S VII
L'âme dans l’état d'abandon peut s'abstenir de rien faire ou dire pour sa justification : l’action divine la justifie,
Le large, le solide, la pierre ferme sur laquelle l'âme abandonnée se repose, à l'abri des fluctuations et des tempêtes, c’est cet ordre de la volonté divine, qui se présente sans cesse, sous le voile des croix et des actions Les plus ordinaires. C’est dans ces ombres que Dieu cache sa main, pour soutenir et porter ceux qui s’abandonnent à lui. Du moment que l’âme s’est fermement établie dans ce parfait abandon, la voilà dès lors à couvert de la contradiction des langues; car elle n’a plus rien à dire ni à faire pour se défendre. Puisque l’ouvrage est de Dieu, il n’en faut point chercher ailleurs la justification. Ses effets et ses suites le justifieront assez. Il n’y a qu’à le laisser se développer : Dies diei eruclat verbum. Quand on ne va plus par ses idées, il ne faut pas se défendre par des paroles. Nos paroles ne peuvent rendre que nos idées ; où l’on ne suppose point d'idées point de paroles. A quoi serviraient-elles P A rendre raison de ce que l’on fait ? Mais on l’ignore, cette raison; elle est cachée dans le principe qui a fait agir, et dont on n’a senti que l'impression d’une marière ineffable.