‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 38 sur 68 · A LA SŒUR CATHERINE-ANGÉLIQUE DE SERRE · texte numérisé non relu

A LA SŒUR CATHERINE-ANGÉLIQUE DE SERRE

Exercice de l'abandon par la paix de l'âme.

Ma bien chère Sœur,

La paix de Jésus-Christ soit toujours avec nous et en nous, puisque Dieu n’habite et n’opère librement que dans les cœurs paisibles.

Je me réjouis et je vous félicite de la paix que le Seigneur vous fait éprouver dans une entière conformité à tous les ordres et à tous les arrangements de son aimable Providence. Cette paix comme vous savez, est le fondement de la vie intérieure, et cela pour plusieurs raisons;

d’abord parce qu’elle est la santé et la force de l’âme, de même que le trouble est pour l’âme ce qu’est la fièvre pour le corps, un principe de langueur et de faiblesse.

En second lieu, parce que l'agitation et le trouble de l'intérieur empêchent de prêter l'oreille à la voix douce et au souffle délicat du Saint-Esprit.

Pour vous maintenir dans cette paix qui, je l'espère, ira toujours croissant, il n’y à qu'à ne pas vous départir de l'abandon total, et de la résignation absolue et sans réserve dont je viens de parler. Vous y parviendrez sans peine, si vous ne perdez jamais de vue cette grande et consolante vérité, qu'il n'arrive rien en ce monde que par l'ordre de Dieu ou du moins par sa divine permission, et que tout ce qu'il veut ou permet, tourne infailliblement à l’avanvantage des âmes soumises et résignées. Cela même qui dérange le plus nos desseins spirituels, se change en quelque chose de meilleur pour nous. Tenez-vous fermement attachée à ce grand principe, et les plus violentes tempêtes ne pourront plus troubler le fond de votre âme, alors même qu'ellesagiteraientla sensibilité, qui en est commelasurface.

Lorsque, dans l’oraison, vous éprouverez de certains goûts, un doux repos d'âme et de cœur en Dieu, recevez ces dons avec humilité et action de grâces, mais sans attache. Si vous aimiez ces consolations pour elles-mêmes, vous mettriez Dieu dans la nécessité de vous en priver ; car, quand il nous appelle à l’oraison, ce n'est pas pour flatter notre amour-propre et nous donner lieu de nous complaire en nous-mêmes, mais pour nous disposer à faire sa sainte volonté, et nous apprendre à nous y conformer en toutes choses toujours plus parfaitement.

Quand les distractions et les sécheresses succéderont aux consolations, vous savez comme il faut les supporter : je

veux dire en paix, soumission et abandon, comme il plait à Dieu de les permettre. Vous savez encore qu’il n’y a de distractions nuisibles que celles de la volonté ; par conséquent, toutes celles qui déplaisent, n’empêchent pas l’oraison de cœur et de désir. Ne vous efforcez jamais de combattre ces distractions opiniâtres ; il est plus sûr et mieux de les laisser tomber, comme on laisse tomber les diverses folies et extravagances qui nous passent malgré nous dans lesprit ou dans l'imagination.

Ce qui vous est déjà arrivé vous arrivera encore souvent : Dieu vous fera éprouver, après l’oraison, ce qu'il vous aura refusé pendant l'oraison, afin de vous faire sentir que c’est le pur effet de la grâce et non de votre travail ou de votre industrie. Rien ne sert plus à nous tenir dans la dépendance de la grâce et dans l’abjection à nos propres yeux; c’est de là que naît la vraie humilité de cœur et d'esprit.

Pendant le cours de la journée, tâchez de vous tenir unie à Dieu, ou par de fréquentes aspirations et élévations vers lui, ou par le simple regard de pure foi, ou mieux encore par un certain repos du fond de l’âme et de tout votre être en Dieu, accompagné d’un complet dégagement de tous les objets extérieurs de ce monde. C’est à Dieu lui-même qu'il appartient de vous indiquer celle de ces trois manières qui doit vous servir à vous unir à lui, par le mouvement, le goûtet la facilité qu’il vous en donnera ; car cette union dépend des divers états auxquels la grâce élève les âmes. Chacun de ces états a son attrait; il faut connaître le sien et puis le suivre avec simplicité et fidélité, mais sans trouble, sans inquiétude, sans empressement; toujours suavement, doucement et paisiblement,

comme dit saint François de Sales.

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LETTRE XII

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