S II
L'âme dans cet état est conduite par l’action divine à travers toutes les obscurités,
Quand l'âme a trouvé la motion divine, elle quitte toutes les œuvres, toutes les pratiques, les méthodes, les moyens, les livres, les idées, les personnes spirituelles, afin d’être sous la seule conduite de Dieu, en s’abandonnant à cette
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motion qui devient l’unique principe de sa perfection. Elle est en sa main, comme tous les Saints y ont toujours été; elle sait que cette action divine connaît seule la voie qui lui est propre ; et que, si elle cherchait des moyens créés, elle ne pourrait que s'égarer dans ce terrain de l'inconnu où Dieu la fait marcher, C’est donc l’action inconnue qui dirige et conduit les âmes par les routes qu'elle seule connaît, Il en est de ces âmes comme des dispositions de l'air. On ne les connaît que par le moment présent; ce qui doit suivre a ses causes dans la volonté de Dieu; etcette action ne s’explique que par les effets: par ce qu'elle fait en ces âmes et leur fait faire, soit par instincts secrets non suspects, soit par le devoir de l’état où elles sont. C'est tout ce qu'elles connaissent de spiritualité ; ce sont là leurs visions et leurs révélations; c’est toute leur sagesse, tout leur conseil, et cela est tel que jamais rien ne leur manque. La foi les assure de la bonté de ce qu'elles font : si elles lisent, si elles parlent, si elles écrivent, si elles consultent, ce n’est que pour chercher les moyens de distinguer l’action divine. Tout cela est de son ordre; et elles le reçoivent comme le reste; prenant au-dessous des choses cette motion divine, et ne prenant pas les choses ; usant de l’être et du non-être, toujours appuyées par la foi sur cette ininfaillible, égale, immuable et toujours efficace action en chaque moment. Elles la voient, elles en jouissent en tout, sous les plus petits objets comme sous les plus grands ; chaque moment la leur donne tout entière. Aiïnsi elles usent des choses non par confiance en elles, mais par sou mission aux ordres divins et à cette opération intérieure, qu’elles trouvent, avec une égale facilité et une égale certitude, sous les apparences contraires. Leur vie se passe done non en recherches, en désirs, en dégoûts, en soupirs, mais
dans une continuelle assurance d’avoir toujours le plus parfait.
Tous les états que le corps et l'âme portent, ce qui leur arrive au dedans et au dehors, ce que chaque moment révèle à ces âmes, c'est pour elles la plénitude de l’action divine ; c'est leur félicité. Tout le créé n’est pour elles que misère et disette ; ce que cette action fait est la vraie et la juste mesure. Aïnsi, si elle Ôte les pensées, les paroles, les livres, la nourriture, les personnes, la santé, la vie même, c’est la même chose que si elle faisait le contraire. L'âme aime l’action divine sous toutes ces formes, et la croit aussi sanctifiante. Elle ne raisonne point sur sa conduite; il suffit que les choses lui viennent de ce principe pour être approuvées par elle.
$ III
L'état d'abandon renferme l'état de pure foi et de pur amour.
L'état d'abandon est un certain mélange de foi, d’espérance et de charité, dans un seul acte, qui unit le cœur à Dieu et à son action. Ces trois vertus réunies ne sont qu'une même vertu; ce n’est qu'un seul acte, une seule élévation du cœur à Dieu et un simple abandon à son action. Or, comment exprimer ce divin mélange, cette essence spirituelle ? Comment trouver un nom qui rende bien sa nature et son idée, et qui fasse concevoir l'unité de sa trinité ? Ce n’est, par ces trois vertus, qu'une seule possession et jouissance de Dieu et de sa volonté. On voit cet objet adorable, on l'aime, et on espère de lui toutes choses. Cela se peut appeler, avec une égale justesse, un pur amour, une pure espérance, une pure foi; et si le plus souvent on désigne par ce dernier nom l’état
dont nous parlons, ce n’est pas pour exclure les autres vertus théologales, c’est plutôt pour faire entendre que dans cet état ces vertus s'exercent dans l'obscurité.
