‹ Kystes hydatiques des osChapitre 7 sur 22 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Pendant longtemps, les kystes hydatiques des os restèrent confondus parmi les autres affections du squelette.

Au dire de Dezeimeris, c'est aux chirurgiens hollandais Van Wy et Van der Haar que l'on doit la première mention de l'affection hydatique des os. Le premier de ces deux chirurgiens l'aurait décrite très nettement ; Van der Haar 'se serait borné à quelques considérations générales peu étendues, sans rapporter de nouvelles observations {a).

Le premier fait qui présente un caractère d'authenticité

(a) Remarque. — Nous avons reproduit les données historiques de Dezeimeris, mais nous devons faire remarquer qu'il ne nous a pas été possible d'en contrôler l'exactitude. Parmi les ouvrages de Van Wy (1) et de Jakob Van der Haar (2) que nous avons pu nous procurer, il n'en est aucun qui renferme quelque détail relatif aux hydatides des os.

Quant à Ruysch (3), il nous paraît évident qu'il n'a pas observé des échinocoquesdes os, mais bien des larves de mouches.- Le texte et la planche qui l'accompagne ne permettent pas de doutes à cet égard.

(1) Verraischte chirurgische Schriften. von Guerrit, Jan Van Wy, 1786, Nurnberg.

(2) Modicin. und Ghirurg. AbhandI. und Beobacht., van Jakob Van der Haar, 1800.

(3) Adversariorum anat. medic. chirurgicorum. Decas tertia. Caput VI, p. 19. Amstelodami MDCGXVII.

suffisante est dû à Cullerier (1). Le malade, dont il rapporte l'histoire clinique, entra le 19 pluviôse, an IX, à l'hôpital des Vénériens, avec une gonorrhée, des végétations et une tumeur de trois pouces de diamètre, inégale, indolente, et de la consistance d'un stéatome, située à la partie antérieure et au tiers supérieur de la jambe, sans altération de la peau. En palpant la tumeur, on rencontrait un bord osseux et inégal, indiquant une excavation creusée dans le tibia. D'après les renseignements fournis, cette maladie aurait débuté il y a deux ans, à la suite d'une chute violente sur la jambe.

- Après avoir vainement employé les cataplasmes et les émollients, Cullerier ouvrit la tumeur au moyen de la potasse caustique. Il en sortit une matière épaisse, gluante, d'une couleur lie de vin et à peu près inodore. Trois jours après, on cautérisa au fer rouge le fond du foyer osseux, et le lendemain, lorsqu'on retira la portion d'os brûlée, on vit qu'elle recouvrait une cavité d'où sortit du pus grumelé et ensuite de petits corps à demi arrondis, de 3 à 4 lignes de diamètre, composés d^une membrane d'un blanc terne, et remplis à moitié de sérosité. Un d'eux, de plus d'un pouce de diamètre, en contenait plusieurs autres. « Ces corps étaient des hydalides de l'espèce de celles qui ont été désignées par M. Laennec sous le nom d'acéphalocystes. » Le malade était à peu près complètement guéri après quelques mois, lorsqu'il s'évada de l'hôpital.

Webster, Keate (1819), Langenbeck (1820), A. Cooper, Dupuytren, Rame (1836), publièrent de nouvelles observations de kystes (du frontal, de l'humérus, du fémur, du tibia).

Dans le courant de l'année 1838, parut dans un journal

(1) Journal de raédec, chirurg. et pharmac, Gorvisart, t. XII, p. 125, et Biblioth. médic, t. XIV, p. 69.

étranger (Hambiirg Zeitscli, f. d. ges. Med.), la relation d'un cas fort intéressant d'hydatides du bassin. Repro" dnite dans le journal l'Expérience (1838), elle est accompagnée de notes additionnelles de Dezeimeris, dans lesquelles se trouvent pour la première fois rassemblés les faits épars dans les différents recueils.

La même année, paraissait à Montpellier, la thèse d'Escarrag'uel sur les lijdatides du tissu osseux. Plus pauvre en documents que la statistique précédente, elle contenait seulement la reproduction des cas de Rame, Guesnard, A. Cooper.

Deux ans plus tard, en 1850, Bérard étudie les kystes hjdatiques des os, dans un article du Dictionnaire en 30 volumes. Il trace un tableau clinique très exact de l'affection, fait ressortir sa gravité, et termine en formulant des indications thérapeutiques très précises. Il signale les fractures spontanées, l'envahissement des articulations, qui avoisinent les lésions, et ne se dissimule nullement la difficulté de la cure. Ce travail est, à notre avis, l'un des plus importants qui ait été publié, et, s'il laisse à désirer au point de vue anatomo-pathologique, la description clinique est parfaite.

