‹ Kwan-ko-dzu-setsu: Art céramiqueChapitre 7 sur 17 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

POTERIE

Editeurs: H. AHRENS & Go.

No. 41 , TSKIDJI, TOKIO

TOKIO

IQme ANNÉE DE MEIDJI (1877)

YOKOHAMA.— IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE DE C. LÉVT

Tout droit! réservé».

INTRODUCTION

Nous avons dit dans notre précédent travail que la fabrication de la poterie Seiji avait déjà atteint un certain degré de perfection au temps du 50* Empereur (784), mais que les vases vernissés de ce genre, très-précieux alors à cause de leur rareté, étaient exclusivement employés dans les cérémonies de la Cour, sans que leur usage eût pu se répandre jusque chez les simples particuliers. Cependant, les laques dont la fabrication était plus avancée occupaient déjà durant la période de Kwanji (1087 — 1093) une large place dans la série des ustensiles de la classe moyenne, ceux de la classe inférieure se composant uniquement de poteries dures et grossières- Peu de temps après, Ton commença à fabriquer, pour l'usage de la classe populaire, diverses espèces de poteries vernissées à Karatsu (province de Buzen), à Shigaraki (province de Yamato), et dans les provinces de Bizen et de Tamba. Le prêtre Kôben, qui a contribué beaucoup à répandre l'usage du thé, sa boisson favorite, se servait de préférence de poteries pour le conserver, et son exemple a exercé une heureuse influence sur le développement de l'industrie céramique. On employait à cette époque, pour le même usage, des vases chinois destinés à contenir des médicaments. Bientôt Tôshirô vint et commença la fabrication

de différentes sortes de poteries, presque toutes destinées à l'infusion du thé. Ce n'était que par exception qu'on faisait des pots, des vases à contenir de l'eau, etc. Yoshimasa, un des shoguns de la dynastie de Ashikaga, était un grand amateur de thé et la faveur qu'il accorda à Shukô, célèbre maître du chanoyu, est connue. Les shoguns Nobunaga et Hideyoshi (Taïkô) aimaient également beaucoup le thé ; ce dernier avait pour favori Rikitt. Les réunions tenues pour le chanoyu étaient souvent des assemblées où l'on parlait des affaires secrètes de la guerre ou de la politique, et des ustensiles pour le thé, donnés aux Samwais comme récompense, remplacèrent, par mesure d'économie; de l'argent ou du riz. La conséquence naturelle de ces habitudes fut un grand développement du chanoyu et l'augmentation de la valeur des vieux ustensiles de thé. La fabrication des poteries vernissées resta pourtant encore sans faire de notables progrès, parce que les laques composaient la plupart des ustensiles de ménage dans les classes populaires. L'important événement qui vint changer cet état de choses fut l'expédition dé Corée. Beaucoup de potiers, ramenés de ce pays par notre armée, s'établirent dans plusieurs provinces telles que celles de Hizen, de Higo, de Satzuma, de Nagato etc, et donnèrent une grande impulsion à notre industrie céramique. De nos jours, il n'y a pas une chaumière qui ne soit garnie de quelques vases de terre, bien que les ustensiles de ménage chez les personnes audessus de la classe moyenne comprennent plus de laques que de faïences ou de porcelaines*

DES POTERIES VERNISSEES.

Le shogun Asikaga Yoshimasa était, d'après le Kokonmeibutsuruiju, un grand collectionneur d'antiquités ; il tenait souvent des réunions pour le chanoyu dans sa villa de Higashiyama, où il avait une riche collection d'ustensiles de thé et d'autres curiosités # Nôami et Sôami, deux célèbres maîtres de chanoyu, étaient Chargés par lui de rechercher des objets rares de toutes sortes, de leur donner des noms et d'apprécier leur valeur. Les poteries qui étaient en vogue à cette époque étaient désignées sous le nom de Meibutsu. Nobunaga et Hideyoshi, tous les deux grands amateurs de thé, chargèrent aussi Rikiu, Sôkiu, etc, d'apprécier les objets en leur possession ou de leur donner des noms. Ces objets sont compris aussi dans le Meibutsu. Plus tard, Kobori Masakazu, célèbre amateur de vieux ustensiles à thé, regrettant de voir que l'on ne savait pas apprécier les poteries de Nochigama, de Kuniyaki, etc, dont il existait de beaux spécimens, surpassant même le vieux Setho ou le TabutsUy choisit quelques-uns des plus précieux, auxquels il donna des noms fantaisistes, ce qui attira l'attention des amateurs et augmenta la valeur de ces poteries. On leur donne aujourd'hui le nom générique de Chûkô Meibutsu pour les distinguer de l'ancien Meibutsu. La nature de la pâte de ces poteries et la couleur de leur vernis varient selon le lieu de fabrication ; leurs itoguiri ont aussi diverses espèces telles que celles qui affectent une forme circulaire ou qui vont de droite à gauche ou de gauche à droite. Elles sont en général médiocres et cela est surtout vrai pour les vases Igayaki,

