‹ Krupp et De BangeChapitre 79 sur 92 · II. — La brochure de M. Turgan · texte numérisé non relu

II. — La brochure de M. Turgan

M. Turgan, qui en 1865 écrivait une brochure descriptive des établissements Krupp, — il n'y en a pas eu d'autre, que nous sachions, depuis cette époque, — raconte que le voyageur éprouve une sensation étrange en s'éveillant de grand matin au bruit de la marche des ouvriers se dirigeant en silence vers l'usine. « Les Allemands de ce côté du Rhin, dit le

publiciste français, parlent peu ou causent à voix basse. » C'est absolument vrai, et si nous n'avions été prévenus, nous eussions songé au défilé correct et silencieux d'une troupe.

Puisque nous avons cité le nom de M. Turgan, nous dirons que sa description est restée exacte en bien des points ; nous avons eu l'occasion de vérifier ses assertions une à une. Ainsi, ce que l'écrivain dit de la fabrication de l'acier par la méthode de la fusion au creuset peut s'appliquer encore à ce qui se fait aujourd'hui à cet égard dans les usines Krupp. Certes, est-îl besoin de le dire? depuis 1865, le maître de forges d'Essen a introduit dans ses établissements tous les perfectionnements que la science et les progrès de la métallurgie ont mis au jour : c'est ainsi qu'il emploie parfaitement le procédé Bessemer et la méthode Martin dans sa fabrication des aciers de commerce ; mais -r- et c'est là le point capital, celui qui nous intéressait avant toutes choses — en fait de métal à canon, la maison Krupp n'emploie exclusive-ment que l'acier produit par la fusion au creuset, méthode mise en pratique à l'usine, îl y a plus d'un demisiècle, et qui a fait sa fortune.

III • — L'aspect des usines Krupp.

Les usines Krupp d'Essen couvrent une superficie de 400 hectares, dont 75 sont sous toit : tâchez, lecteurs, de vous représenter l'espace que ce chiffre éveille dans votre imagination; elles s'étendent au nord et au sud de la route de Dortmund à Duisburg.

Au sortir de la ville, le spectacle qu'offre cette succession de fabriques est vraiment imposant et grandiose : ces SO, 60 bâtiments, peut-être davantage, dont les hautes cheminées ou plutôt les tours lancent sans discontinuer, les unes des gerbes d'étincelles, les autres des nuages épais de fumée, le tam-tam sourd des marteaux-pilons, le ronflement sonore des machines, les sifflements d'appel des locomotives affairées et soufflant sous la charge qu'elles remorquent, les masses noires des gazomètres énormes et ventrus qui prodiguent la lumière à l'usine, tout cela est d'une force et d'une puissance incroyables et donne à l'esprit une grande idée de l'homme qui a créé ce temple au travail, avec une volonté plus tenace que le fer et une énergie plus résistante que l'acier.

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