‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 37 sur 68 · A LA SŒUR MARIE-HENRIETTE DE BOUSMARD · texte numérisé non relu

A LA SŒUR MARIE-HENRIETTE DE BOUSMARD

Exercice général de l’abandon.

Alby, 1783.

Vous avez bien raison de le dire, ma chère fille, et c'était la grande maxime de la bienheureuse Mère de Chantal : « Pas tant d'avis, de science ni d’écrits, mais bonne pratique. » En effet, à l'égard des âmes qui ont acquis l'habitude d'éviter toute faute délibérée, et d'accomplir fidèlement les devoirs de leur état, on peut réduire toute la perfection pratique à cette seule maxime : exercice d’une résignation continuelle à toutes les volontés de Dieu, d’un complet abandon à toutes les dispositions de sa Providence, soit extérieures, soit intérieures, soit pour le présent, soit pour l'avenir; un seul fat, ou, comme disait saint François de Sales : « Oui, Père céleste, je veux tout; oui, et toujours oui. » Cela dit et redit par la disposition habituelle du cœur, sans même qu'il soit besoin de le prononcer intérieurement, voilà en peu de mots le grand et court chemin de la perfection la plus haute, parce que cest une union continuelle aux saintes et adorables volontés de Dieu.

Pour en arriver là, il ne faut pas tant de mystères ; il ne faut que deux choses : 1° être profondément convaincu qu'il n'arrive rien en ce monde, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur, que Dieune le veuille ou au moins ne le permette ; or, nous ne devons pas moins nous soumettre aux permissions de Dieu, dans les choses qui ne dépendent pas de

nous, qu’à ses volontés absolues ; 2° croire fermement que par un effet de la toute-puissante et toute paternelle Providence de Dieu, tout ce qu'il veut et permet tourne toujours à l’avantage de ceux qui pratiquent cette soumission à ses ordres. Appuyés sur cette double assurance, demeurons fermes et inébranlables dans notre adhésion à tout. ce qu'il plaira à Dieu d’ordonner à notre égard , acquiesçons d'avance, en esprit d’humilité, d'amour et de sacrifice, à toutes les dispositions imaginables de sa Providence, protestons-lui que nous voulons être contents de tout ce qui lecontentera. Nous ne pourrons pas toujours, sans doute, sentir ce contentement dans la partie inférieure de notre àme , mais nous le conserverons au moins dans la cime de l'esprit, dans la fine pointe de la volonté, comme parle saint François de Sales , il n’en sera alors que plus méritoire.

LETTRE V Moyen d'acquérir l'abandon.

Vous dites vrai, ma chère Sœur, et c’est bien l'esprit de Dieu qui vous a inspiré cette remarque : un des plus grands obstacles au règne de ce divin Esprit dans nos cœurs, c’est notre misérable nature, qui reculé devant l'esprit de captivité et de mort, par lesquelles le saint abandon nous fait acheter la liberté et la vie de Dieu.

Mais ce même Esprit, qui vous a si bien fait sentir le mal, vous aidera à y appliquer le remède. Voici, en quelques mots, ce que vous devez faire pour arriver promptement au pur amour et au parfait abandon. Il faut : 1° le

désirer ardemment et le vouloir énergiquement, à quel- Le

210 RER CL OM AD EN ELU EN PAR It

que prix que ce soit; 2° croire fermement, et le dire souvent à Dieu, qu’il vous est absolument impossible d’acquérir, par vos seules forces, des dispositions aussi parfaites; mais que la grâce rend tout facile, que vous espérez cette grâce de sa miséricorde, et que vous la lui demandez en Jésus-Christ et par Jésus-Christ; 3° vous humilier doucement et paisiblement, lorsque vous vous serez retirée de cette sainte captivité; ne pas vous décourager, mais, au contraire, protester à Dieu que vous attendrez avec confiance le moment où il lui plaira de vous donner cette grâce décisive, qui vous fera mourir totalement à vous-même, et revivre en lui d’une vie nouvelle et toute cachée avec Jésus-Christ Notre-Seigneur : 4° si vous êtes docile aux inspirations de l'Esprit de Dieu, vous vous garderez bien de faire dépendre votre avancement de la vivacité et de la douceur sensibles des impressions intérieures. Ce divin Esprit vous fera, au contraire, estimer: davantage les opérations presque insensibles ; car, plus elles deviennent délicates et profondes, plus elles s'éloignent des sens, et plus aussi elles sont divines: on en est alors plus totalement à Dieu, car c’est de toutes ses puissances et de toute l'étendue de son être qu’on tend à lui et qu'on s’unit à lui, sans rien particulariser, comme chaque être va à son centre.

