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L'action divine est aussi indignement traitée par beaucoup de chrétiens, dans cette manifestation de chaque jour, que Jésus-Christ le fut par les Juifs dans sa chair,
Qu'il se trouve d'infidélités au monde! Que l’on y pense indignement de Dieu! puisque sans cesse on y trouve à redire à l’action divine, ce que l’on n’oserait faire du moindre artisan dans son art. On veut la réduire à n’agir que dans les bornes et suivant les règles qu’imagine notre faible raison. On prétend la réformer. Ce ne sont que plaintes, que murmures.
On est surpris du traitement que les Juifs ont fait subir à Jésus. Ah! divin amour! adorable volonté! action infaillible! comment est-ce que l’on vous regarde? La vo-
Jonté divine peut-elle venir mal à propos? peut-elle avoir tort? Mais j'ai telle affaire, une telle chose me manque; on m'enlève les moyens nécessaires; cet homme me traverse dans de si saintes œuvres : cela n’est-il pas tout à fait déraisonnable? Cette maladie me prend lorsque je ne puis absolument me passer de la santé. — Et moi, je dis que la volonté de Dieu est la seule chose nécessaire; ainsi, tout ce qu’elle ne donne point est inutile. Non, chères âmes, rien ne vous manque; si vous saviez ce que sont ces événements, que vous appelez revers, contre-temps, contrariétés, où vous ne voyez rien qui ne soit mal à propos et sans raison, vous seriez dans une extrême confusion ; vous vous reprocheriez vos murmures comme de vrais blasphèmes; mais vous n’y pensez pas. Tout cela n’est autre chose que la volonté de Dieu; et cette vo. lonté adorable est blasphémée par ses chers enfants qui la méconnaissent.
Lorsque vous étiez sur la terre, Ô mon Jésus, les Juifs vous traitaient d'énergumène, vous nommaient Samaritain ; et aujourd’hui que vous vivez dans tous les siècles, de quel œil regarde-t-on votre adorable volonté, toujours digne de bénédictions et de louanges? F'est-il écoulé un moment depuis la création jusqu’à celui où nous vivons, et s’en écoulera-t-il un seul jusqu'au jugement dans lequel le saint nom de Dieu ne soit digne de louanges; ce nom, qui remplit tous les temps, et ce qui se passe dans tous les temps; ce nom, qui rend toutes choses salutaires (à Quoi! ce qui s’appelle volonté de Dieu pourrait me faire du mal? Je craindrais, je fuirais le nom de Dieu! et où irais-je done pour trouver quelque chose de meilleur, si j'appréhende l’action divine sur moi, et si je repousse l'effet de sa divine volonté?
Comment devons-nous écouter la parole qui nous est dite au fond du cœur à chaque moment? Si nos sens, si notre raison n’entendent pas, ne pénètrent pas la vérité et la bonté de cette parole, n’est-ce pas à cause de leur incapacité pour les vérités divines? Dois-je être étonné de ce qu'un mystère déconcerte la raison? Dieu parle, c’est un mystère; c’est done une mort pour mes sens et pour ma raison; car les mystères sont de nature à les immoler. Le mystère est vie au cœur par la foi; il n’y a que contradiction pour le reste. L'action divine mortifie et vivifie par le même coup; et plus on sent de mort, plus on croit qu'il donne de vie; plus le mystère est obscur, plus il contient de lumière. C’est ce qui fait que l’âmesimplenetrouve rien de plus divin que ce qui l’est moins en apparence. La vie de foi est tout entière dans cette lutte continuelle
entre les sens.
$ VII
L'amour civin se donne à nous par toutes les créatures qui le communiquent en le voilant, semblables aux espèces eucharistiques.
