‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 7 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

Dieu se révèle à nous dans les événements les plus communs, d’une manière aussi mystérieuse, mais aussi réelle et aussi adorable que dans les grands événements de l’histoire et dans les saintes Écritures.

La parole de Dieu écrite est pleine de mystères ; sa parole exécutée dans les événements du monde ne Pest pas moins. Ces deux livres sont vraiment scellés, la lettre de tous les deux tue. Dieu est le centre de la foi; c’est un abime de ténèbres, qui, de ce fond, se répandent sur toutes les productions qui en sortent. Toutes ces paroles, toutes ces œuvres ne sont, pour ainsi dire, que des rayons obscurs de ce soleil plus obscur encore. En vain nous ouvrons les yeux du corps pour voir ce soleil et ses rayons ; les yeux de notre âme, par lesquels nous voyons Dieu et ses ouvrages, sont eux-mêmes des yeux fermés.

Les ténèbres tiennent ici la place de la lumière; la connaissance est une ignorance , et on voit en ne voyant pas. L'Écriture sainte est le langage mystérieux d’un Dieuencore plus mystérieux ; les événements du siècle sont des paroles obscures de ce même Dieu si caché et si inconnu. Ce sont des gouttes de la mer, mais d’une mer de ténèbres. Toutes les gouttes, tous les ruisseaux tiennent de leur origine. La chute des Anges, celle d'Adam, l’impiété et l’idolâtrie des hommes, avant et après le déluge, du vivant des Patriarches, qui savaient et racontaient à leurs enfants l’histoire de la création et de la conservation encore toute récente : voilà des paroles bien obscures de lEcriture sainte! Une poignée d'hommes préservés de l’idolâtrie, dans la perte générale de tout le monde, jusqu'à la venue du Messie ; limpiété toujours régnante, toujours puissante ; ce petit nombre de défenseurs de la vérité toujours persécutés et maltraités, les traitements faits à Jésus-Christ ; les plaies de Apocalypse! Quoi donc! Ce sont là des paroles de Dieu! C’est ce qu’il à révélé! C’est ce qu'il a dicté!.…. Et les effets de ces terribles mystères, qui continuent jusqu'à la fin des siècles, sont encore la parole vivante qui nous enseigne sa sagesse, sa puissance, sa bonté! Tous les événements qui forment l’histoire du monde expriment ces divins attributs. Tous préchent cette parole adorable. Hélas! il faut le croire, cela ne se voit pas.

Que veut dire Dieu par les Turcs, les protestants, tous les ennemis de son Eglise? Tout cela prêche avec éclat. Tout cela signifie les perfections infinies. Pharaon et tous les impies qui l’ont suivi et qui le suivront ne sont que pour cela; mais assurément, si l’on ouvre les yeux, la lettre dit le contraire; il faut s’aveugler et cesser de raisonner, pour y voir des mystères divins.

Vous parlez, Seigneur, à tous les hommes, en général, par les événements généraux. Toutes les révolutions ne sont que des flots de votre Providence, qui excitent des orages et des tempêtes dans le raisonnement des gens curieux. Vous parlez en particulier à tous les hommes par ce qui leur arrive de moment en moment. Mais au lieu d'entendre en cela votre voix, de respecter l’obscurité et le. mystérieux de votre parole, on n’y regarde que la matière, le hasard, l’humeur des hommes; on trouve à redire à tout; on veut ajouter, diminuer, réformer ; on se donne une liberté entière de commettre des excès dont le moindre serait un attentat inoui, s’il s’agissait d’une seule virgule des saintes Écritures. Mais celles-ci on les respecte. — C’est la parole de Dieu, dit-on, tout y est saint, véritable. Si on n’y comprend rien, on n’en a que plus de vénération, on rend gloire et justice aux profondeurs de la sagesse de Dieu. — Cela est bien juste. Mais ce que Dieu vous dit, chères âmes, les paroles qu’il prononce de moment en moment, qui ont pour corps, non delencre et du papier, mais ce que vous souffrez, mais ce que vous avez à faire d’un moment à l’autre, ne méritent-elles rien de votre part? Pourquoi ne respectez-vous pas en tout cela la vérité et la volonté de Dieu? Il n’y a rien qui ne vous déplaise, vous censurez tout. Ne voyez-vous pas que vous mesurez par les sens et par la raison ce qui ne peut se mesurer que par la foi? Et que. lisant avec les yeux de la foi la parole de Dieu dans les saintes Écritures, vous avez grand tort de la lire avec d’autres yeux dans ses opérations ?

D’'ABANDON Ro)

L'action divine continue dans les cœurs la révélation commencée dans les saintes Ecritures; mais les caractères dont elle se sert pour l'écrire ne seront visibles qu'au grand jour.

« Jésus-Christ, dit l’Apôtre, était hier, il est aujourd'hui; il sera jusqu'à la fin des siècles. » Dès l’origine du monde il était, comme Dieu, le principe de la vie des âmes justes; son humanité a participé, depuis le premier instant de son Incarnation, à cette prérogative de ga Divinité. Il opère en nous tout le temps de notre vie; le temps qui s’écoulera jusqu'à la fin du monde n’est qu'un jour, et ce jour est encore plein de lui. Jésus-Christ a vécu et il vit encore; il à commencé en soi-même, et il continue dans ses Saints une vie qui ne finira jamais. O vie de Jésus, qui comprend et qui excède tous les siècles! vie qui fait à tout moment de nouvelles opérations! Si tout le monde n’est pas capable de comprendre tout ce qu'on pourrait écrire de la vie propre de Jésus, de ce qu'il a fait ou dit sur la terre ; si l'Evangile ne nous en crayonne que quelques petits traits; si la première heure est si inconnue et si féconde, combien faudrait-il écrire d’évangiles pour faire l’histoire de tous les moments de cette vie mystique de Jésus-Christ, qui multiplie les merveilles à l'infini, et qui les multiplie éternellement, puisque tous les temps, à proprement parler, ne sont que l’histoire de Paction divine ?

