‹ Krupp et De BangeChapitre 82 sur 92 · VI. — Les ateliers d'usinage et de montage des canons · texte numérisé non relu

VI. — Les ateliers d'usinage et de montage des canons

Notre aimable cicérone nous conduit tout d'abord dans les ateliers d'usinage et de montage des canons ; nous pénétrons dans une halle immense, — tant pis si ce qualificatif nous revient plus d'une fois sous la plume, mais c'est la vérité, — où se trouvent alignées quatre-vingts à cent pièces de campagne, du système Krupp, auxquelles on fait la dernière toilette. Ces petits joujoux — car ils sont si élégants, si coquets, que, si on le pouvait, on les pendrait en guise de breloques à sa chaîne de montre — sont destinés à Sa Hautesse le sultan de Turquie, qui, paraît-il, est très pressé : aussi y a-t-on travaillé jour et nuit. De là, nous passons dans une seconde halle, puis dans une troisième, dont les proportions sont tout aussi colossales : dans l'une, on tourne les canons, dans l'autre, on les fore; ici, on pratique les rayures, là, on construit les appareils de fermeture.

Nous n'insisterons pas sur celte partie de notre visite, où nous ayons assisté à toutes les multiples transformations que doit subir le tube informe, revêtu de son manchon et de ses frettes, avant de devenir une bouche à feu, ces opérations étant, au point de vue tecjhinique, généralement les mêmes dans toutes les usines qui s'occupent de l'industrie des canons; seulement, ici, on assiste à un épanouissement de l'activité humaine comme on n'en voit nulle part. 6omme partout, les tours font des rotations insensées, les poulies grincent follement sur leurs axes, les limes s'usent sur les surfaces rugueuses du métal, qui gémit sous l'outil qui mord dans sa chair; mais ici, les centaines de tours, les milliers de poulies et l'acier attaqué par des bras sans nombre composent une symphonie immense : la mélopée du travail dans l'usine Krupp.

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