II. — Mécanismes de fejvmeture et d'obturation
Nous avons réuni ici les différentes raisons sur lesquelles les admirateurs du canon français s'appuient pour prétendre que le système de Range est supérieur au système Krupp :
C'est celui, disent-ils d'abord, qui affaiblit le moins les parois de la bouche à feu, en permettant le cer-cl âge complet.
Nous venons de démontrer que sur la longueur du logement de la vis de fermeture, le Cerclage ne sert presque à rien, puisque c'est la tension longitudinale seule qui produit, en cet endroit du tube, l'effort dangereux et que le cerclage n'a d'action que sur la tension transversale.
Pour faire face à cette tension longitudiaale, nous le rappelons, la culasse du canon Krupp a été convenablement renforcée et cette augmentation de section a été faite assez grande pour offrir en même temps une compensation suffisante à l'excavation pratiquée dans la culasse pour y loger la vis de lumière.
L'anneau Broadwell contribue également, dit-on encore, à l'affaiblissement des bouches à feu allemandes.
Nous nous permettons de rappeler de rechef que le tube intérieur n'a pas à supporter de tension longitudinale et que le manchon le garantit Complètement contre la tension transversale.
Ce reproche à l'adresse de Tanneau Broadwell, il serait plus judicieux de le renvoyer aux filets de vis de la fermeture de Bange. Ceux-ci représentent en réalité, comme nous Favons déjà démontré, un affaiblissement du tube, puisquMl doit résister à la tension longitudinale et qu'il n'est garanti contre celle-ci par aucun renfort extérieur, pris dans son propre métal y les frettes ne lui étant, à ce point de vue, d'aucun secours.
La lumière du canon Krupp se compose de trois parties séparées ; c'est là, disent les adversaires, de ce système, une complication qui doit donner nécessairement lieu à des fuites de gaz et, par suite, à des encrassements qui rendent difficile le jeu de l'appareil.
Ceux qui font cette observation au système Krupp oublient — involontairement ou non — d'ajouter que, pour éviter de détériorer l'extrémité de la vis de lumière, il est recommandé de ne pas retirer le coin trop brusquement. En observant cette prescription, — des plus simples et qui, du reste, est réglementaire dans le service de l'artillerie prussienne, — toutes les circonstances fâcheuses qu'on veut bien découvrir dans l'emploi de la vis-lumière Krupp tombent d'ellesmêmes.
D'ailleurs, une prescription identique se retrouve dans les règlements français, qui demandent également de manier la fermeture de Bange sans précipitation, les mouvements trop brusques de la vis pouvant occasionner un gonflement de la galette obturatrice quand celle-ci est ramollie par le tir, au point d'empêcher la vis d'être mise en place.
Pour éviter toute fausse interprétation à ce sujet, nous tenons cepe^idant à faire remarquer que la mise à feu par le haut* de la culasse n'est employée par Krupp que dans ses canons de campagne, et que si la nécessité s'en faisait sentir, il ne serait pas difficile de trouver pour cette mise à feu un système rendant impossible tout encrassement, comme d'ailleurs cela s'est fait pour les canons de campagne de la Suisse. Pour les calibres plus grands, Krupp se sert exclusivement de la mise à feu centrale, par l'axe du coin, et en ce cas, toute fuite de gaz par la lumière se trouve empêchée, non pas par le mécanisme compliqué comme celui qui est décrit dans certains ouvrages pour être de l'invention de Krupp, mais par le procédé très simple de l'étoupille obturatrice, expliqué plus haut.
Dans le canon de Bange, soutiennent ses partisans, toutes les parties de l'appareil sont parfaitement abritées derrière le canon; la frette-arrière, débordant le tube d'une certaine quantité, permet de mettre à l'abri tous les organes du mécanisme de fermeture.