Il n'y a rien de plus assuré que cet état, en ce qui est de Dieu ; rien de plus désintéressé, en ce qui est du cœur. Du côté de Dieu, il a la certitude absolue de la foi; et du côté du cœur, la certitude assaisonnée de crainte et d'espérance. O unité désirable de la trinité de ces saintes vertus! Croyez donc, âmes saintes, espérez, aimez, mais par une simple touche, que l’Esprit divin dont Dieu vous fait présent, produit dans votre cœur. C’est là l’onction de ce nom de Dieu, que le Saint-Esprit répand dans le centre du cœur. Voilà cette parole et cette révélation mystique, ce gage de la prédestination et de toutes ses heureuses suites : Quam bonus Israël Deus his qui recto Sunt corde!
Cette touche, dans les âmes embrasées, s'appelle pur amour, à cause du torrent de volupté qui déborde sur toutes les facultés, avec une plénitude de confiance et de lumières; mais dans les âmes enivrées d’absinthe, cette touche s'appelle pure foi, parce que l'obscurité et les ombres de la nuit y sont toutes pures. Le pur amour voit, sent et croit. La pure foi croit sans voir ni sentir. Voilà d'où vient la différence que l’on met entre l’une et l’autre. Elle n’est fondée que sur les apparences, qui ne sont pas les mêmes ; car, dans la réalité, comme l’état de pure foi ne manque pas d'amour, de même l'état de pur amour ne manque ni de foi ni d'abandon ; mais ces termes s'y approprient à cause de ce qui domine le plus dans cet état. Le mélange différent de ces vertus, sous cette touche, fait la variété de tous les états surnatarels et élevés. Et comme Dieu les peut méler dans une variété infinie, il n’y à point
d'âme qui ne recoive cette précieuse touche avec quelques caractères particuliers. Mais qu'importe ? c’est toujours foi, espérance et charité.
L'’abandon est un moyen général pour recevoir les vertus spéciales dans toute la variété de ces touches. Toutes les âmes ne peuvent prétendre à la même espèce ni au même état, sous les divines impressions, mais elles peuvent toutes s'unir à Dieu, toutes s’abandonner à son action, toutes recevoir la touche de l’état qui leur est propre, toutes enfin trouver le royaume de Dieu, et avoir part à son excellence et à ses avantages. C’est un empire où toute âme peut aspirer à une couronne : couronne d'amour ou couronne de foi, c’est toujours une couronne, c’est toujours le royaume de Dieu. Il y a cette différence, il est vrai, que les unes sont dans la lumière et les autres dans les ténèbres; mais qu'importe, encore une fois, pourvu que l’on soit à Dieu et à son action ? Est-ce le nom de l’état que l’on cherche, est-ce sa distinction ou son excellence ? Point du tout, c'est Dieu même et son action. La manière doit être indifférente à l’âme.
Evangélisons donc à toutes les âmes, non plus l'état de pure foi ou de pur amour, de croix ou de caresses : cela ne se peut donner à toutes, au même degré ni de la même manière; mais évangélisons à tous les cœurs simples et craignant Dieu, l'abandon à l’action divine, en général ; et faisons entendre à tous qu’ils recevront, par ces moyens, l’état singulier que cette action leur a choisi et destiné de toute éternité. Ne désolons, ne rebutons, n’éloignons personne de l'éminente perfection. Jésus y appelle tout le monde, puisqu'il exige de tous qu’ils soient soumis à la volonté de son Père, et qu'ils servent à former
son corps mystique, dont les membres ne peuvent l’ap-
peler leur Chef avec vérité, qu’autant que leur volonté se trouve parfaitement d'accord avec la sienne. Répétons sans cesse à toutes les âmes que l'invitation de ce doux et aimable Sauveur n’exige rien d'elles ni de si difficile ni de si extraordinaire. Ce n'est point leur industrie qu’il demande ; il souhaite que leur bonne volonté s'unisse à lui, pour les conduire, les diriger et les favoriser à DICPPRUES de cette union.
S IV
L'état d'abandon renferme la plus héroïque générosité,
I n’y a rien de plus généreux qu’un cœur qui a la foi; qui ne voit que vie divine dans les travaux et les périls les plus mortels. Quand il faudrait avaler le poison, marcher à une brèche, servir d’esclave à des pestiférés : on trouye en tout cela une plénitude de vie divine, qui ne se donne pas seulement goutte à goutte, mais qui, dans un instant, inonde l’âme et l’engloutit. Une armée de soldats animés de semblables vues serait invincible. C’est que l'instinct de la foi est une élévation et une étendue de cœur au-delà et au-dessus de tout ce qui se présente.
