QUATRIÈME PARTIE
POTEUIE
Kditeurs: H, AHRENS & Co.
No. 41 , TSKIDJI, TOKIO
T^OKIO
lime ANNÉE DE MEIDJI (1878)
YOKOHAMA.— IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE DE C. LÉVY Tout droit» riseivét.
jaN 5 1B39
INTRODUCTION
C'est dans la province de Yama-shiro qu'on a fait les premières poteries vernissées. Les annales des Shiôgoun (1) (généraux en chef) de la dynastie de Ashikaga, rapportent que vers le 7 m * mois de la 5 me année de Ka-kitci (1443), sous le règne de l'empereur Hana-Zono, Ashikaga Yoshi-Katsou mourut sans laisser d'enfant et que Yoshi-Masa fut choisi pour lui succéder. Plus tard, dans la l re année de Konan-sei (1460), Yoshi-Masa, passionné pour le iuxe, se livra sans retenue au plaisir de la table; il bâtit des palais, creusa des étangs et fit venir de toutes parts des plantes curieuses et des pierres colossales. Le peuple ne put supporter longtemps sa tyrannie et se plaignit continuellement de lui. Après plusieurs années, sous le règne de Go-Tsoutci-Mikado (12 me mois de la 5 me année de Boum-mei, 1480), Yoshi-Masa abdiqua la dignité de Shiôgoun pour la céder à Yoshi-Naho et pour se retirer dans sa villa de Higashi-Yama (Kioto), pendjint le 6 me mois de la 15 me année de ce règne (1483). C'est là, dit le « Yôjin-fu-shi » qu'il se divertissait à collectionner les vieux dessins et les vieux vases, et à fabriquer suivant son goût une variété de nouvelles poteries dont les nombreux spécimens, qui se sont conservés jusqu'à nos jours, sont connus sous le nom de « Higashi-
(1) Fonctions analogues à celles de maire du palais dans l'histoire de France.
Yama dono on shina » ( objets précieux du seigneur de Higashi- Yama). La plupart de ces objets ont été fabriqués soit par ses chambellans soit par ses amis, qui ont légué cet art à leur postérité.
On vit ensuite se former beaucoup d'amateurs qui poussèrent la passion de cet art jusqu'à faire à la main diverses poteries et à les faire cuire dans les fours de leur voisinage. Plus tard, ils construisirent de petits fours à Higashi-Yama et y fabriquèrent des poteries. Mais toutes ces pièces, cuites dans des fours trop petits et à l'aide d'un feu trop faible, ne sont pas aussi solides que celles de Iga, de Shigaraki, de Seto, etc. ; la pâte ainsi que le vernis en est tendre; ce sont d'ailleurs des œuvres imparfaites. On les a nommées communément Kiô-saku (travail de Kyoto), vieux Kiyomidzou et puis Otowa-Yaki (cuisson d'Otowa).
Vers l'époque de Guen-wa (1615-1623), on vit s'établir partout des fours. et tout le monde rivaliser pour produire les meilleures poteries. La province de Yama-shiro, douée par la nature de magnifiques montagnes et de cours d'eau des plus pittoresques, a été de tout temps la résidence des empereurs; elle renferme beaucoup d'antiquités, parmi lesquelles des poteries qui se sont transmises de siècle en siècle. C'est encore un pays privilégié, dont les habitants ont gardé avec la noblesse des sentiments un goût éminemment artistique ; ils sont exacts et précis dans Je choix des arliùes et se mettent avec plus d'ardeur que les habitants des autres provinces aux travaux d'art et d'industrie. C'est ce qui les place aujourd'hui au premier rang dans l'empire du Japon pour la beauté et le style élevé de leurs produits céramiques, bien qu'ils soient en arrière pour l'installation des fours.
DES POTERIES VERNISSEES.
Si l'on se rapporte à l'origine de nos vases de terre vernissés, on trouve que c'est dans la province de Yama-shiro qu'ils ont pris naissance. Le «Yô-jin-fu-shi(l), contient le passage suivant sur les poteries :
Les poteries sont fabriquées aujourd'hui dans toute l'étendue de la ville (Kioto) ; celles qui se font à Oshi-Kodji, au sud de Ni-jiô, sont appelées Uchi-Yaki (cuites dans la maison) ; elles sont en effet cuites aux fours établis dans les maisons. Il existe des fours à Kiyomidzu-Saka, à Otowa-Yama, à Simo-Awata, à Midoroiké et dans d'autres quartiers où l'on confectionne tous les produits, selon le goût du public et la mode du temps. Dans les temps modernes, on a vu des poteries fabriquées par Nin-sei, devant le temple de Nin-na-dji, appelées Omuro-Yaki et portant sur la pâte des décors dus à Kano-Tanniû et Yé-sin. Ces deux artistes sont les premiers qui aient mis leur talent à la disposition du céramiste. On voit beaucoup de poteries qui reproduisent le style de ces décors.