A celte appréciation, nous opposons c^lte autre assurément moins flatteuse, mais due également à un partisan du canon de Bange, converti à des idées plus orthodoxes depuis lors :
« Dans le tir sous les grands angles, écrit-il, le « bouchon fileté tend à sortir par son propre poids, « ce qui rend le service plus difficile; en outre, il a allonge la bouche à feu en arrière d'une manière « gênante. »
Ainsi, ce qui est une qualité chez les uns se trans-
forme en un défaut chez les autres ! Nous laissons à nos contradicteurs le soin de se mettre d'accord.
En réalité, les- parties du mécanisme de* fermeture Krupp qui se projettent en relief sur le canon de campagne, quand celui-ci est fermé, sont : la manivelle; d'un côté, et le châssis de fermeture, de l'autre ; or, ils ne gênent en aucune. façon et n'ont nullement besoin d'une protection spéciale. Il n'en est pas de même du mécanisme si délicat du colonel de Bange : quand il est ouvert, il est bien plus exposé que le mécanisme Krupp à des détériorations pouvant empêcher son fonctionnement régulier.
Les auteurs français vantent aussi la simplicité et la légèreté du mécanisme de Bange, qui peut se démonter et se monter, disent-ils, sans l'aide d'aucun instrument, tandis que le système Krupp est des plus compliqués et nécessite à la. batterie la présence d'ajusteurs.
Cette assertion est . précisément le contre-pied de ce qui existe réellement. Il sufBt,^pour s'en convaincre et être persuadé de la complication du mécanisme de Bange, opposée à la simplicité du mécanisme Krupp, de lire, d'une part, la description qife ces mêmes auteurs consacrent au fonctionnement de l'appareil de Bange et, de l'autre, l'exposé qu'ils font de la fermeture Krupp.
Loin de notre pensée de vouloir prétendre que la fermeture Krupp n'a pas besoin d'être traitée avec soin, toute fermeture, quelque nom quelle porte, devant être maniée convenablement, si Von veut quelle fonctionne bien et d'une façon durable.
La fermeture de Bange n'échappe nullement à cette loi. C'est ainsi que dans une pièce française de siège, par exemple, la tête mobile, le pourtour de la galette plastique, les filets de la vis et, enfin, la lumière doivent être soigneusement nettoyés après chaque coup. De même, après chaque coup, la chambre demande à être écouvillonnée avec un écouvilion spécial à manche court et, cette opération terminée, il reste encore à nettoyer les filets du canon.
Dans la fermeture Krupp, au contraire, il est prescrit seulement de tenir propres les surfaces obturatrices de l'anneau Broadwell et de la contre-plaque ; à la rigueur, toute une série de coups peuvent être tirés sans aucun nettoyage préalable. Par suite d'un nettoyage insuffisant, il peut se produire, aussi bien avec la fermeture de Bange qu'avec la fermeture Krupp, des érosions après un certain nombre de coups, mais avec cette différence essentielle que, dans les canons de Bange, ces érosions se montrent dans le métal même du canon et le mettent ainsi hors de service, tandis que dans les canons Krupp, elles se trouvent sur l'anneau Broadwell et sur la contre-plaque. Or, le remplacement de ces organes par les pièces de rechange dont chaque canon Krupp est muni, se fait en peu de minutes et est loin d'exiger, comme le prétendent nos contradicteurs, l'assistance d'un ajusteur : il se fait, dans les circonstances ordinaires, par le chef de pièce. Les écrivains du camp français le reconnaissent d'ailleurs implicitement, puisqu'ils admettent et écrivent que le système d'obturation employé en Allemagne fonctionne bien, mais à une
condition, c'est que Tanneau et la plaque soient convenablement ajustés.
Il va de soi que cette dernière condition est remplie dans tous les canons sortant d'une usine aussi bien outillée, aussi jalouse de la réputation de ses produits que Fusine Krupp. ^
Nous croyons intéressant encore de faire connaître une observation contenue dans Touvrage d'un des plus chauds partisans du colonel de Ëange. Il est vrai que cette remarque^ qui figurait dans la' première édition, a disparu de la seconde, l'auteur — que nous n'aurons pas la cruauté de nommer — ayant probablement trouvé, dans l'intervalle, son chemin de Damas.
