IV
Conduite de l'âme élevée à l’état d'abandon, à l'égard de cette double manifestation du bon plaisir de Dieu.
Les âmes que Dieu appelle à vivre dans cet état de parfait abandon, mènent sur la terre une vie semblable à celle de Jésus, de la très-sainte Vierge et de saint Joseph. Cette vie est remplie tout entière par la volonté de Dieu.
Pleinement soumises à la volonté de précepte et d’inspiration, dès qu’elle se manifeste, elles sont surtout dans une continuelle dépendance vis-à-vis de ce que nous pouvons nommer la volonté de pure Providence.
Ilarrive de là que leur vie, quoique très-extraordimaire dans sa perfection, n'offre cependant rien au dehors que de commun et de fort ordinaire : elles remplissent les devoirs de la religion et de leur état; les autres en font autant en apparence que celles-ci. Examinez-les pour le reste : rien de frappant, de particulier ; elles sont toutes dans le cours des événements ordinaires. Ce qui peut les faire distinguer ne tombe pas sous les sens : c'est cette dépendance où elles sont de la volonté suprême qui semble tout ménager pour elles. Cette volonté les rend toujours maîtresses d’elles-mèmes par la soumission habituelle de leur cœur.
Ainsi les âmes dont nous parlons sont, par état, solitaires et libres, dégagées de tout, pour se contenter d'aimer en paix le Dieu qui les possède, et de remplir fidèlement le devoir présent, au gré de sa volonté signifiée, sans se permettre nulle réflexion, nul retour, ni examen des suites, des causes ou des raisons; il leur doit suflire de marcher en simplicité dans le pur devoir, comme s'il n’y avait au monde que Dieu et cette présente obligation.
Le moment présent est donc comme .un désert, où l'âme simple ne voit que Dieu seul dont elle jouit, n'étant occupée que de ce qu’il veut d'elle ; tout le reste est laissé, oublié, abandonné à la Providence. Cette âme, comme un instrument, ne reçoit et n'opère qu’autant que l’opération intime de Dieu l’occupe passivement en elle-même ou Papplique à l'extérieur.
Cette äpplication intérieure est accompagnée de sa part d’unè coopération libre et active, mais infusé ét mystique ; c'est-à-dire que Dieu trouvant tout ce qu’il faut pour agir, s’il ordonnait, content de sa bonne disposition, lui en épargne la peine, en y mettant tout ce qui serait autrement le fruit de ses efforts ou de sa bonne volonté effectuée. Comme si quelqu'un, voyant un ami disposé à faire un voyage, pour lui rendre service, s’insinuait aussitôt dans cet ami, et, sous son apparence, faisait le chemin par sa propre activité, en sorte qu'il ne restàt à cet ami que la volonté de marcher, tandis qu’il marcherait par cette force étrangère. Cette marche serait libre, puisqu'elle serait une suite de la determination libre prise à l'avance par affection pour l’ami qui en ferait les frais ; elle serai, active, puisque ce serait une marche réelle ; elle serait infuse, puisqu'elle se ferait sans action propre; elle serait enfin mystique, puisque le principe en serait caché.
Mais pour revenir à l'espèce de coopération que nous expliquons par cette marche imaginaire, remarquez qu’elle est toute différente de la fidélité à remplir ses obligations. L'action par laquelie on les remplit n’est ni mystique ni infuse, mais libre et active comme on l'entend communément. Ainsi l'abandon au bon plaisir de Dieu tient tout à la fois de l’activité et de la passivité ; on n'y met rien du sien, hors l'habitude d’une bonne volonté générale qui veut tout et ne veut rien, étant comme un instrument sans action propre. Dès qu'il est entre les mains de l’ouvrier, il Sert à tous les usages auxquels s’étendent sa nature et sa qualité. Au contraire, l'obéissance que l’on rend à la volonté de Dieu signifiée et déterminée, est dans l’ordre commun de vigilance de soins. d'attention, de prudence, de discrétion, selon que la grâce
aide sensiblement ou laisse aux efforts ordinaires. On laisse donc agir Dieu pour tout le reste, ne réservant pour soi que l'amour et l’obéissance au devoir présent; car, en ce point, l'âme agira éternellement. Cet amour de l'âme, infus dans le silence, est une véritable action dont elle se fait une obligation perpétuelle ; elle doit en effet le conserver sans cesse, et se tenir constamment dans les dispositions où il la met; ce qu’elle ne peut faire évidemment sans agir; mais cette action est toute différente de l’obéissance au devoir présent, par laquelle l'âme dispose de ses faéultés pour exécuter entièrement la volonté extérieure de Dieu, sans attendre rien d’extraordinaire.
