‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 21 sur 68 · DIR CI MENU · texte numérisé non relu

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Il faut done laisser aux conséquences le soin de venger leurs principes. Tout se soutient dans cet enchainement divin; tout y est ferme et solide, et la raison de ce qui précède est par effet dans ce qui suit. Ce n’est plus une vie de pensées, une vie d'imaginations, une vie de paroles multipliées; ce n’est plus tout cela qui occupe l’âme, qui la nourrit, qui l’entretient; elle ne va plus, elle ne se soutient plus par tout cela. Elle ne voit plus où elle marche, elle ne prévoit plus où elle marchera; elle ne s’aide plus de réflexions pour s’animer à endurer la fatigue, ni pour soutenir les incommodités du chemin : tout se passe dans le sentiment le plus intime de sa faiblesse. La route s'ouvre sous ses pas : elle s’y engage, elle y marche sans hésiter. Elle est pure, simple et vraie; elle marche dans la droite ligne des commandements de Dieu, doucement appuyée sur Dieu même, qu’elle trouve dans cesse dans tous les points de cette ligne ; et ce Dieu qu’elle cherche uniquement se charge lui-même de manifester sa présence, de manière à la venger de ses injustes détracteurs.

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Dieu vivifie l’âme dans l’état d'abandon par les moyens qui semblent devoir lui donner la mort.

Il y a un temps où Dieu veut être à l’ame sa vie, et faire sa perfection par lui-même et d’une manière secrète et inconnue ; alors toutes les idées propres, les lumières, les industries, les recherches, les raïisonnements sont une source d'illusions. Et quand l’âme, après plusieurs expériences des tristes suites où l’a conduite la propriété d'elle-même, en reconnaît enfin l’inutilité, elle découvre que Dieu à caché et confondu tous les canaux, pour lui

faire trouver la vie en lui-méme. Alors, convaincue de son néant, et que tout ce qu’elle peut tirer de son fonds lui est préjudiciable, elle s’abandonne à Dieu pour n’avoir rien que lui. Dieu devient donc pour elle une source de vie, non par idée, par lumières ou par réflexions : tout cela n’est plus en elle qu’une source d'illusions ; il l'est en effet, et par la réalité de ses grâces, cachées sous les apparences les plus étrangères. L'opération divine n’étant pas connue de l'âme, elle en recoit la vertu, la substance, par mille sortes de circonstances qu’elle croit étre sa ruine. Il n’y à point de remède à cette obscurité ; il faut s’y laisser enfoncer. Dieu s’y donne, et il donne avec lui toutes choses, en obscurité de foi; l’âme n'est plus qu'un sujet aveugle ; ou, si l’on veut, elle est semblable à un malade qui ignore la vertu des remèdes, et n’en ressent que l’amertume. Il s’imagine souvent qu'ils vont lui donner la mort; les crises et les faiblesses qui en résultent semblent justifier ses craintes ; cependant c’est sous cette apparence de mort qu’il recoit la santé, et il les prend sur la parole du médecin qui les lui présente.

Aussi les âmes abandonnées ne se préoccupent-elles aucunement de leurs infirmités, excepté des maladies évidentes qui, par leur nature, obligent de se tenir alité, et de prendre les médicaments convenables. Les langueurs et les impuissances des âmes d’abandon ne sont que des illusions et des apparences, qu'elles doivent braver avec confiance. Dieu les envoie et les permet pour donner de l'exercice à leur foi et à leur abandon, qui en est le véritable remède. Sans y faire seulement attention, elles doivent poursuivre généreusement leur chemin, dans les actions etles souffrances de l’ordre de Dieu, se servant sans hésiter de léur co*ps comme on fait des chevaux de louage, qui

ne sont que pour périr, en servant à tort et à travers, Cela vaut mieux que toutes les délicatesses qui nuisent à la vigueur de l'esprit. Cette force de l'esprit a je ne sais quelle vertu pour maintenir un corps faible , et une annéo de cette vie noble et généreuse vaut mieux qu'un siècle de soins et de craintes.

I] faut tâcher d’avoir habituellement un air et un maintien d'enfant de grâce et de bonne volonté. Eh ! que peuton craindre à la suite de la foi une divine ? Conduits, soutenus et protégés par elle, ses enfants ne doivent rien offrir que d’héroïque dans tout leur extérieur. Les objets effrayants qu’elle oppose à leur passage ne sont rien. Elle ne les appelle par là que pour embellir leur vie par des actions plus glorieuses. Elle les engage dans des embarras de toute espèce, où la prudence humaine, qui ne voit et n'imagine aucune issue, sent toute sa faiblesse, et se trouve courte et confondue. C’est là que la fortune divine paraît dans tout son éclat ce qu’elle est à ceux qui sont tout à elle. Elle les dégage plus merveilleusement que les historiens fabuleux, aidés de la fécondité de leur imagination, dans le loisir et le secret du cabinet, ne démélent les intrigues et les périls de leur héros imaginaires, qui arrivent toujours heureusement à la fin de levrs histoires. Elle les conduit, avec une industrie bien plus admirable, et plus heureusement, au travers des morts, des périls et des monstres, des enfers, des démons et de leurs piéges. Elle élève ces âmes jusqu’au ciel ; et toutes ces âmes sont la réalité de ces histoires mystiques, plus belles et plus curieuses que toutes celles que les imaginations creuses des hommes ont inventées.

Allons donc, mon âme, au travers des périls, des mons-

res, conduits, dirigés et soutenus par cette main sûre,

Le

invisible, toute-puissante et infaillible de la divine Providence. Allons sans crainte à notre terme, en paix et en joie : faisons-nous de tout ce qui se présente, la matière de nos victoires. C’est pour combattre et pour vaincre que nous marchons sous ses étendards : egivit vincens ut vinceret. Autant de pas que nous ferons sous ses auspices, autant de triomphes, mon âme! L'Esprit de Dieu a la plume à la main, et voilà le livre ouvert pour continuer l’histoire sacrée qui n’est point encore achevée, et dont la matière ne s'épuisera qu'à la fin du monde. Cette histoire n’est que le récit des conduites et des desseins de Dieu sur les hommes. Il ne tient qu'à nous de figurer dans cette histoire, et d’en continuer la trame par l’union de nos souffrances et nos actions à ses conduites. Non, non, tout ce qui se présente à nous, soit pour agir, soit pour souffrir, n’est pas pour nous perdre ; on ne nous le ménage que pour nous fournir la matière de cette Écriture sainte qui grossit tous les jours.

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