L ECOLE DE MANCHESTER
peuvent admettre qu'il faille cacher les talents dont ils sont doués. Ils voient clairement que la véritable loi de nature donne à beaucoup de nations la possibilité d'exercer des industries dans lesquelles les diverses aptitudes et talents de leurs habitants trouveront leur emploi.
Tout cela, l'Ecole de Manchester ne pouvait en aucune façon le prévoir.
C'est un plaisir que de suivre le mouvement des nations vers le progrès industriel dans les conditions nouvelles. Si un ou deux pays seulement fabriquaient pour tous les autres, l'intelligence de leurs habitants aurait été seule au service des inventions et améliorations. Aujourd'hui, les génies de plusieurs nations sont déjà à l'œuvre ; d'autres s'y mettront. Il n'est pas moins agréable d'observer comment le génie de chaque peuple le fait exceller dans un genre différent. Ainsi la France a presque monopolisé les tissus surfins, et depuis longtemps elle exerce la suprématie dans tout ce qui concerne les riches habillements féminins. L'Angleterre occupe le premier rang pour les machines à tisser. Initiatrice de l'industrie du fer-et de l'acier, elle montre la voie au monde entier dans le développement d'une industrie parai-
lèle, celle des fours à coke, qui jusqu'à ce jour n'a pas réussi en Amérique. Ce pays tient la tête dans l'application des procédés électriques et la fabrication d'outils et de machines. L'Allemagne est sans rivale pour les teintures chimiques. Elle a récemment inventé un nouveau condensateur pour vapeur qui donne les meilleurs résultats, et aussi un nouveau procédé remarquable pour la fabrication des cuirasses. Le progrès dans les choses matérielles reçoit ainsi le secours de nombreux esprits appartenant à toutes les nationalités.
L'ardente concurrence engagée entre les nations, et qui, nous pouvons nous y attendre, va devenir plus ardente encore, est le véritable moyen d'obtenir les meilleurs résultats. Elle doit être accueillie avec bienveillance et encouragée par ceux qui peuvent s'élever au-dessus de l'étroit point de vue des prétendus intérêts particuliers d'une ou deux divisions géographiques du monde, et qui ne considèrent que l'intérêt général de l'humanité.
Le monde industriel ne se développe pas dans le sens prédit par l'Ecole de Manchester, mais la grande œuvre accomplie par elle ne doit être ni rapetissée ni oubliée. Villiers,
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Cobden, Bright et leurs pareils, en faisant abroger les taxes sur les aliments ont rendu à leur pays un service dont il ne saurait se montrer trop reconnaissant. Leur dévouement à la cause de la paix universelle, et à tout ce qui, suivant eux, tendait à créer la fraternité des peuples, assure aux chefs de ce mouvement une place dans l'histoire comme bienfaiteurs et comme avocats des plus nobles causes. Que quelques-unes de leurs prédictions aient été démenties ou renversées par des forces qui sont entrées en jeu après leur mort, cela n'enlève rien à leur sagacité et ne diminue en rien leurs services.
Le « Libre Echange » tel que l'Ecole de Manchester le conçut et dont elle prédisait l'acceptation universelle, c'était l'échange d'articles différents ne se faisant pas concurrence, l'échange de matières premières contre des objets manufacturés. Les nations n'avaient pas encore commencé à se faire une concurrence sérieuse pour les mêmes articles manufacturés. Cela ne s'est pas réalisé, puisque de nos jours les principales nations manufacturent leurs propres matières premières, subviennent à leurs propres besoins, et sont en concurrence sur le marché mondial
pour des produits similaires, mais nous devons nous féliciter que quelque chose de meilleur encore, pour le progrès du monde, que l'idéal de Manchester soit en train de s'accomplir.
Il est inutile de se demander quels effets ce changement aura dans l'avenir sur les positions des relatives nations, puisque les conditions peuvent être modifiées du jour au lendemain. Une découverte chimique, une invention électrique, l'utilisation des propriétés d'une plante, n'importe laquelle de ces surprises ou de toute autre surprise que nous sentons parfois à la veille de se produire, peuvent souvent amener un changement complet. La substitution de la betterave à la canne à sucre vient de porter un coup funeste aux Indes occidentales qui semblaient posséder presque un monopole. La découverte des mines de Mesaba, l'amélioration des transports et quelques autres causes de moindre importance, ont permis à l'Amérique de fabriquer l'acier au meilleur compte, alors que récemment encore c'était elle qui le fabriquait au prix le plus élevé. Le procédé basique a mis l'Allemagne à la tête des producteurs d'acier, alors que sans lui elle semblait devoir être exclue de la lutte.
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Ce procédé promet d'avoir des conséquences graves pour l'Angleterre. La découverte de mines et l'extension de son réseau de chemins de fer, feront bientôt de la Russie un pays manufacturier important, ce qu'il n'a pu être jusqu'à présent. L'utilisation des chutes d'eau pour la production de l'électricité remplaçant le charbon, déplace déjà quelques centres de fabrication. Tous ces changements sont d'hier. Il n'est donc sage pour aucune nation, de s'enorgueillir sans raison de ses ressources présentes ou de ses espérances, et aucune n'a lieu de se décourager : « Nous ne savons pas ce que demain nous apportera. »
Le fer et l'acier chez nous et à l'Étranger
La comparaison des conditions de l'industrie du fer aux États-Unis et à V Étranger. — L'avenir de ces métaux.