La voici :
« Dans un tir rapide, l'obturateur des, pièces fran- « çaises peut donner parfois des signes de ramoliisse- « ment prononcés, mais il suffit alors de le refroidir a en le plongeant dans l'eau ou en le mouillant sim- « plement avec une éponge. »
Nous ajouterons que, par un' grand froid, il peut devenir nécessaire, avant le tir, de ramollir la galette par un léger feu, ou encore de la plonger dans un bain d'eau chaude, la matière plastique étant gelée. Afin d'éviter cet inconvénient, le colonel de Bange propose, pour des pays à températures très basses, comme par exemple la Russie, de remplacer le suif de la matière plastique par de la glycérine. Nous ignorons quels seraient les résultats de cette innovation.
Le constructeur français réclame encore pour son
appareil Tayantage d'être uniforme pour tous les calibres.
Nous allons voir en quoi consiste cette prétendue uniformité.
La fermeture des petits calibres porte une galette obturatrice, celle des obusiers et des gros calibres en porte deux, placées concentriqijement Tune à Tautre. Notamment le canon de 54 centimètres, exposé à Anyers, était pourvu de la galette double. Or, il va sans dire que cette modification dans l'obturation entraîne des modifications dans la fermeture.
La fermeture à coin de Rrupp avec le simple anneau Broadwell et la contre-plaque est employée pour toutes les espèces de canons et pour tous les calibres. Pour les grands calibres seulement, deux dispositifs spéciaux ont été ajoutés : l'un, destiné à tenir le coin bien serré sous les fortes pressions, l'autre, pour faciliter le mouvement du coin. Ces détails de construction n'entraînent aucune complication de l'appareil et le service se fait avec la même facilité.
Les canons Krupp de campagne n'ont pas besoin d'un manchon de chargement spécial, et pour les grands calibres on a imaginé une construction semblable qui n'exige, comme action préparatoire du chargement, que le mouvement transitoire du coin.
Dans tous les canons de Bange, le chargement, au contraire, ne peut se faire qu'à l'aide d'un manchon, destiné à faire franchir la partie filetée du canon par le projectile et la charge.
On a fait mention, à propos du système Krupp, de la fermeture Rreiner; nous ne voyons pas bien les
rapports qui pourraient exister entre ces deux constructions, totalement difTérentes l'une de l'autre : nous nous abstiendrons donc d'en parler ici.
On reproche au mécanisme Krupp de demander un personnel exercé, d'exiger une attention- incessante et des précautions minutieuses.
Le maniement de la fermeture Krupp n'exige pas des servants plus habiles, plus exercés que celui de la fermeture de Bange; tout au contraire, il s'apprend plus facilement et en moins de temps. D'ailleurs, les accidents qui se sont produits avec des dknons de Bange, aux manœuvres d'automne de 1885, ont prouvé que même aux mains d'un personnel expérimenté, rappareil de Bange ne fonctionne pas avec sûreté. On est en droit de se demander ce qui lui adviendrait avec des servants novices.
Les adversaires de Krupp prétendent que le mouvement de la manivelle, dans le système de ce constructeur,^ exige souvent. un certain effort; pour augmenter le bras du levier, on doit alors faire usage du refouloir court, dont la hampe en fer est creuse et peut s'emmancher sur l'un des bras de la manivelle. C'est là, concluent-ils, une perte de temps.
Soit, mais nos contradicteurs reconnaîtront qu'on ne saurait parer plus simplement à l'incident en question, qui, après tout, est d'importance tout à fait secondaire et qui n'arrive que rarement. Avec la fermeture de Bange, au contraire, il peut se produire que le servant doive plusieurs fois pousser la vis en ayant et la retirer avant que la fermeture soit correctement en place. Le lecteur se souviendra, à ce
sujet, des prescriptions minutieuses données par le règlement — que nous avons reproduites dans la première partie de cette étude — et qui visent le cas où le servant n*" l éprouve trop de difficulté pour ouvrir la culasse à la mSiin.
