I. — Les propriétés du métal a canon
Tout métal à canon — ainsi s'expriment les traités — doit être tenace et élastique, peu attaquable par les gaz et par la chaleur, peu déformable sous Faction des chocs au delà de la limite d'élasticité.
Il est superflu de chercher à justifier la raison d'être de ces multiples exigences : la puissance d'expansion bien connue de la poudre, l'énorme pression quelles gaz exercent sur les parois de la bouche à feu, la tendance qu'acquièrent, par conséquent, celles-ci à se déformer durant le tir, les dégradations que la combustion de la charge peut provoquer sur des surfaces qui ne sont pas sufiSsamment dures, le choc enfin des projectiles non complètement forcés dans l'âme, en démontrent plus qu'il ne faut l'impérieuse et absolue nécessité.
Certains auteurs estiment, en outre, que le prix d'un métal à canon doit être aussi bas que possible.
Certes, la question du prix de revient joue un grand rôle dans le budget d'une artillerie et — pourrionsnous ajouter — dans l'opinion des contribuables. L'économie constitue, en effet, une règle de conduite qui doit être suivie en matière militaire comme dans tous les autres services de l'État, mais en fait de canons plus que dans toute autre affaire, la qualité de la marchandise est une garantie pour la conservation ultérieure du système, et c'est encore, c'est surtout se montrer intelligemment économp des deniers de l'État que d'acheter — fût-ce même à haut prix — le métal à canon donnant, au point de vue de la durée, le maximum des garanties.
Nous disons donc que la question du prix n'est qu'accessoire, en présence des grands intérêts qui sont en jeu.
Le métal à canon doit remplir une dernière condition : sa recherche même nous permettra de la formuler.
Le calcul et l'expérience ont prouvé que, dans une bouche à feu, sous l'action des gaz de la poudre, les tensions des fibres du métal décroissent très rapidement, de l'axe à la surface extérieure, de sorte que les fibres de la couche supérieure ne sont presque pas tendues. Or, comme il doit y avoir équilibre entre la pression intérieure, considérée comme puissance, et les tensions des fibres circulaires notées comme résistance, il faut, par compensation, que les fibres intérieures soient extrêmement tendues. Mais si la fibre la plus voisine de l'axe se tend au delà d'une limite connue, sa résistance est compromise et la rupture, se
produisant, s'étendra progressivement de fibre en fibre. Il est clair qu'à cause de cette transmission qui se fait de proche en proche, il serait inutile de renforcer le canon par une surépaisseur — celle-ci fût-elle même infinie — de la matière. L'unique moyen de remédier à cette faiblesse du métal consiste à empêcher la diminution de la tension des fibres, à modifier cette loi de décroissance en comprimant les fibres dans •le sens radial. C'est là l'objet précis du cerclage, admis généralement partout aujourd'hui. Nous ajouterons, par conséquent, aux conditions déjà énoncées, que le métal à canon doit être susceptible de cerclage.
Nous savons qu'il existe d'autres conditions plus complexes, plus spéciales, que certains métallurgistes ou artilleurs exigent du métal à canon, mais les limites que nous nous sommes tracées pour cette étude ne nous permettent pas de les analyser ici; force nous est donc de nous en tenir aux propriétés que généralement l'on exige d'un bon métal à canon et qui sont celles que nouS avons formulées.
Ces réserves faites, nous passerons en revue les différents métaux employés dans la fabrication des bouches à feu, afin de déterminer lequel d'entre eux réunit au maximum les qualités indiquées.