Shigarakiyaki, Karatsuyaki; les Takatoriyaki, Zezeyaki et Tambayaki sont un peu meilleures. Toutes diffèrent d'ailleurs du Setho.

1. — Le shogun Asikaga Yoshimasa vivait sous le règne de l'Empereur Gohanasono et celui de l'Empereur Tsuchimikado. Il est, d'après le Chajinkeifu, fils de Yoshinori et s'appelait d'abord Yoshinari. Ce shogun, qui a reçu le titre honorifique de Juichii Jusaïigu, se nommait Kizan ou Dôjinsaï après sa retraite dans sa villa de Higashiyama. Plus tard, il se rasa la tête et prit d'abord le nom de Dôshin, puis celui de Dôkei ; il mourut dans la 2? année de Yentoku (1491).

2. — Le Chadôsentei dit que Yoshimasa, après sa retraite à Higashiyama, fut appelé Higashi Yamadono ; qu'il fit construire dans la pagode de Jishôji deux bâtiments, dont l'un se nommait Ginkaku et l'autre Tôkiwdô, (avec une chapelle contenant quatre nattes et demie et appelée Dôjinsaï) , que Yoshimasa y avait une grande collection d'objets rares et y tenait souvent des réunions pour le chanoyu où étaient invités Stiukô, son maître de chanoyu, et plusieurs seigneurs de sa Cour ; qu'enfin ce lut vers cette époque que le chanoyu devint un véritable art avec toutes ses règles bien fixées.

3: — La pagode de Jishôji ou Ginkakuji, située dans le village de Gôdojimura du district de Otaki, province de Yamashiro, est une des dix succursales de la grande pagode de Sôkokuji ; elle a été fondée par le prêtre Musokokushi. Le Tôkindô, qui comprend la chapelle Dôjinsaï, se trouve à Test du bâtiment central de cette pagçde, tandis que le Ginkaku est situé au sud. Le rez-de-chaussée de ce dernier, appelé Shinkùden, et son premier étage nommé Koonkaku, contiennent des idoles, ainsi que la statue de Yoshimasa. Le Chadôsentei dit que ce shogun fit construire pour son favori Shukô, près de la rue Rokujô Horikawa, un petit

kiosque,, qu'une tablette placée au haut de la porte désignait sous le nom de Chukôan, et qu'il y est venu souvent faire ses visites à ce maître de chanoyu.

4.— Shuko, dont le nom de famille est Murata, avait pour père un aveugle du nom de Murata Matsuichikengio, demeurant rue Mikado à Nara; il s'appelait d'abord Mokichi. A l'âge de 41 ans, il sefit bonze à la pagode de Sbômioji, dans le village de Kitanoichimura, prit le nom de Shuko et devint le prêtre de Hôrinan à l'âge de dix-huit ans. Mais, abandonnant deux ans après la carrière religieuse, il se fit touriste et erra dans diverses provinces jusqu'à l'âge de 30 ans, où il embrassa de nouveau la secte boudhiste de Zenshû et entra à la chapelle de Shinjuan de la pagode de Daïtokuji à Murasakino. Voulant combattre le sommeil qui venait le surprendre chaque fois qu'il se livrait aux exercices de méditation religieuse, il en demanda les moyens à un médecin à qui il dit : « J'avais tout jeune embrassé la carrière religieuse ; mais la fougue de ma jeunesse me fit commettre la faute de désobéir aux ordres de mon maître et j'ai passé plusieurs années à voyager comme touriste dans diverses provinces. Maintenant que je suis rentré dans la religion et que je me livre aux exercices de méditation, le sommeil vient me surprendre et c'est en vain que j'essaie d'y résister. Je vous serai donc bien reconnaissant si vous pouvez me donner un bon remède pour combattre ce funeste penchant qui m'empêche d'achever mes études. » Le médecin lui répondit: « Si vous voulez chasser le sommeil, prenez du thé qui est très-bon pour le cœur. Le cœur est le premier des viscères du corps humain, et le goût amer est le premier de tous les goûts. Si vous prenez beaucoup de thé, breuvage qui jouit à un haut degré de ce goût amer, cela vous fortifiera le cœur, vous serez en bonne santé et vous éprouverez moins le besoin de dormir.» Shukô charmé de ce conseil, fit venir du thé de Toganoo et se mit à faire tous les jours usage de celte boisson qui, dit-on, lui fit