Soyez persuadée, du reste, que vous avez encore une carrière immense à fournir. Il y aurait à travailler et à croître durant plusieurs siècles; mais, en ce point, comme en tout autre, vous devez dire : O mon Dieu, vos saintes et aimables volontés seront toujours la juste mesure de mes désirs les plus saints, les plus justes et les plus parfaits en apparence. Je ne veux ni grâces, ni sainteté, qu'au temps marqué et au degré précis de vos très-saintes vo-

lontés : rien en deçà, rien au delà. Quand tous les Saints et tous les Esprits bienheureux se prosterneraient devant votre trône, pour vous demander un seul degré de grâce ou de gloire, au delà de ce que vous m'avez destiné, j’en fais le sacrifice, parce que j'aime mieux m'en tenir précisément et simplement, Ô mon Dieu, à ce qu'il vous plaira d’en ordonner.

Je vous conjure, et c’est là mon dernier avis, de vous rendre fidèle à ne vous proposer, le plus souvent, dans vos actions, d'autre motif que le très-pur amour de Dieu et sa plus grande gloire. Vous n’exclurez pourtant pas les motifs d'espérance et de crainte; et, lorsque l'Esprit intérieur vous les inspirera, vous n’hésiterez pas à vous y abandonner; mais l’amour pur dominera dans votre cœur tous les autres sentiments. Vous désirez très-ardemment votre salut et votre perfection; mais, dans ce désir même, vous aurez en vue la gloire de Dieu beaucoup plus que votre propre félicité. Rien n’est plus propre que ce sentiment, habituellement entretenu dans votre cœur, à vous faire faire de rapides progrès dans la vertu, et à vous faire amasser de grands mérites. Les plus petites actions, animées de ce pur amour, valent mieux, sans comparaison, que les plus grandes, faites par d’autres bons motifs. Mais, ne l'oubliez pas : vos progrès seront d'autant plus assurés, que le pur amour vous poussera plus énergiquement à vous renoncer jusque dans les moindres choses. S'il ne produisait pas cet effet, ce ne serait pas un véritable amour.

Tenez-vous soigneusement en garde contre les piéges que vous tendra l'ennemi, pour vous faire sortir de cette bienheureuse disposition. Ne cherchez et n'attendez, de la part des créatures, que l'oubli et le mépris : et que le bon-

212 FIXE ROUCIE ND ENST A MVIEIR IT

heur de ressembler à Jésus-Christ, votre divin modèle, vous rende ce mépris plus cher que toutes les gloires du monde. Ne laissez échapper aucune occasion, si mince qu’elle soit, de perfectionner en vous cette divine ressemblance, et, après avoir fidèlement profité de ces légères épreuves, humiliez-vous de n'être pas jugée digne d'en supporter de plus considérables.

LETTRE VI A LA SŒUR MARIE-THÉRÈSE DE VIOMÉNIL

Direction générale

Ma chère Sœur,

1° Ne vous chargez point de prières vocales, outre celles d'obligation, et appliquez-vous davantage à la perfection intérieure et à l’oraison.

20 Il est très-utile de prévenir les fautes par quelques pénitences ; mais il convient mieux d’être fidèle à les expier, après les avoir commises, que de multiplier beaucoup ses pénitences, par avance, sans un vrai besoin.

3° Modérez et surnaturalisez votre tendresse pour les personnes qui vous sont chères.

49 Profitez, pour vous exciter à la ferveur, des bons exemples et des entretiens avec les personnes spirituelles, mais Sans marquer jamais aucun dédain et sans vous abandonner volontairement à aucun dégoût envers les autres.

5° Ne vous blessez point si fort d’être si souvent aux prises avec la misérable nature ; le Ciel vaut bien tous ces

combats. Peut-être seront-ils promptement terminés, et remporterez-vous bientôt une complète victoire. Après tout, ils passeront, et le repos sera éternel. Soyez donc en paix et que votre humilité soit toujours mélée de confiance.

6° II faut profiter des infirmités du corps pour fortifier son âme par l'esprit d'abandon à la volonté de Dieu et d'union avec Jésus-Christ.

7° Soyez attentive à mourir à vous-même, à renoncer à la nature, à étouffer, dans toutes les occasions, les vivacités et les sensibilités humaines. Ce genre de mortification est le plus nécessaire ; il ne nuit point à la santé, et il a plus de vertu que la mortification corporelle pour multiplier les mérites et réaliser les desseins de Dieu qui nous veut tout à lui, sans partage et sans réserve.

8° Travaillez à profiter avec fidélité, mais en paix, de tous les divers états par lesquels il plaît au Seigneur de vous faire passer pour sa gloire et votre perfection. Tournez tout du côté du divin amour et du simple abandon à la paternelle conduite de l’adorable Providence.

99 Il faut que le zèle pour son propre avancement et celui des personnes dont on est chargé, soit ardent et ‘actif; mais jamais inquiet et accompagné de trouble et de défiance.