Qu'il y a de grandes vérités cachées aux yeux même des chrétiens qui se croient le plus éclairés! Combien peu parmi eux comprennent que toute croix, toute action, tout attrait de l’ordre de Dieu donne Dieu d’une façon qui ne put mieux s'expliquer que par la comparaison avec le ylus auguste mystère! Quoi de plus certain pourtant? La raison, aussi bien que la foi, ne nous révèle-t-elle pas la pésence réelle de l'amour divin dans toutes les créatures et dans tous les événements de la vie, aussi indubitablement que sa parole de Jésus-Christ et de l'Eglise nous ré-
vèlent la présence de la chair sacrée du Sauveur sous les espèces eucharistiques? Ne savons-nous pas que, par toutes ces créatures et par tous ces événements, le divin amour désire s'unir à nous; qu’il n’a produit, ordonné ou permis tout ce qui nous entoure et tout ce qui nous arrive qu'en vue de cette union qui est le but unique de tous ses desseins ; qu’il se sert, pour atteindre ce but, des créatures les plus mauvaises, aussi bien que des meilleures, et des événements les plus fàcheux aussi bien que des plus agréables ; et que notre union avec lui est même d'autant plus méritoire, que les moyens qui nous servent à la resserrer sont, de leur nature, plus répugnants ? Mais si tout cela est vrai, à quoi tient-il que chacun des moments de notre vie soit une sorte de communion avec le divin amour ; et que cette communion de tous les instants produise dans nos âmes autant de fruits que celle où nous recevons le corps et le sang du fils de Dieu? Celle-ci, il est vrai, a une efficacité sacramentelle que la première ne possède pas; mais, d’un autre côté, combien celle-là ne peut-elle pas être plus fréquemment renouvelée, et combien son mérite ne peut-il pas s’accroître par la perfection des dispositions avec lesquelles elle est accomplie! Qu'il est vrai, par conséquent, que la vie la plussainte est mystérieuse dans sa simplicité et sa hassesse apparente ! O festin, Ô fête perpétuelle! Un Dieu toujours donné et toujours recu, dans tout ce qu’il y a sur la terre d’infirme, de folie, de néant! Dieu choisit ce que l’esprit naturel réprouve, et tout ce que la prudence humaine délaisse. Dieu en fait des mystères, des sacrements d’amour ; et par ce qui semblerait devoir nuire le plus aux âmes, il se donne à elles autant qu'elles croient l'y trouver.
$ VIII
La révélation du moment présent nous est plus utile, parce qu’elle s'adresse directement à nous.
Nous ne sommes bien instruits que par les paroles que Dieu prononce exprès pour nous. Ce n’est pas par la lecture des livres ni par la curieuse recherche des histoires que l’on devient savant dans la science de Dieu; ces moyens ne produisent par eux-mêmes qu’une science vaine et confuse qui enfle beaucoup. Ce qui nous instruit, c’est ce qui nous arrive d’un moment à l’autre ; c’est là ce qui forme en nous la science expérimentale que Jésus- Christ a voulu acquérir avant que d'enseigner. C'était la seule, en effet, dans laquelle il pût croître, suivant l’expression du saint Évangile, puisqu'étant Dieu, il n’est aucun degré de science spéculative qu'il ne possédât. Mais si cette science a été utile au Verbe incarné lui-même, pour nous, elle nous est absolument nécessaire, si nous voulons parler au cœur des personnes que Dieu nous adresse.
On ne sait parfaitement que ce que l’expérience a appris par la souffrance et par l’action. C’est là l’école du Saint-Esprit, qui parle au cœur des paroles de vie; et tout ce qu'on dit aux autres doit sortir de cette source. Ce qu'on lit, ce qu’on voit ne devient science divine que par cette fécondité, cette vertu et cette lumière que lui donne l’'acquis. Tout cela n’est qu’une pâte; le levain y est nécessaire, le sel de l'expérience doit l’assaisonner. Et, lorsqu'il n’y a que des idées vagues sans ce sel, on est comme des visionnaires qui savent le chemin de toutes les villes, et qui s’égarent en allant à leur maison.
Il faut donc écouter Dieu de moment en moment, pour être docte dans la théologie vertueuse, qui est toute pratique et expérimentale. Laissez là ce qui estdit aux autres ; écoutez ce qui vous est dit pour vous et à vous; il yena assez pour exercer votre foi : car ce langage intérieur de Dieu lexerce, la purifie, l’accroît par son obscurité même.