Parmi les poteries qui sont venues de Chine à l'époque des Ming, il s'en trouve parfois qui ont été décorées d'après l'ébauche du prêtre Bok' kei. C'est le cas des vases représentant une carpe, dessin qu'on attribue à ce prêtre et qui est si estimé par les amateurs. Les grandes pièces parmi les vases et les assiettes sont vulgairement nommées Hachi, dénomination qui dérive de
(i) Ouvrage qui décrit la province de Yama-shiro.
Tep'pachi (jatte en fer à l'usage des bonzes). Au temps de Toyotomi, qui résida dans le château de «Jiu-raku», Sen rikiû invita un Coréen, fabricant de poteries, à venir s'installer chez lui et lui fit cuire des tasses à thé- II nomma ce Coréen Chô-jiro, du caractère Chô qui forme le commencement du mot Chô-sen (Corée).
Ces tasses sont de deux couleurs différentes, l'une rouge, l'autre noire, portant en relief sur leur fond le caractère raku. Ce caractère est pris du mot Jiu-raku, et de là vient leur dénomination de raku-yaki. On donne encore à ces tasses le nom de rakthchawan. Les descendants de ce potier existent encore aux environs de Jiu-raku et fabriquent ces poteries ; mais elles sont loin d'égaler celles du temps de Rikiû.
1. — Kiyomidzu-saka situé au pied occidental du mont Otowa- Yama, est à l'est et à la distance de dix chô du Hei-andjio (1). — Simo-awata est à environ huit chô de Kiyomidzu-saka ; Midoro-iké est à peu près à un ri et demi au nord de Simo-Awata et un peu à l'ouest, c'est-à-dire à un ri et dans la direction nord-est du Hei-an-djio. % — Le temple de Nin-na-dji situé à l'ouest et à environ 20
chô du Hei-an-djio est un peu au nord.
3. — Tan-niû était, selon le Gako-benran (manuel des peintres), fils de Ukon et petit-fils de Yé-toku ; il appartient à la famille de Kano. Morinobu était son prénom et Saïsiôshiro-jiro son nom d'enfance. Ce célèbre peintre fut surnommé Unémé. Dans la 13 me année de Kuan-sei (1636), il fut nommé Yédokoro-hô-in (grand-prêtre et chef de tous les prêtres) et ensuite élevé au grade de Kunaï-kiô-hô-in (grand-prêtre et ministre de la maison impériale), 2 rae année de Kuam-bun (1662). Il prit alors le nom de Tanniù-saï ; l'empereur l'autorisa lui-même verbalement à porter le nom de Ship'pô. Il mourut à l'âge de 73 ans, dans
(!) Château impérial à Kioto.
la 2 e année de Hô-yê, il y a 204 ans. Le môme manuel nous dit que Yé-siii était petit-fils de Yé-loku, dernier fils de Ukon-yé, cadet de Tan-niù, et gendre de Kiû-haku. Son nom de famille était Kono et son prénom Yasu-nobou. Il avait encore le surnom de Oukon-no-shin. La 12 ma année de Kuam-boun (1672), il fut nommé Yi-bu-kiô-hôguen (Ministre des rites et hô-guen) et prit le nom de Bokou-sin-saï. Il mourut, il y a 193 ans, dans le 9 me mois de la 2 me année de Tei-kiô (septembre 1685), âgé de 73 ans. Yé-shin et Tan-niou étaient les meilleurs peintres à l'époque de Nin-sei, Hidé-Yoshi.
4. — Hidé-Yoshi dont le nom de famille était Toyo-Tomi et le premier nom Kinoshita, porta dans son enfance le nom de Hiyoshi. A l'âge de seize ans, il prit lui-même celui de Kino-shita Tôkitsiro ; plus lard il s'éleva jusqu'à la dignité de Taï-kô. Il mourut, il y a 280 ans, dans le 8 me mois, de la 3 rae année de Kei-chô (Août 1598), âgé de 63 ans.
