DIAGNOSTIC
Les échinocoques des os peuvent se présenter, en clinique^ sous des aspects fort différents.
Le premier signe révélateur de leur présencè peut être une fracture spontanée.
Le diagnostic d'une telle lésion doit être établi en se basant sur l'examen attentif du malade.
N'existe-t-il aucune tumeur cancéreuse dont la généralisation puisse être considérée comme la cause de la fracture ? Il faudra songer à la syphilis.
L'ostéomyélite gommeuse des os longs plus fréquente qu'on ne le suppose, se manifeste dans certains cas brusquement par une solution de continuité; néanmoins elle est généralement précédée de douleurs ostéocopes caractéristiques ; elle s'accompagne d'une tuméfaction osseuse qui depuis longtemps déjà a éveillé l'attention du malade. L'interrogatoire et l'examen minutieux du sujet permettront de retrouver la preuve de l'infection syphilitique. Le traitement spécifique et l'immobilisation amèneront le plus souvent la consolidation, à moins que les délabrements n'aient été trop considérables.
Dans les cas de kystes hydatiques, il n'existe ni douleurs, ni exostose, la consolidation ne s'établit pas spontanément, quoique l'on fasse, ou se produit temporairement.
La mal ide de Duplày présenta 3 fractures itératives du fémur.
Habituellement enfin, le traumatisme donnera comme un coup de fouet à la lésion et la fera évoluer avec plus
de rapidité. On verra survenir alors une tumeur le plus souvent molle, tluctuante, contenant un liquide puriforme.
Quoi qu'il en soit, le seul signe clinique pathognomo i:ique, c'est la constatation de la présence de vésicules hydatiques dans le foyer de la fracture. La ponction et l'incision exploratrices permettront seules au chirurgien de porter un diagnostic exact et d'instituer une thérapeu' tique rationnelle.
Il est bien rare que les liydatides se révèlent à l'extérieur par une tuméfaction de consistance franchement et uniformément résistante. Au niveau du frontal, Keate fut obligé de scier la portion saillante de l'exostose pour pénétrer dans le sinus. Mais - sur les membres, comme dans là région pelvienne, la tumeur est de consistance molle. A cette période, on peut confondre les kystes hydatiques avec les productions sarcomateuses. Ces dernières présentent souvent en effet une fluctuation plus ou moins nette, une dépressibilité particulière accompagnée de crépitation parcheminée. Elles siègent fréquemment au niveau de l'extrémité supérieure du tibiaj il n'est pas rare de les observer sur les os du bassin.
Néanmoins si l'on tient compte de la lenteur habituelle du développement des kystes hydatiques, de leur indolence, de leur fluctuation le plus souvent très nette ; on écartera l'idée denéoplasie sarcomateuse.
Certains kystes séreux des os prêtent particulièrement à la confusion.
Dans le fait de Hilton (1) c'est seulement après l'examen histologique pratiqué par Hilton et Birkett que l'on reconnut la nature sarcomateuse et non hydatique d'un kyste qui avait déterminé une fracture de cuisse. Thompson (2) a publié un fait analogue. Nous citerons
(^) Lancct 1855. T. 1, p. 65.
(2) Patholog. S. Transact. 1859. Hearné's tibal case.
enfin l'observation plus récente de Buchanàn (1). On vit chez un jeune garçon de 12 ans, un an après un traumatisme, la partie supérieure du péroné augmenter progressivement de volume. Après la résection de la portion osseuse malade, on trouva la moitié supérieure du péroné transformée en une coque mince, tapissée par une membrane d'aspect séreux, contenant seulement un liquide clair séro-sanguinolent.
■ En pareilles circonstances l'absence évidente d'hydatides, l'aspect uniloculaire permettront toujours d'éliminer le diagnostic de kyste hydatique.
Mais c'est avec Vostéite tuberculeuse que les échinocoques ont été le plus souvent confondues.
L'apparition de collections volumineuses indolentes, froides, provenant du foyer parasitaire, rappelle complètement la période des abcès ossifluents dans les cas de tuberculose osseuse.
Les phénomènes subjectifs font défaut dans l'affection qui nous occupe ; quand aux phénomènes objectifs ils ne peuvent souvent que contribuer à induire le chirurgien en erreur.
Il est bien évident qu'en présence d'une tumeur fluctuante froide, développée, par exemple, au niveau de la région safTO-iliaque, on pensera k un abcès ossifluent consécutif à la tuberculose vertébrale. Il ne viendra à l'esprit de personne de songer à des échiuocoques. En raison de la rareté exessive de cette affection, ce serait faire preuve, à notre avis, de peu de sens clinique, que de s'attarder ce diagnostic. Il faut faire la ponction pour être certaiit ie la présence des hydatides et rejeter l'idée de carie.
On conçoit que l'erreur soit impossible à éviter si les sujets présentent à la fois sur divers jDoints de l'orga-
(l) Glasgow. Med, Journ. 1880, p. 340.
nisme des manifestations scrofulo-tuberculeuses et des lijdatides.
M. le professeur Ollier nous a dit avoir observé un kyste liydatique -développé au niveau du tiers supérieur du cubitus chez une jeune dame qu'il avait déjà soignée pour une arthrite fongueuse du genou. La fluctuation, l'indolence manifeste de la lésion imposaient pour ainsi dire le diagnostic d'abcès ossifluent. L'incision démontra qu'il s'agissait d'une poche hydatiquejuxta-osseuse, mais extra-périostique.
La ponction et l'incision exploratrices permettront seules de reconnaître, de visu, la nature véritable de la maladie. Notons qu'elles furent insuffisantes dans l'observation de Talini : ce n'est qu'à l'autopsie que l'on trouva une carie delà cinquième côte droite, causée par un amas de petits kystes gros comme des lentilles, situés dans le tissu spongieux.
Ce serait dresser une longue liste que d'énumérer toutes les erreurs qui ont été commises.
Le plus souvent on a confondu les échinocoques des os avec l'ostéite , l'ostéo-arthrite tuberculeuses (Frusci, Bardieben, Fricke, Talini, Trendelenburg), ou bien l'ostéite traumatique (Verdalle, Demarquay).
Keate crut à une exostose du frontal .
Le malade de Reczey avait été soigné pour une adénite inguinale.
Ce qui précède nous amène à conclure qu'zV est de toute nécessité de faire la ponction, et quelquefoie même l'incision pour établir le diagnostic de kystes hydatiques des os.
On devra user de toutes les précautions antiseptiques et la présence des vésicules caractéristiques constatée, se décider à une intervention aussi pror>nte et aussi large que possible.