en même temps une précaution prudente contre les surprises de l'avenir :
« En étudiant, avec plus de soin encore, la fabrica- « tion de l'acier Bessemer, on arrivera, j'en ai la cerc< titude, à faire disparaître les graves défauts que je ce viens de signaler. »
A l'heure où. nous écrivons ces lignes, les fabricants d'acier Bessemer peuvent-ils, en conscience, so vanter d'avoir fait disparaître les défauts que frémy trouvait, il y a une dizaine d'années, à leur procédé de fabrication? Nous ne le pensons pas et, dans tous les cas, nous constatons que leur métal trouve fort peu de preneurs pour Tusage spécial des bouchon à feu.
L'opinion de Valérîus corrobore celle de Frémy ; on lit dans son traité, sous la rubrique : Leê produUfi en acier Bessemer considérés sous le rapport des ffaranlivM (Tune résistance suffisante à la rupture, ce« mot» ;
« Suivant Harkort, l'acier Bessemfîr e.Ht înférlnnr h a l'acier fondu au creuset et même h Vactor piiddh*,
« sous le rapport de la résistance à la traction (tenace cité absolue).
a D'après le comité de direction des chemins de a fer allemands, l'acier puddlé conviendrait mieux « pour rails que l'acier Bessemer.
a L'acier Bessemer ne paraît pas convenir non plus ce pour canons. »