5. — Le château de Jiu-rakou, dit le Yô-jiou-fou-shi, a été bâti par Toyotomi Hidé-yoshi vers le 8 me mois, de la 13 me année de Ten-shô (Août 1585). Il s'étend au Sud-Nord de Itei-jiô à Ni-jiô ; à Hori-kawa il est limité par Uchino. Toyotomi le choisit pour résidence et lui donna le nom de Jiu-rakou. 11 céda plus tard ce château à Hidé-tsougou Kuam-bakou (1) (fils adoptif de Hidé-yoshi) et ne tarda pas à reconstruire le château de Foushimi où il fixa sa résidence, 3 me année de Gurn-rokou (1690). Après l'accident arrivé à Hidé-tsougou à Kôya-san, 15 me jour 7 mo mois, 4 me année de Guen-rokou (15 juillet 1691), le château de Jiu-rakou tomba en ruine; les débris de la tour et du portail furent dispersés ; à leur place s'élevèrent des maisons d'habitation entourées de champs et de rizières. L'emplacement où se trouvaient jadis celte tour, ces murailles,
(1) Dignité répondant au premier ministre.
ce portail, ce palais, ces étangs, etc., fut converti en villages ou en rizières. Les palais des daïmiô qui y étaient aussi situés furent transférés à Ozaka et à Foushimi pour faire place aux habitations; le nom seul est reste. G. — Rikiou porta le nom propre de Tanaka, puis celui de Sen ; il s'appela dans son bas âge Yoshiro. A l'âge viril, il se rasa la tête pour entrer dans les ordres religieux et prit le nom de Sôy-bô-sen-saï. Rikiou était son nom religieux. Passionné pour l'art de la préparation du thé, il servit Ilidé-yoshi et mourut il y a 287 ans, le 2 mc mois de la 49 nle année de Ten-shô (février 4 594) dans sa soixante-treizième année.
7. — L'inventeur des poteries raku-yaki est un Coréen nommé Amé-ya. On raconte qu'Améya est le nom d'un certain endroit en Corée, dont on a appelé à tort ce Coréen. Arrivé au Japon à l'époque de Taï-yé (4524- 4527), il prit le nom de Yakitci, se maria avec une japonaise du nom de Tei-rin et en eut un enfant. Après sa mort, son épouse Tei-rin se rasa la tête pour se faire bonzesse et fabriqua les tasses à thé connues sous le nom de Ama-yaki. Rikiou changeant son nom de Tanaka en Sen, céda l'ancien nom à Chô-jiro, orphelin d' Amé-ya, qui transmit à sa postérité le nom de Tanaka. Celui-ci mourut le 9 me mois, de la 4 re année de Guen-roku, c'est-à-dire, il y a 286 ans, à l'âge de 47 ans. Après sa mort, le nom de Rakou-yaki fut donné à ses vases. Il avait habité près du couvent de*Saïdô-in à Kami-chôjia-matchi (Kiolo). Le Sado-sensei ou traité de la préparation du thé nous apprend que Sô-hakou et Shô-y étaient oculistes. — Cha-ousouya avait le prénom de Kahei. Tous les trois furent contemporains . de Shô-Ô.
Le Ben-guokou-shiou (notice sur les ustensiles du thé) fait observer quç les vases du style Shô-y sont fabriqués avec une pâte d'un
rouge clair. Leur itokiri (1) et leur orifice ont une forme trèsgracieuse ; la nature du vernis et la constitution des vases euxmêmes sont lort variées. On trouve dans ces poteries des pots à thé charmants.
1. — Le nom de S5-kakou nous donne à penser que cet artiste était médecin ou peintre ; passionné pour le thé, il se serait mis à fabriquer des vases, mais il n'était pas potier de profession. — Cha-ousouya, ainsi que l'indique son nom, aurait été fabricant de moulins à thé ; comme il était aussi grand amateur de thé, il eut l'idée de confectionner des poteries. Nous croyons que l'un d'eux, Cha-ousouya, est d'une époque un peu plus récente que les autres.
â. — Shô-ô, qui porta le nom de famille de Takéda et le surnom de Chô-jiro, fut élevé plus tard à la dignité d'Inabano-kami ; il porta encore le nom de Ik'kan-saï. Il aimait naturellement le thé et fut très-versé dans l'art de sa préparation. Il mourut il y a 320 ans, dans le 10 me mois delà l re année de Quen-rokou (Octobre 1688), âgé de soixante-trois ans.
