‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 35 sur 68 · AUX SŒURS DE LA VISITATION DE NANCY · texte numérisé non relu

AUX SŒURS DE LA VISITATION DE NANCY

Souhaits mutuels des âmes qui ne cherchent que Dieu.

. Mes très-chères Sœurs,

Vos soubaits pour moi sont tout célestes ; il parait bien que c'est le cœur qui les a dictés, mais quel cœur? Un cœur tout spirituel, intérieur, qui n’estime que les choses divines, et n’est touché que des seuls intérêts de l'Eternité.

Profitant de vos exemples, je fais pour vous mille et mille souhaits tous de la même espèce et dans le même goût, et en particulier qu'il plaise à Dieu de conserver et d'augmenter de plus en plus : premièrement, cel amour

de la solitude extérieure et du silence qui forme l'esprit de récollection et de recueillement si nécessaire à la vie intérieure ; secondement, cet esprit de paix et de charité, d'union, de détachement et d’abnégation intérieure qui conserve dans le fond du cœur la douce et tranquille paix, vrai bonheur de la vie présente, et fondement de la vie intérieure ; troisièmement, le goût de la présence de Dieu et de l’oraison cordiale qui sont les deux grands ressorts de la vie intérieure ; quatrièmement, cette volonté sincère d'être à Dieu sans réserve, laquelle renouvelle sans cesse l’esprit de ferveur ; cinquièmement, cette entière et parfaite union de notre volonté à celle de Dieu, qui va jusqu'à nous faire trouver du contentement dans notre pauvreté spirituelle, parce que Dieu la veut; par là nous sacrifions notre amour propre spirituel le plus intime et le plus délicat. Voilà la condition indispensable de la paix à l'égard de certaines âmes qui, indifférentes à tout le reste, s’afiligent encore trop de leurs misères intérieures; voilà le moyen de suppléer à tout ce qui nous manque : le grand remède pour toutes nos misères; le trésor de notre pauvreté; car peut-on être plus riche que de tenir toujours dans son cœur la volonté de Dieu pour règle de la nôtre, aux dépens même de nos intérêts les plus chers et les plus désirables ? Puisqu’on ne doit désirer les vertus que pour plaire à Dieu, et qu’elles ne sont vertus qu'autant qu'elles plaisent à Dieu, n'est-ce pas vous les souhaiter toutes que de vous souhaiter cette conformité au bon plaisir divin, si généreuse, si générale et si parfaite qu’elle s'étend à tout, à la réserve de la seule offense de Dieu ?

Je vous félicite de tout mon cœur de la joie que vous éprouvez en célébrant l’année séculaire de la fondation de

votre maison ; mais plus encore de ce qu'elle n’a eu d’autre fondateur que la pauvreté de Notre-Seigneur dans sa crèche et la confiance en sa divine Providence.

Les vertus de vos saintes premières sœurs ont bâti sur ce riche fondement, et, avec ce secours, ont élevé l’édifice ; vos vertus le conserveront et le perfectionneront, à l'honneur et gloire du divin Maître qui en est le seul véritable propriétaire.

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