Cette divine volonté est en toutes choses la règle, la méthode, la loi, la voie pure, simple et certaine de cette âme. Loi invariable : elle est de tous les temps, de tous les lieux, de tous les états. C'est une ligne droite qu’elle suit avec courage et fidélité, sans s’écarter ni à droite ni à gauche, et sans s'occuper de ce qui l’excède; tout ce qui est au delà est reçu passivement et opéré en abandon. En un mot, cette âme est active pour tout ce que prescrit le devoir présent, mais passive et abandonnée pour tout le reste, où elle ne met rien du sien que d’attendre en paix la motion divine.
L'âme qui veut s’unir à Dieu doit estimer toutes les opérations de sa grâce, mais ne s'attacher pour elle-même qu’à l'opération du moment présent.
C'est par l'union à la volonté de Dieu qu'on jouit de lui qu'on le possède : et c'est une illusion de chercher cette divine jouissance par un autre moyen. La volonté de
Dieu est le moyen universel. Ce moyen n’est ni de cette manière ni de cette autre, mais il a la vertu de sanctifier toutes les manières et toutes les façons particulières.
La divine volonté s’unit à nos âmes en mille façons différentes. et celle qu’elle nous approprie est toujours la meilleure pour nous. Toutes doivent être estimées et aimées, car dans toutes nous devons voir l’ordre de Dieu, qui s’accommode à chaque âme, et choisit la manière la plus convenable pour opérer en elle l’union divine. Le devoir de l’âme est de s’en tenir à ce choix, sans en faire un elle-même, mais sans se dispenser pour cela d'estimer et d'aimer cette volonté adorable, dans ce qu’elle marque aux autres. Par exemple, si ce même ordre me prescrit des prières vocales, des sentiments affectifs, des lumières sur les mystères, j'aimerai et j'estimerai le silence et la nudité que la vue de la foi opère dans les autres; mais, pour moi, je ferai usage de ce devoir présent, et, par lui, je m'unirai à Dieu. Je ne réduirai point, comme les quiétistes, toute la religion au néant d'actions et d'actes distincts, méprisant tout autre moyen; car ce qui fait la perfection c’est l’ordre de Dieu, qui rend bon à l’âme tout moyen auquel il l’'applique. Non, je ne donnerai ni bornes, ni figures, ni limites à la volonté de Dieu; mais je la recevrai sous toutes les formes par lesquelles elle voudra se communiquer, et j’estimerai toutes celles par lesquelles il lui plaira de s'unir aux autres.
Ainsi toutes les âmes simples n’ont qu'une seule voie générale, qui se différencie et se particularise en toutes pour faire la variété de la robe mystique de l'Église. Toutes les âmes simples s’approuvent et s’estiment réciproquement les unes les autres; elles se disent toutes :
allons chacune par notre sentier au même terme, unies (]
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dans le même point et par le même moyen de l'ordre de Dieu, qui est en nous toutes si varié. C’est dans cé sens qu'il faut lire la vie des Saints et les livres spirituels, sans jatnais prendre le change et quitter sa voie. C’est pour cela qu’il ést tout à fait nécessaire de ne lire et de n'avoir d’éntretiens spirituels que par l’ordre de Dieu; car si cet ordre en fait un devoir présent, l'âme bien loin de prendre le change, sera affermie dans sa voie, soit par ce qu’elle trouvera dans sa lecture de conforme à cette voie, soit même par ce qui en diffère. Mais si l’ordre de Dieu ne fait pas un devoir présent de cette lecture ou de ce commérce spirituel, on en sortira toujours avec trouble, et l’on Se trouvera dans une confusion d'idées et une variation continuelle, parce que, sans l’ordre de Dieu, il ne peut y avoir d'ordre nullle part.
Jusqu'à quand occuperons-nous donc la capacité de notre âme des peines et des inquiétudes qui n'ont rien dé commun avec notre devoir présent? Quand est-ce que Dieu nous Sera tout en toutes choses ? Laiïissons les créatures se faire sentir selon ce qu'elles sont ; mais que rien né nous arrête: allons au delà de tout le créé, et vivons très-purement de Dieu même.
$ VI
Dieu exige des âmes qu'il met dans cet état la plus parfaite docilité à l'action de sa grâce.