10° Appliquez-vous à devenir de plus en plus intérieure, aspirant à toute la perfection de votre saint état, par une régularité parfaite. Humiliez-vous sans cesse devant Dieu, afin qu'il vous rende victorieuse de vous-même. Vous avez besoin d’un secours bien puissant pour que votre sensibilité, votre délicatesse humaine et trop naturelle se trouvent pleinement éteintes, chez vous, avant la

mort ; parce que ces défauts naisssent de votre caractère et de votre tempérament. Il est vrai que cette considération excuse un peu les fautes, et excite la compassion de notre bon Dieu sur sa pauvre épouse ; mais, cependant il faut toujours combattre, en sorte que si le misérable orgueil et l’amour-propre ne sont pas détruits absolument avant votre dernière heure, la mort vous trouve au moins aux prises avec eux pour tàcher de les détruire. Vos principales armes doivent être le divin amour, une reconnaissance infinie des grâces de Dieu, une pleine confiance en lui et un profond mépris de vous même, mais toujours sans découragement et en paix. Vous puiserez des forces toujours croissantes dans la sainte Communion. dans l’oraison, l'humilité, la douceur, la patience, l’obéissance, la mortification, surtout dans le renoncement intérieur.

10° Les maladies et les infirmités, dans une soumission entière à la volonté da Dieu, avec une humble action de grâce et union à Jésus-Christ, servent beaucoup à expier le passé et à affaiblir le vieil homme; elles aident à mourir Spirituellement à tout, avant la mort naturelle qui, en finissant nos maux passagers, nous fera entrer, il faut l'espérer, dans la jouissance des biens éternels. Quand Dieu lui-même nous applique à ce genre de pénitence, ne pouvant alors nous mortifier à l'extérieur, il faut nous en dédommager par la mortification intérieure, nousappliquant de plus en plus à détruire l’amour-propre et la hauteur. les délicatesses, les critiques qui en sont les mauvais fruits. Enfin tâchez de devenir humble et simple comme un petit enfant, pour l'amour et à limitation de notre Seigneur, dans un esprit de paix et de recueillement. Si Dieu trouve en nous cette humilité, il avyancera lui même son ouvrage

en nous. Persévérance et fidélité à la grâce, pour la plus grande gloire de Dieu et pour son pur amour. Tout con- Siste à bien aimer, de cœur et d'œuvre ce Dieu de bonté.

11° À mesure que notre carrière s'avance dans ce terrestre pèlerinage, efforcons-nous de croître dans la ferveur solide, selon la perfection de notre saint état et les desseins particuliers de Dieu sur nous. Quand il nous donne des goûts, des sensibilités, profitons-en pour nous attacher plus fortement à lui, au-dessus de tous ses dons. Mais dans le temps de sécheresse, allons toujours notre train d’un même pas, nous rappelant humblement notre indigence et pensant aussi que, peut-être, Dieu veut éprouver notre amour pour lui, par de salutaires épreuves.

129 Soyons vraiment humbles, occupés à corriger nos défauts, et nous ne songerons guère à ceux des autres. Regardons Jésus-Christ en tous nos prochains, et nous n’aurons pas de peine à les excuser, à les supporter et à les chérir; son exemple nous y engage : quelle patience envers ses disciples, ignorants et grossiers! Tournons toute notre vivacité à glorifier Dieu en nousmêmes et en ceux auprès de qui il nous donne quelque crédit. Vivons cachés en Jésus-Christ et mourons à tout le créé et à nous-mêmes ; sans cela Jésus-Christ ne daignerait pas vivre en nous, du moins, comme il le prétend, en absorbant toute notre vie humaine dans sa vie divine. Du reste, supportons-nous par charité comme nous devons supporter les autres, nous humiliant, nous punissant toujours pour nos fautes, et au plus tôt. En priant pour nous. prions aussi pour nos frères les pécheurs.

LETTRE VII

A LA SŒUR MARIE-THÈRÈSE DE VIOMÉNIL (1731) Même sujet

Ma chère Sœur et très-chère fille en N. $., la paix de Jésus-Christ soit toujours avec vous.

10 Je remercie Dieu de tous les bons sentiments qu'il continue de vous inspirer. Tandis que vous conserverez cette bonne volonté d’être à Dieu sans réserve avec un entier et total abandon à son bon plaisir, ne craignez ni sécheresse, ni obscurité, ni tentation, ni délaissement : tout cela tournera à votre plus grand avancement spirituel.

20 La crainte de vous tromper sur la paix au milieu des peines intérieures est très-vaine. Sur ce que vous m'en dites sans y penser, je comprends que cette paix est trèsréelle ; c'est le fondement de tout, et une grande grâce qu’il faut tâcher de conserver à quelque prix que ce soit. Toutes les attaques et les ruses du démon iront à vous la faire perdre, à l’affaiblir ou à la troubler; mais tenez ferme en foi, en confiance, par l'abandon. Gardez-vous bien de vous engager par vœu à quoi que ce soit.

3° La séparation entière des créatures d'esprit et d'affection est une grande faveur qui mène infailliblement au pur amour et à l'union divine.

