B. — FRÉQUENCE DES ALTÉRATIONS MICROSCOPIQUES
Pick montrait, en 1903, que les ovaires considérés comme normaux dans la môle hydatiforme ou le placentome malin, présentaient au microscope des altérations considérables. En outre des nombreux microkystes et de l’hyperplasie des corps jaunes anciens ou récents, le stroma ovarien était envahi par
des trainées de cellules lutéiniques et, à cet état particulier
de l'ovaire, il avait donné le nom de « degeneratio polycystica luteinalis ».
En 1904, sur 68 cas d'ovaires étudiés histologiquement, soit de moôles, soit de chorioépitheliomes, Patellani trouve 91 % d’altérations ovariennes bilatérales, alors que, d’après notre statistique sur l’altération macroscopique, le pourcentage n'est que de 83 %.
Sur 12 observations de môles, où nous avons noté un examen microscopique des ovaires, nous avons trouvé 10 fois une dégénérescence lutéinique et 2 fois une autre altération et, sur 11 observations de chorioépitheliomes, chaque fois il y avait hypertrophie du tissu lutéinique.
Ces chiffres nous paraissent insuffisants pour que nous puissions en tirer une statistique. 11 semble du reste impossible d’en dresser une exacte, car d’après les travaux de Wallart, en 1904, confirmés par les recherches de Seitz, de Cohn, de Pottet, de Forgue et Massabuau, de Jaffé et Jerie, les modifications des ovaires dans les tumeurs syncytiales sont comparables à celles qui se produisent dans la grossesse normale. [1 s’y produit en effet la même hyperproduction des éléments lutéiniques.
Comment faire alors la démarcation entre la structure de l'ovaire dans la grossesse physiologique et l’altération ovarienne dans la grossesse môlaire ou le chorioépitheliome ? Il y a là, en outre, une question d'interprétation personnelle, pour discerner à quel moment une structure considérée comme normale acquiert des caractères pathologiques, de sorte que seule une statistique établie par un même observateur pourrait être acceptée.
Nous conclurons de l’étude de la fréquence des altérations
ovariennes dans les tumeurs syncytiales, en disant que, déjà
très fréquentes au point de vue macroscopique (94 et 72 %), elles le sont encore plus lorsque l'examen histologique est régulièrement pratiqué. Et nous considérerons la dégénérescence lutéinique des ovaires, dans la môle vésiculaire et le déciduome comme la règle générale, et son absence comme
l'exception.