La figure I représente un pot à thé, œuvre de Sô-hakou, qui l'aurait fait au tour. Sa pâte est d'un jaune grisâtre et son vernis de la couleur du kaki brun, avec des taches de la couleur de la gélatine et jaunâtres. La pâte est opaque, peu lisse et terne ; la couche du vernis est d'épaisseur moyenne et ne s'étend pas jusqu'à l'intérieur ; ce vernis est fin, mou et présente des fissures. Le vase est léger et ne pèse que 19 mommé 5 fun. Sa forme nous rappelle celle des pots à anse dits furidashi-no-t$oubo.
Le pot à thé, figure II, est l'œuvre de Shô-y, qui l'aurait fait au tour comme le précédent. Sa pâte est d'un jaune grisâtre et son vernis d'un marron noirâtre, avec des veines
(1) Oq appelle ainsi la partie extérieure du fond du vase coupée par le fil.
brillantes de la même couleur, mais plus foncées. Le vernis est argenté, luisant, opaque et d'une épaisseur moyenne ; il ne s'étend pas jusqu'à l'intérieur. La nature de la pâte est fine et médiocrement dure. Le poids du vase est de 19 mommé 5 fun.
Le Sado Sentei nous dit : « Guen-jiouro et Simbei, dont les noms propres sont Ouraï et Kô-zou, Moyémon et Kichibei, dont le nom de famille est Bessho et Manyémon, sont tous contemporains de Rikiû. » Dans le Ben-gnokou-shiou se trouve la notice suivante : « Les poteries du style Simbei ont la pâte d'un rouge clair et quelquefois de couleur jaune. Elles sont parfaites pour tout ce qui concerne l'itokiri et la forme de l'orifice. » Simbei est l'un des artistes modernes les plus célèbres. Il est certain qu'il existe des pots à thé dont la couche inférieure du vernis est de la couleur du kaki clair, avec des veines jaunâtres. Les pots à thé dits dékimono, c'est-à-dire œuvres parfaites, dont on se sert pour l'usage ordinaire, ne sont pas autre chose. Les Kitcibei-yaki renferment des pots à thé mal faits, car l'artiste a cherché en première ligne à imiter le vieux Seto ; et bien qu'ils soient communs parmi les vases du style Kitcibei, il n'y en a pas un seul qui puisse servir. Il y a encore les Cha-ou-souyaki, les Kitcibei-yaki et d'autres pots à thé et poteries, mais ils ne méritent pas d'être signalés ; nous nous abstenons donc de les reproduire ici.
Les pots à thé du nom de Man-yémon-yaki sont fort nombreux, variés et de diverses couleurs ; mais ils n'ont aucun mérite sous le rapport de la glaçare et de la façon de l'itokiri. Comme ils ne datent que de 50 ans, leur vernis argenté est d'un éclat très-vif; ce sont, en un mot, les plus mauvais dans ce genre. Pourtant, il peut arriver que l'on confonde des déki-mono (œuvres parfaites) avec les poteries ordinaires ; il est donc très-important de les bien examiner.
1. — Parmi les six artistes mentionnés ci-dessus, Guen-jiouro
appartient à une époque plus reculée que les autres. Viennent ensuite Man-yémon, puis les quatre autres qui d'après certain auteur semblent appartenir à la période de Yenshiou. Le nom de Kôzou nous fait supposer que cet individu aurait eu pour profession la peinture ou la médecine et qu'il aurait fabriqué des poteries pour son plaisir. — Guen-jiouro, réputé comme un habile tourneur, aurait été aussi un grand amateur de thé, sans être vraiment un potier de profession ; c'est ce que nous attestent celles de ses œuvres peu nombreuses qui se sont transmises jusqu'à nos jours. — Simbei ainsi que Moyémon ont fabriqué beaucoup de vases d'un style élégant, mais ils en ont fabriqué peu d'ordinaires, ce qui nous porte à croire qu'ils n'étaient pas non plus des potiers, mais des amateurs. Tous les deux ayant fait un pèlerinage au temple de Koto-hira à Sanuki (province) s'arrêtèrent à Imbé à Bizen (province) où ils fabriquèrent des poteries et des vases. Ils en confectionnèrent aussi à Sigaraki. Simbei mit sur les poteries le caractère de 5m, marque de son four et Moyémon celui de Ji% marque du sien. Mam-yémon et Kitcibei n'étaient pas non plus des potiers , car il n'existe que peu de poteries fabriquées par eux.