4° Le secret pressentiment d'une mort prochaine peut venir de Dieu et du démon. Si ce pressentiment ne fait que vous mieux détacher de tout, sans vous troubler, ni

vous porter au découragement, ni à la défiance, il vient de Dieu et il le faut conserver; sinon, il le faut rejeter ; car tout ce qui vient de Dieu à de bons effets et c’est uniquement par ces effets qu’on peut sûrement discerner les esprits.

Toutes les répugnances dont vous me parlez sont destinées à vous détacher absolument de tout appui humain pour n’en avoir qu'en Dieu seul ; vos pratiques intérieures là-dessus sont très-bonnes. Mais je suis surpris que vous n'ayez pas appris encore que quand Dieu permet l’obscurité, tout bon sentiment disparaît comme le soleil pendant la nuit; il n'y à donc qu'à demeurer alors ferme et en repos, en attendant le retour du soleil et l’arrivée du jour où tout parait comme auparavant.

Je vous permets de m'écrire une, deux, trois et quatre fois par an, et toutes les fois qu'après avoir imploré le secours de Dieu vous le jugerez nécessaire ; et, si je le juge de même, je serai très-exact à vous répondre.

LETTRE VII

A LA SŒUR MARIE-ANNE-TMÉRÉSE DE ROSEN (1781

Oraison des âmes appelées à la vie d'abandon ; excellents avis

sur l’oraison,

4° Appliquez-vous à l’oraison par une simple vue du sujet, c’est-à-dire à la seule appréhension de l’objet par la foi, sans autre raisonnement.

20 Je vous conseille de vous arrêter le plus que vous

FD Ts 13 L)

pourrez à tout ce qui pourra vous humilier et vous anéantir davantage; plus vous vous sentirez, au sortir de Poraison, pénétrée et comme abîmée dans votre misère, et plus vous serez disposée à recevoir les dons de Dieu.

30 Il ne faut faire nul état des distractions ; mais quand on s’en aperçoit, rappeler tout doucement l'esprit et sur- . tout le cœur à la foi de ja présence de Dieu et au goût du saint repos. Si on n'y réussit pas, il n’y a qu’à se résigner. Cette croix des distractions est souvent plus méritoire que l’oraison elle-même: car c'est l'union de notre volonté à celle de Dieu, qui est tout notre bien.

4° Les sentiments avec lesquels on sort de l’oraison, en montrent l'efficacité. La foi solide vaut incomparablement mieux que la foi sensible ; sous sa conduite l'âme fait des progrès plus rapides et marche plus sûrement. :

5o Assistez à la sainte messe avec un grand recueillement et abandonnez-vous à une confiance sans bornes dans la bonté divine en vous appuyant sur les mérites de Jésus- Obrist victime.

Ces sentiments seront d'autant meilleurs qu'ils auront été plus simples et plus débarrassés de toute pensée et raisonnement de l'esprit.

6° La voie sèche et aride est de beaucoup préférable à Celle des consolations, quoiqu'elle soit bien plus pénible. C’est dans cette seule voie qu’on acquiert la solidité de la vertu; dans l’autre voie les dispositions les plus parfaites en apparence sont sujettes à se démentir au moindre souffle des aridités ou des tentations. Aussi Dieu a-t-il coutume de mettre les âmes dans les épreuves après un certain temps de douceurs et de consolations.

7° Quand il plaît à la divine bonté de faire marcher une àme dans la voie du pur amour, la crainte ne fait sur elle

aucune impression; comme la crainte fait venir l'amour, aussi l'amour chasse la crainte, dit saint Augustin après saint Jean. Ceux qui sont chargés de la direction de cette àme doivent seconder ce dessein et ne la conduire que par l'amour et la confiance. S'il se présente quelque circonstance où la crainte lui soit nécessaire pour éviter le mal, Dieu aura soin de la lui inspirer. Qu'elle continue donc toujours à aimer sans s'embarrasser d'autre chose ; et qu’elle évite surtout de s'inquiéter et de se troubler: car cette tentation est plus à craindre que toute autre pour les âmes qui marchent dans cette voie. 1l faut donc toujours leur recommander de garder à tout prix la paix intérieure, et de rejeter comme un messager de l'enfer tout ce qui tend à troubler ou à altérer cette sainte paix.

Au reste, sachez que l’oraison la plus parfaite est celle qui est la plus simple, etla plus simple est celle où il entremoins du nôtre, moins d'idées, moins d’imaginations, moins de raisonnements, qui est formée d’un seul sentiment plus longtemps continué.

Plus les sentiments inspirés par la grâce séjourneront dans l’âme, plus elle en sera pénétrée, et plus il leur sera facile d'agir sous leur influence. Celui du divin amour qui contient éminemment tous les autres doit faire sa nourriture la plus habituelle ; quand il dominera toutes les affections de l’âme, elle éprouvera une ardeur et une sorte d’enchantement qui la feront courir dans la voie de la sainteté.

