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VII. — Les 4 canons de 120 tonnes

Dans une salle voisine trônent majestueusement les lourdes pièces, les monstres de l'artillerie de marine, les léviathans de l'artillerie de côte; l'homme se sent petit devant ces engins formidables, et cependant il les maîtrise, il les dirige. Parmi toutes ces masses dressées 'en pur acier, sur les flancs desquelles s'acharne tout i)n monde d'ajusteurs, il en est quatre qui attirent forcément l'attention du visiteur : ce sont des canons de 40 centimètres de calibre, de 14 mètres de longueur et pesant la bagatelle de 120 tonnes... soit 120 mille kilogrammes! Et dire qu'il y a quelques années à

peine, on citait avec emphase le canon de 100 tonnes, en fer tube d'acier, construit par sir William Armstrong pour le Duilio, comme le suprême défi du canon à la cuirasse, comme le dernier terme de la puissance métallurgique !

Le métal n'est pas ici du fer, mais uniquement de l'acier et de l'acier fondu au creuset. Or, la contenance de chaque creuset étant seulement de 40 kilogrammes, le lecteur pourra se rendre compte de la somme de travail que représente chacune de ces pièces, quand il saura que la coulée d'une seule exige la mise en œuvre simultanée de 1,700 à 1,800 creusets donnant un lingot de 70,000 kilogrammes. Et le canon étant formé d'un tube, d'un manchon et de frettes, cette opération gigantesque doit se faire au moins deux fois pour la même pièce, les frettes seules admettant des coulées d'un poids plus petit. Les lourds blocs d'acier que nécessite la fabrication de ces énormes canons ont été néanmoins forgés et ouvrés avec une facilité relative, tellement les moyens mécaniques dont dispose Krupp sont puissants et conduits avec une audacieuse intelligence.

Ces bouches à feu sont destinées à l'Italie, pour l'armement de ses côtes (^).

On s'est demandé dans la presse comment le constructeur s'y prendrait pour effectuer le transport de ces pesants et encombrants engins, et l'on prétendait même que les rails ne seraient pas assez résistants

(') Deux ^e ces bouches à feu viennent d'être embarquées, à Anvers, pour leur destination, la Spezia. Les autres suivront sous peu, par la même voie.

pour supporter le poids de ces fardeaux exceptionnels.

Mais c'était là un problème dont la solution a fort peu préoccupé les ingénieurs de Krupp; le moyen de locomotion a été bien vite trouvé : c'est un long chariot posé sur 52 roues, avec essieux indépendants et disposés de façon que le poids de la pièce soit également réparti sur tous les trains à la fois.

YIII. — Les ateliers de montage des affûts et coupoles.

Nous nous arrachons à ce spectacle intéressant pour passer dans un autre bâtiment qui contient les ateliers de montage des grands affûts de navire et de côte. Des galeries servant de communication entre les ateliers sont établies, à une hauteur de 10 mètres, aux fronts àe la vaste salle.

De l'une d'elles, nous jetons un coup d'œil, audessus de notre tète, sur les grues de 50,000 et de 50,000 kilogrammes de puissance qui, à 15 mètres d'élévation et avec une portée de 22 mètres, font la navette le long de la halle en soulevant et transportant les fardeaux les plus lourds, au moyen de mécanismes bien médités et mis en action au signal d'une clochette. Au-dessous de nous est en « œuvre » un affût à plate-forme tournante que protège une espèce de calotte sphérique en tôle d'acier. Cet engin est destiné à l'un de ces puissants cuirassés qui font l'orgueil des marines modernes.

D'autres affûts, de systèmes connus, avec freins

hydrauliques et monte-projectiles, sont prêts à être chargés sur wagon, car la voie ferrée qui dessert l'usine et qui se raccorde aux chemins de fer de l'État part de cet atelier, qui est ainsi sa tête de ligne. Descendons pour examiner de plus près le travail des ouvriers monteurs, nous assisterons à un essai de rotation de la coupole sur ses galets. Tenez, la voilà qui se met à tourner.

-7 « Elle ne va pas trop mal, nous dit l'ingénieur; « encore quelques coups de lime par-ci et par-là, et « elle fonctionnera dans la perfection. » Au-dessus de notre tête, la grue continuait à s'avancer, à reculer avec une majestueuse lenteur, transportant des poids énormes avec une merveilleuse facilité, et, de temps en temps, le battement des roues dentées et un petit coup de clochette révélaient la présence de la machine qui imprime le mouvement à cet admirable organisme.

Et tout cela va méthodiquement, avec calme, sans secousses, sans cris; on parle peu chez Krupp, on y travaille continuellement. Aux quatre coins du bâtiment sont installés des monte -charges, et en somme il serait difficile, croyons-nous, d'utiliser plus judicieusement l'emploi des puissants moyens mécaniques que la science met aux mains du constructeur.

Mais nous avons hâte d'en arriver aux différents procédés de fabrication de l'acier mis en œuvre à l'usine Krupp. On fabrique à Essen de l'acier Ressemer, de l'acier Martin, de l'acier puddlé et de l'acier fondu au creuset.

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