Qu'il faut être dégagé de tout c3 que l'on sent et de dé tout cé que l’on fait pour marcher dans cette voie, où l'on né subsisté qu'en Dieu et dans lè devoir présent! Toutés les vues qui sont au delà doivent étre rétranchées,
il faut se borner au devoir présent, sans penser à celui qui l’a précédé ni à celui qui doit le suivre.
Je suppose la loi de Dieu toujours à couvert ; et je suppose aussi que la pratique de l'abandon a rendu votre àme docile à l’action divine ; un je ne sais quoi vous féra dire : j'ai présentement affection à cette personne, à ce livre, à recevoir ou à donner cet avis, a former telles plaintes, à m'ouvrir à cette âme ou à recevoir ses sentiments, à donner telle chose ou à la faire. Il faut suivre ce qui se présente, par impression de grâce, sans se soutenir un seul moment par ses réfléxions, ses raisonnements, ses efforts. Il faut être aux choses pendant le temps que Dieu nous y attache, sans s’y engager par soi-même. La volonté de Dieu nous est appliquée, puisque c’est lui qui vit en nous dans l’état dont il est ici question ; elle doit nous tenir lieu absolument de tous nos soutiens ordinaires.
Chaque moment nous oblige à chaque vertu; l’âme abandonnée y est fidèle ; rien de ce qu’elle à lu ou entendu ne lui échappe ; et le novice le plus mortifié ne remplit pas mieux ses devoirs. C’est pour cela que ces àmes sont portées tantôt à une lecture et tantôt à une autre, ou bien à faire cette remarque, cette réflexion sur le plus petit événement. Dieu dans un moment leur donne Pattrait de s’instruire de ce qui, dans un autre moment, soutiendra la pratique des vertus.
Dans tout ce que font ces âmes, elles ne sentent que l'attrait de lé faire, sans savoir pourquoi. Tout ce qu’ellés peuvent dire se réduit à ceci : Je mé sens portée à écrire, à lire, à demander, à regarder cela; je suis cet attrait ; ét Dieu qui me le donne fait dans mes puissances un fonds et une réserve de ces chosés particulières, pour être dans
la suite l'instrument d’autres attraits, qui m’en donneront l'usage dans mon intérêt et celui des autres. Voilà ce qui oblige ces âmes d'être simples, douces, souples et mobiles aux moindres zéphirs de ces impressions presque imperceptibles.
Dans l'abandon, l’unique règle est le moment présent. L’âme y est légère comme une plume, fluide comme l’eau, simple comme l'enfant; elle y est mobile comme une boule, pour y recevoir et pour suivre toutes les impressions de la grâce. Ces âmes n'ont pas plus de consistance et de roideur qu'un métal fondu. Comme celui-ci prend toutes les formes du moule où on le fait couler, ces âmes se plient et s’ajustent aussi facilement à toutes les formes que Dieu veut leur donner. En un mot, leur disposition ressemble à celle de l’air, qui se prête à tout souffle et se configure à tout récipient.
Elle se présentent à Dieu comme une toile parfaitement unie et parfaitement simple, sans penser, sans chercher, sans réfléchir pour connaître ce qu'il plaira à Dieu d'y peindre; car elles se fient à lui, elles s’abandonnent ; et, tout occupées de leur devoir, elles ne pensent ni à ellesmêmes, ni à ce qui leur est nécessaire, ni aux moyens de se le procurer.
Plus elles s'appliquent à leur petit ouvrage, tout simple, tout caché, tout secret et tout méprisable qu'il soit à l’extérieur, plus Dieu le diversifie et l’embellit par la broderie et par les couleurs qu'il y mêle. Sur le fond de cette simple toile d'amour et d’obéissance, ses mains se plaisent À tracer les traits les plus beaux, les dessins les plus délicats et les plus achevés, les figures les plus divines. Hiri ficavit Dominus S'anctum suum.