Un des grands arguments des auteurs français et qui, selon eux, est une preuve évidente, irrésistible, de la supériorité du canon de Bange, résulte de ces faits que l'Angleterre vient d'adopter la fermeture de ce constructeur, que les États-Unis de l'Amérique du Nord se sont décidés pour ce système et enfin que, dans les expériences comparatives de Belgrade, ce canon l'a emporté sur tous ses concurrents.
Cette décision de l'Angleterre ne nous étonne guère : il y avait, en effet, plusieurs raisons qui devaient conduire le gouvernement anglais à l'adoption de la fermeture à vis. En premier lieu, la fermeture à coin demande des lingots plus lourds que la fermeture à vis pour un seul et même calibre. Cette considération est très importante pour un pays comme l'Angleterre, qui, eu égard à la puissance de sa marine, a besoin d'un grand nombre de canons de gros calibre. Or, il est acquis aujourd'hui que les usines anglaises éprouvent une difficulté extrême à fournir pour les nouveaux canons des lingots de la qualité requise. Que serait-ce, s'il fallait des lingots lourds comme ceux qu'exige la fabrication du coin Krupp? Ensuite, la mise en œuvre des fermetures à coin veut des machines-outils spéciales, tandis que la fermeture à vis peut se faire sur des tours ordinaires. Enfin, on possédait déjà, dans le
matériel anglais, un certain nombre de canons Armstrong, munis de la fermeture à vis. Voilà pour le mécanisme de fermeture proprement dit.
Avec cette fermeture, on avait employé, jusqu'en ces derniers temps, un obturateur métallique assez semblable à Tànneau Broadwell, mais sans arriver cependant à des résultats tout à fait satisfaisants. Il pouvait donc, dès lors, paraître avantageux d'adopter l'obturateur plastique, qui, pour les petits calibres du moins, avait jusqu'à un certain point fait ses preuves. Mais quant à conclure de là que l'Angleterre a agi judicieusement en préférant la fermeture à vis à la fermeture à coin, il y a de la marge. L'artillerie anglaise, durant ces dix dernières années, a passé par une série dé transformations ; et chaque fois, celles-ci avaient pour but de déclasser un matériel qui jusqu'alors avait été vanté comme le plus parfait du monde, et chaque fois aussi le résultat définitif entraînait l'adoption d'un principe maintenu fermement par Krupp, mais contre lequel on avait lutté longtemps avant de se décider à en reconnaître la justesse. Il nous paraît donc qu'aujourd'hui encore, Krupp peut regarder d'un œil tranquille le développement de l'enthousiasme qui s'est montré, pour les constructions du colonel de Bange, de l'autre côté de la Manche. Il convient d'ailleurs, s'il faut s'en rapporter à l'opinion de la presse britannique elle-même, de n'accueillir qu'avec la plus grande défiance les verdicts des constructeurs anglais, rien, paraît-il, n'étant plus instable ni moins sûr.
Le récent éclatement (4 mai 1886) d'un canon en
acier à bord du Cotlingwoody arriirant peu de temps après celui qui s'est produit sur VActive, est, à ce point de vue, gros d'enseignements de toute espèce.
Nous donnons, pour apprécier cet accident, la parole aux jcmrnaux anglais.
« La pièce en question, dit VEngineer, est une des « douze pièces commandées aussitôt après Tapproba- « tion du tracé. Elle est composép de fer et d'acier, a avec trois coils en acier. Ce canon ayant été terminé, « les poudres lentes firent leur apparition; donnant « les mêmes vitesses avec une pression maxima moins a considérable, ces poudres entretiennent des pres- « sions élevées beaucoup plus loin vers Favant de (c rame. Cette cause, jointe aux difficultés que ton rence contre pour la fabrication en grand de l'artillerie en a ader, conduisit à faire des canons qui furent trou- « vés trop faibles à la volée.
