CHAPITRE II
Étiologie.
L’abcès utérin se développe à tous les âges de La vie de la femme et ne reconnait qu'une seule cause : l'infection. Celle-ci peut être de divers ordres : puerpérale, gonococcique, tuberculeuse, traumatique.
L’infection puerpérale est la cause la plus fréquente ; nous la trouvons en cause 22 fois sur 41 cas. Puis viennent par ordre l'infection gonococcique, l'infection tuberculeuse et l'infection traumatique. C’est presque toujours à la suite de tentatives d’avortement qu'on voit se developper l’abcès de l’utérus. Sans rappeler ici l'état de réceptivité de l'utérus pendant la grossesse et la contagiosité des instruments qui servent en général aux tentatives criminelles, on comprendra facilement pourquoi ces abcès sont de beaucoup les plus fréquents. Le bacille est porté par l'instrument au centre même de la place ; le parenchyme est quelquefois même piqué par l'instrument qui dépose ainsi le microbe dans sa texture. Tout est donc réuni pour favoriser l'éclosion de l’abcès. Nous verrons plus tard comment il se développera.
Mais l’abcès utérin n’est pas seulement l’apanage de l'avortement eriminel. On l'observe aussi à la suite d’accouchements normaux (Boldt, Augustein, Pettit et Pichevin, Ricketts, Drüse, Lepage, Champetier de Ribes) ; dans ce dernier cas il peut cependant y avoir eu intervention instrumentale, comme dans le cas de Penrose où une application de forceps avait été nécessaire.
L’infection gonococcique ayant donné lieu à une métrite peut conduire à la formation d'un abcès utérin. Les observations de Madlener, de Menge, de Cavazzani, de Lea suffisent à nous en convaincre. Les cas de Bird, de Scanzoni, quoique antérieurs à la découverte du gonocoque (1879), semblent également reconnaitre cette
origine. Rarement le gonocoque se développe d'emblée dans le Mercadé 8
parenchyme utérin. Certains auteurs même semblent en rejeter la possibilité quand ils refusent à la métrite aiguë toute possibilité de créer l’abcès utérin. Pour Martineau (1), la suppuration de la métrite est bien rare. Pour Pozzi (2) « les prétendus abcès de l'utérus sont : les uns, des collections purulentes voisines accolées à l'organe, comme il est si fréquent de l'observer dans les pyosalpingites ; les autres des suppurations de myomes mortifiés,ce qui n’a aucun rapport avec la métrite. Certes si l’on veut dire par là que la suppuration de la tunique musculaire de l’utérus est possible, nous tombons d'accord ; mais qu’elle suppure dans le cours du syndrome clinique qui constitue la métrite nous ne l’admettons pas ».
Pour Pierre Delbet (3) il n'existe peut-être pas un seul cas de véritable abcès de l'utérus.
« On a discuté, dit Richelot (4), sur la présence d’abcès dans l’épaisseur des parois utérines, au cours de la métrite aiguë. Schrüder, Kilpatrick, Hervez de Chégoin, en parlent comme d’un fait indéniable ; mais ils doivent être bien rares, car la plupart des auteurs soutiennent que les prétendus abcès utérins ne sont que des collections purulentes péri-utérines [Fritsch (5)]. »
Seule la rareté de ces abcès peut expliquer la divergence d'opinion qui existe encore à l'heure actuelle entre les auteurs. Il ne nous est plus permis cependant de douter de leur existence ; mais nous nous empressons d'ajouter qu'ils sont une complication exceptionnelle au cours des métrites. [Il est certain que le gonocoque pénètre difficilement entre les fibres musculires qui constituent le parenchyame utérin ; Madlener en à cependant constaté nettement la présence.
Peut-être à la faveur d'une grossesse et d’une délivrance, trouve-
t-il un accès plus facile dans le myométrium ? C’est très probable et
(1) MaRTiINEAU, Traité chnique des affections de l'utérus et de ses annexes. Paris, 1878, p. 412.
(2) Pozx, Traité de Gynécologie clinique et opératoire, 3° 6d., Paris, 1897, p. 140
(3) Pierre Desser, in Traité de chirurgie Durray-Reczus, tome VIII, p. 93.
(4) L. G. Ricuecor, Chirurgie de l'utérus, Paris. Doin, Ed., 1902, p. 12.
(5) Frirscu, Lageveraend. und Entzünd. der Gebaermiutter, Stuttgart, F. Enke, éditeur, 1885.
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c’est cette interprétation que nous devons donner à l’observation de Madlener et au cas tout récent de Lea.
L'abcès utérin n’a jamais été signalé au cours de la métrite chronique ; aucune raison ne semble cependant devoir la mettre à l'abri de cette complication.
Enfin dans notre observation personnelle l’abcès est survenu au cours d’un néoplasme probable.
L’'infection tuberculeuse peut frapper l'utérus pour déterminer la formation d’abcès dans son parenchyme, Cette forme de la tuberculose génitale est cependant très rare. Dans une étude récente sur la tuberculose génitale, Mile M. Gorovitz (1) ne cite aucun cas d’abcès tuberculeux de l'utérus. Qu'il s'agisse du corps, qu'il s'agisse du col, toutes les observations qu’elle rapporte ont trait à l'endométrite tuberculeuse et aux lésions qui la caractérisent : ulcérations, tubereules miliaires voire même pyométrie [cas de Krzywicki (2)] ; d'autres présentent au niveau de la couche musculaire de l'utérus des tubercules miliaires, dans le corps [Breus (3)], dans le col [Matthews (4) |, analogues à ceux décrits par Cornil (5) et par Doyen (6). Aucune ne signale le véritable abcès froid. C’est qu'à la vérité l'abcès froid se développe rarement dans un tissu musculaire.
Nous avons pu néanmoins en retrouver cinq observations dont trois ont trait à la tuberculose primitive, deux à la tuberculose secondaire de l’utérus.
L'infection traumatique est le quatrième mode d'infection du parenchyme utérin. En dehors des traumatismes déterminés par des tentatives d’avortement que nous avons déjà signalées, il arrive parfois qu’accidentellement le parenchyme se trouve lésé : dans le cas de Küstner la malade opérée pour un prolapsus utérin présentait au niveau du col des ulcérations qui avaient servi de porte d’entrée
à l'infection. La malade d'Ashford, se croyant enceinte, fut sans au-
(1) Mile Gorovitz, Tuberculose génitale. Revue de chirurgie, 1901, ie 178. (2) KRrzYWICKT, Beilräge zur pathol. Anal. und. allg. Pathol., 1888.
(3) Breus, Wiener med. Wochenschrift, 1877, n° D
(4) MATTHEWS, Medical Record, 1898, vol. I, P- 872. =
(5) Connie, Journ. des connais. médic. 19 juillet LEE p. 226
(6) DOYEN, Journal des connaiss. médic., 1888, p. 227:
116 ABCÈS DE L'UTÉRUS PE ME PE RER ENS ICS CPE MP RP Fr GR LA cun doute inoculée par une piqûre ou une ulcération traumatique produite au niveau du col. Fritsch vit se développer un abcès utérin après une discision bilatérale du col.
Nous en conclurons que toutes les fois qu’une porte d'entrée est ouverte à l’infection, celle-ci pourra déterminer la formation d’un
abcès.