beaucoup de bien. Convaincu alors de Futilité du thé, il fonda le système de Maccha (thé en poudre) avec toutes les règles relatives à ses cérémonies qui sont fort compliquées ; c'est là l'origine du chanoyu au Japon. Le shogun Yoshimasa se fît son élève et adopta plus tard Sôshu. D'après le Chadôsentei, Shukô serait mort dans la 2 e année de B»nki (1502).

5. — Shin-nôami ou Shinôsaï, Shin-geiami ou Gakusô et Shin-sôami ou Kangaku étaient tous ddbô de la famille de Asikaga; leurs fonctions consistaient à organiser des réunions pour le chanoyu, à en garder les ustensiles, à examiner divers objets, tant chinois que japonais, et à faire du thé selon les règles du chanoyu. Shin-sôami qui passait pour le plus instruit des trois a fait un livre intitulé Kuntaikuwan-Sayûki. Selon le commentateur du Higashiyamadono-okazarisha, publié aussi par lui, il appartenait à une famille du nom de Nakao et s'appelait aussi Shinsô ou Shosetsusaï, ayant pour père Geiami et pour grandpère Nôami.

6. — Ola Nobunaga était fils de Nobuhide. Le Chajinkeifu mentionne que ce général, dont le nom d'enfance était Kitsuhoshi, avait fait dans la l re année de Genki (4570) l'acquisition d'une certaine quantité de tableaux et d'autres curiosités de riches marchands de Sakaï (province de Izumi). Il fît construire le château de Azuchi dans la 4 e année de Tenshô (1576), fut élevé au rang de Naïdaïjin (5 e année de Tenshô ou 1577) et reçut l'année suivante le titre de Shonû. Il mourut à l'âge de 49 ans, dans la 10 6 année de Tenshô (1582) et fut enterré à la pagode de Daïtokuji à Murasakino.

7. — Toyotomi Hideyoshi ou Taïkô s'appelait Hiyoshi pendant son enfance et prit lui-même à l'âge de seize ans le nom de Kinoshita-Tôkichirô-Hideyoshi. Dans la 11 e année de Tenshô (1583), il bâtit le château de Osaka dont quelques tours

renfermaient de riches collections, reçut le titre de Kuwanpaku deux ans après et celui de Daïjôdaïjin la troisième année.. Dans l'année qui suivit la fondation du palais de Shuroku, il organisa à Kitano une grande réunion pour le chanoyu, afin d'avoir l'occasion de se rendre compte de l'état de cet art et d'examiner des vases ou d'autres curiosités rares qu'on devait étaler dans cette fête solennelle. Les faveurs dont il comblait Sen-Sôyeki, célèbre maître de chanoyu, établit la grande renommée de ce personnage qu'on regardait généralement comme juge souverain en matière de vases à thé et d'autres antiquités. Hidéyoshi a fait deux expéditions en Corée (la première dans la 4 re année de Bunroku ou 1592 et la deuxième dans la 2 e année de Keichô ou 4597); il mourut à l'âge de 63 ans dans la 3e année de Keichô (4598.) 8. — Sen-Sôyeki ou Rikiu qui passait pour le plus grand maître de chanoyu de cette époque s'est fait d'abord l'élève de Dôchim, puis celui de Shôô. Il était d'avis que le principe fondamental du chanoyu devait être la politesse et il est regardé comme le restaurateur de cet art. Les seigneurs et fonctionnaires étaient presque tous ses élèves, tant était grande son autorité. Très lié avec le prêtre Kokei, il se fit plus tard son disciple pour étudier les principes de la secte boudhiste de Zenshû; il mourut dans la 49 a année de Tenshô (4594) à l'âge de 74 ans.