LETTRE IX

A LA SŒUR MARIE-ANNE-THÉRÈSE DE ROSEN (1731

Même sujet; danger de l'illusion dans l’oraison de recueillement

Ma chère Sœur,

Tenez-vous-en toujours au grand directeur intérieur qui seul peut donner lumière et force dans tous nos besoins. Ne vous souciez point des livres quanil il parle intérieurement. Que votre capital soit ce saint repos en sa divine présence; n’en sortez jamais, ne rompez pas ce silence sacré, sinon quand Dieu vous donnera attrait pour certains entretiens saints et utiles ; après quoi, rentrez dans votre fort et dans votre sanctuaire, qui n’est autre que le recueillement et le silence intérieur en la présence et à la vue du Bien-aimé ; en lui seul, et dans ce simple et doux repos en Dieu, vous trouverez toute lumière, courage, force et douceur, patience, humilité, résignation, paix et repos du cœur. Je vous souhaite tout cela au plus haut degré de perfection.

Ne craignez point les ténèbres et les aridités dans l'oraison; quand on sait s'unir à Dieu et à sa sainte volonté, acceptant tout ce qu’il veut, on est bien, on & tout. Voilà la plus parfaite oraison et le plus pur amour, selon sainte Thérèse.

Vous avez fait très-sagement de faire expliquer le révérend Père: au sujet dont vous me parlez. J’ai tant de respect pour ses sentiments, que je me croirais dans l’er-

D'ABANDON DPI

reur si j'en avais de contraires aux siens. J'ai toujours pensé comme lui, que personne ne peut nine doit s’ingérer dans l’oraison de recueillement, si on n’y est appelé, et même qu'on ne peut mériter cette grâce par ses bonnes œuvres, ni y parvenir par tous ses efforts, J’ai seulement ajouté, avec le Père Surin et les auteurs qui en parlent, qu’on peut indirectement et de loin se disposer à recevoir ce grand don du ciel, en ôtant les obstacles, par une grande pureté : 1° de conscience, 2° de cœur, 3° d’esprit, 4° d'intention ; ce qui seul mène une âme fort loin; qu’on peut et qu'on doit après cela s’y disposer encore prochainement par de petites et fréquentes poses, comme pour se tenir aux écoutes et donner lieu à l’esprit intérieur.

Après avoir lu ceci au révérend Père... ou lui avoir envoyé ce petit papier, si vous ne pouvez promptement Jui parler, je vous prie de lui dire que je le crois obligé en conscience de désabuser de ma part les personnes qu'il croit abusées, et que je m’en décharge sur lui, ne sachant pas sur qui cela peut tomber.

Mais pour y procéder avec toute la discrétion et la prudence nécessaires, je le prie auparavant, de vouloir bien faire deux réflexions : 1° qu’il doit s'assurer de l’abus par quelques connaissances de l’intérieur des personnes en question, car le seul rapport d'autrui ne donne pas grande lumière sur un fait secret et tout intérieur. Mais dira-ton, nous savons que ces personnes sont très-imparfaites, nous leur voyons faire bien des fautes qui nous scandalisent. Je réponds à cela et c’est la seconde réflexion : L'expérience de la direction nous apprend que sous ces extérieurs très-imparfaits, Dieu cache souvent de grandes vertus intérieures, connues de lui seul. Ainsi je ne crois pas qu’on puisse juger précisément que ces personnes s’abu-

sent et sont dans l'erreur, touchant ce genre d’oraison, d'autant mieux qu'il arrive bien souvent que ces imperfections et ces fautes sont fort grossies et exagérées par le manque de charité des autres, et quelquefois par des motifs encore plus mauvais. Je me souviens ici que sainte Thérèse dit, parlant d'elle-même, que cette manière d’oraison fut suspecte longtemps à son sujet, et que ce qui fit penser que ce n’était en elle que tromperie et illusion du démon, c’est que les personnes les plus éclairées qu’elle consultait, ne pouvaient accorder dans leur esprit un tel don d’oraison, avec la conduite qu’elle tenait alors, c’està-dire, avec son empressement à aller au parloir, à connaître, à voir, à être vue, à entretenir des relations et des liaisons mondaines, perdant ainsi beaucoup de temps et négligeant son intérieur; car elle dit qu’elle était telle alors. Et voilà, ajoute-t-elle, ce qui faisait juger à tous ceux qui me connaissaient que mon oraison n’était qu’illusion. Sur quoi, j'ai trouvé des directeurs qui avaient fait Pexpérience, disaient-ils, que Dieu donne quelquefois cette oraison : 1° à de grands pécheurs, dès le commencement de leur conversion, pour que cette œuvre de leur conversion se fasse d’une manière plus prompte et plus entière; 20 à des personnes très-imparfaites pour corriger mieux et plus promptement leurs défauts ; mais ce qu'on ajoute et que je crois aussi très-certain et très-juste, c'est qu'il est très-diflicile et infiniment rare qu'on puisse conserver ce don d’oraison avec des défauts ou des imperfections considérables, habituelles ou fréquentes et reconnues, sans qu'on fasse d'effort pour s’en corriger.