Le pot à thé représenté dans la figure III est l'œuvre de Kô-zou. Il est fait au tour et sa pâte est d'un gris •tirant sur la couleur des vases de terre. Son vernis a une nuance de thé légèrement grisâtre, mais non translucide ; il couvre légèrement le vase et ne s'étend pas jusqu'à l'intérieur. Sa pâte est fine, tendre et légère ; il pèse 24 mommé. On voit à la partie supérieure du vase un dessin représentant un défilé dans les montagnes, sur un fond jaune et noirâtre et dans l'autre partie une petite pente de la montagne ; enfin à sa partie inférieure, il y a deux traces de spatule. À son revers est gravée la feuille de pin ^* qui est la marque du four.
La figure IV représente un pot à thé fait au tour par Man-yémon, et portant des traces de spatule. Sa pâte est de la couleur des vases de terre, avec une teinte un peu rougeâtre ; son vernis est d'un jaune un peu verdàtre, mat, opaque, fort rouillé et ne s'étend pas à l'intérieur. La pâte est fine et tendre. Cette pièce porte au fond la marque du four -f- Jioû en gravure. On remarque encore à la circonférence inférieure de ce vase ces deux dessins
/ffl^ r^H, dont l'un représente une montagne, l'autre le creux d'un rocher. Le tout forme un vase d'un style noble et gracieux ; mais à le juger rigoureusement, il ne serait que l'ouvrage d'une main peu habile. Il est léger et ne pèse que 40 mé. Par suite de la forme de l'orifice, qui ressemble à un axe de roue, on lui a donné le nom de Sho-jikou, mais il me paraît plus convenable de le nommer fouridashi-no-cha-iré, car cet orifice est fort étroit. Le Sado-Sentei nous dit que Nin-sei n'est autre que Sei-souké, qui habitait le village de Nin-na-dji et qu'on nomme par abréviation Nin-sei. Le Sa-dô~$ui-shiû (recueil de l'art de la préparation du thé) l'écrit Sei-yémon ; un autre ouvrage également sur le thé l'écrit Sei-bei. Ce potier appartient à l'illustre famille de Fôuji-wara. Nomoura était son nom propre et Fouji-majo son prénom. À l'époque de Shô-ô (1644-1647), il se rasa la tête pour entrer dans la religion boudhique et devint Harima-no-daï-jiô. % Élève de Sô-hakou, il cultiva l'art céramique et fabriqua pour la première fois aux environs de Seikan-dji et d-Otowa des poteries dont il parvint à faire des vases vernissés ; il en avait appris la fabrication au four de Ninnadji-moura. Ces vases sont communément appelés Omouro-yaki. On sait qu'il fabriqua ensuite des vases aux fours de Sirno-Awata, d'Iwakoura, de Mi-bosatsou et d'Akashi. Ce fut vers l'époque de Kei-chô à Shô-ô et à Hei-an, Les cachets dont ce céramiste se servit sont très-nombreux. La figure VI représente le cachet de Sei fpD qui aurait été
employé avant qu'il se fit nommer Nin-sei. Le cachet flïl (Nin-sei), figure IX, est connu sous le nom de Deï-in (grand cachet) . Il y a encore un petit cachet, comme par exemple f/r] (Nin-sei) figure XI,
et celui de la figure VII, qui représente les deux caractères de Nin-sei et a la même grosseur. L'un et l'autre sont apposés fortement sur le vase, ce qui permet à peine de distinguer leur ovale. 11 en employait encore un autre que l'on trouve sur le vase reproduit par la figure XIII. Le cachet ou le caractère de $F (Nin-sei) dans >T (Nin-sei), est un peu plus gros que
l'autre et diffère moins des caractères reproduits sur les cachets précédents. La plupart de ces cachets sont apposés sur les poteries vernies qui ont une couleur de gélatine.
