LE JEUDI 25 SEPTEMBRE
à son domicile, au lieu dit La Ferme de Madame André Carliste, à un mille et demi à l'est deHickory, sur la route de Hickory et de Washington, tout son
Mobilier et ses ustensiles de cuisine
comprenant : armoires, lits, literie, chaises, tables, vaisselle, fourneau de cuisine, bref tout ce que je possède. La vente commencera à i heure précise et les conditions seront connues à ce moment.
ViLLIAM TiPLADY.
A. W. Cummins, commissaire-priseur.
Quels motifs pouvaient donc éloigner M. Tiplady de cette magnifique région, l'un des plus beaux centres agricoles de toute l'Amérique, juste au moment où l'on y découvrait des trésors inespérés qui ne peuvent manquer d'y faire naître une activité inaccoutumée et de fournir à chaque homme des moyens de réus-
sir au-delà de ses souhaits ? Plusieurs hypothèses furent émises, mais la plus vraisemblable était qu'il avait des parents en Australie et qu'il avait décidé de finir ses jours parmi eux. Son nom ne disait rien à aucun de nous, mais il ressemblait à beaucoup de noms composés qui nous avaient si vivement frappés au cours de notre récent voyage en voiture à travers le sud-ouest de l'Angleterre. Cela nous fît penser qu'il venait de la mère-patrie. Un frère avait probablement quitté la maison paternelle pour les Antipodes, tandis qu'un autre cherchait un refuge dans la République. En vérité, nous sommes une race de nomades et nous errons sur toute la surface de la terre, sans trêve ni repos.
En plaçant nos mains sur le tuyau vibrant, à la bouche du puits, et il faut des nerfs solides pour s'approcher — et rester — si près de la flamme qui tourbillonne en rugissant, nous fûmes surpris de le trouver froid comme glace. A un autre puits, où l'on avait installé un abri de bois au-dessus des soupapes, le tuyau était recouvert d'une magnifique couche de glace produite par la condensation, et qui n'avait pas moins d'un huitième
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de pouce d'épaisseur. On est en train de forer de nouveaux puits, et il est évident que le comté de Washington est destiné à fournir sa part du gaz consommé à Pittsburg. Ainsi, il est prouvé que sur les trois quarts du cercle qui entoure Pittsburg, à une distance de quinze ou vingt milles, il existe, en quantité considérable, du gaz qui n'attend qu'une issue pour s'échapper de sa retraite au-dessous de la couche de grès.
Examinons maintenant le gaz naturel au point de vue commercial. La première question qui se pose est naturellement celle-ci : Combien de temps durera-t-il ?
Des amis qui connaissent bien le territoire pétrolifère, lequel a beaucoup de commun avec le gaz naturel, m'affirment que dans vingt ans le territoire actuellement connu ne sera pas épuisé. Il n'est pas vraisemblable que nous ayons découvert tous les territoires contenant du gaz. Au contraire, il est fort probable que l'interruption de la couche près de Pittsburg est un simple accident local, et qu'on trouvera de nouvelles couches au sudouest de Pittsburg, sur une étendue de plusieurs milles. Ce sera sans doute la même
histoire que pour la région à pétrole. Chaque mois, on entendait répéter que la terre ne pouvait supporter cette perte ; que non seulement des fleuves, mais des mers d'huile minérale seraient taries par un drainage de 70.000 barils par jour. De temps en temps, des spéculateurs, croyant que le rendement allait diminuer, se sont mis à acheter des millions de barils ; mais toutes ces spéculations endommagent ou ruinent ceux qui les font. Le pétrole à 10 dollars le baril était considéré à bon marché ; à 5 dollars, et à 1 dollar, il était presque donné. Et cependant aujourd'hui (1885), on peut l'acheter pour 70 cents, et le rendement des puits est plus grand que jamais. Il est probable qu'il en sera de même du gaz naturel.
Pour la fabrication du verre, qui se fait en immense quantité à Pittsburg, j'apprends que le gaz est beaucoup plus cher que le charbon, parce qu'il améliore la qualité du produit. Une maison à Pittsburg fabrique déjà des glaces des plus grandes dimensions, égales aux meilleures glaces françaises, et ce résultat est dû au combustible. Dans la fabrication du fer et surtout dans celle de l'acier, la qualité est également améliorée par la pureté
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du nouveau combustible. Dans nos usines de rails d'acier, nous n'avons pas, depuis plus d'une année, employé une livre de charbon. Nous avons agi de même dans nos forges. Le changement est saisissant. Là, où nous avions autrefois 90 chauffeurs à l'œuvre dans une chambre de chauffe, et où nous consommions 400 tonnes de charbon par jour, le visiteur qui se promène le long des chaudières ne voit qu'un seul surveillant. Le bâtiment ayant été blanchi à la chaux, on ne voit plus trace du combustible salissant d'autrefois, et les cheminées n'ont plus de fumée. Dans les « Union Iron Mills », nospuddleurs ont même blanchi à la chaux les magasins à charbon de leurs hauts fourneaux. La plupart des principales forges et verreries de la ville emploient aujourd'hui (janvier 1885) le gaz comme combustible ou se préparent à l'employer. Non seulement on économise ainsi le prix du charbon, mais aussi celui de l'allumage et de la manipulation. D'autre part, les réparations aux chaudières et aux grillages sont beaucoup moins nombreuses.