<c Un canon de 6 pouces éclata, en effet, il y a un « an, à bord de Y Active, de la même manière qu'un <c autre vient de le faire à bord du Collingwood. »
I^ Times du 6 mai est p]us sévère encore dans ses appréciations.
c< L'éclatement, dit-il, dont nous avons parlé hier <c attire de nouveau l'attention publique sur les graves « défauts du service de l'artillerie et sur les risques c< que nous courons en n'y portant pas remède. Le « fameux système de Woolwich a coûté des sommes ce énormes au pays et il a été élaboré avec une lenteur c< à laquelle nous devons, en grande partie, l'infériocc rite de nos défenses nationales. On a essayé de cal- <c mer les impatients en leur répétant que les retards
ce seraient pleinement justifiés et largement compen- « ses par l'excellence du canon finalement enfanté, « et que Ton éviterait les erreurs dans lesquelles « tomberaient infailliblement les constructeurs trop « pressés. Aujourd'hui, le type a enfin vu le jour, et ce si l'on en juge par les sommes prévues au budget « pour la construction des canons destinés au service* a de la flotte, on devait faire cette année rfn sérieux a eflbrt. Le Collingwood est armé de canons dans leste quels sont incorporés les résultats des longues « recherches de Woohvich,et c'est un de ces monstres « qui, le 4 mai, a éclaté sous une charge de poudre « égale à 75 p, c. de la charge de combat.
« Une série d'expériences fut entreprise par le mice nistre de la guerre pour démontrer qu'un corps ce étrange* qui aurait été laissé dans l'âme pouvait c( coincer le projectile et occasionner, par suite, des ce pressions anormales. Des essais répétés ont été « tentés pour faire éclater un canon en mettant des c< coins en acier dans les rayures, mais le projectile c( mit une sorte d'entêtement à chasser le coin, qu'on c( retrouvait ensuite dans la butte de sable.
cc^Abord du Collingivpod, toutes les précautions ont c< été prises pour chasser les corps étrangers, puis- « qu'on a tiré un coup de flambage à la charge de c< 75 livres de poudre; on peut donc espérer que nous « n'allons pas, à cette occasion, voir réapparaître la c( théorie du coin. Elle n'a servi, dans le cas du canon c< de 6 pouces, qu'à donner satisfaction au public et c< à différer son jugement. Le tube s'est rompu ainsi c< que la partie antérieure des frettes ; comme Wool-
« wich est 'responsable à la fois du tracé et de l'usinage, « le dilemme est embarrassant et il reste seulement « à voir quelle épine le service de l'artillerie choisira « pour s'y empaler. »
On ne saurait être plus amer à l'endroit du grand établissement de Woolwicb. Il est vrai que celui-ci se défend en rejetant les causes de l'accident sur la mauvaise qualité de l'acier fourni par les usines du pays. Le comité d'artillerie, qui s'était adjoint MM. Armstrong, Abel, Noble, Leece de l'usine Whitworth, et le colonel Maitland, émit en effet l'avis que « l'acier présentait sans doute un point faible par « suite d'une soufflure ou d'une cause inaperçue, et « l'excès de résistance était insuffisant pour parer à « une semblable éventualité ».
Le Broad Arrow, journal militaire, est tout aussi dur pour le service de l'artillerie :
c( L'éclatement du canon de 43 tonnes démontre à « nouveau que notre armement n'a aucune valeur. « Après avoir attendu un temps considérable pour voir « ce que faisaient les autres nations dans le domaine « des gros canons, nos autorités se sont rendu compte « de la nécessité de doter notre marine d'une artilc< lerie supérieure à tout ce que pouvait- produire c< Ruelle ou Essen. Elles ont enlevé à son régiment ce. un officier distingué, et, sans études ou connaiscc sances préalables, l'ont placé à la tête de la fabrique « de canon^. . Grâce à son intelligence et aux rescc sources mises à sa disposition, cet officier s'est a instruit plus qu'on n'était en droit de l'espérer. Le ce colonel Maitland fit une conférence, en juin 1884,
a à la «Royal United Service Institution », et dans ce la discussion qui s'ensuivit, il n'y eut pas deux « orateurs qui fussent du même avis sur la question « des gros canons. La question théorique fut vivece ment discutée; quant à la question pratique, elle c< vint sur le tapis, Fautonmef dernier , quand les deux « canons du Colossus éprouvèrent des avaries à leur a tir d'essai.
