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à la journée. Faites-en de même, autant que vous le pourrez ; rien n’est meilleur.
O ma chère Sœur, combien je désire que vous goûtiez la saveur de cette manne cachée qui tient lieu aux vrais Israélites des mets les plus délicieux! Ne désirons que Dieu, et Dieu remplira tous nos désirs. Abandonnons-nous aveuglément à toutes ses volontés, et nous serons, par là même, délivrés de tous nos soucis. Alors nous verrons que, pour avancer dans les voies du salut et de la perfection, il n’y à, dans le fond, que peu de chose à faire; et qu'il suffit, sans tant raisonner ni sur le passé ni sur l'avenir de regarder Dieu avec confiance, dans le moment présent, comme un bon Père qui nous mène par la main.
À Dieu ne plaise donc que je fasse la moindre démarche pour sortir de l'ignorance complète où je suis par rapport à ma destinée. J'aime bien mieux rester dans cette ignorance, abandonné à Dieu, sans soin ni soucis, comme un petit enfant qui repose dans le sein de sa bonne et tendre mère, voulant tout et ne voulant rien, c’est-à-dire tout ce que Dieu voudra et rien de ce qu'il ne voudra pas. Dans cet heureux abandon, je trouve ma paix et un profond repos de cœur et d'esprit, qui me délivre de mille vaines pensées, de tout désir inquiet et de toute sollicitude pour l'avenir. é
Tous les états, ies lieux, les emplois par où Dieu m'a fait passer, ont été mélés de tant de biens et dehmaux, que, quand j'y devrais repasser encorer. je ne pourrais rien choisir de moi-même. Dieu seul connait ce’qui est le plus expédient pour nous ; ilanous ‘aime plus que nous ne nous aimons nous-mêmes ; pouvons-nous donc mieux faire que de le laisser tout vouloir etschoisir pour nous? Pouvonsnous oublier que nous n'avons qu’une grande et importante
affaire en ce monde, qui est le salut éternel? Pourvu que cette affaire si essentielle réussisse, tout est fait, et nous ne devons plus nous inquiéter de rien.
Du reste, rechercherais-je mon plaisir, je ne vois pas comment j'en pourrais goûter un plus doux que d’être comme l'oiseau sur la branche, et de ne voir rien de sûr pour mon séjour. Cette incertitude donne lieu à un plus grand abandon, et cet abandon sans réserve fait mon repos. Il me délivre du soin de me conduire moi-même, et m'assure que j'arriverai infailliblement à mon but, porté sur les bras de Dieu et marchant au pas de sa divine Providence. Quelle est la créature dont la perfection et Pamitié pourraient me donner une assurance aussi consolante ?
LETTRE XXX
À LA MÊME
Abandon dans les maladies, +
Vos maux incurables me toucheraient d’une trés-vive compassion, si je ne connaissais évidemment que c'est pour vous un grand trésor pour l'éternité. C’est une espèce de martyre ou de purgatoire, source inépuisable de toutes sortes de sacrifices et d'actes d'abandon continuels. Je vous assure que tout cela, supporté comme vous faites, sans plaintes, sans murmures, est très-capable de vous sanctifier. Il y aurait'encore bien du mérite quand vous vous contenteriez de pratiquer la patience, que pratiquent tous les bons chrétiens ; mais, quoi que vous en disiez, vous
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faites plus que cela, et les révoltes involontaires de la nature, les quelques petits moments d'impatience échappés comme malgré vous, n’empéchent pas que par le fond du cœur vous ne demeuriez unie à Dieu. Votre vie se peut appeler une vie dure et laborieusoe, une vie pénitente et crucifiée ; elle peut, par conséquent, vous servir de purgatoire en ce monde, et vous délivrer de l’autre, ou du moins l’abréger de beaucoup.
Voilà ce qui fait que je n’ose demander à Dieu la délivrance d’un mal qui doit bientôt finir et dont vous aurez à lui rendre grâces durant toute l'éternité, comme d’un bienfait signalé de sa miséricorde. La seule chose que je puis lui demander pour vous est l'augmentation de son amour, et les vertus de soumission, de patience et d’entier abandon qui accroîtront le mérite de vos souffrances.
C’est une grâce de Dieu de n'être guère sensible à la pensée de la mort. Quant à vos insensibilités et à vos ennuis extérieurs, supportez-les comme vos maux corporels. Dieu ne vous demande pas autre chose ; le seul fat journalier, appliqué à toutes vos souffrances extérieures, doit opérer votre salut et même votre perfection. Tout ce que les livres et les directeurs pourraient vous dire, se réduit à ce seul mot : fiat; oui, fiat, en tout temps et pour toutes choses; mais surtout par rapport à la vie pénitente et crucifiée où il a plu à la divine Providence de vous réduire. Tobie dans sa cécité, Job sur son fumier et tant d’autres Saints et Saintes cloués sur le lit de la douleur, n’en faisaient pas davantage. Il est vrai qu’ils le faisaient avec moins de fautes, avec plus de perfection et plus d'amour. Efforçcons-nous d’imiter leurs vertus, comme nous partageons leurs épreuves, et nous sommes sûrs de partager un . jour leur couronne,
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LETTRE XXXI