Il est vrai qu'une toile simplement et aveuglément
abandonnée au pinceau, ne sent à chaque moment que la simple application du pinceau. Chaque coup de ciseau ne peut faire sentir à une pierre aveugle qu’une pointe cruelle qui la détruit; car la pierre, taillée en pièces par ces coups réitérés, ne sent rien moins que la figure dont ils tracent en elle les linéaments. Elle ne sent qu’un ciseau qui la diminue, qui la râcle, qui la coupe, qui la défigure. Et une pauvre pierre, par exemple, que l’on veut faire devenir un crucifix ou une statue, et qui ne le sait pas, si on lui demandait : « Qu'est-ce donc qui se passe en toi? » elle pourrait répondre : « Ne me le demandez pas ; car, quant à moi, je n’ai autre chose à savoir et à faire que de me tenir ferme sous la main de mon maitre, à aimer ce maitre, et à souffrir son action. Pour l'ouvrage auquel je suis destinée, c'est à lui de connaître le moyen de l’exécuter. J’ignore ce qu'il fait et ce que je deviens par son opération ; je sais seulement que ce qu'il fait est le meilleur et le plus parfait, et je recois chaque coup de ciseau comme ce qu'il y a de plus excellent pour moi; quoique, à dire le vrai, chaque coup ne porte dans mon sentiment que l’idée d’une ruine, d’une destruction, d’un défigurement. Mais je laisse tout cela; et, contente du moment présent, je ne pense qu'à ce qui est du devoir, et je recois l'opération de ce maitre habile, sans la connaître et sans m'en occuper. »
Oui, chères âmes, âmes simples, laissez à Dieu ce qui lui appartient, et demeurez amoureusement passives sous son action. Tenez pour certain que ce qui se passe, tant intérieurement qu’extérieurement, est le meilleur. Laissez faire Dieu, etsoyez-lui abandonnées. Laissez la pointe du ciseau et de l'aiguille agir. Laissez le pinceau du maitre vous couvrir d’une variété de couleurs qui ne parait pro-
pre qu'à barbouiller votre toile. Ne correspondez à toutes ces opérations divines que par la manière si simple et si uniforme d’une entière remise, de l'oubli et de l’application à votre devoir. Marchez donc dans votre ligne, et, sans savoir la carte du pays, les tenants et les aboutissants, les noms, les qualités, les lieux, marchez à l’aveugle sur cette ligne, et tout cela vous Sera appliqué passivement. Cherchez le seul règne de Dieu et sa justiee par l'amour et par l’obéissance, et tout cela vous sera donné. On voit un grand nombre d'âmes qui s'inquiètent et qui demandent : Qui nous donnera la sainteté, la perfection, la morüfication, la direction? Laissez-les chercher dans les livres les termes et les qualités de ce merveilleux ouvrage, sa nature et ses parties; quant à vous, demeurez en paix dans l'unité de Dieu par votre amour, et marchez à l'aveugle dans le sentier ferme et droit de vos oblisations. Les Anges sont à côté de vous dans cette nuit, et leurs mains vous servent de barrière. Si Dieu veut de vous davantage, son inspiration vous le fera connaitre.
$ VII
La docilité de l’âme dans cet état doit lui faire fermer les yeux sur le chemin par où Dieu la conduit,
Quand Dieu se fait le guide d’une âme, il prétend justement qu’elle se confie absolument à lui, et qu’elle ne s’inquiète en aucune manière de la voie par laquelle il la conduit. Cette âme est donc poussée sans voir le chemin frayé devant ses yeux. Ce n’est ni par où elle a vu ni d’après ce qu’elle à lu qu’elle va; l’action propre va de la sorte, et elle ne peut aller autrement; elle ne peut rien
risquer. Mais l’action divine est toujours nouvelle; elle ne revient point sur ses anciens pas ; elle trace toujours de nouvelles routes. Tes âmes qu’elle conduit ne savent où elles vont; leurs sentiers ne sont ni dans les livres ni dans leurs réflexions : l’action divine leur en montre continuellement la suite; elles n’y marchent que par son impulsion.
Quand on est conduit par un guide qui mène dans un pays inconnu, de nuit, à travers les champs, sans routes frayées, selon son génie, sans prendre avis de personne, et sans vouloir découvrir ses desseins, peut-on prendre un autre parti que celui de l’aban4on ? A quoi sert de regarder où l’on est, d'interroger les passants, et de consulter la carte et les voyageurs? Le dessein et le caprice, pour ainsi dire, d’un guide qui veut que l’on se confie en lui, seront contraires à tout cela. Il prendra plaisir à confondre l'inquiétude et la méfiance d’une âme. Il veut une entière remise en lui. Si l’on se convaine qu’il mène bien, ce ne sera plus ni foi ni abandon.
L'action divine est essentiellement bonne ; elle ne veut point être réformée ni contrôlée. Elle a commencé dès la création du monde ; et, dès cet instant, elle développe de nouvelles épreuves; elle ne limite point ses opérations, sa fécondité ne s’épuise point. Elle faisait cela hier, elle fait cela aujourd’hui ; c’est la méme action qui s’applique à tous les moments par des effets toujours nouveaux, et elle se déploiera ainsi éternellement. Elle a fait des Abel, des Noé, des Abraham sur différentes idées ; Isaac sera un original ; Jacob ne sera pas sa copie, ni Joseph celle de Jacob. Moïse n’a point vu son semblable parmi ses pères. David, les Prophètes sont tous d’une autre figure que les Patriarches. Saint Jean-Baptiste les passe tous.