A partir de cette époque, les auteurs classiques, français et étrangers, consacrent quelques pages à l'étude de cette affection. Peu à peu, lentement, le nombre des observations s'accroît; mais il faut arriver jusqu'au mémoire de Viertel (1875) (l), et au traité de Davaine, pour trouver la première statistique de quelque valeur (20 observations).

Trois ans plus (a]'d,Reczey (1877-1878) (2) réunissant les faits connus, arrive à un total de 33 cas. Mais, en examinant ces observations, nous voyons que ce chiffre est

(1) Archiv. v. Langonbeck t. XVIII, p. 47G.

(2) Deutsch. Zoitsch., VII, 285-294.

Gangolphe

trop élevé. En déduisant les observations de Dnpujlren (temporal}, Chaussier (rachis), OUivier (rachis) qui ne sont pas relatives à des kystes des os, il nous reste 30 cas. Nous les réduirons à 29, en réunissant sous la même indication les deux versions différentes (Sevestre, Demarquay) de l'unique observation de Demarquay.

Dans un important articie (Dict. encyclop. des sciences médic, article Os, 1882), M. le professeur Heydenreich étudie les kystes hydatiques en se basant sur un plus grand nombre d'observations que les auteurs précédents.

Depuis ce moment, nous n'avons trouvé à glaner que quelques observations, peu nombreuses, publiées par Bardleben, Talini, Hahn, Trendelenburg, A. Poncet, Madelung

Mais, à côté de ces travaux, où se trouvent seulement mis en évidence les caractères cliniques des échinocoques des os, nous devons signaler les recherches qui ont été faites dans le but d'élucider leur anatomie pathologique.

En lisant les descriptions classiques, il semble que les kystes hydatiques des os n'ont de spécial que le terrain sur lequel ils se développent. Cette question de siège mise à part, kystes osseux et kystes hépatiques présenteraient une structure identique. Les auteurs prescrivent d'enlever soigneusement la membra?îe commune après avoir évacué les hydatidcs ; mais à côté de ce précepte, vient la réflexion que ce temps de l'opération est le plus souvent très difficile, et que l'on ne peut l'exécuter complètement. On comprend qu'il ne puisse en être autrement, si l'on admet (ce qui nous paraît démontré par l'observation) qu'il n'y* a pas de membrane d'enveloppe le plus souvent et que la lésion est diffuse.

En un mot., les kystes des os paraissent appartenir pour la plupart à la forme multiloculaire, si rarement observée

dans les autres organes. Quelques auteurs seulement paraissent s'être préoccupés de cette particularité importante.

Dans un mémoire publié en 1867, sur la iumeur hydatique alvéolaire du foie, Ott considère comme multiloculaires les kystes osseux décrits par Guesnârd, Coulson, Fricke.Il se borne à une simple mention bibliographique sans même discuter ses assertions.

Plus tard, en 1870, dans un cas où les liydatides avaient entièrement envahi le canal médullaire d'un humérus, Kûster (1) chercha vainement les traces de la vésicule mère. Les examens histologiques, lui démontrèrent partout la nature conjonctive des parois kystiques, et nulle part la structure bien connue des membranes hydatiques.

Enfin, dans une communication faite à la Société de médecine de Berlin (12 décembre 1883), à l'occasion d une présentation anatomique deM. Hahn, Virchow (2) expose ses idées sur quelques points de l'anatomie pathologique des hydatides des os.

Rappelant ses travaux sur les kystes multiloculaires hépatiques, il insiste sur l'influence du milieu sur la forme des hydatides. Si les vésicules sont petites, c'est qu'elles siègent dans des espaces étroits (les vaisseaux lymphatiques du foie par exemple) .

A l'appui de cette idée, il cite les dimensions minimes des vésicules contenues dans les aréoles du tissu spongieux. Sans vouloir se prononcer sur leur mode de prolifération, il croit qu'il existe là vraisemblablement un I)rocessus de prolifération, in situ.

On verra plus loin, que l'aualyse des faits publiés paraît complètement confirmer les assertions de Virchow basées seulement sur quelques observations (Lesser, XXXII; Kùster, obs. XXX; Kantzow, obs. XLI).

(1) Berlin. Klin. Wochon , VIT, 145-147.

(2) Berlin. Klin. Wochcri., n»» 52-53, 1883.

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