‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 22 sur 68 · IX · texte numérisé non relu

IX

L'amour tient lieu de tout aux âmes qui marchent dans cette voie.

En dépouillant de tout les âmes qui se donnent absolument à lui, Dieu leur donne quelque chose qui leur tient lieu de tout, de lumière, de sagesse, de vie et de force : c’est son amour. L'amour divin est dans ces âmes comme un instinct surnaturel. Chaque chose dans la nature a ce qui convient à son espèce ; chaque fleur a son agrément, chaque animal son instinct, et chaque créature sa perfection. Ainsi, dans les divers états de la grâce, chacun a sa

grâce spécifique ; et il est une récompense pour chacun de

ceux dont la bonne vo'onté s'assortit à l’état 'où l'a mis 1a Providence.

Une âme tombe dans l’action divine dès que la bonne volonté se trouve formée dans son cœur; et cette action a plus ou moins d'influence sur elle, selon qu’elle est plus ou moins abandonnée. L'art de l'abandon n’est que celui d'aimer, et l’action divine n’est que l’action du divin amour. Comment ces deux amours qui se recherchent l'un l'autre ne s’accorderaient-ils pas lorsqu'ils se rencontrent ? Comment l'amour divin refuserait-il quoi que ce soit à l'âme dont il dirige tous les désirs? Et comment éprouverait-il un refus de la part d’une âme quine vit que de lui?.... L'amour ne peut demander que ce que veut l'amour : l'amour peut-il ne pas vouloir ce qu’il veut ?

l’action divine n’a égard qu’à la bonne volonté; ce n’est point la capacité des autres facultés qui l’attire, ni leur incapacité qui l’éloigne. Trouve-t-elle un cœur bon, pur, droit, simple, soumis, filial et respectueux, c’est tout ce qu'il lui faut ; elle s'empare de ce cœur : elle en possède toutes les facultés; et elle dispose si bien toutes les choses pour son bien qu’il trouvera en toutes choses de quoi se sanctifier. Ce qui donne la mort aux autres âmes entrât-il dans celle-ci, le contre-poison de sa bonne volonté ne manquerait pas d’en arrêter les effets. Vint-elle jusqu’au bord du précipice, l’action divine l’en éloignerait; ou, tant qu’elle l’y laisserait, elle suspendrait sa chute; y tombât-elle, elle l'en retirerait. Après tout, les fautes de ces âmes ne sont que des fautes de fragilité et fort peu aperçues ; l'amour sait toujours les tourner à leur avantage. Par des insinuations secrètes, il leur fait en-

tendre ce qu’elles ont a dire ou à faire, selon les circonstances .

E'les reçoivent en elles comme des lueurs de l’intelligence divine: éatellectus bonus omnibus facientibus eum. Car cette divine intelligence les accompagne dans toutes leurs démarches.et les tire de tous les mauvais pas où leur simplicité les engage. Font-elles des avances qui les jetteraient dans quelque engagement préjudiciable? La Providence leur ménage d’heureuses rencontres qui réparent tout. On a beau former contre elles des intrigues et les multiplier, cette Providence en rompt tous les nœuds ; elle en confond les auteurs, et répand sur eux un esprit de vertige, qui les fait tomber dans leurs propres piéges. Sous sa conduite, les âmes qu’on y voulait surprendre font, sans qu’elles y pensent, certaines choses fort inutiles en apparence, mais qui servent ensuite à les délivrer de tous les embarras où leur droiture et la malice de leurs ennemis les avaient jetées.

