‹ Krupp et De BangeChapitre 55 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'inanité des reproches adressés an canon £[rupp par les partisans du eanon français.

Nous avons indiqué les raisons qui nous ont conduit à préférer le système Krupp à tous les autres et spécialement au système de Range ; la démonstration de cette thèse — chose aisée à faire après tout ce qui a été écrit à cet égard — semblerait donc achevée. Cependant, dans ces derniers temps surtout, on a entendu des voix discordantes venir proclamer que les constructions de l'usine d'Essen ont dégénéré et que le canon Krupp, en présence des brillantes qualités du canon de Bahge, est bon tout au plus à mettre au rebut!

Nous ne voulons pas relever toutes les* inepties qui se sont fait jour dans cette question, où se heurtent tant d'intérêts divers; nous nous bornerons, après avoir rencontré les arguments communs à tous nos <:ontradicteurs, à réfuter les conclusions de ceux d'entre eux dont l'opinion peut avoir quelque poids dans un sujet aussi controversé. Même à ceux-là, nous éprouvons quelque embarras à répondre, leurs raisonnements étant généralement plus bourrés de mots

que de chiffres et de faits, — les seuls probants dans l'espèce, — mais force nous est cependant de nous astreindre à cette tâche, toute assertion, quelque peu fondée qu'elle puisse être, ayant toujours un masque de vérité qu'il est nécessaire de lui arracher.

Parmi les écrits qui ont pris position dans le débat — les uns directement, les autres indirectement — en faveur du constructeur français, il en est un qui, grâce à une distribution généreuse, a trouvé dans le monde des artilleurs et des métallurgistes belges une circulation assez étendue. Nous suivrons Tordre des idées adoptées par cette publication, les arguments qu'elle renferme, et qui ont été empruntés çà et là, étant ceux qu'on trouve chez fous les auteurs de ce parti.

Il est un autre ouvrage, et que nous analyserons dans ses parties les plus saillantes, c'est celui — que nous avons déjà cité — du lieutenant-colonel de la Rocque, de l'artillerie de la marine française.

Nous dirons aussi quelques mots de deux brochures qui viennent de paraître, à Paris, l'une intitulée : Canons français et canons allemands, et signée par le capitaine A^. Mariotti, un publiciste militaire bien connu, l'autre portant pour titre : Variillerie Krupp et l'artillerie de Bange, et due à la plume du lieutenantcolonel d'artillerie Hennebert.

Si certaines brochures, distribuées en guise de réclames par les usines intéressées, sont des œuvres de propagande, renfermant des allégations inexactes, des erreurs voulues, par contre, le livre du lieutenantcolonel de la Rocque a^une portée scientifique des

plus élevées, et «e distingue par un caractère d'originalité remarqusdble.

Le capitaine Mariotti défend les constructions du colonel de Bange avec une ardeur peut-être trop patriotique, — ce qui, après tout, est un sentiment très louable, — mais le ton courtois de l'auteur pour ses adversaires rend la lecture de son ouvrage très intéressante.

Nous voudrions dire du bien de la brochure du lieutenant-colonel Hennebert : nous ne le pouvons. Cet écrit se distingue, à chaque page, par un esprit de partialité et de parti pris des plus regrettables dans une cause aussi élevée.

Comme nous l'avons déjà dit dans la préface de ce livre, nous ne faisons pas œuvre de polémique, nous tâchons de faciliter la besogne à ceux qui recherchent la vérité, sans idées préconçues, sans le moindre souci de la question de nationalité, fort de notre situation de neutre, qui nous met à l'abri de soupçons injurieux. Dans une question scientifique de cette importance, les considérations de chauvinisme et d'intérêt matériel doivent s'effacer, et il faut savoir reconnaître la supériorité, là où elle se trouve, avec là même liberté d'esprit que s'il s'agissait d'une discussion purement théorique.

A ce point de vue, nous croyons devoir blâmer ces écrivains qui, dans leur fiètre de prouver — coûte que coûte — les mérites transcendants du canon de Bange, lui prodiguent leurs sympathies de tout genre, jusqu'à nier les qualités, généralement admises, du canon Krupp. C'est ainsi que parlant du rendement des

deux systèmes d'artillerie, en gens prudents ils ne jugent pas devoir tenir compte du coefficient de Yaffût, qui cependant y entre pour une large part, précisément parce que l'introduction de ce facteur dans leurs raisonnements les obligerait à faire pencher la balance en faveur de Krupp.

Avant d'examiner la valeur de ces allégations de sentiment, il nous faut faire encore une. réserve au sujet de la façon de procéder de certains de nos contradicteurs qui, dans le parallèle qu'ils établissent entre les deux systèmes, prennent comme terme de comparaison, pour le matériel Krupp, les canons de campagne de l'armée prussienne, fournis par le constructeur allemand en 1875 et qui ont été fabriqués pour des projectiles à chemise de plomb. Or, il n'est pas permis d'ignorer que Krupp a construit depuis 1871, et fourni à la plupart des puissances des canons de campagne du modèle nouveau avec forcement en cuivre et que^ notamment dans les expériences de Belgrade, on a essayé, concurremment avec le canon de Range, un canon Krupp de type récent. Mais les polémiques personnelles, dans une question aussi sérieuse, nous tentant peu, nous avons hâte de répondre aux arguments présentés par nos contradicteurs à l'appui de leur thèse : à nos lecteurs de juger de quel côté, de celui de l'attaque ou de la riposte, se trouve la vérfté.

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