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III. — Les différents modes de production de l'acier

Le métal a canon de Frémy.

Les modes de production de l'acier sont multiples. Comme il n'est pas de métal dont les propriétés varient davantage suivant l'opération qui l'a produit, on conçoit aisément qu'il n'est pas indifférent d'em-

ployer pour Tacier à canon un procédé quelconque.

Les aciers employés dans la fabrication des bouches à feu sont fournis, soit par le convertisseur Bessemer, soit par le four Martin-Siemens, soit enQn par la méthode de la fusion au creuset. Disons-le immédiatement, l'acier Bessemer paraît être généralement abandonné, pour cet emploi spécial, par la plupart des artilleries. Par contre, l'acier Martin-Siemens jouit d'une assez grande faveur, surtout en France, et l'acier fondu au creuset est employé en Angleterre et sur une plus vaste échelle encore en Allemagne.

Nous ne faisons mention de l'acier puddlé qu'accessoirement, à cause des usages plus restreints, tels que notamment la fabrication des frettes, auxquels il est réservé. Le plus souvent, d'ailleurs, cet acier sert de base à la formation d'aciers de qualité supérieure, auxquels il apporte sa part d'homogénéité, qui est d'autant plus grande que le corroyage auquel il a été soumis aura été plus énergique.

Nous allons étudier soigneusement les propriétés spéciales à chacun de ces types d'acier; dans cet examen, nous aurons plus d'une fois recours aux jugements émis en cette matière par des autorités scientifiques dont la parole est d'un grand poids dans la question qui nous occupe, telles que Frémy, Percy, Grûner, Valérîus, etc.; nous mettrons leur témoignage en regard de celui de nombreux métallurgistes dont la précieuse et longue expérience suffit à elle seule pour constituer le véritable critérium du débat. C'est dire, en même temps, que nous aurons soin de faire abstraction de notre personnalité, pour ne laisser

subsister que celle des savants et des praticiens auxquels nous donnerons successivement la parole.

Ecoutons d'abord c^ que dit Frémy,dont les travaux sur raciération et ses phénomènes sont trop connus pour que nous devions en faire ici l'éloge. Après la ' guerre de 1870-1871, alors que la France se mettait énergiquemeht à réorganiser ses forces et son armement, le savant chimiste eut l'idée d'apporter sa pierre à l'édifice commun ; il soumit au ministre de la guerre les résultats théoriques auxquels ses recherches l'avaient conduit antérieurement et lui proposa de mettre en expérimentation le mode de préparation de l'acier qui convenait le mieux, selon lui, à la confection des bouches à feu.

Le ministre ayant accueilli cette proposition, Frémy se mit à l'œuvre; il fit de nombreuses expériences d'aciération avec le concours d'un des officiers les plus remarquables que possédât alors l'artillerie française, le capitaine de Lahitolle. Les points saillants du rapport qu'il rédigea à la suite de ses travaux se trouvent consignés dans un ouvrage qu'il intitula : Le métal à canon. C'est ce travail, formant encore actuellement l'exposé doctrinal le plus complet qui existe sur la matière, que nous allons analyser etcommenterdansses grandes

Comme le dit l'aùtêur dans sa préface : « La pra- « tique industrielle est venue donner à mon travail c( une confirmation complète »; ce n'est donc pas l'œuvre d'un théoricien que nous allons scruter, mais un véritable cours de métallurgie pratique, à l'usage

des officiers d*artillerie et des industriels s*occupant de la fabrication des canons.

« Tous ceux, écrit Frémy, qui ont étudié les phéno- « mènes de Faciération connaissent les difficultés que a Ton éprouve pour reproduire dans différentes opé- « rations des aciers qui offrent exactement les mêmes a caractères; la nature et la qualité de l'acier dépen- « dent des irrégularités de l'opération; aussi les « aciers sont-ils soumis, après leur fabrication, à un (c classement souvent fort difficile^ mais qui est indispena sable pour déterminer leur emploi. »

Après avoir caractérisé de cette façon l'incertitude qui existe dans la fabrication — entendue d'une manière générale — de l'acier, Frémy indique la méthode qui lui a donné le maximum de régularité et les meilleurs résultats.

a C'est celle, affirme-t-il, qui consiste à unir syn- « thétiquement, par la fusion, le fer et l'acier. »

« J'ai voulu, continue l'auteur, ramener la prépac( ration du métal destiné aux canons à celle des (c alliages ordinaires, dans lesquels les éléments, bien « épurés, sont simplement unis par la fusion. »

Et, précisant davantage son idée, le savant professeur à l'école polytechnique formulait sa méthode dans les termes suivants :

« J'ai reconnu, en effet, qu'en choisissant conye- « nablement les matières premières et en opérant a leur fusion dans de bonnes conditions, on obtient « un excellent métal à canon, lorsque l'on combine « trois parties de fer avec une bonne partie d'acier a trempant. »

Hâtons-nous de le dire : c'est le principe de Facier fondu au creuset, tel qu'il est fabriqué chez Krupp, sauf les proportions de l'alliage, que nous ne connais* sons pas.

Ce premier point étant acpuis, l'alliage pour métal à canon étant ainsi déterminé, recherchons par quels procédés nous devons obtenir ce fer et cet acier qui en constituent les deux tertnes.-

Le fer fabriqué à la forge catalane est évidemment celui qui est le plus pur, mais il est hors de prix et ne saurait convenir à une fabrication quelque peu considérable. D'ailleurs, comme le dit Grûner dans son Traité de métallurgie : a Par le puddlage des fontes, « on obtient aujourd'hui d'aussi bons fers que le fer ce fabriqué à la forge catalane, et à un prix sensiblece ment inférieur. »

A défaut de ce fer de qualité exceptionelle, Frémy se rabat sur ce qu'il appelle les fers du commerce^ c'està-dire des fers qui ne sont pas chimiquement purs et qui ont l'origine indiquée par Grûner, le puddlage de la fonte et, en particulier, il recommande le fer puddlé résultant d'une bonne fonte au bois.

Par conséquent, le premier terme de la combinaison de fer et d'acier préconisé pour le métal à canon sera le fer puddlé.

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