La vie de la foi ou l'instinct de la foi est une même chose : c’est une joie du bien de Dieu et une confiance fondées sur l'attente de sa protection, qui rendent tout agréable et font tout recevoir de bonne grâce. C’estune indifférence et une préparation pour tous les lieux, tous les états et toutes les personnes. La foi n’est jamais malheureuse, jamais malade, jamais dans un état de péché
mortel; cette foi vive est toujours en Dieu, toujours dans son action, au delà des apparences contraires qui obseurcissent le sens. Les sens effarouchés crient tout à coup à l'âme : « Malheureuse, te voilà perdue, plus de ressource !.. » Et la foi, d’une voix plus forte, lui dit à l'instant : « Tiens-toi ferme; marche, et ne crains rien. >»
L'état d'abandon etde pure foi donne à l'âme plus de mérite que les œuvres les plus éclatantes.
Tout ce quenous voyons d’extraordinaire dans les Saints, visions, révélations, paroles intérieures, n’est qu'un rayon del’excellence deleurétat contenueetcachée dans l'exercice de la foi; car la foi possède tout cela, puisqu'elle sait voir et entendre Dieu dans ce qui arrive de moment en moment. Lorsque cela éclate visiblement, ce n’est pas que la foi ne l’eût déjà, mais c’est pour en faire voir l’excellence, et attirer les âmes à la pratique; comme la gloire du Thabor et les miracles de Jésus-Christ n'étaient pas des surcroîts de son excellence, mais des éclairs qui sortaient de temps en temps de cette nuée obscure de l'humanité, pour la rendre vénérable et aimable aux autres.
Le merveilleux des Saints, c’est leur vie de foi continuelle en toutes choses ; toué le reste, sans elle, ne serait plus sainteté. Leur sainteté dans la foi amoureuse qui les fait jouir de Dieu en toutes choses, n’a pas besoin de cet extraordinaire; s’il devient utile, c’est pour les autres, qui peuvent avoir besoin de ce témoignage et de ces signes. Pour l’âme de foi, contente de son obscurité, elle ne s’ap-
puie point sur ces brillantes apparences ; elle les laisse éclater au dehors pour que le prochain en profite, et ne prend pour elle que ce qu’elle trouve de plus commun : ordre de Dieu, bon plaisir de Dieu, qui exercent sa foi, en se cachant, et non en se manifestant. La foi ne veut point de preuves, et ceux qui ont besoin de preuves ont moins de foi. Ceux qui vivent de la foi reçoivent la preuve, non comme preuve, mais comme ordre de Dieu; et, en ce sens, les choses extraordinaires ne contredisent point l'état de pure foi. Mais ils se trouve beaucoup de Saints que Dieu élève pour le salut des âmes, et du visage desquels il fait jaillir des rayons qui éclairent les plus faibles ; et c’est ainsi qu'étaient les Prophètes et les Apôtres, et que tous les Saints ont été et sont encore, quand Dieu les choisit pour les mettre sur le chandelier. Or, il y en aura toujours, comme il y en a toujours eu. Il y en a une infinité d’autres dans l'Église, qui sont cachés, et qui, n'étant faits que pour briller dans le ciel, ne répandent dans cette vie aucune lumière, mais vivent et meurent dans une profonde obscurité.
$ VI
L'état d'abandon renferme le mérite de toutes les opérations particulières.
L'abandon dans le cœur renferme toutes les manières possibles; car l'être propre étant livré au bon plaisir de Dieu, ce transport fait par le pur amour s'étend à toute l'étendue des opérations de ce bon plaisir. Ainsi l’âme, à chaque moment, exerce un abandon à l'infini; et toutes les qualités possibles et toutes les manières sont renfermées
dans sa vertu. Ce n’est donc point l'affaire de l'âme de déterminer l’objet de la soumission qu’elle doit à Dieu; mais sa seule occupation est d’être soumise pour tout et prête à tout. C’est là l'essentiel de l’abandon, c’est ce que Dieu exige de l’âme. Le don libre du cœur qu’il demande, c’est l’abnégation, l’obéissance et l'amour : le reste est l'affaire de Dieu. Soit que l’âme agisse avec soin pour remplir le devoir auquel son état l’oblige, soit qu’elle suive avec douceur un attrait inspiré, ou qu’elle se soumette en paix aux impressions de la grâce pour le corps et pour l'âme : en tout cela, elle exerce au fond du cœur un même acte universel et général, l’abandon. Cet acte n’est point du tout limité par le terme et par l’ordre spécial qui en paraissent au moment ; mais il a, au fond, tout le mérite et toute l'efficacité qu’une bonne volonté sincère a toujours, quand l'effet ne dépend point d'elle. Ce qu’elle à voulu faire est réputé pour fait devant Dieu.
