‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 23 sur 68 · DE ARIANE · texte numérisé non relu

DE ARIANE

elles l'action divine, qu'elles portent et qu’elles donnent, lorsqu'on est fidèle à pratiquer la douceur et l'humilité. Il ne faut pas regarder la voie qu’elles tiennent, mais marcher toujours avec fermeté dans la sienne ; et c’est ainsi qu’en pliant doucement, on brise les cèdres et on renverse les rochers.

Qu’y a-t-il dans les créatures qui puisse résister à la force d’ane âme fidèle, douce et humble ? Si nous voulons vaincre infailliblement tous nos adversaires, il ne leur faut opposer que ces armes. Jésus-Christ nous les a mises entre les mains pour nous défendre, il n’y a rien à craindre quand on sait s’en servir. Il ne faut pas être lâche, mais généreux ; c’est la seule disposition qui convienne à des instruments divins. Tout ce que Dieu fait est sublime et merveilleux ; et jamais l’action propre, qui fait la guerre à Dieu, ne peut résister à celui qui est uni à l’action divine par la douceur et l'humilité.

Qu'est-ce que Lucifer ? C’est un bel esprit, et le plus éclairé de tous les beaux esprits, mais un bel esprit mécontent de Dieu et de son ordre. Le mystère de l’iniquité n’est que le résultat de ce mécontentement qui se manifeste de toutes les manières possibles. Lucifer, autant qu’il est en lui, ne voudrait rien laisser tel que Dieu l’a fait et ordonné. Partout où ïl pénètre, vous y verrez toujours l'ouvrage de Dieu défiguré. Plus une personne a de lumières, de science et de capacité, plus elle est à craindre, si elle n’a pas le fondement de la piété, qui consiste à être content de Dieu et de sa volonté. C’est par le cœur réglé qu’on est uni à l’action divine; sans lui, tout n’est que pure nacre, ct, pour l'ordinaire, pure opposition à l’ordre divin. Dieu n’a point, à proprement parler, d’autres instruments que les humbles : toujours contredit par les superbes, il ne

laisse pas cependant de les faire servir, comme des esclaves, pour l’accomplissement de ses desseins. Quand je vois une âme qui fait son tout de Dieu et de la soumission à sesordres, quelque dénuée quelle soitde toute autre chose, je dis : voilà une âme qui a de grands talents pour servir Dieu. La sainte Vierge et saint Joseph ne portaient point une autre apparence. Le reste,sans cela, me fait peur ; et je crains d’y voir l’action de Lucifer ; je me tiens sur mes gardes, etje m'affermis dans mon fonds de simplicité, pour l’opposer à tout cet éclat sensible, qui, par lui-même, n’est pour moi qu'un verre fragile.

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