LETTRE X Même sujet

Voici ma réponse au sujet de la personne en question : son oraison de recueillement me semble procéder plutôt de l'esprit que du cœur. C’est l'inverse de ce qui devrait être ; car, pour que cette oraison porte son fruit, il faut que le cœur soit plus appliqué que l'intelligence. C’est, en effet, une oraison toute d'amour : le cœur se reposant doucement en Dieu l’aime sans bien savoir ce qu'il aime, ni comment se produit en lui cet amour. Mais sa réalité se montre bien par une certaine ardeur qu’on ressent continuellement dans le cœur; par une tendance constante vers ce centre divin, qu’on poursuit sans en avoir une vue distincte, et à l'attraction duquel on cède sans que rien puisse en distraire. De là vient la grande facilité de cette oraison, qui est pour le cœur un doux repos, et qui se prolonge sans efforts presque autant que l’on veut.

Donc, si la personne dont vous me parlez sent, ensuite, une très-srande application d'esprit, c’est une marque que son recueillement n’est pas encore ce qu’il doit être. — Mais le remède à cela? le voici, ce me semble : 1° Quand on se sent pris de ce grand recueillement, il faut tourner la pointe du regard intérieur, c’est-à-dire, sa réflexion et action sur son cœur, comme pour en sentir et goûter le doux repos: cette douceur et suavité est un charme qui attire presque toute l'attention de l’âme sur le cœur, et alors on sent davantage qu’on aime; et l’esprit

sans efforts et presque sans application volontaire, se trouve comme enchaîné au sentiment qui nourrit le cœur.

20 Si malgré cela, cette grande contention d'esprit continuait, vous défendrez à la personne de donner plus de deux heures en tout, chaque jour, à son oraison; et pendant ses lectures et autres temps, vous lui direz de ne pas chercher à dessein le recueillement, mais seulement de s’y livrer quand Dieu l’y entraînera; se souvenant toujours de porter sa principale attention intérieure sur son cœur, pour y savourer à loisir la suavité du doux repos et du calme intérieur.

3° Vous lui direz d'employer toujours un peu de temps pour examiner comment s’est passée son oraison, dans son commencement, son progrès et sa fin, c’est-à-dire : 19 Comment s’est formé son recueillement ; 2° S'il a fait naître en elle des sentiments et pensées distinctes, ou si ce doux sommeil a été si profond qu’elle ne se souvienne de rien, ce qui est le meilleur. 3° Comment elle se trouve au sortir de cet état: par exemple, dans un grand recueillement, dans un grand désir de bien faire, de ne s'attacher qu’à Dieu et de plaire uniquement à ce grand Maitre.

Persuadons-nous bien qu’on peut trouver Dieu partout, sans nul effort, parce qu'il est toujours très-présent à ceux qui le cherchent de tout leur cœur, quoiqu'il ne fasse pas toujours sentir sa divine présence. Ainsi, lorsque vous vous trouverez entièrement désoccupée des choses créées, en sorte qu'il vous semble que vous ne pensez à aucune, que vous n’en désirez aucune, sachez que votre âme est alors occupée de Dieu et en Dieu, sans le savoir. En voici la raison : comme Dieu est cet objet caché et invisible, où tendent, sans le savoir, tous les désirs d’un cœur droit, du moment qu’on ne détourne pas ses désirs

vers les créatures, ils demeurent dans leur centre naturel qui est Dieu; et à force de s’y fixer, ils s’accroissent peu à peu, jusqu’à se faire sentir quelquefois très-vivement et à produire de vives flammes d'amour. Ainsi, la vraie présence de Dieu n’est, à bien parler, qu’un espèce d’oubli des créatures avec un désir secret de trouver Dieu. Et voilà en quoi consiste le divin silence intérieur et extérieur si précieux, si désirable et si avantageux ; vrai paradis terrestre, où les âmes qui aiment Dieu savourent déjà l’'avant-goût du bonheur céleste.

LETTRE XI

A LA MÉRE LOUISE-FRANÇOISE DE ROSEN (1735) Exercice de l’abandon dans les divers états de l’âme.

Ma chère Sœur,

La paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Quand on est attentif et docile à l'esprit intérieur, il nous garde si sûrement, qu’on fait rarement des faux pas. Je loue pourtant la sage précaution de s’expliquer quelquefois aux ministres de Jésus-Christ, par une sainte défiance de soi-même. Dieu a si bien béni en vous cette humilité, que j'ai été presque poussé à ne vous répondre que ce seul mot : Tout va bien, continuez. Cependant, pour votre consolation, je veux ajouter tout ce que Dieu w’inspipera en relisant votre lettre.