Si le bon plaisir de Dieu donne des bornes à l'exercice des facultés particulières, il n’en donne point à celui de la volonté. Le bon plaisir de Dieu, l'être et l'essence de Dieu font l’objet de la volonté; et, par l'exercice de l'amour, Dieu s’unit à elle sans borne, sans manière et sans mesure. Si cet amour ne se termine dans les facultés qu’à ceci ou cela, c’est que la volonté de Dieu s'y termine elle-même ; c’est qu’elle se raccourcit, pour ainsi dire, et qu’elle s’abrége dans la qualité du moment présent, et passe ainsi dans les facultés, et de là dans le cœur. Le trouvant pur, sans limite et sans réserve, elle se communique à lui pleinement, à cause de sa capacité infinie, opérée par la vertu de l'amour, qui, l'ayant vidé de toutes choses, l’a rendu capable de Dieu.
O saint dégagement! c’est toi qui fais la place de Dieu!
O pureté! Ô bienheureux anéantissement ! 6 tout! ! 6 soumission sans réserve! c'est toi qui attires Dieu dans le fond des cœurs ! Que les facultés soient après cela tout ce qu’il leur plaira : vous êtes, Seigneur, tout mon bien. Faites tout ce que vous voudrez de ce petit être ; qu'il agisse, qu’il soit inspiré, qu'il soit le sujet de vos impressions ; tout est un;.tout est vôtre; tout est à vous, de vous et pour vous. Je n'ai plus rien à y voir, ni à y faire. Pas un seul moment de ma vie n’est de mon ordonnance ; tout est à vous; je ne dois rien ajouter ni diminuer, ni chercher, ni réfléchir. C'est à vous à tout régler; la sainteté, la perfection, le salut, la direction, la mortification, c’est votre affaire, Seigneur ; la mienne c’est d’être content de vous, et de ne m’approprier aucune action ni aucun état, mais de laisser tout à votre bon plaisir.
$ VII
Toutes les âmes sont appelées à jouir des biens infinis renfermés dans cet état.
C'est donc l'abandon que je prêche, cher amour, et non un état particulier. J'aime tous les états où votre grâce met les âmes, et sans en affectionner un préférablement à l'autre. J’enseigne à toutes un moyen général pour arriver à celui que vous leur marquerez. Je ne demande à toutes que la volonté de s’abandonner à votre conduite ; vous les ferez arriver infailliblement à ce qu'il y a ds plus excellent pour elles. C’est la foi que je leur prêche : aban-
Ke ia, confiance et foi; vouloir être sujet et instrument de
Paction divine; et croire qu'à tout moment et en toutes choses, cette action s'applique en même temps à tout selon que l’âme a plus ou moins de bonne volonté ; voilà la
foi que je préche. Ce n'est pas un état spécial de foi et de pur amour, mais un état général, par lequel toutes les âmes peuvent trouver Dieu sous les espèces différentes dont il se revêt, et prendre la forme divine que sa grâce leur prépare. J'ai parlé aux âmes peinées; je parle ici à toutes sortes d’âmes. C’est le véritable instinct de mon cœur d'être à tous, d'annoncer à tous le secret évangélique, et de me faire tout à tous. Dans cette heureuse disposition, je me fais un devoir, que je remplis sans peine, de pleurer avec ceux qui pleurent, de me réjouir avec ceux qui sont dans la joie, de parler avec les idiots leur langage, et d'user avec les savants des termes plus doctes et plus relevés. Je veux faire voir à tous qu'ils peuvent prétendre, non pas aux mêmes choses distinctes, mais au même amour, au même abandon, au même Dieu, à son même ouvrage, et par là, tous indifféremment, à l’'éminente sainteté. Ce qu'on apelle faveurs extraordinaires et privilégiées est appelé ainsi uniquement parce qu'il y a peu d’âmes assez fidèles pour se rendre dignes de les recevoir. C’est ce que l'on verra bien au jour du jugement. Hélas ! on y verra que ce n’a point été par la suite d'une réserve de Dieu, mais par leur pure faute, que la plupart des âmes auront été privées deses divines largesses! Quelle abondance de biens eût fait couler dans leur sein la soumission totale d’une bonne volonté toujours constante !