9.— Tsuda-Sokiu, fils de Sôtatsu et nommé aussi Kôyûsaï ou Tenshû, est le père du prêtre Kôgetsu, de la pagode de Daïtokuji. Elève de Shunoku-Kokushi et devenu plus tard Oshô (dignité religieuse) il fonda la pagode de Daïtsûan et mourut dans la 49 e année de Tenshô (4594). 40. — Kobori-Masakazu s'est fait d'abord élève de Shunokokushi, puis de Takuan et de Kogetsu. Plus tard, il se rasa la tête et prit le nom de Daïyu-Sôho. Cet amateur dont le goût raffiné fit la célébrité apprit de Koorioribe cent règles de chanoyu, donna des noms*à une quantité considérable

d'objets précieux et mourut dans la 4 e année de Shôho (1647) à l'âge de 69 ans.

11. — Le mot Nochigama désignait à cette époque les poteries postérieures à Tôshirô et le mot Kuniyaki, plusieurs espèces de poteries autres que celle de Setho. Sept d'entre elles, c'est-à-dire celles de Shidoro (prov. de Tôtômi), de Zeze (prov. de Omi), de Asahi à Uji (prov. de Yamashima), de Akahada (prov. de Yamato), de Kosobe (prov. de Settsu), de Uyeno (prov. de Buzen) et de Takatori (prov. de Chikuzen) passaient pour les plus belles.

ISAYAKI.

Cette poterie dont le lieu de fabrication n'est séparé de celui de Shigarakiyaki que d'une petite distance de moins de 2 ris, ressemble beaucoup à ce dernier comme nature et comme style. Les pièces de ce genre sont ordinairement faites à la main avec nos anciens procédés et très-rarement au tour; leur pâle contenant de petites pierres, est fort grossière, quoique plus fine que celle de Shigarakiyaki. Elles sont généralement lourdes et offrent quelquefois des spécimens dont le vernis semble être naturel. L'origine de cette poterie doit dater, croyons-nous, de plus de mille ans, c'est-à-dire qu'elle est aussi ancienne que celle de Xlmbeyaki ; les spécimens fournis par des fouilles et connus sous le nom de Igano- Yamasara tendent pourtant à lui assigner une date plus reculée. Deux cents ans après, on commença à employer une glaçure vitreuse (les vieilles pièces ont quelquefois une glaçure qui a coulé vers l'orifice et sont appelées Getaokoshi). Quant à la fabrication des vases à fleurs, des vases à contenir de l'eau etc., elle n'a pris naissance qu'après une nouvelle période de deux siècles. Ces vases recouverts d'un vernis de nature vitreuse, mais ayant la même couleur et la même pâte que les anciennes pièces, sont ce qu'on appelle Koiga. Faits généralement à la main et quelquefois avec l'aide du tour, ils ressemblent tout à fait à ce qu'on appelle de nos jours Shôôshigaraki. Le Chadôséntei dit que les œuvres d'un célèbre céramiste, appelé Shimjirô,* appartiennent à Ylgayaki, que les

vieilles pièces de ce genre, de même que celles de Shigarakiyaki, sont tous des vases à fleurs ou à contenir de l'eau, et que les pots à thé les plus vieux ne datent que du temps de Rikiu. Les pots à thé dont le vernis est noir ou a la couleur de gélatine ressemblent au Setho. Leur pâte, plus fine que celle de Shigarakiyaki, donne au vernis un éclat fort beau; elle est pourtant moins fine que celle du Setho, dont la couleur est différente. Les pièces de la qualité supérieure ont quelquefois la pâte" tamisée. C'est du temps de Kobori-Masakazu qu'on commença à Iga, ainsi qu'à Imbe, la fabrication des tasses à thé. Une des variétés de Ylgayaki dite Todô-iga serait la série de pièces fabriquées sur la commande du prince de Tôdô après l'annexion de la province de Iga, et le Sôzeiga semble être celle faite selon le goût de Sôze, élève de Kobori- Masakazu.

1. — Ulgayaki se fabrique à Marubashira dans le district d'Ayano, (prov. d'Iga), situé sur la limite de la province d'O mi. 2. — Le Getaokoshi est une pièce qui porte sur la face extérieure de sa base deux lignes ressemblant aux traces des sabots japonais. Autrefois les pièces encore humides après le façonnage étaient souvent placées sur un support consistant en deux pièces de bois parallèles et une fois sèches, on les mettait dans ce four avec le support qui, en brûlant, laissait sa trace sur leur fond. Plus tard, les deux morceaux de bois ont été remplacés par des supports en terre cuite ; mais cela n'empêchait pas que deux lignes s'imprimassent sur la face extérieure des poteries cuites sur ce nouveau support auxquelles on a continué à donner le nom de GetaokoshL 3. — Shinjirô est un bon céramiste qui vivait du temps de Rikiu.

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