ce Les éclatements de Y Active et du CoUingwoad con- « tinuent la série. »
Et cette série n'est point terminée. En juillet 1886, des avaries sérieuses arrivèrent à deux canons de 38 tonnes du cuirassé anglais YAjax. Nos lecteurs seront édifiés au sujet de la nature de cet accident par le passage suivant pris au journal français le Temps.
On lit, dans le numéro du 19 juillet 1886, ces lignes :
c< VAdmiralty and Horse Guard Gazette rapporte que « les canons de 38 tonnes de YAjaûc, un des nouveaux « cuirassés de l'escadre de réserve, ont été mis hors c( de service pendant un tir d'exercice dans la baie de « \igo. On avait tiré un coup de chacun des canons « de la tourelle avant, quand on reconnut que l'inc< térieur des deux pièces avait des avaries très ce sérieuses et que les obturateurs étaient brisés en ce plusieurs-morepaux.
ce Le vice-amiral Baird, qui commande l'escadre de c^ réserve, a donné l'ordre de ne plus tirer avec -ces ce pièces.
ce Cet accident, qui suit de si près l'éclatement du
« canon de 43 tonnes du CoUingwood, cause une « grande émotion en Angleterre, car il est certain « qu'il va falloir modifier le mode d'usinage de Tar- « tillerie, et ce n'est pas une petite affaire. Les. nonce veaux canons anglais étaient le produit d'une série ce d'études commencées en 1878, lorsque la marine « anglaise s'est décidée à adopter le chargement par c< la culasse pour l'artillerie de ses bâtiments. ))
Nous renvoyons les lecteurs désireux d'étudier cette question à fond au rapport de lord Beresford, membre du conseil de l'amirauté; nous avons voulu donner ces quelques extraits pour qu'on puisse se rendre compte de la valeur des méthodes admises dans l'artillerie anglaise et pour réduire à sa juste importance ce fait — * que l'on a outré à plaisir — que l'arsenal de Woolwich vient d'adopter l'obturateur du colonel de Bange. La première des conditions pour qu'un jugement ait du poids, c'est que le juge soit compétent. Or, les appréciations de la presse anglaise elle-même nous ont appris à être extrêmement défiant à l'égard des conclusions que le comité de Woolwich semble avoir faites siennes dans le débat qui nous occupe ; nous ne pouvons que faire des vœux pour que la faveur dont jouit actuellement, au delà du détroit, le constructeur français, dure plus longtemps que celle qui a été dévolue à la foule des inventeuBS qui l'ont précédé dans les bonnes grâces du comité anglais.
Nos lecteurs se seront sans doute aperçus aussi que les articles que nous avons empruntés aux journaux britanniques constituent la condamnation formelle du système admis en France comme en Angleterre et que
certains préconisent comme la seule méthode rationnelle, savoir : la fourniture du métal par l'industrie privée et Tusinage du bloc par les établissements de l'État.
En ce qui concerne l'Amérique du Nord, non seulement à l'heure actuelle elle n'a pas encore entamé la fabrication de son nouveau matériel, mais elle ne parvient pas à se décider en faveur de la fermeture française. Il faut en conclure que les avantages de cette construction ne lui paraissent pas aussi évitlents qu'on veut bien le faire croire.
Pour les expériences de Belgrade et l'adoption du canon de Bange par l'artillerie serbe, nous nous réservons d'examiner ces points plus loin, en même temps que les appréciations des journaux militaires qui ont pris position, à l'occasion de ce concours, fécond en péripéties de toute espèce, dans la question Krupp-de Bange.