Il en est de l’action divine comme de Jésus ; si ceux qui
wavaient ni confiance en lui ni respect pour lui n’en rece-
vaient point les faveurs qu’il offrait à tout le monde, ne pouvaient s’en prendre qu'à leurs mauvaises disp tions. Tous, il est vrai, ne peuvent pas aspirer aux mêmes états sublimes, au mêmes dons, aux mêmes degrés d’ex-
cellence; mais si tous, fidèles aux grâces, y répondaient chacun selon sa mesure, tous seraient contents, parce qu'ils arriveraient tous au point d'excellence et de faveur qui satisferait pleinement leurs désirs, Ils seraient contents selon la nature et selon la grâce, car la nature et la grâce se confondent dans les soupirs que le désir de ce précieux avantage fait sortir du fond du cœur.
S VIII
Toutes les richesses de la grâce sont le fruit de la pureté du cœur et du parfait abandon.
Celui-là donc qui veut jouir de l’abondance de tous les biens n’a qu’une chose à faire : purifier son cœur, se détacher des créatures, et s'abandonner entièrement à Dieu. Dans cette pureté et cet abandon il trouvera toutes choses. Que les autres, Seigneur, vous demandent toutes sortes de dons, qu'ils multiplient leurs paroles et leurs prières, pour moi, mon Dieu, je ne vous demande qu’un seul don; et je n'ai que cette prière à vous faire : Donnez-moi un cœur pur! O cœur pur! que vous êtes heureux ! C’est en lui-même que vous voyez Dieu par la vivacité de votre foi. Vous le voyez en toutes choses, et vous le voyez à tout moment, opérant au dedans de vous et au dehors. Vous êtes en tout son sujet et son instrument. Il vous mène en tout, et amène à tout. Le plus souvent vous n’y pensez pas, mais il pense pour vous. Ce qui vous arrive et doit arriver par son ordre, il lui suflt que vous le désiriez ; il entend votre préparation. Dans votre salutaire aveuglement, vous cherchez à démêler en vous-même ce désir, et vous ne l'y voyez pas. Oh! pour lui, il le voit bien ! Mais que vous êtes simple! Ignorez-vous donc ce
que c’est qu'un cœur bien disposé? Ce n’est autre chose qu'un cœur où Dieu se trouve. Voyant dans ce cœur ses propres inclinations, Dieu sait bien qu’il restera toujours soumis à ses ordres. Il sait en même temps que vous ne savez guère ce qui vous est utile; aussi fait-il son affaire de vous le donner. Peu lui importe qu’il vous contrarie : vous pensiez aller à l'Orient ; il vous conduit à l'Occident. Vous alliez donner contre un écueil; il retourne le gouvernail, et il vous conduit au port. Sans savoir ni carte, ni route, ni vent, ni marée, vous ne faites jamais que des voyages heureux. Si les pirates croisent contre vous, un Coup de vent inopiné vous met à l'instant hors de leur portée. |
O bonne volonté! Ô cœur pur! que Jésus a bien su vous mettre à votre place quand il vous a rangés parmi les béatitudes! Quel bonheur plus grand que de posséder Dieu, tandis qu’il vous possède réciproquement ! État délicieux et plein de charmes! On y dort paisiblement sur le sein de la Providence; on y joue innocemment avec la divine Sagesse: sans inquiètude au sujet de la course, qui ne souffre aucune interruption, et qui, à travers les écueils et les pirates et parmi les orages continuels, se fait toujours le plus heureusement du monde!
