‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 24 sur 68 · S XI · texte numérisé non relu

S XI

L'âme dans l'état d'abandon sait voir Dieu dans le superbe qui lutte contre son action. Toutes les créatures bonnes ou mauvaises le lui révèlent.

L'ordre de Dieu est toute la pratique de l’âme simple. Elle le respecte dans les actions irrégulières que le superbe fait pour l’avilir. Ce superbe méprise une âme aux yeux de laquelle il n’est rien; car elle ne voit que Dieu en lui et en toutes ses actions. Souvent il pense que sa modestie est une marque qu’elle l’appréhende, quoique ce ne soit que le signe de cette crainte amoureuse qu’elle a de Dieu et de sa volonté, qui lui est présente dans le superbe. :

Non, pauvre insensé, l’àäme simple ne te craint pas. Tu lui fais compassion; c’est à Dieu qu’elle répond lorsque tu penses qu’elle te parle ; c’est à lui qu'elle croit avoir affaire ; elle ne te regarde que comme un de ses esclaves, ou plutôt comme une ombre sous laquelle il se déguise. Ainsi, plys tu prends le ton haut, plus elle le prend bas; et lorsque tu crois la surprendre, elle te surprend toi-

même. Tes finesses, tes violences ne sont pour elle que faveurs de la Providence.

Le superbe est encore une énigme, que l’âme simple et éclairée par la foi explique très-intelligiblement.

Cette découverte de l’action divine, dans tout ce qui se passe à chaque moment, en nous et autour de nous, est la vraie science des choses ; c’est une révélation continuelle de la vérité; c’est un commerce avec Dieu qui se renouvelle sans cesse; c’est la jouissance de l’Époux, non en cachette, à la dérobée, dans le cellier, dans la vigne, mais à découvert et en public, sans crainte d’aucune créature. C'est un fonds de paix, de joie, d'amour et de contentement de Dieu, vu, su, ou plutôt cru, vivant et opérant toujours le plus parfait, en tout ce qui se présente. C’est le paradis éternel, qui n’est, à la vérité, présentement connu et goùté qu'en choses informes et couvertes de ténèbres; mais l'Esprit de Dieu, qui en arrange en cette vie toutes les pièces par cette continuelle et féconde présence de son action dira au jour de la mort : Que La lumière se fasse ; Fiat lux; et alors on verra les trésors que renfermait la foi dans cet abîme de paix et de contentement de Dieu, qui se trouve à chaque moment en tout ce qui est à faire ou à souffrir.

Quand Dieu se donne ainsi, tout le commun devient extraordinaire; et c'est pour cela que rien ne le paraît; c’est que cette voie est par elle-même extraordmaire; par conséquent, il n’est pas nécessaire de l’orner de merveilles qui ne lui sont point propres. C’est un miracle, une révélation, une jouissance continuelle, à de petites fautes près, mais un miracle qui, en rendant merveilleuses toutes les choses communes et sensibles, n’a rien en luimême de sensiblement merveilleux.

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