Le Saint Esprit à fait remarquer, en caractères infaillibles et incontestables, quelques moments de cette vaste durée; il a ramassé dans les Écritures quelques gouttes

de cette mer. Nous y voyons par quelles voies secrètes et inconnues il a fait paraître Jésus-Christ au monde. On peut suivre les canaux et les veines, qui, dans la confusion des enfants des hommes, distinguent l’origine, la race, la généalogie de ce premier-né. Tout l'Ancien Testament n’est qu'une esquisse des inscrutables profondeurs de ce divin ouvrage; il ne renferme que ce qui est nécessaire pour arriver à Jésus-Christ. L'Esprit divin a tenu tout le reste caché dans les trésors de sa sagesse. Et de toute cette mer de l’action divine, il ne fait paraître qu'un filet d'eau, qui, étant parvenu à Jésus, s’est perdu dans les Apôtres et a été abîimé dans l'Apocalypse; de sorte que histoire de cette divine action qui consiste dans toute la vie que Jésus mène dans les âmes saintes, jusqu'à la fin des siècles, ne peut être devinée que par notre foi.

À la manifestation de la vérité de Dieu par la parole a succédé la manifestation de sa charité par l’action. Le Saint-Esprit continue l’œuvre du Sauveur. En même temps qu'il assiste l’Église dans la prédication de l'Évangile de Jésus-Christ, il écrit lui-même son propre évangile; et il l’écrit dans les cœurs. Toutes les actions, tous les moments des Saints sont l'Évangile du Saint-Esprit. Les âmes saintes sont le papier, leurs souffrances et leurs actions sont l'encre. Le Saint-Esprit, par la plume de son action, écrit un évangile vivant; mais on ne pourra le lire qu'au jour de la gloire, où, après être sorti de la presse de cette vie, on le publiera.

Oh! la belle histoire! Le beau livre que l’Esprit-Saint écrit présentement! Il est sous la presse, âmes saintes, il n'y à point de jour qu'on n’en arrange les lettres, que l’on n'y applique l'encre, que l’on n’en imprime les feuilles. Mais nous sommes dans la nuit de la foi: le papier est

plus noir que l’encre ; il n’y a que confusion dans les caractères ; c’est une langue de l’autre monde, on n’y entend rien. Vous ne pourrez lire cet évangile que dans le ciel. Si nous pouvions voir la vie de Dieu, et regarder toutes les créatures, non en elles-mêmes, mais dans leur principe; si nous pouvions, encore un coup, voir la vie de Dieu dans tous les objets ; comme l’action divine les meut, les mêle , les assemble , les oppose, les pousse vers le même but par des voies contraires; nous reconnaitrions que tout a ses raisons, ses mesures, ses rapports dans ce divin ouvrage. Mais comment Jire ce livre dont les carac- - tères sont inconnus, innombrables , renversés et couverts d'encre ? Si le mélange de vingt-quatre lettres est incompréhensible, de sorte qu’elles suffisent à composer à l'infini des volumes différents et tous admirables dans leur genre, qui pourra exprimer ce que Dieu fait dans l'univers ? Qui pourra lire et comprendre le sens d’un si vaste livre, dans lequel il n’y a pas une lettre qui n'ait sa figure particulière, et qui ne renferme dans sa petitesse de profonds mystères? Les mystères ne se voient et ne se sentent pas : ils sont objets de foi. La foi ne juge de leur vérité et de leur bonté que par leur principe ; car, en eux-mêmes, ils sont si obseurs que toutes leurs apparences ne servent qu’à les cacher, et à aveugler ceux qui jugent par la raison seule.

Apprenez-moi, divin Esprit, à lire dans ce livre de vie! Je veux devenir votre disciple; et, comme un simple enfant, croire à ce que je ne puis voir. Il me suffit que mon maître parle. Il dit cela, il prononce ainsi, il assemble ses lettres de cette facon, il se fait entendre de cette manière : cela suffit; je juge que c’est tout comme il l’a dit. Je n’en vois pas la raison; mais il est la vérité infaillible,

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tout ce qu'il dit, tout ce qu’il fait est véritable. Il veut que ces lettres soient ensemble pour faire un mot, qu'un tel nombre en fasse un autre. Il n’y en a que trois, que six : il ne faut que cela, et moins ferait un faux sens; lui seul, qui sait les pensées, peut assembler les lettres pour les écrire. Tout signifie; tout à un sens parfait. Cette ligne finit ici parce qu'il le faut; il n’y a pas une virgule qui y manque, pas un point inutile. Je le crois présentement; et lorsque le jour de la gloire me révélera tant de mystères, je verrai ce que je ne comprends que confusément; et ce qui me parait si embrouillé, si embarrassé, si peu sensé, si peu suivi, si imaginaire, toutcela me ravira, me charmera éternellement par les beautés, l’ordre, les raisons, la sagesse et les incompréhensibles merveilles que jy découvrirai.

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