Oh! la belle parole ! «Je n'aime, dites-vous, je n’aime ni

à parler, ni à écrire, ni à lire beaucoup. » — Cela seul marque un esprit ordinairement bien occupé dans l’intérieur; et un grand spirituel a dit de ces sortes de personnes, qu’elles ont des occupations immenses sans travail. Un autre appelle cette heureuse disposition le saint loisir, la sainte désoccupation, où ne rien faire en apparence, c’est tout faire; où ne rien dire, ce semble, c’est tout dire.

1° Je ne trouve rien que de bon dans les trois dispositions que vous éprouvez tour à tour : premièrement, de foi; secondement, de goûts et de sentiments; troisièmement, de renversement et de peines; mais leur bonté est différente. La première est la plus simple, la plus sûre; et elle favorise moins l’amour-propre. La seconde est plus agréable, et demande un grand détachement de tout goût et sentiments, même divins, pour ne s’attacher qu'à Dieu tout pur et tout seul, selon l’expression de Fénelon. La troisième est pénible et souvent très-crucifiante, mais aussi c’est la meilleure, parce que tout ce qui mortifie l’intérieur le rend plus pur, et, par conséquent, le dispose toujours à une plus étroite union avec le Dieu de toute pureté et de toute sainteté.

2° Grâces à sa bonté, vous vous comportez trôs-bien dans toutes ces trois dispositions; il n’y a qu’à continuer : mais vous vous expliquez d’une manière qui ferait de la peine à d’autres qui ne connaitraient pas cet état d’oraison. Vous dites que vous ne faites rien; et pourtant vous faites toujours quelque chose; sans quoi ce serait une pure oisiveté; mais votre âme agit si doucement, que vous ne vous apercevez pas des actes intérieurs de consentement et d’adhérence aux impressions du Saint-Esprit. Plus les impressions sont fortes, moins il convient d'agir :

il faut seulement suivre ce qui attire, et s’y laisser entrainer tout doucement, comme vous le dites très-bien.

3° Votre manière d'agir, au temps des orages et des bouleversements, m’enchante : soumission, abandon total et sans réserve ; se tenir content de n'être pas content, lorsque Dieu le veut ou le permet ainsi. On avance alors, dans un jour, plus que dans cent autres de douceurs et de consolations. O mon Dieu, la bonne, la belle et solide pratique! Enseignez-la à tout le monde, et répétez-la souvent à la pauvre Sœur N. À proprement parler, elle n’a besoin à présent que de ce point : cette maxime, pratiquée par elle constamment, en pourrait faire une sainte, et adoucirait toutes ses peines intérieures ; encore un coup, avec cette seule pratique, vous la verriez dans peu tout autre, comme si on l'avait refondue et transformée.

4° Votre abandon total, continuel et universel à Dieu, par un sentiment de confiance et d'union avec Jésus- Christ, faisant toujours la volonté de son Père, est la pratique la plus divine et la plus sûre pour réussir en tout; tàchez de la communiquer à tout le monde, surtout à la chère Sœur dont je viens de parler.

5° La grâce et la lumière, qui vous font combattre et étouffer les sentiments de la nature, dans toutes les occasions dont vous me parlez, méritent d'être précieusement conservées. L’attention et la fidélité à correspondre pleinement à ces grâces jusque dans les moindres rencontres, pourront encore les augmenter; mais ne souhaitez jamais d'être délivrée de la sensibilité des premiers mouvements : ils servent à conserver l'humilité intérieure, qui est le fondement et la gardienne de toutes les

vertus.

228 FIXE RICTOR SD TASER LU

6° Pour vos fautes ordinaires, vous devez savoir que, du moment que nos imperfections nous déplaisent sincèrement, et que nous sommes résolus sincèrement aussi à les combattre sans réserve, dès lors il n'y a plus d'affection dans le cœur, ni, par conséquent, rien qui s'oppose à notre union avec Dieu. Ce que nous devons faire alors, c'est d’abord de travailler de toutes nos forces à diminuer le nombre de ces fautes et imperfections ; et puis quand, par fragilité, surprise, ou autrement, on y est tombé, de se relever aussitôt courageusement, et de revenir à Dieu avec la même confiance que si rien n’était arrivé, après s’en être humilié en sa présence, et lui avoir demandé pardon, sans dépit contre soi-même, sans trouble ni inquiétude. L'humilité supplée alors au défaut de fidélité, et répare souvent nos fautes avec avantage: enfin, si, à l'égard du prochain, il y a quelque petite réparation à faire, ne jamais y manquer, mais saisir cette occasion de vaincre généreusement l'orgueil et le respect humain.

7° Lorsque vous éprouverez involontairement des mouvements désordonnés, donnez-vous le temps, avant que la grâce les étouffe, de bien sentir jusqu'à quel excès l’orgueil et la passion vous porteraient sans son secours, Par là, vous pourrez acquérir, par des expériences personnelles, l'entière connaissance de ce profond abîme de perversité, où nous tomberions, comme tant d’autres, si Dieu ne nous retenait. C’est par ces connaissances pratiques, ces sentiments réitérés, ces fréquentes expériences personnelles, que tous les Saints ont acquis la profonde humilité de cœur, le complet mépris et les saintes haines d’euxmêmes, dont nous trouvons tant de preuves dans l’histoire

de leur vie, et qui ont été les appuis les plus solides de leur perfection.