Jésus-Christ est le premier-né, les Apôtres agissent plus par l'impression de son esprit que par l’imitation de ses œuvres.
Jésus-Christ ne s’est point limité lui-même; il n’a point suivi à la lettre toutes ses maximes. L'Esprit divin a toujours inspiré sa sainte âme; ayant toujours été abandonnée à son souffle, elle n'avait pas besoin de consulter le moment précédent pour donner la forme au suivant. Le souffle de la grâce formait tous ses moments, sur le modèle des vérités éternelles que la sainte Trinité en conservait dans son invisible et impénétrable sagesse. L'âme de Jésus-Christ recoit ses ordres à chaque instant, et elle les produit au dehors. L'Évangile fait voir la suite de ces vérités dans la vie de Jésus-Christ ; et ce même Jésus, qui est toujours vivant et opérant, vit et opère encore de nouvelles choses dans les âmes saintes.
Voulez-vous vivre évangéliquement? Vivez en pur et plein abandon à l'action de Dieu. Jésus-Christ en est le souverain organe. Il était hier, il est encore aujourd'hui, pour continuer sa vie, et non pour la recommencer. Ce qu'il a fait est fait ; ce qui reste à faire se fait à tout moment. Chag1e Sant recoit une partie de cette vie divine: Jésus-Christ est différent en tous, quoiqu'il soit le même. La vie de chaque Saint est la vie de Jésus-Christ; c’est un évangile nouveau. Les joues de l’Époux sont comparées à des plates-bandes et à des parterres couverts de fleurs odoriférantes. L'action divine est le jardinier qui varie admirablementle parterre. Ce parterre n’est semblable à aucun autre ; parmi toutes les fleurs, il n’en est pas deux qui se ressemblent, et que l’on puisse dire être de même, sinon par l'abandon qu’elles font d’elles-même à l’opération du jardinier, le laissant maitre de faire tout ce qui
lui plait, et suivant, de leur côté, les lois qu’il a imposées à leur nature. Laisser faire Dieu, et faire ce qu’il exige de nous : voilà l'Évangile : voilà l'Écriture générale et la loi commune,
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Ce plein abandon est chose aussi simple que ses effets sont merveilleux.
Telle est donc la voie droite de la sainteté ; tel est l’état de perfection et les devoirs qu’ilimpose ; tel est le grand, Jl'incomparable secret de l'abandon; mais secret sans secret, art sans art. Dieu, qui exige cela de tous, l’a expliqué clairement, et le rend très-intelligible et très-simple. Ce que la voie de pure foi a d’obscur n’est pas dans ce que l'âme doit y pratiquer ; rien au contraire de plus facile à romprendre et plus lumineux; le mystère est tout entier ‘lans ce que Dieu fait lui-même.
Voyez ce qui ce passe dans l’Eucharistie : ce qui est nécessaire pour changer le pain dans le corps de Jésus- UÜhrist est si clair et si aisé que le Prétre le plus ignorant est capable de le faire ; et cependant c’est le mystère des mystères, où tout est si caché, si obscur, si incompréhensible que, plus on est éclairé et spirituel, plus il faut de foi pour le croire. La voie de pure foi présente quelque rhose de semblable. Son effet est de faire trouver Dieu à vhaque moment: voilà la chose la plus relevée, la plus mystiqne, la plus béatifiante ; c’est un fonds inépuisable «le pensées, de discours, d'écritures; c’est un assemblage et une source de merveilles. Cependant, pour produire cet effet si prodigieux, que faut-il? — Üne chose : laisser faire
Dieu, et faire tout ce qu’il veut, selon son état. Rien de plus aisé dans la vie spirituelle, et qui soit plus à la portée de tous. Et pourtant rien de plus merveilleux; pas de chemin plus obscur. Pour y marcher, l'âme a besoin d’une grande foi ; tout y est d'autant plus suspect que la raison a toujours à redire. Toutes ses idées sont confondues; ce n'est rien de ce qu’elle a vu, de ce qu’elle a lu, de ce qu'elle est accoutumée à admirer; c’est une chose nouvelle. Les Prophètes étaient des Saints ; ce Jésus est un enchanteur : ainsi parlaient les Juifs. Ah! que l'âme qui, à leur exemple, est scandalisée, a peu de foi! et qu'elle mérite bien d’être privée des merveilles que Dieu se disposait à opérer en elle!