SIX
Conclusion du premier chapitre, Combien la sainteté devient facile dès qu’on comprend bien cette doctrine.
Je crois que si les âmes qui tendent sérieusement à la sainteté étaient instruites de cette conduite qu'elles doivent tenir, elles s’épargneraient bien de la peine. J'en dis autant des personnes du monde et des âmes de Providence. Si les premières savaient le mérite caché dans ce que chaque instant du jour leur donne à pratiquer, je veux dire leurs devoirs journaliers et les actions de leur
état; si les secondes pouvaient se persuader que le fond de la sainteté consiste dans les choses dont elles ne font point de cas, et qu’elles regardent même comme lui étant étrangères ; si les unes et les autres comprenaient que, pour s'élever au plus haut degré de la perfection ; les croix de Providence, que leur état leur fournit à chaque moment, leur ouvrent un chemin bien plus sûr et bien plus court que les états et les œuvres extraordinaires ; que la vraie pierre philosophale est la soumission à l’ordre de Dieu qui change en or divin toutes leurs occupations, leurs ennuis, leurs souffrances; qu’elles seraient heureuses! Quelle consolation et quel courage elles puiseraient dans cette pensée, que, pour acquérir l'amitié de Dieu et toutes les gloires du ciel, il n’y a pas plus à faire qu’elles ne font, ni plus à souffrir qu’elles ne souffrent ; que ce qu’elles laissent perdre et ce qu’elles ne comptent pour rien, suffirait pour acheter une sainteté éminente!
Que je désirerais, Ô mon Dieu, être le missionnaire de cette sainte volonté, et apprendre à tout le monde qu’il n’y à rien de si aisé, de si commun, ni de si présent dans les mains de tout le monde que la sainteté! Que je voudrais pouvoir faire bien comprendre que, de même que le bon et le mauvais larron n'avaient pas des choses différentes à faire et à souffrir pour être saints ; ainsi deux âmes, dont l’une est mondaine et l’autre tout intérieure et spirituelle, n’ont rien de plus à faire et à souffrir l’une que l’autre; que celle qui se sanctifie acquiert l’éternelle félicité, en faisant par soumission à votre volonté ce que celle qui se damne fait par fantaisie; et que cette dernière se damne en souffrant avec regret et avec murmure ce due celle qui se sauve endure avec résignation! C’est donc le cœur seul qui est différent.
O chères âmes, qui lisez ceci, il ne vous en coûtera pas davantage, faites ce que vous faites, souffrez ce que vous souffrez : il n’y à que votre cœur à changer. Ce qu’on entend par le cœur, c’est la volonté. Ce changement consiste donc à vouloir ce qui nous arrive par l’ordre de Dieu. Oui, la sainteté du cœur est un simple fat, une simple disposition de volonté conforme à celle de Dieu. Qu’y a-t-il de plus aisé? Car, qui ne peut aimer une volonté si aimable et si bonne? Aimons-la donc, et par ce seul amour tout en nous deviendra divin.