8° Quant au sentiment de peine et de tentation, pour l'extérieur, tout ce que vous m’en dites me fait comprendre que le Saint-Esprit a si bien réglé, à cet égard, vos pensées, vos sentiments et votre conduite extérieure et intérieure, que je n’ai rien à y ajouter. En effet, s'il est certain que, du moment que les marques d'estime et d'amitié que nous recevons, sans les avoir recherchées, nous sont à charge, au lieu d’être un sujet de complaisance, la peine et le dégoût qu’elles nous causent en sont le contre-poison. Il ne peut y avoir qu'un grand mérite à souffrir patiemment, en conformité aux ordres de Dieu et aux arrangements de sa Providence, et à l'exemple de Jésus-Christ, les soupçons, faux jugements, envies, jalousies, sans se permettre aucun éclaircissement et aucune défense au delà de ce qu’exige l'édification du prochain. Quand on se voit en butte à divers jugements et à des préventions injustes, aller toujours son train, sans rien changer à sa conduite, marchant au gré et au pas de la Providence, c’est vraiment vivre de la foi, seul à seul avec Dieu seul, au milieu du tracas et de l'embarras des créatures. Dans une disposition semblable, les choses extérieures ne peuvent atteindre jusqu'à l’intérieur, et la paix qu'on goûte ne peut être troubiée ni par leurs caresses, ni par leurs mépris. C’est là ce qui s'appelle vivre de la vie intérieure, et très-intérieure. Tant qu’on n’a pas acquis cette indépendance, les vertus les plus éclatantes en apparence sont, en réalité, fort peu solides, très-superficielles et très-exposées à être corrompues par l’amour-propre, et renversées par le moindre souffle de l’inconstance et de la contradiction.

90 Tenez-vous bien en garde contre toutes les illusions, quelque spécieuses qu’elles puissent être, qui vous porte-

230 ExXFRCICE DE. LA VERTU

raient à suivre vos propres idées et à vous préferer aux autres. L'esprit de suffisance et de critique semble à plusieurs n'être qu'une bagatelle, on ne saurait pourtant disconvenir que cet esprit ne soit très-opposé à la simplicité religieuse, et qu'il n'empêche un grand nombre d’âmes d'entrer dans les voies intérieures. On ne saurait, en effet, entrer dans ces voies, si on n’y est introduit par VEsprit-Saint, qui ne se communique jamais qu'aux humbles, aux petits et aux simples.

10° Votre manière profonde, délicate, simple et presque imperceptible de résister à toutes sortes de tentations est une pure gràce de Dieu; tenez-vous en là. Ce simple retour à Dieu vaut infiniment mieux que toutes les autres espèces d’actes. On ne peut bien expliquer celui-ci; Dieu seul l’apprend et le donne à l’âme dans l'école du Saint-Esprit, qui se tient au fond du cœur. Les doutes paisibles, que nous éprouvons après la tentation, naissent de la crainte chaste, dont il ne faut jamais se dépouiller ; pour les doutes inquiets, nés de l’amour-propre, il n’y a qu'à les chasser et les mépriser.

Au reste, rien au monde n’est plus aisé à reconnaître et à découvrir que les abus et les illusions de l’oraison de foi et de simple recueillement; et cela par l’infaillible règle de Jésus-Christ: on connaît l'arbre par les fruits. Donc, toute oraison qui produit la réforme du cœur, l’amendement des mœurs, la fuite de tout vice, la pratique des vertus évangéliques et des devoirs de son état est une bonne oraison. Au contraire, toute oraison qui ne donne pas ces fruits ou qui en produit d’opposés, est un mauvais arbre et une fausse oraison, füt-elle accompagnée de ravissements, d’extases et de miracles. La foi, la charité, l'humilité, voilà les chemins qui nous conduisent à Dieu ;

donc, tout ce qui nous fait marcher par ces chemins, nous est utile; tout ce qui nous en éloigne, est nuisible. C’est là la règle la plus sûre, la plus infaillible et la plus à la portée de tous, pour prévenir et pour réformer tout abus, toute illusion.

Je salue très-cordialement votre chère Sœur ; dites-lui, s’il vous plaît, de ma part, qu’elle continue toujours à se laisser conduire par l'Esprit intérieur, età se tenir, comme elle fait, en abandon total entre les mains de Dieu, également contente de ce qu’il donne, de ce qu'il ôte, et du rien apparent où il laisse, quand il lui plaît. C’est là toute la perfection et le vrai avancement d’une âme fidèle. Ah! qw’elle fait plaisir à Dieu de parler sans cesse à ses épouses de ce saint abandon qui, seul, peut les unir solidement à Jui !

LETTRE XII

Page 1