‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 50 sur 68 · LETTRE XXVII À LA MÈRE MARIE-ANNE-SOPHIE DE ROTTEMBOURG · texte numérisé non relu

LETTRE XXVII À LA MÈRE MARIE-ANNE-SOPHIE DE ROTTEMBOURG

Abandon dans l’acceptation des emplois

Que la paix de Jésus-Christ règne toujours dans votre cœur, et que la très-sainte volonté de Dieu s’accomplisse toujours en vous et par vous.

Je savais déjà, ma révérende mère, votre élection, et je m'en étais réjoui d’abord en Dieu : parce que je ne doute pas ce que ne soit au contentement de toute votre communauté, et à son profit spirituel.

Tant que vous vous maintiendrez dans cette disposition, votre emploi, quelque propre qu'il paraisse à vous dissiper,

ne vous sera nullement dommageable, car je me souviens d’avoir lu que ce qui dissipe, ce ne sont point nos emplois ou nos charges, mais l’empressement, les inquiétudes et le trouble qui naissent de l’activité naturelle et du désir de réussir en tout devant les hommes. Le célèbre M. de Renti disait que, depuis longtemps, il n'éprouvait aucune difficulté ni aucune différence entre être en prières dans son oratoire, ou travailler, agir, se donner du mouvement pour l’amour de Dieu et le service du prochain. Nous pourrions en dire autant que lui, si nous étions aussi détachés que lui de toute recherche d’amour-propre.

Vous avez donc mal fait de vous tant défendre contre l’emploi que la Providence vous a départi. Dieu vous le pardonne, mais n’y retournez plus. Ne rien désirer et ne rien refuser, voilà la maxime de saint François de Sales ; je vous ordonne d’en faire la vôtre. La nouvelle épreuve que vous allez certainement faire du secours visible du Ciel, vous rendra inexcusable si, pour tout l'avenir, vous ne vous établissez dans un abandon et une confiance sans réserve et sans bornes.

La Sœur N. à commis une infidélité du même genre, mais elle est moins excusable, puisqu'elle n’a point cédé aux instances qui lui ont été faites. Veuillez lui dire que j'ai été bien peu édifié de sa conduite. L’espérance de mieux conserver le recueiliement lui a fait perdre l’occasion de pratiquer une foule de vertus. Si elle eût eu plus de simplicité à se soumettre, elle aurait pu exercer tout à la fois l’obéissance, la charité, le zèle. Je ne parle pas du renoncement, qu'elle eût excellemment pratiqué en surmontant son antipathie, et en s'offrant généreusement à servir la communauté dans l'emploi qui lui était offert, L'incapacité même qu'elle croyait reconnaître en elle eût

dû l’engager à accepter: car le dommage qui pouvait résulter pour lä communauté de cette incapacité n’était pas son affaire, puisqu'elle n’avait en aucune manière recherché cette charge; maïs, pour elle, ilne pouvait en résulter que des mérites. De combien de petits actes d’humilité, de patience, de support, de gêne, de contrainte, de vigilance et de charité, cette incapacité lui eût-elle pu fournir l’occasion! Mais elle n’a pas eu le courage d’affronter ces sacrifices, et elle a cédé à son amour-propre, tout en croyant suivre les conseils de l'humilité. Au moins qu'elle s’humilie profondément devant Dieu : qu’elle apprenne à devenir bien petite à ses propres yeux, et qu’elle n’omette rien peur réparer la mauvaise édification qu’elle a donnée à ses Sœurs.

LETTRE XXVII

À LA SŒUR MARIE-THÉRÈSE DE VIOMÉNIL

Même sujet.

Tout ce qui modère la vivacité de nos passions et les tient en suspens est une grâce singulière de Dieu; livrezvous donc à l'attrait qui vous porte à ce saint repos, et ne donnez aucune entrée libre dans votre esprit ni dans votre cœur, à tout ce qui s'appelle désir, crainte, espérance, tristesse, joie, abattement volontaire. Par là, peu à peu la paix de Dieu s’introduira dans le fond de l’intérieur ; et moins elle sera sensible, plus elle sera- précieuse, ne pouyant venir que de Dieu seul.

Quand on ne veut s’ingérer en rien où on n’a rien à faire, on peut trouver partout une charmañte solitude, à laquelle pourtant est préférable l'embarras et l’importunité quand c’est la divine Providence qui nous y engage. A la vérité, la première situation est plus douce et plus consolante ; mais l’autre étant plus pénible, est aussi plus méritoire, quand c’est l’ordre de Dieu qui nous y met contre notre choix. D'où je conclus qu'il y a plusieurs voies pour aller à Dieu, mais qu’il faut que chacun marche précisément dans la sieune, sans envier celle des autres. Ne vouloir étre que ce que Dieu veut : dans ce seul mot est renfermé tout le bonheur présent avec l'espérance de l’éternelle félicité. Défions-nous toujours de notre vivacité, surtout dans les bonnes œuvres; souffrons patiemment ce que Dieu souffre; et, après avoir fait raisonnablement ce que nous pouvons et croyons devoir faire, selon la lumière de Dieu, demeurons tranquilles et paisibles, dans l’abandon de tout à ses adorables volontés.

LETTRE XXIX A LA MÊME Même sujet, application à soi-même.

Ma chère Sœur,

Vous voudriez savoir, dites-vous, le temps de mon retour. Le voici: c’est que je n’en sais rien moi-même, et je ne puis ni ne veux le savoir, Je me livre et je m'abandonre à la*divine Providence en tout et pour tout, du jour.

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