OBSERVATION VI
(Leclerc et Tillier. — Lyon Médical, 1889.) Kyste hydatique primitif de la plèvre, pyopneumo-thorax secondaire, traité par des injections antiseptiques dans la cavité pleurale ; accidents nerveux consécutifs au traitement. Opération d'empyème ; collapsus ; mort. ;
Pierre V..., corroyeur, 30 ans, entre le 2 août 1888, salle Sainte-Elisabeth, n° 49, dans le service de M. le professeur Lépine. La mère a souffert autrefois de mani-
AN festations strumeuses. Quant à lui, il a été traité de 7 à 10 ans pour des accidents du même genre à l’Antiquaille ; 1l porte au côté gauche de la face, dans les régions maxillaires et sur différents points des membres, de nombreuses cicatrices irrégulières dues à des abcès ganglionpaires osseux. À 25 ans il eut une cataracte de lPœil droit qu'il fit opérer par des empiriques. À la suite, cet œil subit la fonte purulente. À peu près à la même époque, la vue se mit à diminuer progressivement dans l'œil gauche, en sorte qu'aujourd'hui l’amaurose est presque complète et que le malade distingue tout au plus le jour de la nuit. Enfin, il existe une griffe congénitale des deux derniers doigts de la main droite.
Il aurait encore eu un rhumatisme subaigu de l'épaule droite, à l’âge de 20 ans, et 5 ans plus tard des palpita- Uüons pour lesquelles un médecin lui prescrivit la digitale ; il'est d’une intelligence peu développée.
Au mois de janvier de cette année il ressentit des points douloureux au niveau du sein gauche d’abord, puis à la partie postérieure du thorax. Bientôt se déclara une dyspnée intense etle malade dut s’aliter il y a trois semaines. Il semble, d'après ce que lui avait ditson médecin, qu'il avait à cette époque une pleurésie gauche. Il n’a jamais eu d’œdèmes, jamais d'hémoptysies. Actuellement, il se plaint d’une douleur constrictive qui se manifeste au niveau du cœurau moindre mouvement, d’un point de côté en arrière à gauche el d'un peu de dyspnée.
On ne remarque pas de voussure thoracique à gauche; ce côté est plutôt un peu plat. Le périmètre des deux côtés est le même. Tout le côté gauche est le siège d’une matilé de bois qui remonte en arrière jusqu'à l'épine de l’omoplate. La matité ne se déplace pas dans l’aisselle : mais il faut noter qu’elle occupe Loute la région. Skodisme
pre considérable sous la clavicule. Les vibrations ne sont pas totalement abolies à gauche, mais elles sont très diminuées ; elles existent même dans la ligne axillaire.
La respiration ne s'entend que Lout à fait au sommet ; plus bas, silence complet à l'inspiration et souffle expiratoire léger. On perçoit de la pectoriloquie aphone dans toutes les limites de la matité.
Quant à l’égophonie, elle n’est pas très intense, mais il en existe un point sur le bord axillaire de l’omoplate, où la voix a nettement le timbre de mirliton.
Le cœur est très déplacé. La pointe bat presque sous le mamelon droit. Le maximum des bruits est à droite du sternum. Pas de souffle, seulement le claquement aortique ne parait pas très net.
Pouls régulier assez fort, rapide : 120.
Respiration assez fréquente : 36. Cependant, le malade n'accuse pas beaucoup de dyspnée.
Urine très albumineuse, qui se prend pour ainsi dire en masse, soit par l'action de l'acide nitrique, soit par celle de la chaleur. Température rectale du soir: 38:7.
3 août. À la visite du matin, on pratique une ponclion aspiratrice qui donne issue à 1.200 grammes de liquide. La première colonne du liquide que lon voit à travers l'index placé dans le tube aspirateur est claire et
transparente ; sa couleur est blanche plutôt que citrine. Presque immédiatement le liquide prend une couleur rulilante, et tant que dure l'écoulement, il garde cette teinte mais plus.ou moins foncée. La ponction a été faite sur le bord antérieur de l’aisselle : on suppose que le poumon a pu être blessé par le trocart. On ne retire pas tout Île liquide. Malgré cela, le malade à une légère quinte de toux et des crachats sanguinolents. Léger frisson un peu après la ponetion.
Le matin 38°2 :; le soir 40°6.
4 août. — Le liquide retiré hier a laissé un caillot qui s’est rétracté dans des proportions énormes : au fond du vase est une couche très coloriée où sont précipités les globules sanguins ; au-dessus est une masse liquide légèrement teintée en rouge, au milieu de laquelle flotte un caillot très rétracté, tout à fait semblable aux caillots fibrineux. On perçoit nettement l’égophonie à la base gauche; les vibrations persistent également en arrière et à gauche. La pointe du cœur bat toujours à droite.
Le matin 393; le soir 40°1..
D août. — Le malade se trouve mieux. Il a des crachats adhérents, couleur sucre d'orge. La température est toujours élevée avec quelques oscillations. Jusqu'au 8 elle se maintient, le soir, au-dessus de 40.
Le 8, la sonorité est revenue dans tout le côté gauche, sauf une zone très limitée à la base ; les vibrations sont toujours diminuées. Ce retour de la sonorité est dû à un hydropneumothorax que l’on constate pour la première fois. On entend un souffle amphorique très net avec une respiration très obscure dans toutes les parties où on entendlesouffle, eton observela succussionhippocratique.
À partir de ce jour, la température baisse et le 19 on cesse de prendre la température.
Le 23 août le malade a une vomique de plus d’un litre; le liquide, légèrement louche, présente quelques globules de pus. À partir de ce jour, la fièvre oscille et montre le type inverse plusieurs fois.
Le 30 août, expectoration purulente sans vomique ; ponetion exploratrice sans résultat.
Le 3 septembre, l'urine contient beaucoup d’albumine.
Le 8 la fièvre persiste, on fait une nouvelle ponction
dans un nouvel espace : pas de liquide. On injecte 4 centimètres cubes de Vau Swieten.
Le 13 septembre, nouvelle ponction ; ôn retire environ 450 grammes de liquide très purulent et très fétide ; pen-
+ dant celte ponction le malade est pris d'un état PAÇOpEI
Sérieux.
Le pouls se relève, grâce à quelques injections d’éther. Le 14, état général le même ; mais à la suite de la ponc-
Lion, il s’est produit une monoplégie incomplète du mem-
bre supérieur droit.
L'état général s'aggrave ; le malade est transporté dans un service de chirurgie, où M. Gangolphe pratique l’empyème ; il retire à peine quelques gouttes de pus; trois Jours après, mort dans le collapsus.
Aulopsie. — Poumon droit 900 gr.; poumon gauche 770 gr. ; foie normal. |
En décollant le feuillet pariétal on le crève ; par l'ouverture sortent de grosses vessies ayant appartenu à des hydatides. La cavité qui les renferme paraît occuper lieu et place de la cavité pleurale. Les parois de la cavité ont, du côté externe, une épaisseur de 1 mm. environ. La paroi interne fail corps avec le poumon.
La partie du poumon gauche correspondant au kyste est carnifiée sur une épaisseur de plusieurs centimètres.
… [n'y a absolument aucune trace de vésicules hydatiques
ailleurs que dans la plèvre gauche.
Pas de lésion dans le,cerveau qui explique la monoplégie. L'incision de l'empyème avait porté dans le tissu pulmonaire, en avant du bord antérieur du kyste.
EPA EURE