O cœur pur! Ô bonne volonte! vous êtes l'unique fondement de tous les états spirituels ! c’est à vous que sont donnés et par vous que profitent les dons de pure foi, de pure espérance, de pure confiance et de pur amour. C’est sur votre tronc que sont entées les fleurs du désert : je veux dire les grâces précieuses, qu’on ne voit guère éclater que dans ces âmes entièrement détachées, où Dieu, comme dans un séjour inhabité, fait sa demeure, à l’exclusion de tout autre objet. Vous êtes cette source féconde
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d'où partent tous les ruisseaux, qui viennent arroser le parterre de l'Époux et le jardin de l'épouse. Vous appelez toutes les âmes et vous leur dites : « Considérezmoi bien : c’est moi qui produis le bel amour, cet amour qui déméle ce qu'il ya de meilleur, pour s’y fixer ; moi qui fais naître cette crainte douce et efficace, qui donne l'horreur du mal et qui le fais éviter sans trouble ; moi qui fais éclore les belles connaissances qui nous découvrent les grandeurs de Dieu.et le prix de la vertu ; c'est de moi enfin que s'élèvent sans cesse les ardents désirs, animés par une espérance toute sainte; c’est moi qui fais pratiquer constamment le bien, dans l'attente de ce divin objet dont la jouissance doit faire un jour, comme à présent, mais plus délicieusement, la félicité des âmes fidèles. »
Vous pouvez les inviter toutes à se rendre autour de vous pour s'enrichir de vos inépuisables trésors. C’est à vous que remontent tous les états et toutes les voies spirituelles. C’est dans vous qu'elles puisent ce qu’elles ont de beau, d'attrayant, de charmant ; c'est de votre fonds qu’elles le tirent. Ces fruits merveilleux .de grâces et de vertus de toute espèce, qu'on y voit éclater de toutes parts, et dont on S'y nourrit, ne sont.que des productions de vos plants. C’est sur vos terres que coulent le lait et le miel; ce sont vos mamelles qui distillent le lait; c’est sur votre sein que se cueille le bouquet de myrrhe; et c'est sur vos doigts qu'on voit couler, avec abondance et dans toute sa pureté, la liqueur qu’on a coutume d'en extraire en ne faisant que le presser.
Allons donc, chères âmes, courons, volons à cette mer d'amour qui nous appelle. Qu’attendons-nous ? Marchons à l'instant; allons nous perdre en Dieu, en son Cœur
même, pour nous enivrer de sa charité. Nous trouverons dans ce Cœur la clef des trésors célestes. Prenons ensuite notre route vers le ciel. Point d’endroit si secret où nous ne puissions pénétrer. Rien ne sera clos pour nous, ni le jardin, ni le cellier, ni la vigne. Si nous voulons respirer l'air de Ja campagne, il ne tiendra qu’à nous d’y porter nos pas ; enfin nous irons et nous viendrons, nous entrerons et nous sortirons à notre gré, avec cette clef de David, cette clef de la science, cette clef de l’abime, où sont renfermés les trésors cachés et profonds de la Sagesse divine. C'est encore avec cette divine clef qu'on ouvre les portes de la mort mystique et de ses ténèbres sacrées. C’est par elle que l’on descend dans les lacs profonds et dans la fosse aux lions. C’est elle qui pousse les âmes dans ces cachots obscurs, pour les en retirer saines et sauves. C'est elle qui nous introduit dans cet heureux séjour où l'intelligence et la lumière font leur demeure, où l’Époux prend au frais le repos du midi, et où il révèle à ses fidèles épouses les secrets de son amour.
O divins secrets, qu’il n’est pas permis de révéler et que nulle bouche mortelle ne peut exprimer!
Aiïmons donc, chères âmes! Tous les biens, pour nous enrichir, n'attendent que l’amour. Il donne la sainteté, il donne tout ce qui l'accompagne; elle est dans sa gauche, elle est dans sa droite, pour la faire couler de toutes parts dans les cœurs ouverts à toutes les divines effusions. O di vine semence de l'éternité! on ne peut jamais assez faire votre éloge! Mais pourquoi tant parler de vous? Il vaut mieux vous posséder dans le silence que de vous louer par d2 simples paroles. Que dis-je ! Il faut vous louer, mais il ne faut vous louer que parce qu'on est possédé de vous. Car, du moment que vous possédez un cœur, lire, écrire,
parler, agir, ou faire le contraire, c’est pour lui une même chose. On n’affecte rien,on n’évite rien; on est solitaire, on est apôtre; on est sain, on est malade; on est simple ou éloquent ; on est enfin tout comme vous voulez. Ce que vous dictez au cœur, le cœur, votre fidèle écho, le répète aux’autres facultés. Dans ce composé matériel et spirituel que vous voulez bien regarder comme votre royaume, c'est le cœur qui règne en maître sous vos auspices ; comme il n'a point d’autres instincts que ceux que vous lui inspirez, tout objet lui plait sous les rapports que vous lui offrez. Ceux que la nature ou le démon voudraient y substituer ne font que le dégoûter, et ne lui causent que de l'horreur ; si vous permettez qu'il s’y laisse surprendre quelquefois, ce n’est que pour le rendre plus sage et plus humble; mais dès qu'il reconnaît son illusion, il revient à vous avec plus d'amour et s'attache à vous avec plus de fidélité.