Oh! la fine politique que cette bonne volonté! qu'il y a de prudence dans sa simplicité ; d'industrie dans son innocence et dans sa franchise; de mystères et de secrets dans sa droiture! Voyezle jeune Tobie: ce. n’est qu'un simple enfant; mais Raphaël est à ses côtés ; avec un tel guide, il marche en assurance ; rien ne l’effraye, rien ne lui manque. Ce sont les monstres mêmes qu’il rencontre qui Jui fournissent des vivres et des remèdes; celui qui s'élance pour le dévorer devient lui-même sa nourriture. Il n’est occupé que de noces et de festins; car c'est là, dans l’ordre de la Providence, son objet présent, Ce n’est pas qu'il n'ait d'autres affaires, mais elles sont abandonnées à cette intelligence chargée de l’assister en tout; elles se trouvent si bien faites, qu'il n’eût jamais si bien réussi : car ce ne sont que bénédictions et prospérités. Cependant la mère pleure, et elle est dans la plus vive amertume,

mais le père est plein de foi. L'enfant, si amèrement regretté, revient joyeux ; et, avec toute sa famille, il entre dans le ravissement.

Le divin amour est donc, pour les âmes qui se donnent pleinement à lui, le principe de tous les biens. Et, pour acquérir ce bien inestimable, il suffit de le bien vouloir.

Oui, chères âmes, Dieu ne demande que votre cœur; si vous cherchez ce trésor, ce royaume où règne Dieu seul, vous le trouverez. Votre cœur, s’il est dévoué totalement à Dieu, est dès lors ce trésor, ce royaume-là même que vous désirez et que vous cherchez. Dès que l'on veut Dieu et sa volonté, on jouit de Dieu et de sa volonté; et cette jouissance répond à l’ardeur du désir. Aïmer Dieu, c'estdésirer sincèrement l'aimer; parce qu’on l’aime, on veut être l’instrument de son action, pour que son amour ait dans nous et par nous de l’exercice.

Ce n'est pas à l'adresse de l’âme simple et sainte que correspond l’action divine ; elle correspond à la pureté de l'intention, et non pas aux mesures que l’on prend, aux projets que l’on forme, à la manière dont on s’avise, ni aux moyens que l’on choisit. L'âme peut s'abuser en tout cela, et iln’est pas rare que cela lui arrive ; mais sa droiture et sa bonne intention ne la trompent jamais. Pourvu que Dieu y voie cette bonne disposition, il lui passe tout le reste; et il tient pour fait ce qu’elle ferait infailliblement, sides vues plus sûres secondaient sa bonne volonté.

La bonne volonté n’a donc rien à craindre; si elle tombe, elle ne peut tomber que sous cette main toutepuissante, qui la guide et qui la soutient dans tous ses égarements. C’est cette main divine qui l'approche du terme lorsqu'elle s’en éloigne, qui la remet dans le chemin lorsqu'elle en sort: en elle l’âme trouve sa ressource

dans les écarts où la jette l'effort des aveugles facultés qui légarent ; elle lui fait sentir combien elle doit les mépriser, pour ne compter que sur elle, et s'abandonner totalement à sa conduite infaillible. Les erreurs où tombent les bonnes âmes se terminent donc à l’abandon, et jamais un bon cœur ne peut se trouver au dépourvu; car c’est un dogme de foi que tout coopère à son bien.

L'âme dans l’état d'abandon trouve plus de lumière et de force dans sa soumission à l’action divine que n’en possèdent tous les orgueilleux qui lui résistent.

A quoi servent les plus sublimes lumières, les divines révélations, quand on n'aime pas la volonté de Dieu ? C’est par là que s’est perdu Lucifer; la conduite de l’action divine que Dieu lui révélait, en lui découvrant le mystère de l'Incarnation, ne lui causa que de l'envie. Au contraire, une âme simple et éclairée des seules lumières de la foi ne peut se lasser d'admirer, de louer, d’aimer l’ordre de Dieu; de le trouver non-seulement dans les créatures saintes, mais même dans la confusion et le désordre des plus déréglées. Un grain de pure foi éclaire plus l’âme simple que Lucifer ne l’a été par ses lumières si élevées.

La science de l’âme fidèle à ses obligations, tranquillement soumise aux ordres intimes de la grâce, douce et humble envers tous, vaut mieux que la plus profonde pénétration des mystères. Si l’on ne voyait que l’action divine dans tout cet orgueil et cette dureté de l’action des créatures, on ne les recevrait jamais qu'avec douceur et respect. Leurs désordres ne feraient point quitter l’ordre,

quelque train qu’elles mènent. Il faut voir uniquement en

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