L'extrait suivant d'un rapport présenté par un comité d'études, à une récente réunion de la
Société américaine des ingénieurs mécaniciens, donne une idée de la valeur du nouveau combustible :
« Le gaz naturel est, après l'hydrogène, le plus puissant des combustibles gazeux, et, s'il est employé convenablement, un des plus économiques, parce que presque toute sa force calorifique théorique peut être utilisée à l'évaporation de l'eau. Etant exempt de tous les éléments délétères, en particulier du soufre, il fait de meilleur fer, de meilleur acier et de meilleur verre que le charbon. Il produit de la vapeur de façon plus régulière, parce qu'il n'y a pas de portes qui s'ouvrent, d'espace vide entre les barreaux des grilles qui laissent pénétrer Tair froid. Avec des dispositions convenables, il règle la pression de la vapeur, de façon que l'ouvrier n'a plus qu'à surveiller l'eau, et, cette surveillance même serait inutile si l'on osait se fier à un serviteur aussi volatile. Les chaudières dureront plus longtemps, et il y aura moins d'explosions dues à l'expansion inégale et à la contraction causées par les courants d'air froid sur des plaques chaudes.
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(( Une expérience a été faite pour déterminer la valeur du gaz comme combustible comparé à celle du charbo*n, en ce qui concerne la productionde la vapeur. Nous employâmes une chaudière de 42 pouces de diamètre, de 10 pieds de long, avec des tubes de 4 pouces. Elle (ut d'abord chauffée avec du charbon Youghiogheny de choix, cassé en cubes d'environ 4 pouces et le fourneau fut chargé de façon à obtenir les meilleurs résultats possibles avec la cheminée qui était attachée à la chaudière. Neuf livres d'eau vaporisée par livre de charbon consumé, tel fut le meilleur résultat obtenu. L'eau était mesurée par deux compteurs — l'un au tuyau d'aspiration, l'autre au tuyau de décharge. Elle était entretenue dans un suréchauff'eur à la température de 60 à 62 degrés. Le suréchauffeur était placé dans le carneau allant de la chaudière à la cheminée, dans l'expérience avec le gaz et avec charbon. Pour faire les calculs, nous nous servions du (( boisseau » de soixante-seize livres employé dans le district de Pittsburg. Six cent quatre-vingt-quatre livres d'eau étaient vaporisées par boisseau, ce qui faisait 60,9 0/0 de la valeur théorique du charbon. Nous brûlâmes ensuite du gaz sous la
LES PUITS DE PÉTROLE qSq
même chaudière, mais avec un fourneau différent. Une livre de gaz, occupant 23.5 pieds cubiques, vaporisa 20.31 livres d'eau ainsi 83.4 0/0 delà chaleur théorique était utilisée. La vapeur était à la pression atmosphérique, une ouverture assez large ayant été réservée pour éviter tout excès de pression. On ne hâta la combustion ni du charbon ni du gaz. On découvrit qu'en bouchant le rang inférieur des tubes, on pouvait obtenir la même évaporation avec le charbon ; mais, avec le gaz, en bouchant tous les tubes (par le bout, près de la cheminée), et ne laissantque le passage nécessaireauxproduits de la combustion, quand la pression sur les murs du fourneau était de trois cubes et que le feu était à son maximum d'intensité, on constata qu'on pouvait obtenir à peu près les mêmes résultats. De là, on conclut que la plus grande partie du travail était faite sur la paroi même de la chaudière. »
Les seules analyses de ce combustible naturel qui aient été jusqu'à présent publiées, sont celles de notre chimiste en chef, M. Ford. Elles ont été faites avec des échantillons de gaz pris au tuyau à son arrivée dans nos usines de rails d'acier, après qu'il a voyagé neuf milles pour venir des puits.
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M. Ford m'écrit en ces termes :
« Inclus, vous trouverez quatre de mes dernières analyses faites le jour même où les échantillons ont été recueillis. A l'heure actuelle, ces recherches sont à l'état embryonnaire. Je désire, chaque fois que cela sera possible, sans nuire à mon travail de laboratoire aux aciéries, prendre des spécimens aux différents puits à gaz^ et recueillir leurs sels, Je crois que j'ai découvert quelques faits intéressants relativement à ces sels, mais il serait fort imprudent d'exprimer, en ce moment, mon opinion sur ce sujet, puisque jusqu'à ce jour, je n'ai pas encore eu le temps ou l'occasion de me rendre aux différents puits et de recueilhr leurs sels, et de confirmer, par ce moyen, ma première impression.