Le cachet qu'on dit avoir été donné à Nin-sei par Kanamori Sôwa et qu'on nomme pour cette raison Sôwa-ban, contient le caractère de ;7 (Nin-sei) un peu à gauche ; il y en a de grands et de
petits. La figure XIV représente le cachet de tt (Nin-sei) quedes
céramistes appellent shippô-in. Le signe ^ représente le mot ~fc dai (grand) etle signe ^ UJ le mot yama (montagne). Quand ces deux caractères sont précédés ou suivis du mot Nin-sei, ce mot étant alors employé à la place de -J*JL outci (dedans ou intérieur), l'ensemble signifie O-outci-yama. On appelle Bakou-in le cachet
jf qui n'est pas surmonté d'un petit point au-dessus du signe.
fè Les pièces qui sont munies de ces deux cachets sont des
œuvres que fabriqua Nin-sei parvenu à un âge avancé, c'est-à-dire qu'elles datent d'une époque plus récente que les précédentes. D'après la tradition, les pièces sur lesquelles ce céramiste fit usage du cachet Shippô-in auraient été fabriquées pour être dédiées à Tô-foukou-mon-in. Beaucoup de ces vases sont sans
contredit des chefs-d'œuvre de l'art céramique. Ceux qui portent le cachet Bakou-in étant des œuvres faites parNin-sei dans ses dernières années ont naturellement une plus grande perfection. Il existe aussi des poteries qui auraient été fabriquées sur la demande de Kuansei-dji-mya, avec une pâte de Shigaraki ; elles portent chacune l'inscription du potier gravée sur la pièce ; ce sont des fourneaux, des pots (marmites), des vases à fleurs, des tasses à thé et des ustensiles de ménage. Les tasses à thé et les cruches (Midzousashi) ont une couverte bleue, dorée et fauve ; la couverte dorée est la plus estimée. Les cruches et les Midzou-kohoshi (vases pour verser de l'eau) sont faits avec la pâte de Shigaraki ou avec de la pâte blanche. Pour les pots à thé, il y en a qui sont entièrement revêtus de vernis à l'intérieur.
Il est rare de trouver parmi les cruches du genre de Mihon-outsoushi des pièces avec couverte bleue ; il est encore plus difficile de se procurer un service complet de Kinran-dé. Quant aux cassolettes en forme de raquette, on en voit qui sont à couverte dorée et d'autres à couverte fauve. Celles à couverte fauve sont pour les pièces de la forme d'Yéboshi (1) ou de l'aubergine; celles à couverte dorée pour les vases représentant des babioles ou des oiseaux ainsi que pour ceux qui reproduisent l'Otsou-gozen ( figure grotesque ). Parmi les cassolettes qui affectent la forme d'une grue, on en remarque qui sont à'^couverte colorée ; elles sont de couleur blanche et noire pour celles qui ont la forme d'un miroir. D'ailleurs il y en a de différents genres de fabrication.
On compte encore beaucoup de pots à thé et d'autres ustensiles employés pour le service du thé, qui sont revêtus des cachets Bakou-in et Sôwa-in et ont toutes sortes de vernis.
Les pièces dites Kinran-dé sont d'une rareté extrême ; elles sont fort rouillées. Nin-sei était le meilleur artiste à l'époque du moyen âge ; il s'est illustré par des œuvres nombreuses, soit dans le style élevé et classique, soit dans le goût simple et vulgaire. Tou-
(1) Espèce de bonnet noir que portaient jadis les nobles.
tefois il ne faisait pas le vernissage de Seidji ( porcelaines vertes ) et d'Ishi-Yaki.
Les œuvres des premières années de cet éminent céramiste sont à couverte bleue ; elles ressemblent sous le rapport de la forme aux vases du style de Guen-jiouro. Le dessin est de l'école de Kano ; il y en a même qui ont été tracés par Tan-niou. Les œuvres de la période moyenne portent les dessins de couleurs de l'école de Kano et plus tard celui de l'école de Tossa.
Au dire de tout le monde, Nin-sei aurait vécu jusqu'au temps de son troisième successeur ; mais cette tradition n'est pas fondée; il n'y a eu qu'un Nin-sei. D'autres ouvrages qu'on attribue au deuxième et au troisième Nin-sei ne sont que de pures imitations des potiers de Kiyomidzou et d'Awata.
Les premiers qui introduisirent dans l'art céramique l'emploi de la couverte dorée, verte, jaune, rouge et noire furent, à l'époque postérieure à Kei-chô, Nin-sei et un autre potier du nom de Wanjin. A cette époque, l'art céramique et en général l'industrie des potiers firent des progrès considérables.