« Ma découverte du fait que la composition chimique du gaz varie de temps à autre surprendra certaines personnes, et ouvrira un champ nouveau à la pensée. Je désirerais, avant que ces résultats fussent rendus publics, m'assurer si le gaz des autres puits change comme celui des puits de Murraysville, et si le gaz de certains puits varie, tandis que celui des autres reste constant. La question se pose
bien entendu de savoir quelle classe de puits durera le plus longtemps. Ce fait de la variation du gaz d'un même puits jettera certainement quelque lumière sur le ^sujet de la production de ce combustible et, si j'ose le dire, quelque lumière aussi sur celle du pétrole. Après avoir bien examiné tous ces points, j'ai résisté au désir de publier mes résultats avant d'avoir mes opinions confirmées et reconfirmées par de nombreuses analyses. Dans l'espoir que mes analyses vous seront utiles, je suis,
etc.
« S. A. Ford. »
Analyse du gaz naturel
Gaz de Gaz de Gaz de Gaz de Gaz de
p. cent p. cent p. cent p. cent p. cent
Acide phénique rien 61 81 rien 67
Oxygène 2 60 40 61 61 2 90
Gaz oléfiant 80 61 81 61 2 45
Oxyde de carbure. . . 40 61 81 40 3 12
Hydrogène 3 51 29 75 2 94 19 67 3152
Gaz des marais 88 40 68 01 94 02 78 72 39 97
Azote 4 29 rien rien rien 19 35
Les recherches de M. Ford sont les seules, à ma connaissance, qui aient été faites, et mes lecteurs y trouveront tout ce qui, jusqu'à ce
jour, a été scientifiquement déterminé au sujet du gaz naturel. Comment, où et en quelle quantité le gaz naturel est-il produit dans les régions souterraines? C'est là matière à conjectures. Ce qui est clairement prouvé, c'est que l'on trouve du gaz dans toutes les directions au-dessous de Pittsburg, excepté au nordouest, et que la couche gazeuse a environ un demi-mille de largeur, près de Murraysville. Mais on ne doit pas penser que ce soit là les limites véritables du gisement, car, au moment même où j'écris, la nouvelle m'arrive qu'un puits considérable a été foré à Canonsburgh, qui se trouve à environ huit milles des puits que j'ai visités dans le comté de Washington. En outre de ce puits, on a trouvé une nouvelle région à l'ouest de Canonsburgh, et le gaz de cette région est employé dans les établissements industriels de Beaver Falls (Pensylvanie), à 25 milles à l'ouest de Pittsburg.
Par conséquent, nous pouvons raisonnablement conclure que Pittsburg est le centre d'un gisement de gaz couvrant un grand nombre de kilomètres carrés et capable de produire tout le gaz dont on pourra avoir besoin dans la région, durant la génération présente, pour les
usages domestiques, aussi bien que pour les usages industriels. A la fin de cette année, il sera amené à la ville par huit tuyaux, et le rendement qu'on a déjà obtenu et qui actuellement se perd, dépassera la capacité de ces tuyaux de conduite. Deux de ces tuyaux ont 5 5/8 pouces de diamètre, quatre ont 8 pouces, l'un a 10 pouces et un autre 12 pouces.
De nombreuses théories ont été mises en avant pour expliquer l'existence de ce combustible, mais la plus raisonnable est celle que m'a donnée le professeur Dewar, de Cambridge, qui nous a récemment rendu visite, et qui a été profondément impressionné par ce qu'il a vu de cette nouvelle mine de richesses. Il est d'avis que le gaz est continuellement distillé par le pétrole, ou par les immenses couches de matières diverses qui se transforment lentement en pétrole, et que, par suite, longtemps après que la région pétrolifère aura cessé de fournir du pétrole en quantités rémunératrices, nous obtiendrons encore une abondante provision de gaz. Moins la couche d'huile sera profonde, et plus les conditions seront favorables pour une rapide distillation. Par suite, au lieu de mériter la situation peu enviable mais justifiée d'être
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de beaucoup la ville la plus sale du monde, il est probable que la cité enfumée de Pittsburg pourra bientôt prétendre au titre de ville la propre. Quoi qu'il en soit, je pense que peu de personnes seront disposées à contester que, Pittsburg, grâce à toutes les ressources que j'ai tenté de décrire, est aujourd'hui, en ce qui concerne les trésors souterrains, la métropole de la plus riche région du monde connu.
Nota. — On a tant employé et tant gaspillé ce combustible naturel (depuis que cet article a été écrit), que ce qui semblait inépuisable a fini par devenir assez rare pour être précieux. Le gaz qui flambait à la bouche des tuyaux de dégagement et éclairait les rues de la petite ville avec des flammes de cinq pieds de haut est maintenant mesuré avec des compteurs et vendu au mètre cube.
Les Chemins de fer d'autrefois et d'aujourd'hui
Les chemins de fer entre 1870 et 1880 ; rails, sys- ^
tèmes, vitesses, salaires et méthodes. — Les chemins de fer de Vacenir. — Les besoins de f
l'employé et ses responsabilités.